I . Burq, op. cit.. |). 4o
a. Ibid., p. 38.
.3. Ibid.. p. 'la.
LES AESTHÉSIOGÉNIES «1
pénétrant dans la clinique par les voies que j'ai indiquées, les théories de Burq ont beaucoup contribué à l'édification des doctrines de la Salpêtrière sur Ihystérie et sur l'hypnotisme. Quinze ans plus tard, à une- époque où l'on se figurait avoir complètement oublié les expériences de Burq, où personne n'aurait consenti à citer seulement l'auteur de la métallothérapie, Charcot répétait encore : « Ln hystérique n'est complètement guéri qu'au moment où toute trace d'anesthésie a disparu, » et Gilles de la Tourette ajoutait: « La base de la thérapeutique des accidents hystériques réside donc, à notre avis, dans le rétablissement des diverses sensibilités, perverties ou disparues. » Aucune influence n'est insignifiante dans l'évolution des idées.
Au début d'ailleui's l'enseignement de Burq fut accueilli avec enthousiasme et tous les travailleurs de la clinique se précipitèrent avec avidité sur ces faits nouveaux. Mais ils les abordèrent dans de mauvaises conditions, comme cela était déjà arrivé pour les phénomènes du magnétisme : ne soupçonnant pas qu'il s'agissait là de phénomènes psvchologiques. ne comprenant pas qu'il fallait avant tout se préoccuper de létat mental du sujet et qu il fallait prendre des précautions moiales dans cette étude, ils ne songeaient qu'au C(^té physique de l'expérience. Ils croyaient satisfaire à toutes les exigences de la méthode scientifique en appliquant à cette partie physique de l'expérience des mesures de précision. Ils étaient disposés à peser les plaques niélalliques avec des balances de |)récision et à enregistrer sur le cvlindre do Marev les moindres frissons musculaires, mais il leur était indifférent d'opérer en public au milieu des bavardages et ils se laissaient aller à discuter eux-mêmes devant leurs sujets l'interprétation fie l'expérience.
Aussi leuis études ont-elles porté d'abord sur les agents j)hvsi(jues ([ui pouvaient être substitués auv phujues île Burq et déterminer les mêmes edets. MM. Bourneville, Cullerre, Maggiorani, Paul Bicher, Dumontpallier enthousiaste des plaques de Burq avant qu'il ne fût enthousiaste (Fe la suggestion de Bernheim, M. Romain Vigouroux surtout, découvrirent que l'on pouvait remplacer les métaux par des substances vésicantes, par des aimants. |)ar des diapasons vibrants, par des courants élecl liqui-s et surtout par l'élrctricité srtati(|ue. M. l\. Vigour<uix résume ces découvertes dans ses articles du Pro^rrs rnt'i/icdl, iiSyS, p. 7/17 et dans un«' i-liKlf plus <onipli-te publier p;ir les Arc/m'cs de .Iamei. — Acquis, p-ivcli. III — •'»
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Neurologie, 1880-81, p. 267, intitulée: Métalloscopie, Métallothérapie, Aesthésiogénie. C'est de cette époque que date l'habitude de traiter les hystériques en les plaçant sur le tabouret de la machine statique. Ces auteurs élargissent la mctallothérapie et arrivent à un concept que Burq, comme on la vu, était disposé à accepter, celui d'une thérapcuticjue par les agents aesthésiogéniques. « Le nom d'aesthésiogénie, disait M. Vigouroux, est le nom général proposé par Charcot pour désigner tous les agents naturels ou les procédés qui ainsi que les métaux ont une action spéciale sur la sensibilité et quelques autres fonctions' ».
f.,es diverses réactions du sujet soumis à l'aesthésiogénie lurent aussi étudiées iivec précision. C'est ainsi que l'on constata de nouveau des-- faits que Bur(| avait signalés d'une manière un peu vague, l'anesthésie de retour, les oscillations de la sensibilité qui apparaissait puis disparaissait de luniveau, l'ordre du retour des sensibilités, la réapparition de la sensibilité tactile avant celle de la sensibilité à la douleur'. Enfin \\ Ja suite d'une rcmarcjue intéressante faite par Gellé au cours du traitement aesthésiogénique dune malade atteinte de surdité hystérique, on découvrit ou plutôt on redécouvrit le phénomène si remarquable du transfert. \u moment où l'audition était redevenue normale du cûté de l'hémianesthésie, elle avait baissé du côté sain au point de n'avoir plus que la valeur primitive du côté malade. On se hâta de vérifier que le fait était général dans le traitement de toutes les hémianesthésies. Galezowski et Landolt étudièrent les mêmes faits à proj)os (les troubles de la vision et surtout des motlifications du chamj) visuel des couleurs.
