CHAPITRE HUITIÈME
Hallucinations doctorales. — Premier exemple : Gertrude Fodrat. — Est-elle possédée? — M. le d*' Forni et ses deux confrères. — Attaque inopinée de la Consulte médicale des États Sardes, contre ces docteurs; son hallucination. — M. le d*’ Forni la confond par l’autorité des médecins illustres qu’elle invoque. — Leur dire sur les maladies causées par l’action des Esprits. — Le mot dé Kant.
Lorsqu’il s’agit de traiter et de guérir un mal, le point essentiel c’est de le bien connaître. Nous croyons donc rendre un service de quelque valeur à un grand nombre de nos savants européens en mettant le doigt sur une plaie dont ils sont misérablement affligés. Et quoi de plus ridicule, en effet, chez de tels hommes, que ce mal de Y Hallucination négative, dont l’une des singulières bizarreries est de leur faire voir dans les yeux d’autrui des symptômes d’égarement qui n’ont de réalité que dans leurs propres yeux?
Parmi les chefs scientifiques, — ces conducteurs de la pensée nouvelle que nous voyons s’élever sur les sommets inégaux des sciences, — nous pouvons prendre au hasard nos exemples de désordres visuels, c’est-à-dire les échantillons de ce mal hallucinalif que le Merveilleux provoque en se manifestant, et que notre tâche actuelle est de signaler. — Cédant aux invitations de l’un de ces hasards, nous descendons le versant du mont Cenis, et nous entrons dans la capitale du royaume Piémontais.
MM. les docteurs en médecine Forni, Vallauri et Bellingeri*, exerçant leur profession dans la ville de Turin, s’y réunirent en consultation le 10 juin 1850. Il s’agissait d’examiner une femme du nom de Gertrude Fodrat, originaire de Bessan en Maurienne. Des phénomènes convulsifs inex-
‘ M. le docteur Forni dit de ceux-ci : « Distinto per ingegno, e di studi non volgari. » — Del mondo degli spiriti , e délia sua efficacia mil’ universo sensibile, etc., p. 4., per Giacinto Forni. — lorino, tipog. Speirani, 1851.
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plicables, accompagnés d’effets musculaires supérieurs aux forces humaines, faisaient de celte malheureuse fille un objet de pitié. Le môme mal venait d’éprouver tout naguère un de ses cousins, Augustin Clapier. Tous deux, s’étant rendus en conséquence au sanctuaire délia Consolata^ y furent soumis à des exorcismes, à la suite desquels Clapier recouvra la jouissance d’une santé parfaite. Mais il en fut autrement de Gertrude, et cette brave fille, après avoir goûté toute une semaine de calme parfait, retomba dans une série de convulsions dont les accès s’accrurent bientôt en fréquence et en durée.
Or, nous disent ces trois docteurs, après avoir soumis Gertrude à notre examen, après avoir interrogé sur son passé ses nombreux parents et amis, il en résulta pour nous la conviction : l°que cette fille, âgée de vingt-trois ans, était remarquable par la vigueur musculaire de sa constitution 5 2“ qu’elle était exempte de toute trace de maladie ou d’infirmité ; 3” que l’époque critique avait suivi chez elle son cours de la manière la plus facile et la plus douce. Enfin, jouissant de la pleine liberté de son esprit, elle conservait une entière connaissance d’elle -môme, et sa constitution n’offrait aucun rapport avec celle des somnambules, des somniloques, ou de ces êtres à tête faible dont une capricieuse et tyrannique imagination ne bouleverse que trop facilement les sens. C’était, en un mot, la vraie fille des montagnes dans sa condition la plus naturelle de physionomie et de santé, etc. (P. 137, ibid.)
Gertrude n’a souffert aucun mal dans son corps, aucune affliction dans son esprit qui, jamais, aient pu jeter la moindre perturbation dans son organisme. Voilà ce qu’elle déclare elle-même, et ce que les siens, séparément interrogés, confirment par l’unanimité de leurs témoignages. Ses plaintes se bornent à des douleurs de tête fixées dans