‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 23 sur 118 · Jiilf's Janol, Hevue scientijiijiie. i888, I, p. 6l*"i · texte numérisé non relu

Jiilf's Janol, Hevue scientijiijiie. i888, I, p. 6l*"i

nouveau tous les troubles hystériques et était incapable de se souvenir des heures passées dans l'étal somnambulique. M. Jules Janet fut amené tout naturellement à essaver de supprimer ce réveil fâcheux à tous les points de vue et à laisser la malade dans cet état provoqué il est vrai artificiellement, mais tout à fait identique à une veille normale. « Peut-on. disais-jo à ce propos, laisser les sujets indéfiniment dans cet état, ce serait un moyen bien facile de guérir complètement Ihystérie' ?» et M. Jules Janet ajoutait: «Pour guérir une hystérique d'un accident il faut arriver ;i faire disparaître en même temps quePaccident toutes les tares de létat de veille: il y aurait un moyen de guérir l'hvstérique, ce serait de la faire vivre indéfiniment dans cet état où en effet elle serait absolument complète et ne serait passible d'aucun accident-. » Cette tentative réussit en partie à plusieurs, reprises, Marceline resta guérie des jours et même des semaines dans son état somnambulique ; mais soit au moment des règles, soit h la suite de fatigues ou d'émotions elle paraissait se réveiller, c'est-à-dire qu elle retombait dans son état maladif avec un oubli souvent lort étendu portant sur toutes les périodes précédentes d'état alerte. Pour lui rendre la santé, il fallait la rendormir fréquemment et renouveler les efforts qui amenaient le rétablisssement de la sensibilité. Ces changements des fonctions viscérales et des fonctions intellectuelles-étaient fort curieux et M. Jules Janet les fit constater fréquemment par diverses personnes. C'est ainsi que beaucoup d'étudiants et d'internes des hôpitaux, parmi lesquels il faut compter M. Paul SoUier ont eu l'occasion de constater les alternances bizarres que l'on pouvait déterminer artificiellement sui' ce sujet grâce aux modifications de la sensibilité aiasi que la manière dont s'effectuaient les transitions'.

L'ordre historique nous amène, en effet, à signaler i» ce moment les étiules de M. Paul Sollicr, publiées dans ses deux volumes sur « la genèse et la ilature de Ihystérie », 1897, résumés dans i< l'hystérie et son traitement ». L'attitude que M. SoUier avait prise vis-à-vis de M. Jules Janet m'a longtemps empêché de citer et de discuter les travaux de cet auteur : je suis heureux que

i. Atiiniiiiitisiiw psyrUoloçiijiir. p. li^f).

a. Jules Jancl. liectte srirntijiqiw, I. p. G18, 888.

!^. Sur co di'biit (tu traitement do Marceline, cf. mon étude sur « une Félida artificielle », Revue philosophique. 1910, I, p. Sag; Etnt mental des hyslériqucs. a« édition, 191 1. p. .î'|5.

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M. Sollier par sa lettre de protestation à M. Ribot ' m'ait permis de dire avec discrétion ma pensée, de signaler ce qui dans ses livres me parait critiquable et ce qui me semble digne d'intérêt.

Quelle que soit Tiniportance des critiques sur lesquelles nous aurons à revenir, il faut reconnaître que M. Sollier a eu le méri4^e de chercherai reproduire les faits que lui avait montrés M. Jules Janet et de chercher à vérifier la valeur des théories qui lui avaient été enseignées. A une époque où tous les médecins effrayés par les désastres de l'école de Charcot se désintéressaient de l'hystérie et de l'hypnotisme, il a eu le courage de reprendre les études sur l'aesthésiogénie et les somnambulismes complets. Son livre, « Genèse et nature de l'hystérie » publié en 1897 parait isolé, car à cette époque personne n'osait publier des ouvrages de ce genre. Ces deux volumes, à côté d'interprétations au moins contestables, contiennent une description minutieuse de 20 malades hystériques étudiées au point de vue psvcliologique, quoique l'auteur se fasse sur ce poin-t des illusions, et une étude sur les effets qu'ont produit sur ces malades les traitements aeslhéLsiogéniques. M. Sollier il est vrai croit dissimuler le caractère psychologique de ses études en les appelant à chaque page physi(dogiques, il se figuré se séparer complètement de tous les auteurs précédents et pouvoir se dispenser de les citer simplement en remphiçant le mot « aesthésiogénle » par le mot (( resensi])ilisation ». mais ces enfantillages ne transforment pas la nature de ses études et ne supprim<Mit pas entièrement leuiintérêt.

