‹ Les médiateurs et les moyens de la magieChapitre 62 sur 243 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

VOUS d’y chercher la racine perdue de quelques vieux usages.

Esculape était le fils d’Apollon ; la verge marquait un de ses attributs; et naguère encore le représentant d’Esculape', le médecin, ne se montrait point sans se donner pour maintien caractéristique ce symbole de la science et de la puissance curative , cette verge ou ce bâton magistral , baculus. Nos vieilles comédies, ne songeant guère pourtant à nous rappeler l’antique alliance de la science magnétique et sacerdotale avec celle de la médecine, nous ont rassasiés de la vue de ce sceptre médical ! Elles n’ont même point oublié de lui donner le nom de cet autre bâton d’armes, signe de puissance martiale et nobiliaire, dont nos rois armaient les bras d’un corps de gentilshommes d’élite formés pour leur garde; c’est-à-dire le nom de canne 5 bec de corbin ou de canne à forme de lituus. [GenUs homines ■ on nommait ceux-ci genlilshommes à bec de corbin.) Et le lituus, insigne du haut pouvoir sacerdotal, et portant aujourd’hui le nom de crosse, avait été, par imitation des temps primitifs, l’insigne de l’augure étrusque, prêtre et représentant d’Esculape, ministre enfin du pouvoir médical et magique de ce dieu. {Virgn brevis., incurva^ qua Augurus, etc. Sam. Petiscus, art. Lituus).

Ainsi, donc, et pour expliquer clairement l’origine divine et l’usage magique de la verge, le dieu soleil Apollon, père d’Esculape, se dépouilla jadis en 'faveur de Mercure de l’un de ses rayons (rabdon), ou de la verge devenue caducée, en doublant sa vertu de celle du serpent , vivante image du mauvais esprit, qui, promettant la vie, ne donne que la mort! Et c’était à l’aide de cette môme baguette que Circé, prêtresse ou fille du Soleil, semait autour d’elle les prodiges! {Odyssée, X.)

Apollon chassé du ciel, avons-nous dit, portait ce rayon {rahdon)., ou celte même verge recourbée en forme de

LE MONDE MAGIQUE

crosse, de houlette ou de liliiiis. Il la portait en qualité de dieu Lucifer devenu pasteur, et de devin; car ce dieu, conducteur des troupeaux d’Admète , fut le chef des bergers, ces premiers possesseurs et ces derniers héritiers de la puissance magique, qui, tombée si bas, date de si loin. Mais puisque la verge se fait caducée, elle nous entraîne à jeter un coup d’œil encore sur le dieu Mercure qui la reçoit des mains d’Apollon.

Au point de vue de la mythologie transcendante, .Mercure se confond, ainsi qu’Esculape, le dieu de la médecine magique, avec le dieu suprême soleil et iiature. (Voir mon livre Dieu et les dieux.') Il est la meme divinité, sous un autre nom. Représenté, figuré, mimé par son prêtre, il est, chez l’un des peuples les plus anciens de la terre, le divin Hermès, l’interprète du ciel, le législateur, le prince de la magie antique, le çp^and. maître de la maijie éijyptienne : cette magie dont la puissance éclate devant Moïse par la VERGE , et que nous venons de voir se confondre en Egypte^ ainsi qu'en Chaldée, avec la science sacerdotale et l’art de guérir magnétique. C’est armé de cette verge qu’il conduit les âmes aux enfers, et qu’^7 les évoque * !

« C’est par elle qu’il chasse les vents, et qu’il fend les nuages. » (Jacobi, 87.) Mais il nous faudra remarquer que lorsqu’elle exerce sur les hommes son pouvoir magique et divin, c’est le plus souvent en laissant échapper de sa substance une vertu toute magnétique! Homère, cet initié savant et qui avait reçu le dépôt de la science traditionnelle de la main des adeptes les plus rapprochés du déluge, l’exprime en termes exprès : « Mercure, le conducteur des

‘ Les magiciens en héritèrent. Voir le Tasse, en tète de ce chapitre. Lire Mercure-Trismégiste, Pimander et Asclépias. — /c/., le jugement qu’en portent les deux Champollion, Égijpte, p. 139. — Id., le passage de saint Augustin, Cité de Dieu, 1. CXXIV, sur cette puissance magique.

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