CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME. 403r
donc qu’antipalhie, qu’horreur presque invincible pour le corps, dont sa nature et sa mission sont d’être la providence, l’amour et la vie! Elle ne l’aimerait et ne le rechercherait que lorsqu’il est devenu cadavre? Mais pourquoi donc, en vérité, supposer la fainéante et dérisoire existence de ce subalterne vivificateur de nos organes? Mais à quoi bon lui inlliger cette ridicule dénomination de principe vital de nos corps, s’il n’habite nos organes qu’à titre de principe d’où ne peut sortir la vie? et de quel nom le signaler à la science, s’il est au monde l’unique principe d’où ne sache et ne puisse se dégager sa conséquence?
Eh quoi ! le principe vital est la source de la vie organique, et le corps où il séjourne ne serait plus bon que pour les vers, et l’on appellerait le corps un cadavre, caro data vermibus, à l’instant même où fuit et s’en échappe l’âme intellectuelle! A ce corps, qui reste en possession de sor» principe de vie, on n’oserait, sans paraître fou, demander de marcher, de se reproduire, de se nourrir, de digérer, de vé(jéter au moins, à l’exemple des êtres inférieurs qu’anime une âme sensitive ou végétative, telle que la brute oü la plante!... Aussitôt que, cédant à la mort, l’âme raisonnable .s’est retirée, la source de la. vie corporelle ne saurait donc accuser un moment sa présence dans le corps que pour y révéler la merveille de son impuissance vj^ale!
O phénomène entre les phénomènes! ô la singulière bévue de la nature ou de son Dieu!... Mais, en vérité, n’est-il temps de le redire : ce principe animique, dès qu’on se le figure comme distinct et différent de l’âme pensante, est une chimère, un rêve du philosophisme, une hallucination de la science, une habile et pertide création de la Magie.
Car, le chef-d’œuvre des inspirateurs et des maîtres de l’art magique , c’est de ruiner sons bruit, de miner sournoi-
lÆ MONDE MAGIQUE.
sement toutes les vérités; c’est de remplacer chacune d’elles par une erreur. Bienvenues leur sont donc celles qui nous égarent sur la nature de l’homme, et sur la raison de ses rapports avec les êtres qui l’entourent. Or, non-seulement les maîtres de la science occulte sont du nombre de ceux qui délèguent à la chimère du principe vital le plein exercice de nos fonctions organiques, mais encore ils lui assignent un rôle posthume, longuement et mille fois décrit : le rôle du fantôme.
Écoutez, et voici d’un mot le thème dont les variantes fatigueront sans cesse l’oreille ouverte à l’enseignement des initiateurs : Lorsque l’assemblage de la personne humaine se désunit sous le coup de la mort, ce principe , nous disent-ils, cet Esprit vital se sépare habituellement du corps , et souvent de l’âme. Le voici devenu libre, indépendant, suijuris. Or, regardez et voyez ce fantôme, évoluant làbas d’un pas furtif. Que vous en semble -t-il, et savezvous ce qu’il est? — Rien de plus simple; il est une de ces âmes de seconde catégorie qui nous sont devenues si familières, une âme animale, un principe vital enveloppé de son manteau , c’est-à-dire de vapeurs qu’il a pompées, qu’il s’est assimilées par ses suçoirs, et qu’il a modelées sur ses formes ! 11 s’est refait un corps, mais un corps de spectre!
Cette âme sj^balterne, une fois adoptée par la science, que répondre, en effet, à ceux qui lui veulent attribuer ce rôle ? Par quelle loi de raison empêcher les rêveurs ou les trompeurs de la philosophie magique de l’adapter à leurs fins, de la prendre à leurs gages, de l’utiliser, de la fatiguer au service de leurs systèmes et d’en faire le moteur naturel du spectre, l’âme de ces prestigieuses et fantasmagoriques apparitions dont la réalité — quel que soit en lui-même le fantôme, — n’est que trop positive?
Les philosophes et les poètes initiateurs de l’antiquité