‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 24 sur 243 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

jeté les quatre pages en l’air sur une des tables du salon, semblait m’y attendre et provoquait mes regards; je le saisis, et je lis à tête posée ces quelques lignes ;

« Cet artiste supérieur, — M. Moreau- Ginti , — témoin de quelques phénomènes de Home, dans un appariement où il s'était assuré d'avance que ce dernier n’était jamais entré, nous a déclaré que, dès le début, il avait été clair pour lui qu’il y avait là ni subtilité ni adresse. »

Peu de jours après, ce même témoignage m’était confirmé dans les termes les plus explicites, et l’on y ajoutait les circonstances et les détails les plus propres à donner à celle relation la plus sérieuse valeur G

1 .l’ai fort peu l’honneur de connaître M. Delaage ; et l’école à laquelle il appartient à cette date n’a pour moi, je dois l’avouer, aucune séduction. Elle est plutôt celle que je combats; mais je veux, en passant, faire à M. Delaage la galanterie de citer sa description de l’illustre médiateur. Celle que je me suis permise est un peu plus sobre, un peu plus terne... Écoutons M. Delaage :

« Lorsque M. Home fit son entrée, cet hiver, dans la société, il y conc[uit rapidement toutes les sympathies par le charme mélancolique de sa nature p.\le et m.vladive, l’aristocratique distinction de ses manières, la modestie de son maintien, l’élévation de ses sentiments et, surtout, par cette expression d’ineffable tristesse qui, suivant le mot d’une femme d’esprit, fait de ce jeune homme à la chevelure d’un blond ardent et au regard charmant, un des blessés de la vie, une âme exilée sur la terre, qui tourne (l’ame) amoureusement sa vue vers les sj)lendides réalités de l’autre monde; un être fasciné par l’indélébile magie de l’éternité, qui contemple dans l’extase et le ravissement les invisibles habitants qui peuplent l’infini de l’espace. » N" 2.

Le blond ar(/cnf de la chevelure deM. Home ne m’avait point frappé, grâce peut-être à l’effet des lumières. Mais l’aisance, et non la distinction de manières, ainsi qu’un air naïvement câlin auprès des femmes, est effectivement assez remarquable chez ce jeune homme. Quant à la physionomie maladive, elle est presque de rigueur pour un médium ; l’expérience nous en a dit et nous en dira la raison.

De l’état maladif il est résulté, je le suppose, chez ce jeune homme virtuose, bien membré d’ailleurs, que les facultés intellectuelles sont d’une assez notable infériorité, ce ([u’il n’est point impossible des’ex- ’jâiquer de la sorte : certaines maladies fatiguent notre personne tout entière; et ce qui est habituellement fatigué ne peut être fort.

Dn nous pardonnera de n’omettre aucundruit caractéristique dans le

LE MONDE MAGIQUE

...Il m’arriva d’exciter pendant un instant la mauvaise humeur du puissant médium; et, certes, ce fut bien sans le vouloir; — car je n’éprouvais à son endroit qu’une compassion pleine de bienveillance. Je lui avais naïvement demandé quel était le mode de ses évocations! — Mes évocations ! croyez-vous donc, monsieur, que j’aie recours tà ces pratiques ?

— Non, non, sans évocations d’Esprits, je n’obtiendrais aucun résultat signalé , me disait de son coté le célèbre Ilegazzoni, ce redouté pi'ofessem^ de magnétisme!

On le voit, clans ce même art, les procédés de réussite semblent cheminer quelquefois en sens inverse, et rien de plus simple; car les rôles des Esprits d mconstance , qui en sont les grands maîtres, y sont partagés; et, sous leur souffle inspirateur, rien ne saurait être constant, ou d’une marche régulière et sûre.

Que si donc nous devons ranger M. Home dans une catégorie de magiciens, ce magicien, — mais disons avec un plus courtois ménagement ce vnédiiim, — ne serait point un évocateur d’Esprits. 11 serait meme, quant ci la, forme ^ tout le contraire, puisque, d’après ce qu’il daigna m’apprendre de sa propre bouche, ce sont les Esprits qui l’évoquent. Mais, en vérité, que peut-il y gagner, et quel hon-

portrait en pied du médium dont le nom, presque un mois durant, eut à Paris un retentissement égal à celui de Sébastopol.

M. Home était sans fortune aucune, mais il rencontra dans sa vie les plus généreuses hospitalités; aussi son désintéressement pul-il acquérir un renom , sans porter préjudice au bien-être ou même au luxe de son existence.

.le ne me rends jamais à des invitations rémunérées, me (\isait-il. A plus forte raison tiendrait-ü ce langage aujourd’hui; car on affq’me ([u’un legs d’une importance assez considérable a garanti son indépendance et, depuis, il a trouvé femme. La lignée "des médium se perpétuera par cette alliance, s’il a postérité. Tlusieurs cercles, plusieurs maisons essayèrent de faire travailler M. Home à deniers comptants, mais il s’y refusa.

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