CHAPITRE QUATRIÈME. iH
rêves, répand les douceurs du sommeil en charmant de sa baguette les yeux des hommes qu’il veut endormir; et c’est par la grêce du môme charme qu’il les tire de leur assoupissement ‘ . »
Plus tard, entre les mains d’Esculape, fils d’Apollon, que l’antiquité identifiait avec son père, c’est-à-dire qu’elle faisait dieu soleil, mais à la fois dieu serpent et dieu de la médecine, la verge magique et le serpent se rencontrent. Or, ce serpent est celui dont la gueule fit connaître « une herbe magique qui ressuscite les morts » ; et « la baguette ailée, le caducée, est une baguette dont la possession rend l’homme qui la manie maître de toute guérison. » (Jacobi, p. 470.
— Grimm., Mythologie allemande, citée par Ennemoser, p. 545.)
A l’aspect de certaines statues de prêtres égyptiens, dont la main porte un bâton, Ennemoser devine donc la vérité, sur laquelle il se questionne, lorsqu’il s’écrie : Mais n’est-ce point là le conducteur magnétique? et serait-il possible de l’y trouver? Car il est semblable à ces verges métalliques,
- à cette verge d’or de Mercure, — dont le magnétiseur
arme familièrement sa main! (V. I, p. 267.) Et, pour
notre part, ne serions-nous point reçus à penser, en rapprochant les unes des autres ces nombreuses et inaperçues vérités de l’histoire mythologique et profane que, dans cette verge d’Apollon, de Mercure et d’Esculape, que dans cette
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oov [XEToc '/Epciv, xaXri'/, y puTEr/jv, — ty] x’avSpôiv oatxaxa wv eOcÀei, xduço’auxY) — xat u7rvd)vxotç, é'fcipti. — Odijssee, ch. xxiv, V. 31 0. — Cil. V, V. 46, se rappeler le sens de Os^yeiv, charmer, flatter, aasüupir, tnaf/nétiser, d’où les Telgines ont tiré leur nom. — L’héliolâtrie et i’opliiolàtrie, c’est-à-dire le culte du soleil et le culte du serpent, avaient fini par se confondre, comme à Babylonc dans le lemple de Bel, et.à Delphes, etc., etc., où l’on adorait à la fois le soleil et le serpent. Ils se confondaient en Mercure et en Esculape, tenant le caducéCj ou la verge magique cpii représente le raymn (rabdon), et le serpent. (Voir mon livre Dieu et les dieux.)
LE MONDE MAGIOUE.
verge doublée du serpent, que dans cette verge qui se change de toutes pièces en serpent aux mains des mages de Pharaon, la puissance curative magnétique se confond dès une anti-quité vraiment insondable* avec la puissance magique et sacerdotale? Enfin, cette meme verge, primitivement métallique, n’est-elle point redevenue, grâce aux traditions mystérieuses par lesquelles se perpétue la magie, le bâton conducteur que nous voyons, que j’ai vu moi-même produire de si singuliers effets sous la main des excitateurs de l’agent pseudo-lluidique de notre magnétisme ?
Aussi, ne craignons point de le redire, elle joua quelquefois sur la ligne parallèle à celle de l’ordre médico-démoniaque un rôle sacré. Voyez : la femme de Sunam s’adresse au prophète Élisée pour la résurrection de son fils, et le premier mot du prophète à son serviteur est celui-ci : Prenez mon bâton en votre main , et le mettez sur le visage de l’enfant. Le serviteur obéit, mais la vertu qui devait sortir du bâton fut rétive; et le prophète s'étonna de celte défaillance insolite. Dieu, cette fois, attachait sa grâce à un autre signe, qui ne lui faillit point. (^Rois , liv. IV, ch. iv, T. 29, 31, 34, 35.) Moins indocile fut cette puissance entre les mains de saint Bernard :
Une pécheresse se sentait poussée vers les abîmes du désespoir par les tortures amoureuses que lui iniligeait un démon Esclave d’un pacte qui la lie, affligée dans son corps et dans son âme, et ne sachant plus à quel saint se vouer pour obtenir sa délivrance, elle apprend un beau jour l’arrivée et le passage de Bernard, le grand docteur et le grand saint. Empressée de lui porter l’aveu de sa faute et de ses tour-
1 Quelle antiquité que celle de Moïse, narrateur des faits reculés, et même que celle d’Homère, décrivant des traditions cl des faits AKciETis DÉJÀ DK SON TKMPS !
2 On verra ailleurs que, souvent, ce phénomène démoniaque n a aucun rapport avec le phénomène de l’hallucination naturelle.