CHAPITRE SIXIÈME. I
dent {ibid.^ p. 154), ne voilà-t-il point là quelque chose de plus merveilleux encore dans ses effets que la taille et sa neuvaiue, déjà passablement merveilleuses elles-mêmes ‘ ?
Il est donc temps que je me retourne vers ceux qui, tout à l’heure, m’interrogeraient le rire aux dents. 11 est temps qu’à celte question sortie de leur bouche : « La taille et le répit vous inspireraient donc quelque conliance? » je réponde par cette autre question :
Si quelque animal enragé lacérait votre corps, aujourd’hui que le singulier traitement du sanctuaire de Saint-Hubert vous est assez passablement expliqué, quel parti vous semblerait le plus sûr? Vous abstenir ou vous y rendre? La cautérisation de vos plaies,, — à moins qu’elle n’attaquàt votre chair presque aussitôt que la dent du chien, — et les médicaments si variés que ces blessures pourraient recevoir de la main des chefs les plus experts de la faculté, notoirement inhabiles à guérir la rage, serait-ce là ce qui vous inspirerait une confiance égale à celle de la taille et du répit? Choisissez ou cumulez; car il s’en faut que le médiateur de Saint- Hubert vous interdise aucune de ces précautions purement humaines! {Ibid., p. d76.) Elles lui sont de toute inutilité; mais il les accepte le plus volontiers du monde, sans que ce traitement préalable nuise au succès du répit et de la taille, ou le favorise. Eh bien, répondez-nous donc,
’ Con.sulter encore sur ces divers points le témoignage de M. l’abbé J. Schmidt, curé-doyen de Saint-Hubert, 16 juin 1845. [Ihid.^ p. 161, 162. — Lire id., p. 178.) « Depuis dix ans, nous dit-il, dix persopnes sont mortes après avoir été taillées, parce qu’elles n’ont pas observé la neuvaine, et qu’elles n’avaient pas de confiance en saint Hubert, ainsi que l’ont attesté leurs j)ropres parents et leurs curés respectifs. » Lire le nombre considérable de ceux qui sont taillés annuellement. {Ibid., p. 161, 162.) «Et nous avons taillé des personnes qui avaient reçu des i)lessures tellement graves, dans leur combat avec des bétes enragées, (ju’elles en sont demeurées estropiées. » {Ibid., p. 185.) Du 12 octobre 1806 au l'-*- janvier 1835, plus de ([uatre mille huit cents personnes furent taillées. On taille annuellement cent trente à cent quarante personnes mordues (t sang. {Ibid., p. 161.)
UG LE MONDE MAGIQUE
Iiümmos de foi si robuste aux doctrines de la négation! A' oyons, si tout îi coup vous vous trouviez tout sanglants sous les crocs d’un animal écumant de rage; si votre femme, si votre fils uniqioe, si votre fille chérie se voyait à l’improvisle dans cet état lamentable et si redouté qui suit le moment où, l’œil en feu, la gueule bavante, un chien qu’agitent le tremblement et les fureurs de la rage se jette à belles dents sur la chair de nos membres, la vaccine de son satanique virus et la déchire , que penseriez-vous? La raillerie vous monterait-elle aux lèvres, ou le mal de la peur vous guérirait-il du mal de l’incrédulité ? Quel conseil ou quelles défenses sortiraient de votre bouche, et que feriezvous? Cacheriez-vous avec une résignation d’autruche votre figure sous les draps de votre lit, ou bien*, vous agenouillant devant M. l’aumônier de Saint-Hubert, prieriez-vous sa discrète personne de taire et de cacher votre nom ?...
Vous pâlissez, vous balbutiez,... je veux être généreux, et ma parole cesse de vous presser; mais, à votre question de tout à l’heure, que mes questions servent de réponse!... Ah! oui, tant que la santé pousse en nous sa sève et tend nos muscles, la taille , le répit de saint Hubert , toutes ces sottises nous scandalisent... Mais lorsque la mort menace et grimace; lorsqu’elle va pousser sur nous ce dernier cri, ce cri de joie du chasseur : Hallali !... oh ! que notre parole est caressante pour les saints !... En tous cas, laissezmoi, par un récit authentique et confirmant la vertu surnaturelle de la taille, ajouter quelque chose encore au scandale que je vous ai donné.
Un beau jour, tout un peuple émigrant s’enfonça dans un affreux désert; le fait est parfaitement historique. La région maudite qu’il traversait se trouva tout infestée de serpents, dont la morsure donnait une mort rapide et terrible. Innombrables furent les deuils et la désolation. Or, le chef de ce