CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
les paroles des partisans les plus pratiques du principe vital; car, rapporteur que je suis de leur dogme et de leur croyance, je dois l’être également de leur langage. Nous montrant du doigt, au beau milieu de notre monde, des gens que la folie avait dégradés : Eh bien! se sont-ils écriés de leur ton le plus grave, ces êtres sont-ils encore ce que nous sommes? Oserez-vous dire que ce sont des hommes? Ce qui leur manque est évident, et ce ne sont plus que des brutes ! »
Voici donc une condition nouvelle pour des êtres humains, sevrés par un premier décès de leur âme pensante , et n’ayant plus, pour animer et gouverner leur corps, d’autre ressort que celui du principe vital, que l’âme sensitive de Montpellier, celle dont , à juste titre, l’école où brilla saint Thomas reconnaît la présence chez la brute. J’y songe, et cela vaut la peine d’y songer. C’est pourquoi , réüexion faite, je me dis : Mais, si deux âmes se partagent des rôles si distincts dans notre personne, comment l’âme sensitive, qui reste après le départ de sa compagne chez ces fous, n’a-t-elle point en eux cette sûreté, cette régularité d’instincts dont elle ne s’écarte jamais chez les brutes étrangères à notre espèce? Et comment ces sortes de fous , privés qu’ils sont de leur âme raisonnable, obtiennent-ils, par la génération, des descendants doués de l’âme raisonnante? Comment leur déchéance, comment la chute qui les précipite au rang d’une espèce inférieure , leur permet-elle de procréer des êtres du degré supérieur ?
Les fous les plus extravagants, d’ailleurs, les fous abrutis eux-mêmes, — et je l’ai vu, — sont quelquefois guérissables; on voit la raison reparaître en eux, et souvent les abandonner de nouveau. Comment un traitement médical ferait-il rentrer, comme une épée dans le fourreau , l’âme raisonnable au domicile organique qu’elle a déserté? Les
LE MONDE MAGIQUE
fontaines Inlermittenles seraient donc l’image de ces malheureux, cliez qui nous verrions, tour à tour, couler avec abondance ou tarir la source de la raison , au gré des caprices de présence ou de vagabondage de l’âme supérieure? — Itéinfuseur patenté d’ames errantes, le médecin de fous saurait donc attirer ces âmes par quelque secret d’oiseleur? il aurait le don de les restaurer dans les corps délaissés, de les y ressouder, ou de remplacer la fugitive par une autre âme sachant tout ce que savait la première? Oh! l’admirable vertu d’une doucbe ou d’une saignée, d’une pilule ou d’un grain d’ellébore!
Ou plutôt, et je le répète, si l’homme possède ailleurs que sur la langue ou le papier des savants un principe de vie, une âme vitale indépendante de son âme intellectuelle, comment cesse-t-il de rester au grand complet, en tant que corps vivant et animal ; comment ne vaut-il point la brute, lorsque l’âme raisonnable lui fausse soudainement compagnie, ou lui fait en règle ses adieux, et change de monde? Car, sous le régime duo-vitaliste, sous la loi de la double animation du corps humain, que devrait avoir de commun la mort de l’homme intelligent avec la mort de l’homme animal?
Mais il nous faut progresser au delà de ces limites, car les dogmes de la haute magie veulent que La lumière Astrale, — ce rêve, ou plutôt cette expression symbolique du professeur de magie Éliphas Lévi, — se transforme par le fait de la conception de l’être humain en lumière humaine, et devienne la première enveloppe de l’âme. Se combinant avec les fluides les plus subtils, elle forme alors un corps élhéré, c’est-à-dire le fantôme sidéi al que nomma Paracelse. A la mort, celui-ci se dégage de ses liens; mais, une volonté sympathique l’attirant dans un courant tout spécial, il s’y laisse entraîner, il s’y manifeste, , et c’est ainsi que se