Ce phénomène du transfert était déjà signalé di^puis longtemps par les magnétiseurs, la remarque précédente sur la sensibilité « (|ui se comporte comme un fluide, diminuant d'un côté quand elle augmente de làutre » avait déjà été faite par Cabanis. Le transfert est à mon avis un phénomène réel et très intéressant fjuaiul il n'est pas déformé par des éducations maladroites; il est en ra|)port avec l'épuisement psvchologique et le rétrécissement du chanii) de la conscience; il mérite encore aujourd hui une étude approfondie. Malheureusement cette étude ne fut j)as faite à cette époque : les observateurs voulaient toujours ne tenir
I. R. V iiroiiriiux, i>[i. cil. Archives de !\'eurol<Hjit', 1880-81, p. 257. ■I. Paul lliclior, I^nnir'rs médical, 1878, p. ^6; Laiidouzy, Progrbs médical. 187g, p. (h); W alton, Dcafiios iii tivslcrical anosthcsia, Brain, i883.
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aucun coniple de 1 état psvchologicjue de leurs malades, ne se préoccupaient que des-délails extérieurs des phénomènes, et en les étudiant ils les compliquaient de plus en plus. Après les remarques sur les métaux actifs et les métaux neutres vinrent les recherches sur leurs combinaisons, les études sur les effets d'un métal neutre superpçsé à un métal actif", sur les actions qui s'inhibent lune lautre et qui fixent la transformation à tel ou tel point de son développement, puis les recherches sur des transferts de plus en plus compli(jués et invraisemblables.
Tous ces travaux si bien commencés s'arrêtèrent brusquement : en feuilletant le premier volume des Archives de neurologie, 1880-81, je trouve de longues études sur la métallothérapie et le transfert, en particulier les grands articles de M. Romain Vigouroux, et dans aucun des volumes suivants je ne peux plus trouver un seul article, une seule allusion à ces études. C'est à peijie si en 1889 ce recueil signale par une brève analvse de Paul Blocq le livre de M. Moricourt. Manuel de Métallothérapie. Toutes ces récherches qui en 1878-79 semblaient avoir un si brillant avenir ont complètement disparu.
I^a raison de cette éclipse soudaine est bien simple, elle se trouve dans les premières publications de M. Bernheim et dans les débuts de la lutte entre l'école de Nancy et l'école de la Salpêtrière. Déjà depoiis longtemps, car la discussion avoit débuté au xviii" siècle avec les travaux de John Ilunter et elle avait été renouvelée par le livre de Mack Tuke : Influence of the mind on thc body, 187:^. des critiques répétaient qu<' la plu|)arl de ces faits étaient dus à 1 influence de I imagination et de 1 « evpectant attention ». Mais les médecins ne comprenaient pas l'importance de l'objection et les difficultés prati(|ucs (pTclle soulevait. Nous trouvons ici des problèmes analogues à ceux qu Ont rencontré au début les piemiers travaux de Pasteur sur les cultures pure>. et >urlcs générations spontanées. Les adversaires crevaient toujours (ju'il leur était très facile de mettre leurs cultures ii labri de toute contamination et n apportaient que des cultures souillées par tous les germes (b- lair. Beaucoup préférèrent renoncer à ces recherches plutôt (|u<^ d apprendn- :i faire des culluics propres.
M. BcimIkmiii a eu le très grand mériti-, d.nis ses atta<pie> un peu biulab's mais très just<!S, de faire (*omprrn<lr<' au\ im-d.
cins b' dani£er tb- la suiîJîestion rt la nécessité dfs aMal\>''s psvn on . 1 .
chologiqucs dans l'interprétati-on des symptômes névropathiques. L'effet de ses critiques fut foudroyant pour la pauvre métallothérapie. A mon avis, elle aurait pu et dû se défendre; il fallait demander des précisions sur le mot « suggestion », s'entendre sur ce que ce mot devait signifier, faire ensuite la part du feu et abandonner les phénomènes apparents qui appartenaient bien à la suggestion ainsi définie, chercher enfin s'il n'y avait pas dans les observations un résidu qui dépassât la suggestion et qui fût encore digne d intérêt. Mais pour faire tout cela il fallait entrer dans des études psychologiques qui paraissaient dilFiciles et répugnantes. On préféra tout abandonner et on dépassa même la pensée de M. Bernheim qui dans ses premiers écrits répétait toujours que l'aimant avait peut-être une action réelle sur le système nerveux. Cet oubli complet de toutes ces études me paraît exagéré ; les études de Burq sur la restauration momentanée de la santé (J^s névropathes par un réveil de la sensibilité et du mouvement me semblent encore, dignes d'intérêt.