PERMANGANATE DE POTASSE
Le permanganate de potasse, soluble dans 15 parties d’eau froide, est un oxydant énergique et par suite un désinfectant qui
mérite d’être employé. Il paraît avoir une action élective contre le microbe de la blennorragie, le gonocoque. Aussi l’a-l-on fort utilisé ces dernières années dans les urétbrites et vaginites gonococciques. On procède par grands lavages, en commençant par un titre faible ; 1 pour 4 ou SOOO, et en arrivant au titre fort, 1 p. 1000. Il m’a rendu de très grands services dans la vulvo-vaginite des petites filles. Je prescris une solution de permanganate de potasse à 1 p. 1000, et je fais faire des injections vaginales chaudes avec un demi-litre matin et soir dans les cas intenses, une fois par jour dans les cas moyens, une fois tous les deux jours dans les cas légers.
Dans l’ophtalmie blennorragique, la solution à 1 p. 2000 est très efficace. Je me suis servi de la même solution dans la pleurésie putride et la pleurésie purulente ordinaire.
Très rapidement le permanganate de potasse fait disparaître la fétidité des plaies. Il se recommande à ce titre dans les stomatites ulcéreuses et gangreneuses, dans le noma, les angines gangreneuses, etc. On peut toucher les ulcérations de la bouche ou de la gorge avec une solution forte :
Permanganate de potas?e 0 gr. 50
Eau 150 grammes.
Cette solution peut être employée aussi dans la diphtérie.
Le D' Monmarson, de Sainl-Maur, a utilisé avec succès le permanganate de chaux en attouchements à 1 p. 100 ou 1 p. 200 dans les angines couenneuses.
Permanganate de chaux 0 gr. 10 à 0 gr. 20
Eau distillée 20 grammes.
On fait, toutes les trois heures le jour et une ou deux foislanuit, des lavages de la gorge avec de l’eau horiquée très chaude ; après chaque lavage, on badigeonne les parties atteintes avec la solution ci-dessus en détachant les fausses membranes sans violence.
Cette préparation est aussi active que la solution de permanganate de potasse.
Mais si l’action antiseptique et désodorisante des permanganates est incontestable, celte action est peu durable et il faut renouveler souvent le contact.
Un médecin russe, le D" Kaczanowski, traite ainsi le lupus : Après avoir fait tomber les croûtes, s’il yen a, avec un cataplasme
pi-:rmanganatk de potasse.
OU un corps gras, on saupoudre la plaie sèche avec du permanganate finement pulvérisé sur une épaisseur de 2 à S millimètres. On applique du coton hydrophile stérilisé et on fixe avec une bande. Quand le pansement est traversé, on l’enlève et on nettoie la plaie avec l’eau boriquée ou phéniquée ou une solution de permanganate, surtout s’il y a une odeur putride. On poudre ensuite avec iodoforme et on panse à la gaze stérilisée. Pansement tous les 2 ou 3 jours ; une seule application de permanganate de potasse suffit en général.
On a recommandé, depuis quelques années, en Amérique, le permanganate de potasse comme antidote de l’opium. On peut se servir de la solution à 1 p. 1000 qu’on trouve partout et en prescrire 2 ou 3 cuillerées à soupe toutes les heures, diluées dans un demiverre d’eau, en cas d’empoisonnement par le laudanum, la morphine, etc. Le D" W. Moor (de New-York) qui a imaginé ce traitement et l’a éprouvé sur lui-même, conseille d’administrer 1/2 à 1 gramme de permanganate de potasse dissous dans un verre d’eau et de répéter trois ou quatre fois de suite, à une demiheure d’intervalle.
S’il s’agit d’une intoxication par l’opium ou le laudanum, on acidulera la solution de permanganate avec un peu d’acide chlorhydrique ou de vinaigre pour transformer en chlorhydrate ou acétate solubles la morphine insoluble qui se trouve dans l’estomac.
Le D' G. Torre, de la Spezzia, a employé avec succès cette méthode chez une enfant.
Il s’agissait d’une fillette, Agée de cinq ans à peine, qui avait ingéré le contenu d’un flacon renfermant 0 gr. 06 centigrammes de chlorhydrate de morphine dissous dans une potion de loO grammes. M. Torre trouva l’enfant dans un coma profond. Les membres étaient algides, les lèvres cyanosées, le pouls faible, la respiration lente, stertoreuse, irrégulière; les pupilles, fortement contractées, ne réagissaient pas à la lumière.
Notre confrère parvint à faire ingérer à la petite malade 200 grammes d’eau tenant en dissolution 0 gr. 20 centigrammes de permanganate de potasse, et il pratiqua à courts intervalles avec une seringue de Pravaz trois injections hypodermiques de la solution :
Permanganate de potasse 0 gr. 10
Eau distillée stérilisée 10 grammes.
Après la troisième injection, tousles symptômes s’amendèrent au point que M. Torre crut pouvoir quitter l’enfant en recommandant de lui faire prendre fréquemment du marsala, du café, et de faire usage, en outre, de cette autre solution :
Permanganate de potasse 0 gr. OG
Eau 120 grammes.
A prendre par demi-cuillerées à bouche d’heure en heure.
Trois heures plus tard, la petite malade dormait d’un sommeil normal et dont on n’eut pas de peine à la réveiller. Le pouls et la respiration ne laissaient plus rien à désirer et les pupilles réagissaient bien à la lumière. Il ne restait, comme accident consécutif à l’empoisonnement morphinique, qu’une rétention d’urine pour laquelle on dut pratiquer le cathétérisme. L’administration d’un purgatif acheva la guérison.