CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
Le principe de vie, l’âme des brutes et des végétaux^ périt donc par la mort, par la destruction et la décomposition de la chose dont elle est la forme. Il faut que cette âme meure aussitôt que se désorganise la matière de son corps, conformément à cette vérité facile h comprendre , et réduite en axiome, que chaque être suit son njjérntion, autrement dit qu’il en a le sort. Cela signilie que son opération, ses fonctions, ses œuvres, venant à cesser, et devenant impossibles, il cesse d’ôtre! Ainsi, l’âme sensitive et l’âme végétative n’opérant ni sur Dieu , ni sur les intelligences ou les choses intellectuelles, c’est-à-dire n’ayant leur vue et leurs appétits tournés vers aucun de ces êtres immortels, à l’exemple de l’âme humaine, leur destination est de périr aussitôt qu’une perturbation suffisante fait cesser en eux toute action sur la matière, but exclusif de leurs opérations, de leurs fonctions, de leurs œuvres ‘ !
Quant à l’homme , il ne possède en lui ni l’âme sensitive, ni l’âme végétative. Elles seraient une superfétation dans son être,; et Dieu ne fait rien d’inutile; l’âme douée d’intelligence est donc, et doit être la seule forme, c’est-à-dire l’unique force animique de son corps. C’est là ce que saint Augustin et ce que l’ange de l’école expriment en ces termes, qui sont le triomphe môme de la raison :
esprit de vie qui dort dans la graine, et s’y dérobe en quelque sorte ainsi que la divinité et l’humanité du Christ sous les apparences eucharistiques du pain !
1 .Je tire de saint Thomas et de mes conversations avec le R. P. Ventura la substance de cette analyse. L’illustre théatin a traité cette (jucstion dans sa Philosophie, ouvrage auquel il paraissait d’abord se refuser, et que je l’ai longtemps supplié de faire en opposition à la philosophie rationaliste... Elle fut éditée après sa mort, et je n’eus point encore le temps de la lire;... il m’avait lu d’assez nombreux passages du manuscrit, et dicté ce qui concerne les trois facultés de chafiue âme.
« Ceux qui ont le plus réfléchi sur ce sujet, — l’âme des bêtes, — ont cru devoir admettre un principe qui n’est ni matière ni esprit » intelligent. (Fcller, Cat., v. 1, p. 301 .}
LE MONDE MAGIQUE
Nous ne dirons point qu’il y ait dans le mc^me homme deux âmes, comme les jacobiles le prétendent; l’âme animale qui anime le corps et se môle au sang, et l’autre spirituelle, qui est raisonnable. Mais nous disons qu’il n’y a dans l’homme qu’ime seule et môme âme ^ qui vivii'ir: lk CORPS par son allfance avec lui, et qui se règle elle-môme par sa raison.
« L’âme inteilective contient virtuellement l’âme sensitive et l’âme nutritive {pu animale et végétale), et [)roduit, à elle seule, ce que des formes — c’est-à-dire des âmes — imparfaites produisent dans les autres êtres. On doit en dire autant de l’âme sensitive dans les bêtes, et de l’àme nutritive dans les plantes, et universellement de toutes les formes plus parfaites par rapport aux imparfaites. » ([ Somme, quest. 76, art. 3, 4.) L’âme la plus noble exclut donc du corps qu’elle occupe toute âme qui lui serait inférieure; et le cumul des âmes échelonnées ou graduées, dans le même être, est une chimère.
Quant aux âmes fort inégales entre elles, de l’homme, de l’animal et de la plante, elles sont fort justement comparées « à des espèces de figures dont l’une comprend l’autre, comme le carré, ou la figure à quatre angles, comilist le triangle, c’est-à-dire la figure à trois angles, ET [jA DE- PASSE. Ainsi, l’âme inteilective comprend en elle tout ce qu’il y a dans l’âme sensitive des animaux, et dans l’âme nutritive des plantes. Et, comme une surface qui a la figure d’un carré n’est pas un triangle par une figure et un carré par une autre de même Socrate, par exemple, n’est pas homme par une âme, et animal par une autre; mais il est l’un et l’autre par une seule et même âme L
1 Id., p. 76, article 3. Somme saint Thomas. Je remplace penlaçcne et télragone j)ar carré et triangle, afin que tout le monde me un.prenne.