CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
égalaient à peu près ses facultés aux facultés de Tûme raisonnable ; car ils lui donnaient, au besoin, la parole et le sentiment'. 11 est vrai que si des savants émettent la prétention de donner cette âme au fantôme, un dernier coup s’ajoute à ceux dont nous frappons leur échafaudage, non moins fragile que celui de nos docteurs duo-vitalistes.
Si les spectres, dira-t-on, doivent naissance à notre ame sensitive, toute semblable à celle des brutes et ne jDérissani point au moment de notre mort , pourquoi cette incompréhensible rareté des apparitions, d’abord? Puis ensuite, pourquoi , si ce n’est par un second hasard , les apparitions ne sont-elles autres que de fantômes à configurations humaines ? Le nombre des animaux l’emporte si prodigieusement sur le nombre si prodigieux des humains, que les apparitions de spectres à physionomie de brutes devraient se compter dans une proportion toute pareille, si le spectre était un phénomène animique et naturel. Où se rend donc, après la mort de l’animal, l’âme de son corps, âme si frappante de ressemblance avec celle dont il est dit quelle donne à nos organes, puis à notre fantôme, le mouvement et la vie^?
^ Voir aux chapitres antérieurs le spectre d’Homère raisonnant, parlant et pleurant, tandis que son âme est ailleurs : le spectre de Patrocle saignant encore, etc., etc., etc.
2 Nous avons même vu les plus grands philosophes faire les âmes tellement égales, qu’ils donnent aux bêtes une âme raisonnable, c’està-dire toute semblable à la nôtre. Porphyre, ./46s<m., 1. II, ch. xi, xm, XIV, etc., etc., 1. VI, ch. x, etc. Telle est encore l’opinion des sectes nombreuses qui croient d’une façon plus ou moins directe à la métempsycose, et dont, aujourd’hui, nos philosophes panthéistes reproduisent virtuellement la croyance. Pour les docteurs du catholicisme, l’âme de la bêle périt avec son corps ; mais pour les docteurs de la science purement profane, ceux que leurs études attrayantes, mais d’un ordre inférieur, tiennent le dos tourné vers le soleil et la face courbée sur la matière, ces maîtres de la science philosophique et sacrée ne sont rien moins qu’une autorité.
CONCLUSION
Le principe fantasmagorique ou vital, que des gens de mérite se sont figuré voir à l’œuvre, et se manifester dans les organes après la séparation de l’âme raisonnable d’avec le corps, n’est que chimère. Lors donc que vous vous imaginez 'le voir agir dans un cadavre humain , vous ne voyez qu’un effet produit du dehors par quelque agent physique, un travail interne de fermentation putride, ou, peut-être, un mouvement posthume imprimé par l’âme à l’organisme qu’elle vient de fuir ^ En dehors de ces impulsions, de ces mouvements naturels, l’action qui s’opère dans le corps après que l’âme intellectuelle s’en est séparée, voilà, non point le jeu d’une âme secondaire, mais de véritables merveilles. Elles sont de celles que de savants recueils déclarent sortis du sein de la mort, et qui se manifestent jusque dans les • débris des cadavres. Ce sont ou des miracles, ou de simples prestiges démoniaques. Celui que la cabale appelle le Prince des corps les produit alors dans les restes humains, où il les revêt d’une apparence de spontanéité trompeuse. Un jour il des développe avec une sourde lenteur; un autre jour il les tfait éclater avec soudaineté, sous les provocations de l’art magnétique ou magique. Mais ceux qui ne connaissent ni la vraie nature de l'homme, ni celle des Esprits et des choses, tni les secrets de l’art magique, — et c’est dire presque 'tout le monde, • — ceux-là, dis-je, se figurent alors que la nature seule agit. Prenant leur point d’appui sur leur ignorance, ils argüent de ce faux travail de l’organisme contre la vérité, qu’ils ne savent chercher à sa place, et que poursuivent, en conséquence, leurs efforts sans ce.sse déçus. Cependant, au nombre des docteurs qui réhabilitent sous le nom de principe vital l’âme secondaire ou animale de
* Lorsqu’il est certain que ce divorce solennel s’est opéré ; que la •mort est réelle. '