CHAPITRE DEUXIÈME
prier la morale magique dans ses doctrines contre nature lies plus éhontées. (Celle des sabbats-, lire le Banquet de Platon, etc., etc.) La médecine enfin lui emprunta ses principes et ses moyens curatifs. Elle se fit magie pratique, en se livrant aux exercices connus de nos jours sous le nom de magnétisme;' et l’art magnétique, — « que ses maîtres nous donnent enfin comme la base du spiritualisme » — (Revue spwit., t. IV, n° iO, p. 364), étant un des rameaux de là magie, et se confondant par là» même avec le culte, le médecin se confondit d’abord et longtemps avec le pontife. Or, le pontife magique étant médium ou médiateur, tel fut aussi le médecin!
Voilà donc le double personnage, ou plutôt le personnage dédoublé, .sur lequel il nous importe de jeter un instant les yeux, si nous tenons à savoir, quels rapports existent entre le médium de l’antiquité et le médium moderne, quelles affinités entre la religion des idolâtres et la magie ou le magnétisme; si nous voulons, enfin, parcourir avec intérêt et profit l’ensemble dont usa l’art magique lancé vers
son but, et dirigeant ses elTorts vers la conquête ^e l’bomme.
Ce que le bout de notre plume vient d’indiquer, nous allons le répéter et le dire sans longueurs, mais en développant assez nos prémisses pour qü’aucuu doute raisonnable ne survive à nos parojes.^
Anges ou démons, âmes de morts, âmes de vivants ou force lluidique universelle {mundane force y of Rogers)^ voilà les producteurs des faits que le monde inscrit sous le litre de surnaturel, et que, dans le livre de la Magie au dixneuvième siècle, nous venons de jeter au creuset de l’ana- I lyse. Ces agents ont captivé trop fortement nos regards pour que nous laissions planer au-dessus du domaine qu’ils occupent des ténèbres que nos efforts sauraient vaincre. Plaçons donc sous le jour do l’iiistoire cette première question :
80 LE MONDE MAGIQUE
Quels sont les excitateurs de ces (Hres, de ces forces étranges? A quelles mains, à quelles volontés, à quels personnages appartient-il en ce monde de mettre en jeu les multiples agents du surnaturel? Simple historien en ce moment, et prenant le lleuve des âges à sa source, pour le descendre jusqu’à nos jours , voici quelle serait notre réponse :
Les principaux moteurs de ces puissances extraordinaires, — lorsqu’une spontanéité que la providence de Dieu a ses raisons de permettre ne préside point à leurs actes , — ce furent et ce seront : les pontifes idolâtres, qui se confondent dans la haute antiquité avec les dieux médecins; ce furent et ce seront les rnagiciens et les sorciers, qui, par- une de leurs faces, se confondent avec le prêtre de l’idolâtrie, et par l’autre avec nos magnétistes transcendants ou nos spiritistes; ce furent et ce seront enfin les pylhonisés, c’est-àdire ceux que le langage désigne sous le titre de somnambules e|t de lucides, de médium et de Voyants, d’obsédés, de possédés, ou que sais-je encore? car les noms renouvelés se prêtent sans^cesse aux formes changeantes de la chose.
Déserteurs du culte de Dieu pour le culte des Esprits, qui les séduisirent comme ils avaient séduit nos premiers parents dans le paradis d’Eden, les idolâtres virent la science sacerdotale et le sacerdoce de leurs divinités sortir du principe de la magie, tandis que sous la dictée des Esprits, dont elle acceptait LA révélation, cette même magie devenait la source des pidncipes capitaux de Vart médical et de la philosophie des païens ‘. Il est vrai que, bientôt, de si grands scandales éclatèrent sous la verge du magicien que le sentiment moral des peuples, se soulevant contre ses crimes et ses impudences, le repoussa dans un isolement honteux.
1 Voir plus bas : Théologie et philosophie de la chair, substituées à la théologie et à la philosophie de l'esprit.