CHAPITRE PREMIER
décrivait dans leurs plus minutieuses circonstances les divers épisodes de cette seconde phase du naufrage.
Une voix lui disait en même temps : Attendez; recueillez les détails qui ne tarderont point à vous assaillir; vous vous demanderez ensuite si c’est bien dans votre esprit que vous puisez ces connaissances (icliether it was in her own inmd). Or, au bout de quelques jours d’attente, on reçut la conlirmation complète et authentique des révélations qui l’avaient éclairée.
Depuis lors, la faculté de savoir ce qui s’accomplit à de grandes distances se perfectionna singulièrement en elle. Ainsi, par exemple, des conversations ou des actes qui se passaient à plusieurs centaines de milles du lieu de sa résidence frappaient à l’instant même ses oreilles ou ses yeux, ce qu’elle démontrait en faisant aussitôt prendre note des personnes, des lieux et du temps ’.
Le don des langues qui vint un peu plus tard la saisir, excita bientôt après autour d’elle une vive admiration. Car, à l’exception de son idiome maternel, elle ne sait que quelques misérables bribes de français. On l’entendait, cependant, s’exprimer tout à coup en neuf ou dix langues étrangères; et quelquefois elle les parlait une heure de suite avec la (jrâce et la facilité des indigènes
Des étrangers conversent, par son entremise, avec l’âme de leurs amis décédés. Un Grec de distinction s’entretint tout récemment avec elle pendant un laps de quelques heures, et obtint réponse à ses questions , tantôt en anglais , et
1 D’autres exemples de cette faculté sont rapportés dans l’ouvrage du grand-juge Edmonds.
2 Cette science de passage, (pie les Esprits font soudainement éclore ou éclater en elle, et dont nos spirites s’émerveillent, est celle que nos pères condamnaientsous le nom art notoire la science infuse que le magnétisme a reproduite de nos jours. V"" Thiers, Saperst., ch. xxiv, p. 247. Id., les Conférences d’Angers, au tilre Art notoire, etc.
LE MONDE MAGIQUE
tantôt dans son propre langage, c’est-à-dire dans l’idiome hellénique, dont le premier mot lui avait été jusqu’alors inconnu ! Qui donc usait de ses lèvres pour semer ces paroles ?
Le don de la musique ne tarda guère à s’ajouter à tous ceux qui fondaient en quelque sorte sur sa personne, et s’y insinuaient. Elle chante donc, elle compose, elle improvise à la fois les paroles et les airs; et ses chants, animés d’une mélodie suave, expriment dans les langues de l’Allemagne ou de la Pologne, de l’Italie ou des Indes, des sentiments d’une noblesse qui s’élève quelquefois jusqu’au sublimé.
Le dernier progrès de miss Edmorids consiste dans la faculté demV les Esprits , et d’assister aux scènes du monde spirituel. A peine donc, maintenant, s’écoule-t-il un seul jour sans qu’elle aperçoive, et décrive, des Esprits qui lui sont absolument étrangers. Mais que le sourire du doute railleur n’effleure point nos lèvres; car, aussitôt qu’elle se prend à les dépeindre, les amis des âmes que sa parole décrit reconnaissent et nomment les morts qu’elles ont animés; il leur semble les voir. Un nombre considérable d’incrédules ont été confondus, atterrés, et ramenés, par les preuves irrécusables de ces dons prodigieux qu’elle a semés et multipliés autour d’elles '.
Jadis, lorsque l’agent spirituel et intelligent de la magie possédait ces malheureux intermédiaires , quelquefois si
1 Quoique ayant lu et cité les écrits du docteur Dexter, du grandjuge Edmondset du sénateur Tallmadge, ancien gouverneur du Wisconsin, j’extrais ce passage du Spiritual-Telegraph , n° t45, 4 0 fév. 4 855. La raison de ce choix est dans le témoignage si flatteur de M. Bovee-Dods, leur adversaire, pour les écrivains de cette feuille. Mais, à propos de ce dernier phénomène des apparitions, qui est au nombre de ceux que nous voyons pulluler sous les pas (Jes grands médium et des spirites, nous ne pouvons omettre les paroles que, du haut de 5a propre expérience, nous adressait le célèbre philosophe et adepte Cornélius Agrippa, répétant en quelque sorte les enseignements des phi-
CAUSERIE AVEC LE LECTEUR
J’offrais au public, il y a deux ans, un livre tout à fait indépendant de ce dernier, et qu’il accueillit avec grâce : la raison en paraît assez simple, l’heure de ce livre était venue; il ne devait étonner que les faibles. Son titre disait : La Magie au cliœ-neuvième siècle , ses Agents , ses vérités , ses mensonges.