M. Sollier adopte sans hésitation lidée fondamentale de I école de Charcot, ins[)iiée par Bur(j, qui fait des troubles de la sensibilité le phénomène fondamental de l'hystérie ; il érige même en dogme le principe formulé par Gilles de la Tourette que l'anesthésie cutanée localisée à une région est toujours liée à l'anesthésie profonde d'un visrèie sous-jacent ; enfin il consitière comme le point essentiel du traitement le rétablissement de celte sensibilité. Les procédés aesthésiogéniques (|u il emploie sont identi((ues u ceux des auteurs précédents : Il demande aux.malades des elfoits de v(donté et d'alleiition eu leur commandant de se secouer, de sortir de leur engourdissement, de se réveiller eoniplètemeiit. l'our y parvenir, il leur commiiiide de se mou\oir eu

I Heuue iihilos<>phii]ue, iijici. I, |i. ."iôo.

faisant attention à leurs mouvements, en les appréciant correctement, il leur ordonne de faire attention à toutes leurs sensations, de sentir avec délicatesse sur tout le corps. Quand ces commandements un peu généraux ne sulfisent pas, il attire l'attention successivement sur chaque partie du corps: « Sentez votre pied, votre jambe, faites attention à votre main gauche, sentez votre estomac, votre ventre, etc. » Il insiste longtemps, répète indéfiniment les mêmes ordres, et cherche à attirer l'attention du sujet sur son corps par tous les movens, quelquefois il recourt à l'électricité statique, souvent il^a recours à des cxerfcices gymnastiques pour compléter les commandements précédents.

Pendant la période de transformation, les sujets que M. SoUier a étudiés ne semblent pas avoir présenté ces sommeils de transition que j'avais notés fréquemment, ils traversaient une période d'agitation et de dvsesthésie. L'auteur insiste beaucoup sur les formes particulières de ces secousses et de ces contorsions, portant sur tel ou tel organe et veut même assimiler complètement ces agitations aux convulsions de l'attaque. Il décrit aussi minutieusement les picotements, fourmillements, tiraillements, brûlures décrits parles sujets à différents endroits, leurs sensations de torsion ou de détente, de grossissement ou de diminution des membres. Il insiste sur les réactions liées au réveil de la sensibilité de l'estomac, secousses, gargouillements, fourmillements, élancements, soupirs, bâillements, sensation que l'estomac s'élargit, 'qu'il y coule quelque chose de doux et de tiède, sensation do la soif qui apparaît avant celle de la faim. Il examine les mêmes phénomènes à peu près avec les mêmes expressions à propos des organes abdominaux, des organes respiratoires, des organes génitaux.

M. SoUier insiste surtout sur les sensations que les malades éprouvent dans la tête : celle-ci leur paraît grosse, lourde et vide ; ils y sentent des déchirements, comme si des barres tendues d'avant en arrière ou des fils, se tiraient, s'emmêlaient, grossissaient, formaient des nœuds puis éclataient comme du verre, comme si des bulles de savon se formaient, grossissaient, crevaient, comme si des feux d'artifice éclataient. Ces phénomènes ou plutôt ces langages singuliers des malades ont été déjà décrits bien souvent, aussi M. SoUier préfère-t-il étudier un point plus original, c'est la localisation de ces sensations sur la tête. II ne

