CHAPITRE CINQUIÈME
et de le guérir de la lèpre. Le prophète commence par déconcerter la pensée de cet idolâtre en lui disant ; Allez et lavez-vous sept fois dans les eaux du Jourdain. Naaman, tout aussitôt, de se courroucer et de s’dcrier : Je croyais que, se tenant debout, il invoquerait le nom du Seigneur son Dieu, et que iouchnvt de sa main ma lèpre, elle serait guérie. {y^ ^Re(j es, ch. v, ÿ. 11.) Il ne s’agit que d’obéir au prophète qui parle au nom de son Dieu, lui disent des voix amies. INaaman obéit, et sa lèpre disparaît. Le contact, l’imposition des mains, dont V opinion générale lui faisait considérer la vertu comme souveraine et nécessaire, sera cette fois inutile
Les Juifs amènent à Jésus-Christ un homme dont ils lui demandent la guérison; et par quels termes se figurent -ils donner à leur requête un sens intelligible et complet? — « Seigneur, imposez-lui les mains ! » (Saint Marc, c, vu, ÿ. 22.) Un autre jour, ils présentent un aveugle au Fils de Dieu, et le supplient de le toucher. Jésus lui met de la salive sur les yeux, et lui impose les mains. A l’instant même, la vue de cet homme lui revient; mais elle est faussée! Jésus, qui voulait mesurer la marche du miracle à celle de la foi de l’aveugle, lui met de nouveau la main sur les yeux, et la guérison est complète. (Saint Marc, c. vni, f. 22.) Il touche les veux d’autres aveugles, et la lumière leur est aussitôt rendue. (Saint Matthieu, c. xx, ÿ. 34.)
Le persécuteur de la foi, que l’ Esprit-Saint foudroie et aveugle sur la route de Damas, en le remplissant de sa grâce, l’apôtre futur des Gentils, saint Paul, voit en vision un homme du nom d’Ananie qui, pour guérir sa vue, lui impose les mains. [Act. aposL., c. ix,y. 3, 12.) Et plus tard, le père de Publius étant malade, saint Paul, après avoir fait sa j)rière, lui imposa les mains ei le guérit. {Ibid., c. xxviii, 8.) Enfin, dit saint Marc, comme pour étendre aux siècles à
LE MONDE MAGIQUE
venir cette merveilleuse puissance, ceux qui croiront imposeront les mains sur les malades , et ces malades seront guéris. (Ch. xvi, f. 17.)
La main, comme la baguette, est donc, dans l’ordre divin, un s'Ujne sacramentel et un moyen d’exercer la puissance. Mais cette vertu vient de Dieu ou émane du démon; et la foi surtout, chez l’opérateur ou celui sur lequel il opère, la met en mouvement. Ainsi l’ombre de saint Pierre, en tombant sur les malades, en fait des gens valides {Act. , ch. v, 15); ainsi le linge qui a touché le corps des apôtres chasse les démons, et rend aux infirmes la santé. {Ibid.^ c. xix, X'. 12.) Il en sort donc une vertu semblable à celle que Jésus sentit sortir de lui lorsque, dans la foule, une femme l’approchant par derrière toucha la frange de son vêtement. (Saint Luc, c. VIII, 46.) Cette môme vertu surnaturelle, émanant de l’Esprit-Saint, s’échappait des ossements du prophète Elisée, dont le contact ressuscitait un mort. (IV, Reyes,c. xiii, >'.21.) Elle sort des reliques des saiists, qui vécurent ou qui succombèrent en combattant pour la foi L Les évocateurs, comptant sur le secours des Esprits qui les servent, agissent d’après le même principe. Ainsi se procurent-ils une relique, un débris des corps dont ils veulent évoquer les âmes!... Et cette main, ces saintes reliques ou ces débris impurs, sont des signes, des moyens, et comme des canaux que se plaît à traverser la grâce divine ou diabolique, avant d’opérer ses effets! (Lire Porphyre, Des sacrifices, ch. Du vrai culte, — Dupotet, Magie dév. — Voir les citations plus bas en cet ouvrage.)
...Ne négligez point la grâce qui est en vous, et qui vous a été donnée, suivant une révélation prophétique, parVim-
1 Sanctorum niartyrum... ossa deponantur in ecclcsiis... ut émanent ex cis sanctitates et utilitates ægrotis, inlîrmis, paralyticis et indigentibusaliis. Ex anliq. constitutionib. Ecclesiaruin orientalium, c. i.xii. Off. de la Saint-Demjs.