Quel y avait été le premier de mes soins? Le voici : Placer sous l’œil de tout investigateur une série de faits marqués au sceau du Merveilleux, et que, de mes yeux, j’avais vus, vus à loisir et de nouveau, puis encore : faits nombreux, d’ordres variés, et dont ma plume ne signait le passe port que lorsque de doctes et graves amis, unissant leur vue, puis leur parole à la mienne , devaient chasser de la pensée de tout homme sobre jusqu’à l’ombre du doute.
Mais, les auteurs de ces faits étranges, de quel nom devions-nous les nommer? anges? démons? âmes des morts? âmes des vivants séparées pour un instant de leur corps, et par quel art? force mystérieuse et Huidiforme? force indélinie, inconnue? Que de points d’interrogation, et que de sujets de recherches !
Et les anges, ou les Esprits, sont-ils doués des moyens de se prêter à l’exécution de tels phénomènes? Mais d’abord qui sont les anges ou les démons? Que sont les âmes? damnées ou bienheureuses; souffrantes, séparées du corps ou liées au corps, peuvent-elles tomber sous nos sens, prendre* forme et nous apparaître? Et, se dérobant dans leur iiivisi'.
II LE MONDE MAGIQUE
•bilité, doivent-elles obéir à notre parole, céder à nos désirs, se plier à notre service? ou bien, deviennent-elles, à leur bon plaisir, la terreur et le Iléau des vivants?
Puis, l’ange, l’âme, le démon nous tiennent-ils, au gré de leur caprice, un langage intérieur 5 et la nature leur at-elle permis de pénétrer et de piller la pensée de l’homme?
Mais, d’autres questions encore, et souvent moins brutalement accueillies, agitaient ces pages. Un fluide universel, revêtu de caractères merveilleux et presque divins, érnanet-il de tous les corps de ce monde? Y porte-t-il, selon sa mesure et sou activité, ses facultés prodigieuses ? Le fluide oraculaire de l’antiquité ne serait-il pas celui que nous voyons réapparaître, escorté de tout un fracas de phénomènes? IN’aurait-il point quelque vérité tombée dans l’oubli, quelque important secret à nous redire? Et le fluide animal ou animique du magnétisme, qu’il soit ou non le même que celui des oracles, ne devrait-il point achever, pour notre édification, ces merveilleuses confidences? En un mot, le tout-puissant Protée des anciens, cet être à mille formes et dont le caprice se joue des mains ouvertes pour le saisir, est-il ce mystique fluide? ou bien, le fluide par la grâce duquel s’opèrent ces prodiges n’est-il au contraire, — s’il existe, — qu’un passif instrument de ce Protée? En d’autres termes, de malins Esprits seraient-ils les agents ordinaires du magnétisme; et cet art, fécond en merveilles, ne présente-il à nos yeux éblouis qu’un des chatoyants aspects de la Magie???...
La tradition , la doctrine et notre propre expérience nous conduisirent donc au travers de mille récits de larves et d’apparitions, d’étrangetés et de merveilles, en face de la force, Iluidique ou non, mais latente, dont les explosions venaient de réveiller le monde.
Après avoir envisagé, tour à tour, l’aspect physique et l aspect intellectuel de ce Grand Inconnu, nous avons étudié
ni
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puis décrit ses goûts religieux et ses tendances morales’; il nous sembla ne l’avoir point quitté sans le dépouiller de ses voiles.
Et, d’ailleurs, le Yoyantisme, ce prodigieux état de quelques tristes élus de l’humanité, en accumulant ses phénomènes sur la personne de ses sujets les plus célèbres, nous oflrit l’avantage de rendre animés et parlants les nombreux exemples dont s’étaient enrichis nos chapitres, et d’en concentrer la lumière sur un petit nombre de têtes. Nul résumé n’accumulait plus de vie.
