‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 53 sur 243 · CHAPITRE TROISIÈME. ; /]oi · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. ; /]oi

ou goIUes les dactyles de la gauclie, et comme délieurs d’enchantements — œjxlvoyzBç, — OU exorcistes, les dactyles de la droite. {Id., v. 1, p. 203.) Delancre , à propos de ces guérisseurs magiques ou magnétistes, qui ppéraient de son temps sous le titre de saludadorès, nous rappelle la manière de procéder « des corybantes , lequels estoient cinquantedeux , dont les trente-deux, qui formoient le plus grand nombre, donnoyent les malébces, et les vingt, qui estoient le plus petit, fesoyent semblant de les guérir » et souvent les guérissaient. {Inconstance ^ p. 358.) Ainsi se justifiait sans cesse le mot de Tertullien sur les guérisons démoniaques : « Ils mettent en train le mal; et, lorsqu’ils l’arrêtent, vous vous figurez qu’ils l’ont guéri! » {Apolog.^ p. 22.)'

Quoi qu’il en soit, la Grèce reçut sa science religieuse de l’Égypte et de la Phénicie, instruites elles-mêmes par la Chaldée, où le sommeil divinatoire avait, dans le temple de Bel, ses prêtres et sa pythonisse somnambule, que le dieu visitait sur un lit sacré. (Hérodote, l. I, ch. CLXxxi-CLXxxii.) La religion, la magie magnétique et la médecine furent donc, entre les mains de ces praticiens sacrés, une seule et même science, un seul et même art. Les passes, la divination et les rêves inspirés avaient été le principe et devinrent comme le fond et le dernier mot de ce moyen tout surnaturel de guérir.

Nous apprenons, en effet, des histoires locales que l’enceinte d’un grand nombre de temples, outre ceux d’Esculape et d’Apollon, se divisait en chambres à coucher, d’où sortaient les oracles, ayant pour organe la bouche des malades endormis! Et ce sommeil fatidique, ce sommeil traditionnel, enseigné par la Chaldée aux Égyptiens, initiateurs des Grecs, ceux-ci l’appelaient ky/.6gr,aLt^ et les Latins mcubalio. Une des fonctions du prêtre endormeur était de recueillir les paroles qui s’échappaient des lèvres du malade

LE MONDE MAGIQUE

pendant ce somnambulisme ninçfiquej car le somnambule ^est sans mémoire pour les mois que sa houc/ie a prolerés. 11 les leur répétait au réveil comme une révêlaiion divine; et rien ne les aidait |)lus puissamment dans l’exercice de l’art sacerdotal que V inviolable secret de leur ministère, transmis de père en fds, et dans un nombre étroitement limité de familles, selon la coutume égyptienne. Nous devons aux Latins la description de ces massements et de ces passes magnétiques usités pour obtenir le sommeil divin

Fléchissant sous le poids de ce sommeil artificiel, les malades révélaient à haute voix les médicaments (iropres à les guérir, et on les entendait annoncer tantôt leur guérison, tantôt leur mort, ou celle de l’étranger pour lequel on les avait mis en séance. Leurs prédictions, souvent marquées au sceau du merveilleux, et quelquefois dictées dans le langage de la poésie, n’étaient cependant point infaillibles. Et d’ailleurs, les dieux de ces temples, qui se savaient inhabiles à produire de véritables miracles , avaient discipliné leurs prêtres à ne point admettre au sommeil divin les consultants atteints d’un mal organique et incurable. Cependant, si par hasard un malade frappé de quelqu’un de ces maux qui ne pardonnent point s’était introduit dans les asiles sacrés, on avait soin d’attribuer sa mort aux défaillances de sa foi, à ses méfaits ou au Destin , ce dieu suprême que, dans leur aveuglement, les païens se représentaient comme aveugle !... Plaute et Arnobe insistent sur cette circonstance que les poitrinaires, entre autres ( Infectas tahifici^

morbis)^ ne découvraient dans les temples aucun remède qui

' Percurrit ajjili corpus arte iractatrix

Maiiutnqiic dociatn sjiaroit oimiihus membris.

(ni, Mabtiai., èpiffr. 82.)

Quid si ego ilium iractim laiigain ut dormial.

Oui, dit Mercure, je vais lui faire des passes très-lentes, jusqu’à ce qu’il tombe endormi. (Lire Plaute, V Amphitryon.)

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