CHAPITRE PREMIER
intelligences invisibles, plutôt qu’avec celles de l’esprit inspirateur. Nul étonnement, néanmoins, le médium étant un être presque passif, si les caractères de la dictée s’abaissent parfois fort au-dessous des connaissances et du talent de ce médiateur. Nul étonnement, non plus, si ce pythonisé s’élevant par l’inspiration fort au-dessus de lui-même trace ses phrases, ainsi que nous le vîmes faire, dans un idiome qu’il ignore, et fait étalage des dons intellectuels qui, vraiment, semblent tomber des nues pour le combler.
On s’écarterait donc de toute justesse d’appréciation si l’on prétendait établir que, de toute nécessité, l’ignorance et les qualités scientifiques et morales du médium, déteignent sur le style et les mœurs des Esprits. La science ou l’ignorance, la distinction ou la honteuse grossièreté des réponses obtenues par voie de médiation, nous ont souvent convaincu du contraire; c’était quelquefois à la confusion de personnes dignes et vertueuses qui n’avaient guère soupçonné, je le pense, à quels risques elles s’étaient livrées en se prêtant à de telles expériences. J’ignore dans quelles proportions ordinaires s’exerce X'aation composée de ces deux êtres reliés en un seul, l’Intelligence invisible et son médium, c’est-à-dire son médiateur de chair et d’os. Ou, plutôt, ce que je sais, c’est que l’irrégularité qui convient aux actes des mauvais esprits, préside à tous les phénomènes de cette nature. Et d’ailleurs, quel sens infirmatif donner à l’ignorance accidentelle de l’instrument dont il plairait aux Esprits de se servir? Quelle sérieuse objection puiser dans le vice et la défectuosité de la forme du discours, lorsque l’on voit sortir de la plume ignare et inhabile du médium un fond de vérités, de révélations étranges et de science! En un moment, — et f>lus de dix mille individus en France ont été témoins de ce prodige, auquel le magnétisme déjà, nous avait familiarisés d’un bout de l’Europe à l’autre ;
LE MONDE MAGIQUE
en un moment, un médium lucide révéle les circonstances les plus oubliées et les plus secrètes de toute une existence étrangère. Vous croyez l’entendre lire couramment dans ce livre de vie, où nous savons tous qu’au jour le jour se sont inscrits nos actes, pour réapparaître tout vifs à nos yeux à l’instant où le plus terrible des tressaillements nous fait passer de cette vie fugitive à la vie sans fin.
Rien, sans doute, n’est plus solidement établi, pour ceux qui font de l’bistoire une étude, que la vérité des plus fameux oracles du paganisme, devenus muets devant les chrétiens! (Lire surtout le P. Balthus, contre Van Dalen et Fontenelle : Réponse à V Hist. des oracles.)
Eh bien! le paganisme lui-même avait, et devait avoir, ses incrédules, puisque les dieux qu’il adore étaient ces mêmes Esprits de qui Bossuet et Tertullien rappellent que la ruse favorite est de ne se laisser voir qu’en se dérobant ! Et c’était encore dans les vices de formes de leur langage que cette incrédulité puisait une de ses principales ressources. Aussi le savant P. Costadau, dans son Traité des Signes (vol. V, p. 254-5), vient-il sur ce point en aide à notre mémoire. Ses pages nous redisent les railleries des Cyniques, des Épicuriens, et de je ne sais quelles orgueilleuses écoles de la Grèce , sur la pitoyable et proverbiale facture des vers que débitaient, au nom de l’oracle de Delphes, ses médium attitrés, ses pythonisses.. . Eh quoi! le'dieu de la poésie se refusait à communiquer à sa prêtresse de poétiques inspirations! Eh quoi! la bouche prophétique ne modulait que des vers détestables, et celte bouche prétendait s’exprimer au nom du dieu? Donc elle mentait! Oh ! sans doute, tel devait être le mot, pour la race trottemenu de ces beaux Esprits qui ne savent voir et mesurer en toutes choses que les superficies, que la délicatesse des arrangements, et les grâces de la forme. Pour eux donc.