CHAPITRE T R 0 1 S I È M E
leur convînt; et que vainement ils fatiguaient Esculape de leurs prières et de leurs vœux!
Le sommeil prophétique exigeait d’ailleurs un certain nombre de dispositions préliminaires: ainsi, le malade devait s’abstenir de vin pendant un temps déterminé (Pausanias, 1. I, ch. xxxiv), dans la crainte que l’éther — ce qui équivaut à dire les forces fluidiques de son ûme — ne fût souillé par les fumées de cette liqueur, A Pergame, celte abstinence durait pendant quinze journées; et, dit Gallien, le médecin ordinaire de ces malades n’eût jamais obtenu d’eux ni l’obéissance indispensable à ces cures, ni la résignation nécessaire au régime des sou?'ces sacrées et fatidiques de ces temples! Eaux vénérées et dont la vertu surnaturelle venait en aide au sommeil curatif; car, observons-le bien, il était notoire — et de là le culte àes sources divines — que, semblables aux vapeurs oraculaires , elles communiquaient de temps en temps aux buveurs le don de prophétie. Quelquefois même elles rendaient la parole aux muets, et leur effet le plus minime était de faire perdre à jamais toute saveur à toute eau profane que buvaient par la suite ceux qui leur avaient demandé la santé * .
Des fumigations, des massements, des manipulations,
des passes, et l’emploi de certains onguents qui tiennent le milieu entre ceux de la médecine et ceux de la magie : voilà quels sont, en définitive, les principaux moyerîs de [>répara-
‘ Sprengel, traduisant Aristide et Pausanias, p. 157, sur la source sacrée de Pergame, etc. — Voir, dans mon livre Dieu et les dieux, les sources oraculaires qui sont des sources à Esprits, près de Varbre et de la pierre-dieux ! Quelques-unes de ces eaux avaient sans doute des qualités minérales; mais leur vertu générale était magique! Elles prenaient les saveurs très-diverses de l’eau que l’on înagnétisc à telle ou telle intention. — Voir la Magie au dix-neuvième siècle. L’usage do ces ablutions et de ces boissons était d’ailleurs accompagné d’un traitement magnético-magique , dont le but semblait être de facilitera notre nature des rapports avec une nature supérieure.
LE MONDE MAGIOUE.
lion curative, et quelques-uns ont un caractère tout sacramentel. Le malade étant une bonne fois disposé pour le SOMMEIL DIVIN, le prêtre l’étend sur la peau d’un bélier l'raîcbement offert en sacrifice^ ou sur des lits sj^)lendides dressés dans les lieux sacrés, et destinés à recevoir la consultation des immortels. (Pausanias, 1. Yll, ch. xxi; 1. I, ch. XXXIV5 l.'X, ch. XXXII.) Quelquefois, alors, on entend la divinité parler à ceux que le sommeil accable non moins divinement que dans le temple chaldéen de Babylone; que dans le temple de Thèbes, en Égypte, ou qu’à Patare de Lycie. D’autres fois même le dieu de la santé apparaît, accompagné d’autres divinités (Aristoph. Plut., v. 701), ou bien il emprunte, pour se manifester, la forme du serpent. On dit que Vénus apparut sous celle d’une colombe à la célèbre Aspasie, et la guérit d’un ulcère qui lui rongeait 1e menton. (Ælian Var., 1. XII, ch. i, p. 54.) Un dieu fit connaître en songe à Alexandre le Grand une racine qui devait guérir un de ses généraux. (Curt., 1. IX, ch. viii; Strabon, 1. XV, p. 105-2.) Mais souvent aussi rien ne se révèle au malade, si ce n’est le remède G
^ Knot Sprengel , Histoire de la médecine, p. 160. On trouvera la peinture des pratiqyes magnético-magiques réunies dans un seul passage de l’Énéide. 11 s’agit des habitants primitifs du Latium, dont le culte se confond singulièrement avec celui des druides; voir Dieu et les dieux ou Un voyageur chrétien, etc., chap. xxxvi ;
Zf/cosque sub alla
Consulit Albunea : nemornm qu.x inaxiina sacro Fonte sonat (ctilie de la pierre, de l’arbre et de la source), sævainqiie exhalatopaca mephitini (vapeurs oraculaires, ou fluides de Delphes, de l’antre de 'l’roplionius, etc).
Ilinc llnlæ gcnlcs, omnisqiie OEnotrin telliis.
In dubiis responsa pelunt : Imc dona sacerdos Qiuiifi lulii, cl cœsariim ovtinn sub nocie .silenti VellUnni inciilniit siralis, so^1^^S(y^(e pctivit ;
Mulia iiiodis siiiiidaciM vidct uoZ/fun/iiimiiris, l'A varias audit voccs, frailtirrjuc ileoriiiu Colloquio, alqiie imis .Achcronia arfalur Avernis.
(ʻen/e, I. vu, V. 81.)
Je me rappelle que l’on me fit voir dans les souterrains, ou enfers.