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s'agit pas des points du verte\ ou de l'occiput, des douleurs localisées aux fontanelles, comme je le disais autrefois, il s'agit de localisations bien plus précises. Dans les cas d'hystérie monosymptomatique il constate toujours une zone crânienne plus ou moins étendue, douloureuse à la pression et présentant une anesthésie ou une analgésie plus ou moins marquée. On est en droit, ajoute-t-il, de supposer que la régici sous-jacente est engourdie. Une paralysie flasque du bras droit est toujours accompagnée, d'une zone de ce genre au niveau de la partie moyenne de la zone Rolandique gauche, un mutisme est accompagné de cette zone de dysesthésie crânienne au niveau de la circonvolution de Broca'. En un mot les zones dysesthésiques crâniennes sont exactement superposées à la région du centre cortical de l'organe intéressé. Ces remarques permettent à l'auteur de découvrir des centres corticaux moins connus, comme le centre de l'estomac, « des deux côtés du crâne, mais toujours plus marqué à gauche, à 5 centimètres de la ligne biauriculaire et de la ligne antéropostérieure, par conséquent au niveau du lobule pariétal supérieur dans une zone qui ne renferme précisément aucun centre fonctionnel connu. » On découvrira de la même manière des centres certicaux pour le cœur, pour la vessie, pour l'intestin, pour les organes génitaux. En général, l'anesthésie périphérique et viscérale disparait par un retour de la sensibilité à la partie postérieure du cerveau, la mémoire n'est rétablie que lorsque- la sensibilité devient normale à la région frontale-'. Ce sont ces remarques qui ont amené M. Sollier à expliquer toute l'hvstérie par un engourdissement, un sommeil des centres corticaux du cerveau et à présenter ce qu'il appelle sa théorie phvsiologique de cette maladie.

Quand la restauration des sensibilités est complète, quand le malade se trouve complètement i-éveillé, il exprime d'ordinaire une série de sentiments d'étonnement et de joie souvent signales précédemment. « C'est drôle comme tout est grand ici, les meubles, les objets paraissent plus clairs, je sens battre mon cœur... C'est comme si je sortais d'un grand sommeil, d'unt' longue maladie, comme si je ressuscitais, comme si une vie nouvelle s'ouvrait devant moi.. ., etc. » Ces sentiments de bien-être

I. Sollier, o/i. rit.. I, p. .185; I)»' la localisation ciriliralo «les troubles liystéri- <|ii<*s. Heviie neurolii/jigue, 19UO. p. loa.

u. Sollier. Cœnesthésio cérébrale ol iiniiioire. Hevnc ptiilosophii{iir . juill^l iSycj.

provoquent le rire et donnent iiux sujets une apparence générale de traieté et de santé qu'ils n'avaient pas auparavant. A côté de ces constatations qui rappellent des études antérieures, M. Sollier préfère insister sur des phénomènes moins connus. Tous ses sujets en se réveillant ainsi présentent une amnésie rétrograde étendue sur toute la période qui a été remplie par la maladie. Si l'état hystérique dure depuis deux ou trois ans, ils se réveillent deux ou trois ans en arrière en ayant oublié tout ce qui a rempli la période maladive. S ils étaient hystériques depuis lenlance, ils se réveillent à 1 âge de deux ou trois ans nayant que les souvenirs, les manières et le langage d'un tout petit enfant. H faut plus tard par une nouvelle éducation qui consiste a perfectionnner encore leur sensibilité les aider à réacquérir en commençant par les plus anciens tous ces souvenirs oubliés jusqu'au moment présent, c'est ce que l'auteur appelle la régression de la personnalité et sa proo-ression en rapport avec 1 état de la cœnesthésie.

Les malades sor^ alors complètement rétablis, tous les accidents hvstériques disparaissent, on voit réapparaître le sommeil normal, car l'hvstéricjue anêsthésique ne dort pas ou ne dort que d une façon anormale et le sommeil parait être en fonction de cette restauration de la sensibilité. Quoique les sujets sentent maintenant la fatigue ils sont capables d'agir beaucoup plus. Leur nutrition même se transforme et on assiste à des engraissements rapides et souvent considérables. Malheureusement M. Sollier constate comme tout le monde des retours en arrière, des « anesthésies de retour » c'est-à-dire des rechutes à la suite de diverses circonstances, les règles, les fatigues, les émotions, une contrariété, un travail intellectuel un peu soutenu, etc. Il y a d ailleurs des différences entre les malades, les uns font des ell'«)rts pour maintenir ou récupérer rapidement leur sensibilité, les autres manifestent peu de bonne volonté. Il faut alors recommencer le travail de resensibilisation qui d'ordinaire est moins dillicile. mais qui doit être répété un grand nombre de fois. Il n en est pas moins vrai qu'au travers de ces oscillations les progrès restent cependant assez frappants. Dans les -io observations que donne M. Sollier portant sur des hystéries très graves et très anciennes il v a à peu près cinq cas de grandes améliorations, cinq cas de guérison momentanée durant plusieurs mois et une dizaine de guérisons qui semblent complètes et qui ont encore été constatées au bout d'une ou même plusieurs années. Ce sont

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là des résultats intéressants qu'il faut compter à l'actif de l'aesthésiogénie.

