CHAPITRE PREMIER
phénomènes. Il en avait rendu témoins un assez grand nombre de spectateurs, dont les préjugés, le respect humain, l’orgueil s’étaient plus ou moins irrités et révoltés contre l’évidence. C’était à table, et Tune des personnes de sa plus proche intimité lui disait : « Oui, ce sont à coup sûr des Esprits qui nous brassent ces prodiges; mais dans le nombre de ces acteurs ne s’en rencontrerait-il point de bons?... — Non, non, ce sont bien des démons C » Et ce fut e7i se retournant vers moi que la chose fut dite, de telle sor^e qu’elle eut le caractère du tete-à-tête, m’affirme cette personne intime, personne intelligente et religieuse.
Que si cependant quelqu’un nous pressait de questions sur la droiture et la bonne foi de M. Home, aurions-nous une réponse à donner? Oui sans doute, et facile.
La loyauté de M. Home, le simple mortel, non doublé d’Esprits de l’autre monde, ce doit être pour nous chose incontestable; nous voulons l’admettre, et de tout cœur. Mais la loyauté de M. Home, le médium , oh! c’est là tout autre chose. Rien ne nous engage à l’imaginer, rien ne nous oblige à nous en porter garant, bien au contraire! et voici pourquoi. — C’est que le somnambule, le Voyant magnétique et le médium sont, dans leur état caractéristique, des êtres essentiellement trompés et trompeurs. Cela peut et cela doit se dire; car dans l’exercice de leur ministère, au moins, ils cessent totalement de s’appartenir. Le créateur, le grand maître de leur art, les domine! il les possède; et ce principe, ou ce prince, est celui du mensonge. 11 est le serpent séducteur, que reconnaît en l’an i 850, et que nomme de ce nom biblique, le magicien Eliphas, son apôtre; ce serpent, de qui Bossuet, répétant le mot si profond de
‘ Il savait sans doute , ou comi)renait naturellement, que la futilité dans le surnaturel est ITin des caractères les plus infaillibles do l’action démoniaque.
LE MONDE MAGIQUE
Tertullien, disait : a S’il montre sa tôle, il cache sa queue, et réciproquemetit. » Car si son intérêt est de se faire découvrir, son plus grand intérêt est de ne se point faire entièrement connaître ! 11 gagne plus, et l’expérience quotidienne nous le prouve, à se faire nier qu’à se faire adorer. Qui l’adore peut se repentir; mais qui le nie ne se méfiera point, ne se gardera jamais de ses ruses mortelles! Voilà qui nous donne, en quelques lignes magistrales et de bien vieille date, la clef des prodiges et des défaillances de la magie et du magnétisme, que les adeptes i’econnaissent eux-mêmes, par la plume du docteur Ashburner, comme « la base du spiritualisme, dont il est le couronnement nécessaire ». {Revue spiritualiste, liv. IV, n” 10, p. 64.)
Ce que l’Esprit inspirateur ou familier refusera de dire ou de faire, il inspire souvent aux somnambules ou aux médiums la pensée téméraire de le promettre en son nom. Puis, le moment venu, l’inspiration manque, la puissance dort, se retire ou ment. Quelquefois aussi, son amour-propre étant engagé, le médium se risque à dire ou à faire de lui-même, et par conséquent en jouant son monde, ce que ses impuissantes promesses avaient énoncé. L’Esprit menteur, dont il était le truchement, le pousse à l’orgueil et au mensonge.
Dans leur verve et leurs calculs de malice, les démons eux -mêmes, et souvent à la honte et au vif chagrin de leurs serviteurs qu’ils sacrifient, se plaisent à déceler, à éventer, à persifler ces ruses; car leur but est de conquérir la masse des hommes disposés à s’écarter du bercail de l’Église en les excitant à se partager, selon la pente de leur nature, en deux camps l’un de l’autre railleur. Ainsi donc, poussés qu’ils sont par ces malicieux Esprits' quelques-uns se perdent et se noient dans la plénitude même de leur foi en la grandeur et l’ulilité des oeuvres de ces maîtres retors; tandis que, s’engageant dans une voie toute contraire.