‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 202 sur 243 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

grecque nomme Arché-type, afin de lui rendre hommage comme à la cause, comme à la source, comme au principe souverain, comme nu prince de toutes les formes T'jTTo;); comme à ce Dieu, suprême possesseur de toutes les perfections, et qu’Israël, le peuple même instruit de sa bouche, nommait rineffable, c’est-à-dire celui que la parole est impuissante à décrire.

Les termes et le sens de ce langage nous disent assez que la laideur, moviAo. ou physique, définitive, résulte du mouvement contraire à celui qui précipite les Esprits , en raison de leur clairvoyance et de leur docilité, vers l’union avec la force formatrice souveraine et divine.

Quoi de plus simple ! Toute laideur n’est-elle point, d’après une. loi de raison, le nature! effet de l’acte qui nous éloigne du principe de toute beauté : ce principe qui doit être notre patron naturel fpnter, patrare, npoczzecv, faire), c’est-àdire le type paternel de notre nature, ou la forme des formes ?

Le langage vulgarise la vérité de cette remarque si simple, chez tous les peuples, en imposant aux excès de la laideur le nom significatif de difformité. Oui, certes; et c’est à peine si nous éprouvons le besoin de réfléchir un instant pour comprendre que notre langue appelle in- forme, dif-fojmie ou dé-formé, l’être qui ment à la loi de sa primordiale origine en s’éloignant du type de sa forme, de- for ma ; en s’écartant de la figure, de la manière d’être, du mode d’exister qui doivent lui être ordinaires, c’est-à-dire qui doivent être selon Tordre de sa nature.

Est-ce que ces lignes, si frappantes et si claires, ne deviennent point toute une révélation de la laideur affreuse et pénale des démons, et des âmes rebelles? Cette laideur, qui les pénètre et qui les torlure, n’a-t-elle point pour cause leur éloignement de la fortne formatrice, ou du modèle vivi-

LE MONDE MAGIQUE

fiant de toute per feotion ^ que les bons Esprits rencontrent avec délices et ravissement dans X immuable beauté de Dieu?

Un de nos contemporains, docteur en médecine et en théologie, et qui, souvent, couvre ses idées philosophiques des profuses et riches images de la poésie, M. l’abbé Bautain, peint en si vives couleurs l’elfet que produit sur les démons leur séparation de l’être sur lequel ils eussent dû continuer éternellement de se former^ que je cède au plaisir de transporter un de ses tableaux au milieu de mon ouvrage :

« 11 semble qu’en se détournant de Dieu les anges révoltés aient perdu leur base, et par conséquent une FORME fxe, en sorte qu’ils soient lancés dans l’immensité comme des Esprits sans substance, en cherchant une partout et de toutes manières, et pouvant revêtir momentanément toutes sortes de formes illusoires ou d’apparences, justement parce qu’ils ont perdu leur forme propre et véritable. Toujours inquiets, toujours agités, soutirant et voulant faire souffrir les autres, dévorés par une impuissante activité qui revient sur elle-même parce qu’elle manque de forme et d’instruments, les Esprits mauvais ne sont certainement pas dans leur état naturel , et tels que Dieu les a faits. Ils errent dans l’air, sur la terre, autour de l’homme, comme le lion rugissant qui demande une proie. Ils cherchent partout des existences où ils puissent se fixer {par la possession), par lesquelles ils puissent opérer; et c’est pourquoi ils dressent à l’homme mille pièges, le tentent et tâchent de le séduire par tous les moyens, pour s’emparer de son âme et de son corps »

Déformés, c’est-à-dire rendus difformes par la révolte,

^ M. l’abbé Bautain, ancien grand vicaire à l’archevêché de Paris, Psychologie expérimentale, vol. 1, p. 164. — Paris, 1839.

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