Le livre de M. Sollier n'a guère contribué à relever l'aesthésiogénie dans l'esprit des médecins, bien au contraire, il semble avoir découragé les chercheurs, peut-être à cause de l'impression d'artificiel qui s^en dégage si nettement. J'ai été moi-même inquiété en voyant combien on pouvait uniformiser et schématiser arbitrairement ces phénomènes par le dressage, j'ai craint d'être tombé moi-même dans des erreurs analogues et pendant longtemps j'ai voulu m'abstenir de ces recherches. Aussi ne puis-je ajouter pour terminer l'historique de l'aesthésiogénie qu'un petit nombre d'études que j'ai publiées à ce sujet depuis cette époque, soit pour terminer d'anciennes recherches, soit quand des observations fortuites attiraiep.t de nouveau mon attention sur ce genre de phénomènes.

M. Jules Janet, qui depuis 1887 avait entrepris l'étude de Marceline, se trouva absorl^é par d'autres études et en 1889 me confia cette intéressante malade. Elle est restée sous ma direction de 1889 jusqu'en 1901, époijuo à laquelle elle succomba âgée de 35 ans h la tuberculose pulmonaire. Comme cette longue observation d'une hystérique anorexique, suivie minutiçusement pendant 17 ans, n'était pas sans intérêt et méritait d'être conservée, je l'ai publiée complètement dans un travail assez étendu sous ce titre « une P^élida artificielle », Revue philosophique, 1910, 1, p. 3^9, p. /|83 ; ce travail a été réimprimé dans la 2« édition de Vé(a/ menlal des hystériques, 191 1, p. 5'|5. Cette élude contient des recherches sur l'anorexie hystérique et sur la nutrition de ces malades à alimentation réduite faites au laboratoire de [)hysi()logie de l'Ecole de médecine. Il contient aussi des recherches relatives aux ellets de l'aesthésiogénie sur celte malade, lorsqu'on essaye autant fjiie possible non de supprimer, ce qui est impossible, mais de diminuer le rù\e de la suggestion. Je reviendi-ai sur ces éludes en discutant dans le prochain paragraphe les diverses hypothèses relatives à l'interprétation df l'aesthésiogénie.

Je dois aussi signaii-i rii|iHl(îment I observation de jm., Itimiif de \'Ji ans, évidemmeni guérie pai- des |)rati(|ues aesthesiog»'-ni(jues d accidents livslérH|iies, en particuliei' de cou I i;iclu res qui diiraleiil depuis des années. I<cs inodilicatious des troubles

visuels furent particulièrement intéressantes. Cette femme était depuis lont(temps amaurotique de l'œil gauche et ne voulait même pas soigner cet œil considéré comme perdu. Des expériences simples m'ayant montré qu'il s'agissait bien d'une amaurose hystérique, j'ai cherché pendant l'état hypnoticjjje à réveiller la vision de l'œil gauche. La vision fut rétablie non sans vives douleurs dans cet œil qui « allait éclater ». Mais à ma grande surprise, car je ne m'attendais guère à des phénomènes de ce cfenre, ce rétablissement amena au début des troubles dans la vision de l'œil droit et des phénomènes singuliers d hémianopsie. Ces faits seront à examiner avec soin quand on se décidera à aborder sérieusement l'étude psvchologique du transfert'.

