CHAPITRE QUATRIÈME
le pouvoir ' ! Et ne le voyons-nous point de nos jours encore à titre d’instrument conducteur, ou plutôt talismanique et sacramentel, devenir le signe, l’auxiliaire et le moyen de la puissance que le magnétisme ou la magie continue de donner à ses adeptes?
La main des plus grands opérateurs de prodiges s’est donc armée delà verge sacramentelle. Et depuis quelle époque? Je ne le sais! Ce que, toutefois, nul écolier chrétien n’ignore, c’est que, dès les jours de Moïse et d’Aaron, déjà la terre d’Égypte, défendue par la verge de ses magiciens , est par celle de l’homme de Dieu frappée de plaies terribles^. Par elle, les flots de la mer Rouge entr’ouverte restent pétrifiés, tandis que la pierre du rocher verse de son flanc l’eau de la vie en source intarissable!... Mais je m’éloigne à grands pas d’Israël, et je cours puiser quelques souvenirs au milieu des vérités de l’histoire fabuleuse dés dieux et des héros.
Signe redouté de la puissance antique , la verge a mille noms, mille formes. Le plus ancien des écrivains profanes et des initiés, Homère, la désigne par un mot qui signifie quelquefois rayon {rahdos). Et l’or pur a formé ce rayon, cette verge {kruséiê), c’est-à-dire, observons-le bien, — car il s’agit de percer des mystères , — c’est-à-dire qu’elle a pour substance le métal que l’usage et la science astrono-
1 Ils ont sur-le-champ tout ce qu’ils veulent; ils marchent en l’air; ils ne sont point mouillés quand il pleut, etc., etc. Il est chez eux une colline autour de laquelle règne un brouillard (vapeurs, fluides), dans lequel des Indiens se rendent visibles ou invisibles à volonté, etc. ^ L. III, ch. XV, Philostrate. — Orietur Stella ex Jacob, et consurget virga de Israël. Nmn., c. xxiv, 17. Virga tua et baculus tuus, ipsa me consolala sunt. Psa/rn. xxii, if. 4. Virga directionis o/rr/d regni tui. Psalm. xuv, A- 6. Quomodo confracla est virga fortis, baculus^ etc. Jerem., ch. xi.iv, 17. Jacob adoravit fastigium virgœ ejus (Joseph). Saint Paul, H, llébr., if. 21. Virgam virtutis tuæ emittet Dominus ex Sion. Psalm. cix, U 2.
‘■^Papyrus égyptiens traduits par M. F. Lenormant, n° de février 1858, du CorrespündaïU. — Exode, ch. vu, etc.
114 LE MONDE MAGIQUE
niique ont donné pour symbole au soleil. Elle est, en efiet, la force, l’ornement, le signe de pouvoir du dieu soleil Apollon, et, de ses mains, elle passe en celles du messager, du héraut des dieux, de Mercure, qui la nomme son caducée. Elle est, au môme titre, le sceptre {skêptron, en grec, signifie bâton, verge) des chefs de nations , le sceptre des princes' qui, dans l’origine des temps, sont prêtres, rois, pasteurs des peuples ,et qui, par leur qualité de pontifes, se confondent et s’identifient avec le dieu qu’ils représentent {voir ci-dessus). Plus lard, à l’époque où ces pouvoirs se divisent, la verge devient la crosse du pontife, ministre du dieu suprême, et pasteur du troupeau des fidèles.
En mille endroits différents et , par exemple , sur le sol du pays Chartrain, ou de notre noble Bretagne et des îles Armoricaines, le sceptre, le bâton, la verge sacerdotale se transforme en légère et 'souple baguette sous les doigts gracieux delà fée, qui succédait aux redoutables druidesses : [Sena, etc., etc.) Plus tard, le corps de cette baguette grossit, lorsque la fée s’éclipse derrière la sorcière , et la flexible houssine devient le manche à balai sur lequel les filles maudites du sabbat chevauchent dans les airs. Le magicien, leur compère, rogne et raccourcit ce manche, le réduit à des dimensions plus exiguës et le transmet, en disparaissant de la scène, au magnétiste de nos jours. Ce dernier le porte en guise d’instrument auxiliaire; il en use sous le nom vulgaire mais significatif de canne, c’est-à-dire, selon le sens étymologique, en guise de bâton creux ou de canal, servant de conduit à son fluide. Ainsi figurait la canne magnétique aux mains de Mesmer '. Mais remontons vers la haute antiquité d’où nous sommes descendu pour un instant, et ache-
1 Canna en latin, xawa en grec, et kanch en hébreu , signifient roseau, c’est-à-dire plante qui forme un tube, un conduit, un canal naturel. Aussi le latin dérive-t-il canalis, canal, de canna.