CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
réalise le phénomène naturel des apparitions. (Éliphas Lévi, Dofjme et rit., v. I, p. d43.)
Ce corps fantôme, ou ce péri-sprit, est donc le houen, le simulacre de l’homme, son simulacre vital ou sa seconde àme, et l’œil le plus myope ne saurait le méconnaître.
Or, écoutons-le bien! Cette seconde âme, dit Éliphas, ou « ce corps astral, n’est pas toujours du même sexe que le corps terrestre, et c’est là ce qui produit les erreurs APPARENTES des passions humaines; c’est là ce qui peut expliquer, sans les justifier en aucune façon devant la morale, les singularités amoureuses d’Anacréon ou de Sapho ! » [Éliphas Lévi, id., p. 443, 144.) — Sans les justifier? et pourquoi? Car si l’âme vitale, si le corps sidéral femelle peut animer un corps mâle, ou réciproquement; s l’être qui est masculin de corps et d’aspect, étant de sexe féminin par son corps éthéré, que nous appelons principe ou âme vitale, recherche naturellement dans ses affections les êtres masculins, comment ne point justifier ses appétits? Est-on coupable de sa nature?
Et nous irons au delà; car l’âme des bêtes est évidemment semblable à l’âme humaine, si la doctrine de Porphyre, ce grand philosophe de la magie néo-platonicienne, est véridique. [Abstinence, ch. iv, par. 40.) Cette similitude admise, l’âme animale ou secondaire de l’homme, celle des appétits physiques, peut avoir une forme différente aussi bien qu’un sexe différent de celui de son corps : la forme d’un bouc ou d’un singe, par exemple. Les appétits les plus étrangers à la nature apparente de l’homme peuvent donc être ceux de sa nature secrète ou latente. Et, dès lors, voici les goûts de l^asiphaé, mère du Minotaure, aussi légitimes que ceux de Sapho; les voilà, de même que ceux de Sodome et Gomorrhe, devenus nature. Ou bien, et par cette porte nous rentrons dans le vrai , il faut dire que toute physio-
LE MONDE MAGIQUE
logie, toute philosophie, toute science dont les dogmes se rencontrent avec les dogmes de la Magie, n’est que mensonge, qu’absurditd, que tur[>itude, dans toute l’ampleur et toutes les dimensions de ce dogme!
Non, non, malgré cette âme de bête, patronée aujourd’hui par les savants de nos Facultés médicales ou rpagiques sous tant de noms de rechange, l’homme n’a qu’un seul corps, une seule âme, une seule mort. Il meurt tout entier dès son premier décès. Voilà ce que nous crient, de tous les points du monde, tous les peuples et tout le bon sens de la terre. 11 perd son estomac qui le nourrit ; il perd ses jambes qui le portent, et, disons le mot, car de fausses apparences n’ont pu nous tromper, il perd la totalité de la vie terrestre dès que l’âme raisonnable fuit et s’échappe de son corps. Et comment d’ailleurs s’imaginer que cette seconde âme, si gauchement inventée pour la vie des organes, se mutine, batte en retraite ou fasse la morte au moment même où deviennent indispensables au corps les fonctions vitales que ses partisans lui imposent?
...Mais, au lieu de répandre dans nos corps cette vie organique que seule elle possède, — au dire des médecins duo-vitalistes et des philosophes de la Magie, — cette âme bestiale et grossière préférerait-elle se faire le péri-sprit, c’est-à-dire l’enveloppe, la gaine vaporeuse, le corps aérien de l’âme intellectuelle, lorsque le coup de la mort nous atteint? Ou bien, s’isolant d’elle ou du corps, et ramassant les vapeurs et les atomes de l’espace, se complairait-elle à y vaguer sous forme de spectre, de fantôme, de houen flâneur ou malicieux, ainsi que le veulent nos écoles spiritistes et les savants du vaste empire de la Chine?
Follement amoureuse de ce rôle de fantôme, ou s’attachant avec passion à l’âme raisonnante, à qui ses embrassements ne peuvent causer ni plaisir ni gloire, elle n’éprouverait