Dans une dernière étude plus générale sur u l'influence somnambuliqne et le besoin de direction » ^, je constatais à la suite de divers traitements des changements réguliers dans la conduite des malades entre deux séances de traitement. Ces changements sont encore des phénomènes analogues aux précédents. Immédiatement après la séance ou observe souvent une période de trouble et de fatigue : plusieurs malades se plaigiient de ïa tête et ils éprouvent des sensations bizarres de torsion, d'éclatement, ils sont fatigués comme s'ils avaient été battus. Quelques-uns ont comipe Irène une sensation de refroidissement tout à fait particulière. Cette dernière malade n'est réellement bien que si elle a la peau froide après la séance, tandis que la chaleur des mains à ce moment est chez elle un mauvais signe. Nous fivons déjà noté ces troubles singuliers de la circulation clfez les névropathes. Ces malaises durent quelques heures et môme chez plusieurs malades quelques jours.

.\près la période de fatigue, le sujet entre dans la période importante de l influence soninambulique dont la durée est lort variable, mais qui est surtout caractérisée par un état apparent de santé et de bien-être. C'est à ce moment que les sujets expriment ces sentiments de -satisfaction enthousiaste (jue nous venons de signaler : « Je pleurais de joie, il y a deux ans que je ne pouvais pleurer. Je ne suis plus la même, je reprends une vie nouvelle, ma tête me paraît neuve et je vois les choses pour la première fois ». Ces sentiments correspondent à la disparition

I. In ca> d'Inmiaiiopsic hvslônquc transitoire. Presse inédifale. a.") oct. if*i(9, |). a^J ; £"'«' incntiil lies liyslériijues, a* édition, 191 1, p. 458.

i. Revue [)hilosophi(]ue. février 1897; Névroses et idées fixes, 1898, I, p. ^i'i-

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momentanée de tous les symptômes pathologiques, attaques, somnarabulismes, délires, idées fixes, paralysies, vomissements, etc.. et en même temps au développement ou plutôt à la réapparition des fonctions psychologiques supérieures. C'est à ce moment que le sujet, si malade qu'il fut auparavant, se rapproche le plus de l'état normal.

Malheureusement cet état se maintient rarement d'une manière définitive surtout au début des traitements. Au bout d'un certain temps variable suivant les sujets et le degré de leur maladie tout change. A l'occasion d'une émotion ou d'une fatigue ou tout simplement à la suite de l'écoulement du temps, les accidents névropathiques, les signes de la dépression psychologique réapparaissent. Il sudit par exemple de la période des règles pour ramener chez Cora, f. 3o, les obsessions de jalousie : « Qu'est-ce que je deviendrai si mon mari s'intéressait ii une autre ? » Un orage aussi bien qu'une rencontre dans la rue amène la rechute de Marceline ou d'Irène. Sans (ju il y ait d ailleurs aucun incident troublant, les unes retombent régulièrement au bout de huit jours, les autres au bout de trois semaines. Cette descente se produit quelquefois brusquement avec ou sans une sorte d'aura et prend la forme d'une attaque d'hystérie, j'en ai décrit de semblables chez Marceline et chez Irène. Le plus souvent la transition se fait graduellement au cours d'une journée. Quelquefois elle se fait la nuit et le changement se manifeste au réveil. ()uand le changement se fait la nuit, à la suite d'un cauchemar par exemple, on peut noter (juelquefois un lait intéressant, c'est que le sujet se réveille un moment, puis se rendort, mais (jue son sommeil est devenu tout différent, léger, incomplet et fatigant, comme celui des hvstériques. Dans toutes ces variétés, les phénomènes essentiels sont les marnes : tous les symptômes pathologi(|ues réap|)araissent à peu près tels qu'ils étaient auparavant, les troubles de la pensée, les insulHsances de l'action, les agitations, les sentiments d'incomplétude, en un mol la dépression psychologi([ue se manifeste de noineau.

,1e voudrais insister un |)eii plus sur une dernieie publication il laquelle j aurai besoin de faire allusion dans I élude ib's inlerpr('-latioiis, celle de lobservalion d Une jeune malade designée sous \c nom d'Irène'. Il s'agit d'une jeune femme âgée aujourdhui

I. L'aniiit'sic i;t la <lis»ociali<)n des soiivoiiirt j»ar i'c'-inotiun. Juurnnl lie ptycholoijie Janki. - \(i[iii*. j)sycit. III — 7

