CHAPITRE QUATRIÈME
ments, elle court aussitôt vers l’homme de Dieu. ■ — ((Prenez mou bâton, lui dit-il, posez-le sur votre lit, puis, attendez chez vous en paix celui qui vous obsède... » L’Esprit revient à son heure, apparaissant sous la forme humaine qu’il a coutume de revêtir chaque soir. Il tente de s’approcher du lit; mais, vains efforts! une vertu qui l’arrête sort du bâton; devant elle il recule et disparaît, vomissant le blasphème et d’atroces menaces.
Quelques jours après, officiant et figurant entre les évêques de Chartres et de Nantes, saint Bernard donnait dans le lieu saint tout l’éclat et l’authenticité de sa parole à ce pouvoir actif et divin dont son bâton venait d’être comme le véhicule et le conducteur. En présence d’une immense assemblée de fidèles, il affranchissait solennellement cette femme de son démon , auquel il défendait de s’approcher de toute autre. (Lire Thyrée , Loca infesta , ch. xcii. — Binsfeld, De conf., Mal., p. 230, etc.)
A côté de la verge, qui fut entre les mains de Moïse un signe sacramentel de la puissance divine, la vertu sacramentelle et prodigieuse, mais suhoi'donnée , de la verge des magiciens est un fait avéré dans l’hisloire. Nul de ceux qui savent puiser à ses sources ne s’étonnera donc qu’une branche tout entière de la magie, — c’est-à-dire que l’art sacerdotal de la divination, — ait emprunté de la baguette l’un de ses noms principaux, ou le nom de rabdomancie. Et que de personnes , dans les temps passés ou présents, se sont laissé prendre à quelqu’une des trompeuses apparences de cette baguette magiquement indicative 1
Un mot donc, un mot sérieux et concluant nous reste à dire sur ce guide ancien et toujours nouveau de tant d’aveugles.
L’une des gloires de nos académies, M. Chevreul, ap|)liquc son esprit à l’élude de trois sujets qui, dans sa perjsée, sont
LE MONDE MAGIQUE
solidaires : le pendule explorateur, les tables tournantes, et la baguette divinatoire'.
Poursuivant les œuvres de la baguette jusqu’à la fin du quatorzième siècle, M. Chevreul admet avec franchise que, « jusqu aloi's, elle ne servait à reconnaître que les choses DU MONDE MORAL ». Mais, au moment où va sonner la clôture du dix-septième siècle, elle donne aux Esprits un mouvement analogue à celui que viennent d’imprimer à notre monde les tables pythonisées. (P. 35-49; — de Mirv., p. 38.)
Après avoir emprunté les éléments de la discussion au P. Lebrun , au philosophe Malebranche et au célèbre abbé de Rancé, M. Chevreul s’écrie donc: « Il est impossible de mieux raisonner que ne le fait le P. Lebrun quand il veut prouver qu aucune substance matérielle n’agit sur la baguette, et que son mouvement dépend d’une cause libre intelligente. » (P. 9; — de Mirv., p. 38-39.) Or, ce que le P. Lebrun déclare de prime abord, c’est que, pendant deux mille ans, on s’était servi de la baguette pour deviner l’avenir et arriver à la connaissance des choses les plus secrètes. Et, selon la juste remarque de M. Chevreul, « raisonne à merveille y>-^ car, loin de se laisser déconcerter par les caprices et les insuccès de la baguette, il prouve aux physiciens qu’une cause physique agirait avec une régularité constante! Il démontre aux partisans des corpuscules.... émanant des objets cachés que, la baguette ne tournant ni sur
1 Ouvrage publié en -18o4, chez M. Mallet-Bachelier. — Brochure de M. de Mirville, Question des Esprits, ses progrès dans la science, p. 37, etc. — Voir, id. dans Gorres, v. lit, c. xi, la Rahdomancie. Lire les faits qu’il rapporte comme certains. Ses explications suralambiquées, selon sa maladive habitude, trouvent leur complète réfutation dans les quelques mots du savant M. de Tristan, en ce chapitre. — Le chapitre De la baguette divinatoire, de M. le eomte de Résie, Ilist. et traité des sciences occultes, i857, v. II, p. 159, contient des recherches curieuses et confirmatives de mon travail, que j'avais terminé longtemps avant d’avoir jiarcouru ce livre, animé de deux esprits assez contraires, mais riche en matériaux.