Telle fut la tâche conduite à fin dans le volume de la Maçjie au dix-neim'eme siecle , et l’illustre P. Ventura, l’ayant examiné feuille à feuille, écrivit en tête une lettre des plus flatteuses, reproduite par l’éditeur, et dont le lecteur orthodoxe me permettra de détacher quelques phrases afin de le rassurer :
« Enfin, votre livre fera justice à la fois de cette tourbe niaise qui, dans son incomparable aplomb, ose contester des faits admis par l’humanité tout entière; et de prétendus savants... qui, respirant à pleins poumons l’absurde, nous gorgent d’interprétations aussi contraires à la véritable science qu’elles le sont au plus vulgaire bon sens. »
« Dans un temps d’ignorance et de négation universelle, il y a du courage dans une telle entreprise. »
« Parfaitement orthodoxe, vous avez su éviter les erreurs
de Gorres, dont le livre fourmille d’hérésies religieuses
et scientifiques, et fausse du même coup la science et la foi. »
(( Vous avez traité votre sujet en maître ; ne vous arrêtez pas en si beau chemin. Dieu bénira vos efforts, » etc.,'^tc.
Lorsque tombaient sur mon livre ces paroles d’encouragement, j’étais en train de marcher; l’illustre docteur le savait, et je ne me suis point arrêté; voici cette année quel est mou
IV LE MONDE MAGIQUE
titre : LE MONDE MAGIQUE; et les sous-titres en donnent la clef : les médiateurs et les moyens de la magie; les hallucinations et les savants; le fantôme HUMAIN et le principe vital. Il appartient à la table des matières d’en offrir à la fois le plan d ensemble et les détails ; elle en est le tableau microscopique!...
La Magie est donc ! elle a ses agents ; c’est là ce que nous venons d’établir. Établissons aujourd’hui que ses agents, à leur tour, ont leur moyen d’action et souvent leurs médiateurs : nombreuses et pullulantes familles qu’il n’est point sans intérêt de connaître.
Médiateurs et moyens! Effacez ces deux termes de nos recherches, et toute notion de la Magie reste tronquée, boiteuse, incomplète; tandis que, les saisir et les suivre de l’œil au jour fixe et sobre de la vérité, c’est pénétrer la partie mystérieuse d’un art perfide, autour duquel recommence de nos jours à se jouer une foule imprudente.
D’autres médiateurs, bâtons-nous de l’exprimer, et d’un ordre autrement élevé que celui de la Magie, occupent une ligne parallèle. Nous nous estimons heureux, chemin faisant, d’initier nos lecteurs aux œuvres de ces hommes sacrés; et, convaincu sommes-nous que, tôt ou tard, ils en éprouveront une reconnaissance sérieuse. Quiconque voudra céder au plaisir de se rendre en touriste au magnifique pèlerinage de Saint-Hubert pourra voir et revoir à satiété l’un de ces médiateurs détruisant, à poste fixe, dans les veines humaines, et au nom de l’un des serviteurs du Christ, le virus indestructible de la rage
Mais, hors de cette ligne radieuse et sûre, que glissant et scabreux est le terrain sur lequel s’aventurent nos pas ! Que de provocantes illusions, caressant nos appétits curieux , s’v mêlent aux réalités qui frappent nos sens! Il faut donc qu’un rayon du jour jeté sur ces sources d’erreur y prête au public
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ses clartés. Sinon, que de chutes et de ruines, si grand est le nombre, et si nombreuse est la diversité des esprits qui s’engagent dans ces questions, qui s’amusent et se laissent prendr^^ à leurs futilités apparentes ; si rares sont enfin ceux à qui ne manquent ni les moyens ni le temps d’en sonder les ténébreuses profondeurs!
Omettre le soin de répandre cette lumière, en vérité, ce serait, si l’on y songe, céder le haut du pavé à certaines spécialités scientifiques, infectées du virus de préjugés d’écoles ou d’amphithéâtres, mais auxquelles un courtois et assez légitime usage décerne le nom de savants; ce serait laisser leur parole se substituer , cà noire grand dommage, aux données de l’expérience et aux règles les plus simples du bon sens; ce serait s’éclipser lâchement devant des hommes pour les- (juels, — sur ce terrain, — tout est raison, excepté la