CHAPITRE YINGT-CINQUIÈME
Retour au fantôme ; fin. — Les demi-morts de l’espèce humaine. — Grâce au principe vital et fantasmatique, ils forment une espèce secondaire et féconde. — Les fous sont de ce nombre ; ils cessent d’être de notre espèce. — Pourquoi l’âme de la brute n’anime-t-elle point la machine du fantôme, qu’animerait l’àme animale de l’homme? — Raison des amours qui semblent inavouables. — Précipices d’absurdité où nous entraînent les principes de la science opposés à ceux du catholicisme, et, pour le moment, le principe des duovitalistes. — Conclusion et solution pleine de science de l’illustre II. Kornman, sur les prodiges qui s’accomplissent au sein de la mort.
ÎNous voici, si je ne trompe, assez éclairés sur la constitution spirituo-corporelle de l’homme pour terminer, au simple jour du bon sens, notre campagne contre ce houen, contre cette seconde âme sournoise et de contrebande, qui, dans l’histoire des erreurs scientifiques et religieuses, figure déjà sous tant de noms.
Voyons- le bien, et derechef : Chez la plupart des peuples savants du monde idolâtre, cette âme imaginaire fut le fantôme lui-même ou, du moins, le fantôme, de quelque façon qu’il fût animé, se manifesta sous le nom de cette âme. Tantôt enrichie de facultés précieuses, et tantôt écourtée dans ses proportions, elle traversa le courant des siècles sous une multitude de dénominations diverses et quelquefois bizarres. On la désigne aujourd’hui, non plus par un nom religieux , cela prêterait à rire, mais par un nom scientifique, celui de principe vital.
Une fois donc encore, poursuivant au jour du simple bon sens l’intéressante étude du fantôme et des phénomènes magiques, je me questionne et je me redis : Mais, si cette seconde âme vit en nous; si ce principe de vitalité, formant
‘ Fantôme raisonnant ou non ; voir ci-dessus les philosophes : le simulacre d’Homère dialoguant, etc., etc., ceux d Achille, d Ulysse, d’Herculc. Odyssée, chant xi.
LE MONDE MAGIQUE
une trinité dans son union avec l’ûme et le corps, enU'o en tiers dans la composition de l’ôlre humain; si, lorsque la mort a séparé de nos organes l’ûme intellectuelle, cette ûme secondaire y peut séjourner et remplir encore ses fonctions corporelles, comment, par sa seule et propre vertu, ne laisserait-elle point nos corps en jouissance d’une vie naturelle et complète? Comment ne persisterait-elle plus à leur donner une existence régulièrement animale? Comment cesserait-elle de leur communiquer une vie de tous points semblable à celle de la brute? et de quel droit s’imaginer qu’elle s’abstînt de conserver, r/e reproduire par la généralion^àe multiplier enfin les hommes qui, séparés par accident ou par mégarde de leur âme intellectuelle, posséderaient, dans cet autre principe de vitalité, la source de la vie des organes?
Grâce à ce principe vital qui, dans le corps, s’attarde et muse si longtemps après que l’âme s’en est évadée {suprà, docteurs cités), l’homme, en subissant une première mort, celle qui ne le dépouillerait que de son âme raisonnante, devrait donc, au lieu de revêtir le teint blafard du cadavre et de livrer sa chair à la putridité de la tombe, passer à l’état alerte et farouche de la brute. Il devrait retomber purement, de la condition d’animal raisonnable, à la condition d’animal sans raison, c’est-à-dire de bête à physionomie d’homme ou de femme! Quoi de plus clair?
Et ces demi-morts de la race humaine, ces êtres sevrés de leur âme intellective, mais tout remplis encore de la sève d’une vie corporelle, ne formeraient-ils point alors, et de toute nécessité, comme une classe secondaire de notre espèce, une classe à laquelle le devoir du naturaliste serait d’assigner un rang intermédiaire entre la famille des quadrumanes et la race de l’homme complet, la race de l’homme à deux âmes?... Mais ce que je dis est presque fait, et j’en atteste