CHAPITRE VINGï-OUATRIÈME
les démons n’ont donc plus d’autre désir, — ^ et ce désir est une rage, — que de nous rendre semblables à eux-mémes, que de nous refaire à l’image de leur personne, invariablement agitée par une fureur de révolution ou de changement, par la torture de l’inconstance et de l’instabilité. Et ce furieux besoin, et cette dévorante , cette infernale ardeur qui pousse les démons à d approprier les hommes assimilation; et cette mystérieuse influence, et ce pouvoir progressif qui leur est donné d'en haut sur 1a personne des infirmes [non firmi) qu’ils ont séduits, voila ce qui nous dévoile le mystère du changement, ou de la crue de laideur morale, et quelquefois môme physique, de ceux que les vices goûtés et savourés précipitent vers des vices d’une apparence nouvelle et d’un plus haut relief.
En définitive donc, et pour résumer une pensée qui n’a rien de stérile et d’oiseux : hors de la forme régulière dont la vertu découle d'en haut, point de fixité, point de paix, point de bonté ni de beauté pour l’ôtre intelligent; hors de a forme, qui doit refléter dans cet être les perfections de son créateur, rien, si ce n’est une difformité sans constance, sans base et sans règle : difformité progressant en même temps que progresse fa distance qui le sépare de cette forme, et le précipitant d’abîme en abîme dans le domaine insondable de la laideur.
Mais dans la forme naturelle ou régulière, qui demeure en communication, et disons plutôt en communion avec Dieu, auteur de toute règle, se déroulent des phénomènes parallèles, mais d’un ordre contraire : c’est-à-dire une inaltérable, une immuable bonté, l’éclat d’une beauté définitive et constante, le rayonnement éternel et la splendeur des dons qui descendent de Dieu. Aussi, dès que nous altérons et vicions la beauté de notre forme divine, que nous dit l’Église ?
Elle nous dit :
LE MONDE MAGIQUE
« C’est dans la prière, c’est dans le travail, c’est dans la pratique des œuvres méritoires , c’est dans les sacrements qui régénèrent, qui réconcilient et renouent l’homme à Dieu, c’est tout particulièrement dans V Euchnrislie ^ — c’està-dire dans la r/m7?e elle-même, — que vous retrou-
verez votre type et que vous referez votre forme' morale, l’unique et vraie voie de la vraie vie : via, veritas et vital Or, ce soin de ce re-former ainsi chaque jour était celui des premiers chrétiens ‘ . »
1 A mesure que se dissipe l’atmosphère du jansénisme, ce soin redevient celui des chrétiens de nos jours. Le dimanche de la Quinquagésime de l’année 1861, le saint-père ayant réuni dans son cabinet, selon l’usage , les prédicateurs du carême et les curés de Rome , avait sur sa table un paquet de livres de la Sainte Communion de Mgr de Ségur (rue Bonaparte, 68 ; 23« édit, en 1861), traduite en italien sur la première édition, avec Vimprimatur officiel du maître du Sacré- Palais. Le saint-père, en présentant un de ces livres, dit : « Ce petit ') livre a déjà fait beaucoup de bien ; on devrait le donner à tous les » enfants, quand ils font leur première communion ; et tous les curés » devraient l’avoir, car il résume les vraies règles de la communion, » telles que les entend le concile de Trente, et telles qu’elles doivent » être appliquées, etc... » Puis, le saint-père a distribué de sa main des exemplaires à ceux qui étaient présents. Ceci est rapporté par un missionnaire apostolique de la Propagande, présent à cette réunion, témoin oculaire et auriculaire.
Lire id. la lettre de Fénelon sur la communion fréquente, réimprimée, à plus de cent mille exemplaires, par mon honorable ami feu M. le comte Eugène de Richement, et distribuée gratuitement par lui, avec une approbation de Mgr l’évêque d’Orléans.