II
Les médium à la Chine. — Faits et dates. — Singulières rencontres. — Supériorité du bon sens chinois, dans cette question, sur le bon sens européo-américain.
Un dernier et fort intéressant exemple des œuvres de nos Esprits savants, et au besoin lutins, nous attend dans le pourpris du Céleste Empire. Car là-bas encore, et surtout, ce fut leur goût de se choisir des médium de chair vivante ou de bois, pareils à ceux qu’il leur plaît d’élire et de multiplier aujourd’hui dans notre humble, partie du monde.
Oui , les étrangetés du spiritualisme sont de tous les temps et de tous les lieux. J’appelle, à propos de cette historique vérité, la sérieuse attention du lecteur sur les menus détails et sur l’ensemble de quelques passages fort curieux que je traduis d’une feuille bi-mensuelle , ayant pour titre V Ove7'land China mail (6“^ of june 4854), et que publie en Chine la colonie anglaise de Hong-tong. L’auteur est un de ces savants qui ont la loyauté de ne point mettre les faits sous le boisseau, mais dont l’esprit est trop infirme pour en reconnaître et pour en mesurer la portée; cette droiture est rare et mérite la reconnaissance des gens honnêtes.
M. le D*‘ Gowan, de INing-po, — tel est le nom de notre fort intéressant rapporteur, — se recueille et nous dit :
A mesure que s'étendirent mes connaissances du langage, de la littérature et des mœurs du peuple remarquable de la Chine, je devins frappé des rapports qui perçaient à mes yeux entre le monde oriental et le nôtre, de quelque côté que je foulasse le domaine de la pensée et des découvertes : Coincidences in ihomjht and discovei'ies. De là me vint l’habitude, en présence de nos hommes d’Occident, sous le
CHAPITUE PREMIER.
flot des divagations de nos illuminés, ou des rêveries de la philosophie transcendantale, vagnries of our illuminati, and trnnscendatalists , de tourner les yeux vers la Chine pour y découvrir la chose semblable^, et pour y suivre l’esprit humain'dans son parallélisme.
Lors donc que la nouveauté des tables tournantes, — c’est-à-dire des tables-médium, table ?noving, — acquit une importance assez notable pour mériter l’attention du professeur Faraday, je portai mes regards du côté de la Chine avec ma confiance habituelle, et bien m’en prit, car je ne tardai pas à me convaincre que, dans cet ordre de faits, les fils de Han avaient, une fois encore, pris de l’avance sur les étrangers.
Ici, le D’’ Mac-Gowan, cet admirateur passionné des Chinois, s’arrête à nous faire observer que les mêmes choses ayant souvent, en Chine, une manière de se produire toute contraire à celle qu’elles alîectent ailleurs, il n’y a pas à s’étonner que les tables, au lieu d’y tourner sur leurs pieds, manœuvrent en sens inverse, c’est-à-dire en dirigeant vers le plafond leurs membres inférieurs : they tvliirl about on their lieads , icith the netlier members pointiny to tire cieling.
lia table étant placée d’après un procédé qui rend ses évolutions faciles, « il ne reste plus au médium, nous dit le docteur, qu’à lire une formule d’enchantement que l’on peut traduire en ces termes :
« Ciel! supplie le ciel de t’accorder puissance! — Terre! supplie la terre de t’accorder puissance! — Dragon vert de la gauche, tourne à gauche. — Dragon vert de la droite, tourne à droite. — Si tu manques, j’appelle Ling le Jaune, le chef de l’espace, et je le prie de saisir sa cravache pour vous fouetter jusqu’à ce que vous détaliez à droite et à gauche, a To floy you, till you scnmper riyht and left. Et la table ne
G2 LE MONDE MAGIQUEi
larde guère à se mettre en mouvement! Mais le D" Mac- Gowan, ayant la sagesse de ne vouloir point s’en rapporter au simple ouï dire, ramassa quelques enfants pris au hasard dans la rue, et plaça leurs mains dans la position normale, sans laisser à aucun d’eux le moindre soupçon du résultat que l’on attendait de sa présence : Neither ofthem had the hast notion of what was eæpected. Presque aussitôt la table s’agita, puis elle se prit à tourner avec une telle vitesse que les jambes de ces pauvres enfants parvenaient à peine à la suivre; puis elle s’échappa par la tangente, frappant et mettant presque à njj l’os de la jambe de l’un de ces malheureux gamins : Nearly skinnimj the shin of an unlucky urchin.
La manœuvre de la table n’est qu’un amusement pour les Chinois {le docteur se contredit plus bas sur ce point) ^ bien que, dans l’empire tout entier, ôn ne trouvât peut-être pas une personne vivante qui ne fût convaincue que ce meuble est gouverné par des Esprits surnaturels : T7tere is perhaps not a Chinaman liviny , who does not fully believe that the motion is effected by supernatural ayency.
Cependant , quoique nul doute ne subsiste dans l’esprit des Chinois sur l’intervention des démons, ou des Esprits, dans les faits et gestes de la table, — to be the work of devils or spirits, — ce n’est guère au moyen des coups frappés par elle — rappinys — qu’ils entretiennent leur commerce avec l’autre monde, (Hadès, le Monde mfernal.) Cette méthode est celle du vulgaire le plus illettré; mais, dans les classes supérieures, c’est au moyen de l’écriture que ces relations s’établissent et suivent leur cours.
Le meuble écrivant est un panier * de quelque huit pouces
1 L’Europe a mis à profit ce progrès d’origine chinoise :
« Ici, le magnétisme animal est aussi connu depuis bien des siècles, ce qui montre que Mesmer n’en a pas été l’inventeur. Il en est ainsi des tables tournantes. Ces tables savent môme écrire, soit avec une plume, soit au moyen d’un crayon qu’on attache perpendiculairement