CHAPITRE SIXIÈME. Ut
et l’y maintient à l’aide d’un étroit bandeau. Ce léger appareil doit être conservé pendant la durée complète d’une neuvaine, et cette neuvaine a ses conditions précises. Nous ne considérons point l’insertion de cette relique au front comme une opération chirurgicale, ni les précautions prescrites dans la neuvaine comme la cause de la guérison miraculeuse. (Ibid., p. 150.) Car, entre les mains du médiateur, c’est-à-dire du prêtre en exercice de fonctions à Saint-Hubert, celte parcelle de l’étole n’est qu’un signe sacramentel. Mais Dieu, récompensant la foi des fidèles et des humbles, attache à ce signe d’abord une grâce sensible, celle de la guérison; puis, autre prodige, il y attache le droit de faire sortir une grâce analogue de la bouche du patient, devenu lui-même un merveilleux médiateur par le fait de la taille qu’il a subie. Car le taillé, — chose aussi facile à vérifier que prodigieuse, — peut ainsi que l’aumônier de Saint-Hubert suspendre, par le répit qu’il accorde, les effets les plus violents du virus de la rage dans la période d'incubation.
Au prêtre le privilège de donner le répit à terme ou à vie; tandis que le droit du taillé se borne à le concéder pour un laps de quarante jours. 11 est vrai que celui-ci peut indéfiniment reno\iye\eT la mesure de ce délai. (Ibid., p. 169.) Le prêtre, par la simple conséquence de ses fonctions, et le taillé, grâce à l’acte de fol qui lui fait accepter dans sa chair la relique du saint, sont devenus comme ses représentants et le canal de ses faveurs. (Ibid., p. 169.) Mais ce serait une grossière erreur que d’attribuer ce pouvoir soit aux membres de la confrérie, soit aux chevaliers de Saint-Hubert, soit aux charlatans forains ou de toute autre variété qui profanent avec une impudence plus ou moins naïve et discréditent des choses saintes et dignes de respect.
L’effet du répit est à'assm'er contre les effets du venin les personnes mordues ou infectées par les animaux atteints
de la rage. Sa vertu , toute prodigieuse, suspend donc la marche et l’action du virus jusqu’à ce qu’il soit loisible au malade de se rendre en personne à Saint -^Hubert et de s’y faire guérir et assurer à tout jamais. [lhid.,p. 161, 168.) Car, il esta savoir que les gens taillés dans ce sanctuaire, ou que les possesseurs du répit, n’ont plus dans l’avenir rien à redouter des atteintes de ce mal implacable ; il appartient meme aux taillés d’arrêter impunément un animal hydrophobe, de calmer ses accès pour un temps, et de le charmer, si l’on me permet ce terme, de telle sorte que vous le voyez mourir d’une mort tranquille et douce. (/6^V/., p. 160, etc.)
Le livre de M. l’abbé Bertrand énonce les conditions de la neuvaine, dont quelques-unes sembleraient bizarres si nous ne devions y voir de simples et naïves pratiques de pénitence, de soumission et d’humilité. Leur date antique en explique le caractère; et d’ailleurs, elles se trouvent entremêlées de précautions purement hygiéniques; telle est cependant leur nature, que les médecins les déclarent impuissantes par ellesmêmes à opérer une guérison, et rien ne nous semble plus saisissante évidence. Mais quiconque les supposerait efficaces dans leur isolement, peut à ses risques et périls, en tenter l’expérience. (7Z)«/., p. 156, 160.) Ce qu’il y a de positif, c’est que toute superstition est étrangère à ces pratiques, qui réclament en leur faveur l’approbation de l’Lglise... {Ibid. , p. 157.) Elles s’accomplirent dans tous les temps, «ous les yeux d’un nombre immense d’évêques qui firent le pèlerinage de Saint-Hubert, et sans que jamais ces juges naturels de la foi, témoins des usages et des cérémonies de la taille , aient eu la pensée de faire entendre la plus légère parole de doute ou d’objection. (/W., p. 158.)
En l’an 1671, quelques docteurs de l’Université de Paris semblèrent, il est vrai, se prononcer contre cet immémorial usage (7/>7c/., p. 156, 158, 181); mais que sont dans