CHAPITRE PREMIER
des vices dont Taïeul transmet à sa postérité le virus plus ou moins élaboré, plus ou moins mûri. Songeons, songeons donc aux mystérieuses nécessités de cette loi, lorsque, cédant à la fougue ou aux apathies de notre nature, nous l’aidons a se détériorer, ou que nous la laissons se corrompre! Nos fautes, ou notre insouciance, c’est-à-dire nos propres mains , préparent alors le supplice de nos enfants, ces êtres en qui nous nous aimons avec un si vif redoublement de tendresse !
En un mot, songeons, en nous rappelant le sujet de ce chapitre, que pour atteindre, que pour inspirer, que pour obséder, pour tourmenter et conquérir un jour ceux qui, sortis de la source de notre sang, auront puisé dans notre être une origine vicieuse, le mauvais Esprit ne saura que trop souvent se servir et se prévaloir du passage que nos fautes lui auront ouvert! Aussi l’apôtre, prêtant sa bouche à l’Esprit de Dieu, donnait-il à l’homme ce pressant conseil, et pour lui-même, et pour ceux qui doivent hériter de sa chair : « Gardez-vous bien de donner entrée au démon. » (Ephés., ch, IV, 27.)
Le vice des institutions religieuses et sociales, et le mauvais régime des États, aidant aux vices de régime des individus, nulle corruption n’égala celle du monde idolâtre. Aussi, ces constitutions physiques et morales que leur origine prédisposait à la possession démoniaque s'y rencontraient-elles à chaque pas. Le nombre des pylhonisés et des possédés de celte longue période d’années en est une preuve efîrayante; et nous voyons ces malades fourmiller sous la main des exorcistes israélites, puis sous la main du Christ et des apôtres, dont la charitable compassion les guérissait de leur Esprit de maladie.
Nous ne saurions assez remarquer cette expression de l’Évangile : Esprit de maladie, spiritusmfirmitntis(%m\l Luc, ch. XIII , Id), surtout après avoir observé que tous
72 LE MONDE MAGIQUE
les somnambules lucides se trouvent dans un état de maladie, ou d’altération organique; et que l’immoralité se range au nombre des prédispositions capitales à la clairvoyance'.
En présence de cette pensée, que nous livrons avec confiance aux pères de famille, cessons de nous étonner s’il existe au milieu de nous tant d’êtres que le gouvernement moral et physique de leur personne rapproche si singulièrement du monde des mauvais Esprits, les exposant à tant de souffrances et de déboires dès cette vie, à de si cruels mécomptes un peu plus tard!