CHAPITRE PREMIER
d’autres périssent par l’ aveuglement et la grossièreté de leur orgueil, niant contre la parole du catholicisme, et devant l’impuissance alTectée ou la fourberie des agents démoniaques, l’existence du monde invisible.
Sous la simple logique de cette idée, je m’inquiéterai donc peu de savoir quelle fut la loyauté de M. Home, en sa capacité de médium ou de plénipotentiaire du monde des Esprits fourbes et railleurs. Mais ce que j’affirme sans hésiter et d’après les renseignements positifs que chaque journée m’apporta, c’est que les plus exquises précautions furent maintes fois inventées et prises contre les tricheries possibles de M. Home en exercice de fondions. Et, dans un nombre vraiment considérable de séances et d'épreuves, ce luxe et ce raffinement de défiances ne purent mettre une barrière aux plus étonnants succès du grand médiateur!
Devant ses tristes et futiles triomphes, il ne sera
point inopportun de rappeler un fragment des deux lettres si décisives que M. Robert Houdin, le célèbre prestidigitateur, permit à M. de Mirville de livrer à la publicité, après avoir étudié sur le vif les prodiges du magnétisme;, car les somnambules ne sont que des médiums de deuxième classe.
« Plus j’y réfléchis, disait, Robert Houdin, plus il 771 est impossible de les ranger parmi ceux qui font l’objet de mon art et de mes travaux. » [Lettre du 4 77iai 1847.)
« Il est tout à fait impossible que le hasard ou l’adresse puisse jamais produire des effets aussi merveilleux. » (Robert Houdin, 16 mai 1847. Des Esprits , 3® édit., p. 30-31.)
Or, la question des facultés du médium devait être tranchée par la même voie que celle dos prodùjos du niarjnétisme. Car, parmi la plèbe' ou le vulgaire des savants, suivant le mot de Pline [Erudilum vuUjus, Hist,, 1. II, ch. vu), et le vulgaire sans prétentions des gens de bonne compagnie, il se rencontrait devant les œuvres de M. Home
LE MONDE MAGIQUE
maint interprète qui, voulant concilier avec le témoignage de s'^s sens son incrédulité naturelle ou acquise, s’écriait : Oh! c’est vrai, c’est indubitable, c’est prodigieux ! Mais ?îow6- ?ie consentons a voir dans l’encbaînementde ces faits étranges qu’une série de tours habilement joués.
Un beau matin, on se rendit donc chez l’un des experts du caractère le plus officiellement irrécusable en œuvres de prestidigitation. Ce fut chez M. Moreau-Cinti , président de la société philomagique, qui compte parmi ses plus illustres membres M. Robert Houdin. INous savions que, de ses yeux exercés et perspicaces, cet honorable expert avait étudié les opérations du médium en vogue dans un lieu d’expérimentation, où se rencontrait un monde tout positif, ombrageux, très-docte, et dont il y eût eu péril à se jouer.
Une semaine ou deux auparavant, je m’étais proposé de faire cette visite eu compagnie fort compétente. Nous en avions attendu longtemps la possibilité, mais les circonstances y avaient mis un absolu Cependant, comme un certain jour je revenais de Rennes, chevauchant à toute vapeur sur le train d’inauguration des rails, je m’arrêtai, pour reprendre haleine, à l’abri d’une station.
— Eh bien, monsieur des Mousseaux , je me suis rendu chez M. Moreau-Cinti, me dit en m’abordant M. Henri Delaage, l’un des grands partisans et des fauteurs de l’acclimatation du magnétisme sous le méridien de Paris.
— Eh! donc, quelle fut sa conclusion?
— La voici : Rien de commun absolument entre les prestiges de son art et les prodiges opérés par Home!... » Mais j’ai relaté cette entrevue dans le deuxième numéro du Monde illustré (25 avril 1857.)
Et la bôte-à-feu du train de l’Ouest, poussant son silîlement féroce, m’emportait vers mes pénates d’hiver. J’arrive, je cours à mon cercle ; le second numéro du Monde illustré,