‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 43 sur 243 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Mais cette séparation de la science sacerdotale et de la magie, utile à l’existence et aux progrès de l’idolâtrie, fut plutôt partielle et nominative que complète, que réelle et durable.

Ramenés par le temps l’un vers l’autre, les rameaux les plus importants du tronc de l’arbre de la science du bien et du mal se greffèrent naturellement par approche, et se réunirent. La science sacerdotale, qui vivait de la table des dieux; la philosophie, habile à puiser dans le dogme religieux les monstruosités morales qui permettaient aux appétits sensuels de s’assouvir en paix ' ; l’art médical, qui livrait l’homme, par le corps, aux pratiques de l’art magique; et la haute magie, qui, mêlant l’insolence aux respects, prenait les maîtres du ciel à son service , voilà donc autant de choses qui ne furent, à l’une des époques les moins difficiles à scruter, je veux dire à l’époque des théurges, que des branches entre-soudées dont les canaux se partageaient une môme sève. Mais jetons d’abord sur les origines un rapide coup d’œil.

Sans remonter aussi haut que l’époque de Trismégiste, cité par nous en cet ouvrage , \e poëte théologien el philosophe, Homère, nous expose la doctrine religieuse des évocations... Plus tard, le divin Platon, nous dictant philosophiquement la doctrine morale des sabbats magiques, nous conduit en droite ligne aux philosophes-pontifes et magiciens : aux Plutarque, aux Apulée, aux Porphyre, aux Proclus, aux Jamblique, aux Julien l’Apostat. Enfin la magie, la science sacerdotale et la philosophie, confondues dans les doctrines et les pratiques des grands initiateurs, des prêtres telchines, curètes, dactyles, corybantes, etc., etc., firentelles jamais une plus étroite conjuration de forces qu’au

‘ lianquet de Platon-; Lucien, Sur les phiL, Plutarque, et autres documents que je produirai plus tard.

LE MONDE MAGIQUE

temps où elles se liguèrent dans la théurçjie néo-plnlonien7ie contre le christianisme triomphant ‘ ?

Mais donnons-nous modestement carrière, et laissons un membre de l’Institut, un de nos antagonistes, établir de sa main l’identité qu’il découvre, et que nous avons signalée nous-môme, entre les religions des. peuples anciens et la magie : Sa science est indigeste et courte, parce qu’il la sèvre de propos délibéré des lumières du catholicisme, contre lequel il se brise la tête; mais son érudition est immense. Dieu créa pour notre service ceux qui militent contre son Christ ; allons donc aux sources qu’ils ont creusées en

^ Observons chemin faisant que chez les Grecs, élèves du monde oriental ou primitif , Mayo; signifiaitlewia^/e, c’est-à-dire celui qui possède les hautes sciences magiques. Or, chez les Perses, qui les avaient devancés, le mage, prêtre et guérisseur, était le sage'; il était le philosophe par excellence, ce que le gynnosophiste était lui-même dans les Indes. De là, lorsque la science du mage se développe et, par conséquent, descend le long de l’abîme de la dégradation , en laissant découvrir celui qui est son principe et son but, de là le mot Mtxyotvsuo) , je fais le mage, c’est-à-dire je machine, j’use de fourberies, d’enchantements, de sortilège, de prestiges; de là le mot IMayeipo;, mageiros, cuisinier préparateur, mais à la façon du cpapixaxsuç pharmakeus, du vcneficus, ou du 77ialeficus , c’est-à-dire de l’empoisonneur, du maléficier ou du malfaiteur par excellence! car, ces noms sont, en grec et en latin, c’està-dire dans l’ancien Orient et dans le monde occidental, de même que dans la langue primitive ou hébraïque [chasaph), les dénominations vulgaires et légales du sorcier. Plus d’un lecteur me remerciera du passage suivant que j’emprunte à Ennemoser. Le mot et la chose nous seront ainsi montrés dans leur grandeur et leur avilissement.

« Magiusah, Madschusie, signified the office and Imowledge of the priest, who was called mag, magius, magiusi and aftervvards magi and magician.

«The Word mag, was used by Jeremias to indicate a Babylonian priest. In the modem Persian , the word mag, and raagbed , signifies high priest. Among the Parsees, the Medes, and Egyptians, a higher knowledge of nature was understood by the term magic, with which 7'eligio7i, and particularly astronomy (sabeism) were associated. The initiated, and their disciples, were called magician, that is theu'î.sc; which was also the case among the Greek. It is tfius, that Plato praises the AEoSsêcict. Lucian calls them genus u.avTtxoi/ xoù Aso^oyov; and Ciccro : Sapientiiwi el doctorimi genus 77iagoru7\i habebatur a Persis.» (Epnemoser, Hist. of Magic, v. I, p. I*. London, 18oi. Bg Jloirit.)

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