9S LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIOUES

de 3A ans et qui a présenté depuis l'âge de 20 ans des accidents hystériques très j^raves et des dépressions mentales. L'observation dont je. parle ne porte qiîe sur les deux premières années de la maladie, il v aura lieu d'y faire quelques additions. Dans un chapitre précédent de ce livre, à propos des réminiscences traumamati(]ues et des liquidations j'ai déjà discuté certains points de cette longue observation, je désire y revenir ici à un autre point de vue. Comme on l'a vu, cette jeune fille déjà fort névropathe depuis son enfance avait dû, à l'âge de 20 ans, soigner seule pendant plusieurs mois sa mère atteinte de tuberculose pulmonaire, ce qui l'épuisa, complètement et elle lut bouleversée par la mort de celle-ci survenue dans des circonstances particulièrement dramatiques. A la suite de ces événements elle eut de violentes attaques hystériques durant des journées entières pendant loscjuelles elle délirait et l'épétait tantôt en les jouant, tantôt en les décrivant par la parole les derniers moments et la mort de sa mère. En dehors de ces crises elle avait des hallucinations, des impulsions, des contractures surtout à la jambe droite, quelques troubles de la sensibilité surtout du cAté droit, toutes espèces de troubles de l'action sur lescjnels j'ai particulièrement insisté et surtout des amnésies remarquables.

Quoique dans ses délires elle eut le souvenir exact des derniers mois de la vie de sa mère, de sa mort et des événements qui avaient suivi, puisqu'elle les répétait et les jouait avec de grands détails, elle présentait au contraire dans sa vie normale un oubli complet de tous ces faits. Elle paraissait ne plus jamais penser à sa mère (|u'elle avait tant aimée et pour laquelle elle s'était dévouée follement et ne pouvait même plus se la représenter en imagination. F-Ue acc('|)tait lidéo de la mort de sa mère avec indiderence et sans conviction, car elle n avait aucun souvenir à ce propos. L'amnésie s'étendait sur les trois mois qui avaient précédé la mort et sur les deux mois (jui l'avaient suivie ; d'ailleurs la malade présentait constamment un certain degré d'amnésie continue pour les événements récents. J'ai insisté souvent sur cette réunion d'une hypermnésie automatique pendant le délire avec une amnésie pendant la veille j)ortant sur les mêmes événements.

norinnle rt patholoijujiir. soplcmljrc i()o4, p- '117; l'^iol menlaldea hystériques, 2'' é<lilioii, 11)1 I , p. 5oG.

LES AESTHESIOGÉNIES 99

Irène était depuis trois mois à l'hôpital sans que les traitements ordinaires, les toniques, Ihvdrothérapie, les exercices o^mnasti(|ues, l'électricité statique et l'isolement de son milieu aient amené aucune modification dans tous ces troubles, quand j'ai essayé de la traiter en attaquant uniquement son amnésie, en essayant une éducation destinée a rappeler les souvenirs en apparence perdus. Cette jeune fille était facilement hypnotisable, mais ne retrouvait pas spontanément pendant l'état hvpnotique les souvenirs perdus. Ce fut pendant cet état que j'essavai de diriger l'attention sur les souvenirs et de forcer la malade à les retrouver et à les exprimer correctement. Le travail fut difficile, il s'accompagna comme dans 1 observation de Mme D. de grandes douleurs de tète ; ces douleurs furent ici particulièrement çjraves et amenèrent soit pendant l'hypnose, soit surtout après Ihvpnose. des svncopes et des vomissements. Néanmoins les souvenirs se rétablirent, d abord pendant le sommeil hypnotique : puis plus tard, à la suite de nouveaux ellorls plus faciles, pendant la veille. Je n'insiste pas ici sur les incidents de cette restauration ni sur l'ordre de réapparition des souvenirs que j'ai examinés ailleurs.

