CHAPITRE PREMIER
non les voir, les entendre ou les sentir au dehors d’elle-meme. Les sens de nul autre que cette personne ne sauraient donc en être frappés. — Exemple ; Je suis sous le coup d’un rêve, et, dans mon rêve, je sens et je vois un cheval qui m’emporte; nul autre que moi ne peut voir ce cheval, que lé démon suscite en moi cette image ou qu’elle naisse tout naturellement d’une excitation aidée de mes souvenirs'. *
» Les phénomènes objectifs, au contraire, existent en dehors dit sujet ou de la personhe qu’ils affecterxt. — Exemple : Un cheval franchit à mes yeux l’espace. Tout le monde pourra voir ce cheval de la même manière que je le vois. On le verra, qu’il soit vivant ou bien que le démon se borne à en créer et à en manœuvrer le fantôme; car il est un objet indépendant de ma personne.
)) Cette distinction des phénomènes subjectifs ou objectifs correspond aux modes d’action ordinaires ou extraordinaires des agents du surnaturel.
)) Par suite de l’union de l’esprit et du corps dans la personne humaine, l’action la plus ordinaire de ces agents sur les âmes, — l’ inspiration ou la tentation, — peut occasionner dans certains systèmes nerveux plus ou moins excitables un retentissement correspondant, et duquel naissent des perceptions subjectives. Celles-ci, chez la personne qui en est affectée, imiteront peut-être les perceptions objectives, et participeront à quelques-uns de leurs effets : clairvoyance, prévoyance, visions, extases... à raison du principe surnaturel commun aux unes et aux autres. En se rendant compte de cette analogie d’effets, qui ont dans je surnaturel une cause réelle, commune, agissant d’une manière ordinaire ou extraordinaire, on arrive à distinguer la |)erception objective de la subjective, comme on distirigue la vue directe d’un objet de sa vue réfléchie dans un miroir, un son direct d’un son répercuté, le système nerveux tenant ici lieu de réllec-
LE MONDE MAGIQUE
teur ou d’éclio. El ceci nous explique conimeut les phénomènes objectifs peuvent aisément succpdar ou venir se mêler aux subjectifs, le rapport direct s’établissant aisément entre deux personnes qui s’entrevoient dans un miroir ou qui s’entendent par un ^écho.
)) Malgré le rapport de causalité et celui de quelques effets qui exis’tent entre le merveilleux objectif et subjectif, leur distinction n’est pas moins profonde que celle des deux termes qui les spécifient. Cette distinction est nécessaire pour classer et expliquer les faits historiques qui se rapportent à ces deux ordres dans l’une el l’autre mystique.
» Elle est également nécessaire au point de . vue des règles du discernement des Esprits, qui, bien qu’applicable aux faits objectifs et subjectifs, ne le sont pas toujours des deux côtés, de la môme manière ni dans la même mesure. Elle est indispensable dans la direction et la médication spirituelle pour juger, par exemple, si, contre tels accidents, il y a lieu de recourir au moyens directs ou indirects; si l’on doit user de Teau bénite ou bien du bouillon et des autres fortifiants du système nerveux, lorsque l’excitabilité des nerfs fait prendre à la tentation simple les formes de la diablerie.
» Il faudrait toute une dissertation pour montrer les applications de cette très-simple distinction aux points les plus compliqués de l’une et l’autre mystique. Et cette distinction explique pourquoi sainte Thérèse regardait V extase comme un effet de faiblesse dans les personnes encore peu accoutumées à l’éclat de la lumière mystique ; pourquoi elle mettait les visions corporelles au dernier rang, et les vues intellectuelles au premicT, comme venant plus immédiatement du bon Esprit, et étant moins sujette^ à tromperie '. Elle donne lieu de faire, dans les phénomènes divers de cet
‘ Voir plus Las, au chapitre Hallucinations , ces merveilleuses visions.