‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 2 sur 118 · Historique de la rééducation des >'ÉvRorATHES · texte numérisé non relu

Historique de la rééducation des >'ÉvRorATHES

L'idée d'appliquer aux troubles pathologicjues les procédés d'éducation semble avoir pris de l'importance à la suite des travaux de Séguin (1837-18^6) et de ceux qui se sont occupés du traitement des idiots et des arriérés. Ces éducations d'individus anormaux avant donné des résultats très intéressants il parut utile d'appli(jiicr des procédés analogues à d'autres malades dont les troubles moins graves semblaient également des troubles psychologiques.

Mais il ne faut pas oublier que des tentatives de ce genre étaient déjà fort anciennes : Thyssen, dans son livre sur « l'hystérie traumatique », 1888, p. 11, raconte (ju à I époque île Hem-

biand au xvu' siècle un malade fut guéri dune paralysie par des exercices de gvmnastique. M. Kouindjy cite d'après le père Amvot des méthodes utilisées en Chine pour rapprendre les mouvements des membres aux malades paralysés. Je trouve chez les magnétiseurs français bien des exemples de traitements de ce genre '. Des médecins, comme Laisné, 18Ô.I, Blache, i804, parlent également du rôle des mouvements bien rythmés dans le traitement de la chorée. Parmi les précurseurs du traitement éducatif des névropathes il faut placer les nombreux médecins et pédagogues qui se sont préoccupés de 1 éducation des enfants présentant des vices de prononciation et particulièrement du béîraiement. Cette affection si curieuse était considérée au début en elle-même isolément, comme un simple trouble du langage et de bonne heure on se préoccupa d'enseigner aux bègues à parler correctement. Déjà en 1820, Mrs. I^cighdo New-York recommandait aux bègues certains procédés, elle conseillait en particulier de parler en tenant le plus possible la langue collée au palais. Mais la première application il un traitement raisonné et ellicace fut faite par le pédagogue français Claudius Chervin, dit l'aîné, qui après s'être intéressé ii 1 éducation des sourds-muets, s occupa de celle des bègues et fonda en 1867 1 institution des bègues de Paris. En 1870 il associa son frère Araédée Chervin à son œuvre et c'est maintenant son fils Arthur Chervin qui dirige l'institution. Dans son livre, «Du bégaiement considéré comme un vice de prononciation, i865 » Claudius Chervin explique qu'il faut recourir dans le traitement de cette affection à la discipline psvchologique de la volonté, de l'attention et de l'émotion. Mais cette discipline n'est guère précisée : elle semble consister simplement à rassurer le malade, à essayer do lui donner confiance en ses propres moyens. Elle cherche surtout le calme de l'émotivité par la cure de silence qu'elle impose au bègue pendant la première semaine du traitement. 11 ne doit communiquer avec ses semblables (|uo par I écriture et la suppression de la parole qui est pour lui diilicile et inquiétante lui jirocure du repos et de la tran- (juillité. La seconde partie du traitement, au fond la seule importante, était la disci|)line motrice des organes concourant in la parole, organes de la respiration, diaphragme, muscles thoraciques, ailes du nez, organes tle la phonation, larvnx, voile du

I. Cf l.nfo!itain<-, L'art de inaijnétiser. i8<îo, p. iqG (F. .Vlcan).

palais, langue, lèvres. « On apprend au malade à respirer, à ménager sa respiration pendant la parole, à parler lentement, à articuler nettement, à scander les syllabes, etc. »'. L'enseignement ne durait que quelques semaines, mais le sujet devait continuer ses exercices des mois et des années pour arriver à des résultats permanents. Il v avait 11» un traitement éducatif d'un trouble névropathique.

Il me semble cependant qu'il faut rapporter à l'enseignement de Charcot une systématisation intéressante de ces méthodes de traitement des névropathes, l'institution d'un traitement régulier des paraivsies hystériques par la rééducation des mouvements. Charcot soutint, ce qui n'est peut-être pas absolument exact, que ces malades devaient pouvoir être facilement rééduqués, parce qu'ils ne présentaient pas de lésions grossières, destructives du système nerveux; en outre, ce qui est plus intéressant, il montra que pour rendre ce traitement efficace, il était essentiel d'attirer fortement l'attention du sujet sur le mouvement que Ion voulait lui faire effectuer et sur la sensation de ce mouvement.

