CHAPITRE DEUXIÈME
aveugles, et puisons, sans nous y noyer, les eaux où s’étanche noire soif île savoir.
« La nouvelle école de Platon, dit M. Alfred Maury, imagina une hiérarchie complète de démons, où ils (irent entrer une partie des divinités de l’ancienne religion hellénique, conçue d’une manière nouvelle et plus philosophique. » {McKjie et Astrolofjie, p. 89.) C’était proclamer le mot de l’Écriture : que les dieux des nations ne sont point néant, mais qu’ils sont démons. {^Psaume 95, ÿ. 5.) C'était reconnaître, comme conséquence, que leurs prêtres et leurs ministres, que ceux qui répandent leur enseignement et pratiquent les rites de leur culte, exercent sur eux un empire ou une action sensible, sont ou magiciens ou sorciers.
» Quoi qu’il en soit, ces philosophes distinguèrent de bons et de méchants démons, selon le caractère plus ou moins moral des fables débitées sur le compte des divinités, abaissées par eux au rang de génies secondaires ; et ils adaptèrent à cette théogonie la liturgie hellénique, mêlée de rites orphiques et orientaux. (P. 89, ib.)
M De cette façon , la religion de la Grèce , celle de l’Égypte, de la Phénicie et de l’Asie Mineure, celle de l’Assyrie et de la Perse , qui tendaient à se confondre et à se mêler avec elles, devinrent de simples démonologies. » (76., p. 89 à 91.) En d’autres termes, les lumières du christianisme obligeaient les philosophes eux-mêmes à rendre aux dieux à qui les attachaient leurs passions leurs noms primitifs et une partie de leur ignoble rôle.
Déjà chez le philosophe théurge ou magicien Porphyre, « la propension aux rites démonologiques est assez marquée ; elle devient manifeste chez Proclus. Le culte consista dès lors en hommages , en actions de grâces rendus aux bons démons , en conjurations , en exorcismes , en [)uri(icalions contre les mauvais. » — « Autrement dit, la religion » re-
LE MONDE MAGIQUE
prenant son caractère j)rimitif c\\qz les idolAtres, « devint de la magie; ce que Voyi n.pjoela de la théurcjie!') — « Tel est le caractère des derniers représentants de l’école néoplatonicienne. Des rites, dont la fusion s’opérait sous Y influence unitaire de l’empire romain, servirent à composer une liturgie nouvelle et d’un caractère éminemment sufierstitieux; toutes les vieilles pratiques de la magie furent donc reprises et accommodées à la démonologie platonicienne. » (P. 90-9i. — Porph., Deahstin., II, 38, 39, 43-47. — Procl. in Alcib., p. 9. — Amm. Marcell., ch. xxi, p. 3. — Eunap., Vit. Max.j p. 90.)
U Les philosophes distinguèrent celte magie divine, — qui se nomma théurgie, — de celle qui procède des démons inférieurs, et dans laquelle ils ne voyaient que mensonge et prestige. — Novateurs à la fois et entêtés du passé, les néoplatoniciens conservaient religieusement les anciennes pratiques et les traditionnels. » (76. , p. 91, etc.) « Sans doute, ainsi que l’a observé M. Vacherot, la théurgie avait un certain fond, rationnel La magie, telle que la concevait l’école néo-platonicienne, était fondée sur ce qu’on prenait pour les lois de la nature. Mais cette physique, où des êtres spirituels étaient sans cesse substitués aux forces mécaniques et physiologiques, aboutissait en fin de compte à d’étroites superstitions; de là l’impuissance de la réforme qu’ils tentèrent®. » {Ibid.^ p. 92.)
« Aussi lorsque la rigueur des lois poursuivait les magi-
‘ Hist. de l’école d’ Alexandrie, t. II, p. i45.
- Ce passage montre beaucoup à qui sait y voir! La théurgie avait un certain fond rationnel, nous dit-on, parce qu’elle était fondée sur les lois de la nature. Mais l’erreur, d’après M. Maury, est précisément ce qui, dans cette croyfmce, constitue selon nous la vérité catholique ou universelle; vérité plus ou moins faussée. L’erreur, dit M. Maury, est de voir {)artout des démons, des êtres spirituels, au lieu de forces mécaniques et physiologiques. — M. Maury conçoit donc des /brccs réelles, des forces motrices, des causes premières qui ne soient point spiri-