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CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

Chapitre incident. — Les formes déformées. — Beauté et laideur. — Raison de la beauté des anges et de lai difformité des démons. — Le cosmétique eucharistique. — Mgr de Ségur et le pape Bie IX ^ anecdote utile.

Un mot s’ajoute à l’importante question des formes, mais sous un point de vue totalement changé ; espérons môme qu’il ne sera pas trouvé sans attraits pour les nombreux, chercheurs dont l’esprit aime à poursuivre la vérité jusque dans les racines du langage, jusqu’aux jets originaux de la pensée humaine.

Nous ne l’avons point oublié, la forme, — au sens que nous disions tout à l'heure, — est ce principe qui fait qu’un être est ce qu’il est, et n’est point autre chose. Elle est cette force formatrice et conservatrice qui constitue l’étre dans les conditions d’existence où il doit vivre, pour s’acheminer vers sa fin, en suivant les voies du progrès. La condition normale d’un être est donc dans la subsistance et dans l’action de sa forme.

Élèves de ces philosophes de la Grèce \ dont le subtil ec vaniteux génie s’était approprié, par la voie du plagiat, la science du monde oriental {Réponse de Joséphe à Appioiiy 1. I, ch. les Latins parlaient une langue destinée par la providence divine à servir d’expre.ssion aux vérités universelles,- je veux dire au catholicisme. Et les Latins ayant merveilleusement saisi la vérité que j’exprimais tout à l’heure, leur idiome la résume dans un terme admirable. Car, ü l’être qui brille de toutes les harmonies dk sa beauté naturelle, c’est-à-dire à celui qui possède, dans sa plénitude, l’excellence typique et bien réverbérée de sa forme, ils donnent le nom de formose ! — formosus.

Narn, quiil rancidius quam quod non se piilcl ulla- Forniosaui, nisi ([iia; de Tliusca Gnecidu (acia esi? etc.

(Juvénal , SdC vi.)

LE MONDE MAGIQUE

Lorsque notre pensée remonte ù Dieu, qui tira le monde du pur néant; à Dieu qui, par conséquent, est la forme friinordinle de tout être, le second nom que notre pensée lui donne est celui de beauté suprême , parce (juil est la bonté suprême , et que le beau est l' émanation , le rayonnement, la splendeur du bon^ !

La beauté des anges, et celle des bienheureux, — si nous suivons cette pensée , — dépend donc uniquement de ce fait : qu'ils jouissent en Dieu du principe inaltéré de leur fomne, c’est-à-dire de la pleine bonté de leur être. Les anges du ciel ne l’ont jamais perdue; les bienheureux, lorsqu’ils passent de ce monde au sein de Dieu la retrouvent. Et si les corruptions héréditaires ou personnelles de la nature ont défiguré, dans quelqu’une de ses [parties, la personne humaine, l’ame en se reformant sur le Dieu sauveur et réparateur {instaurare omnia in Christo. Ephés., ch. i, f. 10), rendra plus tard au corps, par contre-coup, la perfection qu’il lui sera donné de puiser en cette source de vie.

Car, si le Christ est la forme vivifiante, — lûta — s’il est comme le principe et le modèle des Esprits et des âmes, l’âme humaine est, secondairement, la forme vivifiante , elle est le principe de la vie et de la configuration de son corps. La splendeur du bon, la beauté, revivra donc dans l’homme par l’union de son être avec la beauté suprême, avec Dieu , cette force divine et créatrice que la langue

1 C’est là ce que le monde oriental exprimait dans la langue grecque par le mot cosmos, le monde. Cosmos est, en effet, dans ses différentes significations, ciel et univers, ce qui équivalait à dire Dieu, puisque, pour le monde idolâtre. Dieu et Tunivers, ou la nature, se confondent et sont une même chose. Aussi, cosmos signifie-t-il en môme temps que nature ou Dieu, ornement et gloire, ou beauté dans son éclat. Or, cette beauté, le mot cosmos l’exprime encore par son sens principal : ordre; l’ordre étant, pour chaque chose, un arrangement coN-FORME à sa nature, ou naturel \ sa forme , et le dés-ordre seul y produisant la dif-formité, c’est-à-dire l’éloignement de sa forme : de formâ.

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