Voici de quelle manière, ce traitement était organisé : le diagnostic de paralvsiehvstérique étant bien établi, on distinguait deux cas suivant que le malade était absolument incapable d effectuer avec son membre malade le plus petit mouvement ou qu'il était capable de le remuer quekjue peu. Dans le premier cas le médecin efl'ectuait lui-même les mouvements devant le malade et les lui faisait regarder avec attention; il mobilisait lui-même le membre malade et ne demandait au sujet que de faire un elTort d'attention pour sentir ces mouvements, pour les apprécier au moven de tous les sens, d'abord en les regardant. j)uis en fermant les veux. Pour montrer qu'il avait réussi à se rendre compte du mouvement elfectué, il devait le décrire par le la<igage et le reproduire par un mouvement volontaire du membre symétrique ; l'essentiel était de forcer le malade à diriger son attention consciente sur les mouvements (ju'il avait perdus et de l'amener à se les représenter avec précision. Bientôt, par la répétition de ces exercices, il pouvait obtenir quelques légers mouvements de son membre paralvsé et il rentrait alors dans le second cas.

Il fallait alors par tous les procédés augmenter la consiicm-f (|iie le mahide commençait à avoir des mouvements de son mem-

I. Cf. .\rlhur Clicr>in. Du béijniciin-nl ••l '!>• snn ir,n'rn,.-nt fS-,y r,,inm,-ni i.n 'inéril les bvijues. i88a.

bre. Charcot aimait à fixer un index au bout du doigt pour que le malade en appréciât plus facilement le déplacement, il mettait dans la main malade un léger dynamomètre dont l'aiguille indiquait les moindres degrés de pression. Le malade en insistant sur tous ces signes, en regardant le mouvement eflectué par d'autres, en répétant toujours en même temps le mouvement avec son membre svmétrique valide arrivait à développer peu à |)eu le mouvement du membre paralvsé. il se rendait compte de ses progrès ot reprenait possession de la fonction dissociée.

Tous les élèves de Charcot ont à cette époque insisté sur cette thérapeutique qui a rapidement conquis la célébrité. M. Paul Richer, Gilles de la Tourette décrivent des guérisoiis obtenues par ce procédé; M. Séglas raconte comment la guérison de paralysies hystériques a été obtenue dans plusieurs cas'. Féré, en étudiant 23 traitements heureux de ce genre, essaye de faire la théorie de cette action thérapeutique et il explique tout par l'excitation des centres corticaux des membres ■. Ce langage, moitié psychologique et moitié anatomique, qui n'a jamais ou aucun sens précis, était en lui-même assez absurde, mais il faisait image et il a été un moment utile j)our faire comprendre à des médecins des faits psychologiques (ju'ils avaient besoin de traduire dans leur langagehabituel. L'expression a été beaucoup employée : récemment encore M. Lagrange exposait à peu près ilans les mêmes' termes le procédé de Charcot pour la rééducation des hystériques paralvsées et il donnait d'intéressants exemples du succès de ce traitement'.

A la même époque, des procédés du même genre étaient appliqués au traitement du mutisme et de l'aphonie hvslérique. Ernoul, dans sa thèse de 189S, sur le mutisme hystérique, énumère les dillerenls traitements quelquefois bien bizarres qui lui ont été opposés. Les uns, comme l'usage des vomitifs, l'ouverture brusque de la bouche, etc. se rapprochent delà suggestion, les autres comme le massage du larynx, la provocation de la toux, la gymnastique respiratoire, indiquée surtout par Fournier" et Garel, les efforts pour produire des sons sont des exercices éducateurs. Le ni;ilacle dans la clinique de (iharcot devait écouter

1. Stpl.is, I raitomcnl clcs |>ar;»lvsit» par lexcnico musculaire. Annales inédicopsychologifjnes. mars 1887.

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