CHAPITRE HUITIÈME
Oh! non; pas le moindre triomphe, citant s’en faut! car il est de notoriété trop parfaite que si le surnaturel, en fait de maladies et de désordres organiques , fut nié par quelques-uns des auteurs hippocratiques, il est largement admis et proclamé par la majprité de ces maîtres. Quiconque n’ignore que la série de leurs ouvrages s’étend de l’ère si renommée de Périclès ù l’époque exécrable du despotisme des empereurs , jugera sans doute que de cet ensemble se forme, à l’usage des amateurs de l’antiquité, une page assez remarquable et assez longue.
En tous cas, Hippocrate lui-même exprime en toutes lettres, et dans un passage célèbre de ses Prognostics *, l’influence de ses dieux, c’est-à-dire, d’après le sens de la langue et des croyances de la Grèce, l’influence des Esprits sur l’état morbide du corps humain.
Beaucoup plus tard, le médecin pneumatique Arétée, Grec de naissance, et qui moins étudiait les livres que la nature {Feller. Bihl.)^ exprime l’opinion qu’il s’est formée, celle qui régnait et faisait loi de son temps, c’est-àdire sous la période Néronienne, époque éminemment favorable à ses observations. Ouvrons l’oreille à sa parole : certaines maladies et les folies ou les épilepsies ont pour cause, plus spécialement que d’autres, l’influence des démons, ou,des Esprits, sur le corps de l’homme. (P. 14=7.) Ce langage paraît-il clair?
Mais hàtons-nous de descendre d’Hippocrate, de son école, et d’Arétée, à l’école moderne, à Mead, cette seconde des autorités médicales derrière laquelle se retranche le comité d’Albe. Loin de nous l’idée de soutenir que ce docteur soit vide de mérite, et nous n’ignorons pas que son
* Ouvrage incontesté d’Hippocrate : « Débet utique medicus... et si quid divinum in morbis insit, hujus quoque providentiam edissere. » [Ibid. Voir texte et citations, p. 147, 172.)
LE MONDE MAGIQU^.
talent le range au nombre des cliniques insignes du siècle dernier. (1673-i754.) Mais nous savons aussi que, foulant aux pieds les règles de la prudence ou de la raison, lorsqu’il se pose en face des maladies où le Merveilleux transpire, il est de la petite ég^se de ceux qui s’essoufflent à le nier en tout et partout. 11 *est sur ce terrain le chef de file des plus brutaux dénégaleurs; et son hallucination l’entraîne jusqu’à traiter de rêves les miracles de l’Évangile. Que dire d’un homme qui se croit sage tout en cédanjt à sa manie de ne voir dans les possédés guéris par le Christ que des épileptiques et des maniaques? ... Un de ces épileptiques, par exemple, et nous aurons plus d’une fois à le citer, est guéri par Jésus. Le Sauveur chasse dans le corps de deux mille pourceaux les Esprits qui lui torturaient les membres;- et, sur-le-champ, tous ces pourceaux de se précipiter dans les Ilots et de s’y noyer! Quel fluide hallucinant sort donc ici de cet épileptique et submerge instantanément ces plus insubmersibles des animaux? Quelle puissance, et je le demande pour la seconde fois, associe tant d’imagination à tant de lard? Ou, pour mieux dire, l’hallucination s’empare-t-elle ici des deux mille bêtes ou du savant?
M. le D*" Mead, d’ailleurs, ce protestant si plein de vaillance contre les miracles bibliques, admettait en termes formels, non pas l’influence du démon, mais celle des astres sur le corps. Sa raiso?^, qui se ramasse, se crispe et se hérisse contre l’action des Esprits, l’engage tout allègre et jubilant dans les voies de la superstition, et ne l’éloigne du surnaturel intelligible que pour s’installer dans le surnaturel absurde*. Ce nous est donc un bonheur sans mélange que d’abandonner M. le 1)' Mead escorté de ses astres falidiques a MM. du comité d’Albe; et notre attention se dé.tacbe de cette tête excentrique pour se reporter sur le
1 De imperio solis, liinæ, etc. Ibid., p. t72.