Le point qui est ici important c'est que cette excitation de la mémoire eut un effet général des plus nets sur tous les accidents et sur tous les troubles de cette névro[)athe très complexe. Déjà pendant le sommeil hvpnotique. Irène, ajtrès chaque progrès sérieux de la mémoire, entrait dans un état en apparence tout nouveau ; elle ouviait les veux, s étonnait de la clarté plus grande, se sentait heureuse et crovait commencer une vie nouvelle: « II est rididule de dire que je dors, je suis plutôt éveillée bien fort, je suis comme avant d'être malade, il me semble que je vois plus clair et que j'ai grandi. C'est ma vraie personne qui est revenue ». Elle ne présentait plus ni contractures ni anesthésies, quoique dans les excitations précédentes je n'eusse pas fait le mctins du monde allusion à la sensibilité cutanée. Son activité était transformée; elle perdait sa timitlité et pour la première fois faisait des projets d avenir avec ([uelque résolution. Si j essayais de lui faire faire de nouveaux ell'orts. toujours en faisant a|)pcl à ses souvenirs, la tnalade se <-ontorsiot)nait. a\ait des éclats de rire cpii étaient chez elle un phénomène de dérivation et un signe d épuisement et gémissait : « je n'en peux plus, ne me faites pas continuer ». Si «m insistait, on provi>-

P L' ji,3îhijî

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100 I.ES ACOLMSITIONS PSYCHOLOCHOLES

quait des syncopes ou une grande attaque qui était loin d'avoir un elTet favorable. Quand on n'insistait N|)as trop et quand on la réveillait à ce moment, les progrès obtenus se maintenaient en grande partie. Depuis le moment où Irène fut capable de se souvenir volontairement de sa mère elle cessa de se la représenter dans des délires ; les crises, les hallucinations disparurent, ainsi que les terreurs d'origine subconsciente. Les mouvements et la sensibilité restèrent corrects et surtout, c'est le point sur lequel j'ai le plus insisté dans mon étude, les actions furent transformées et la malade devint capable de se conduire correctement. Sans doute cette transformation était au début fort instable et rapidement à propos de la moindre émotion tout retombait. Mais les excitations par les efl'orts de mémoire devinrent plus faciles, l'état de somnambulisme complet fut plus long et le rétablissement devint permanent au moins pendant plusieurs années, car cette même malade a eu depuis d'autres troubles qui ont pu être'guéris "à peu près de la même manière, nous aurons à revenir sur ces faits. Je ne voulais rappeler ici que ce traitement singulier d'un ensemble de troubles complexes par un simple éveil de la mémoire. Quoique le procédé soit din'érent le résultat est le même : le sujet entre dans un état de somnambulisme complet qui dure plus ou moins longtem|)s et qui est suivi d'une amnésie exactement comme les somnambulismes complets produits par l'éveil de la sensibilité. C'est pourquoi je n'hésite pas à rattacher cette observation à notre historique des méthodes aesthésiogéniques.

.Vprès ce traitement la guérison de cette malade se maintint plusieurs années, mais vers l'âge de 28 ans elle présenta de nouveau des troubles nerveux à la suite de surmenages de toute espèce. Ces troubles dilVéïaient en partie des précédents et avaient beaucoup moins nettement le caractère de phénomènes hvstériques. Comme je l'ai observé fréquemment, ces malades dont la tension psychologique est fragile débutent par des accidents hvstériques quand ils sont très jeunes et ont plus tard des accidents dont la forme est plutôt psychasténique. Irène n'avait plus que tout à fait exceptionnellement des attaques délirantes, mais elle était de nouveau complètement incapable de tout travail, elle avait des crises dinjécision et de doute qu'il est inutile d étudier ici. Elle vint réclamer le même traitement qui l'avait relevée plusieurs années auparavant et j'ai constaté que l'on pouvait obte-

LES AESTHESIOGÊMES 101

nir le même somnambulisme completavec les mêmes conséquences. Deux faits seulement méritent d'être signalés ; en premier lieu, plus nettement encore que la première fois j'observai que cet état ne pouvait être obtenu quand la malade était trop épuisée. Au moment des règles qui chez elle étaient souvent hémorragiques, après [)lusieurs nuits d insomnie, après un vovage fatigant, quand la malade était restée plusieurs jours sans manger, il était impossible de lui faire faire les efforts nécessaires et la transformation ne s'opérait pas. Ou bien si on l'obtenait d'une manière imparfaite, l'état alerte d'ailleurs peu net ne se maintenait que quelques heures et les troubles réapparaissaient très vite. M. Sollier a fait autrefois la même constatation quand il essayait de « réveiller les centres » de ses malades et je suis heureux de me trouver d'accord avec lui sur un point d'observation clinique.

Un second point est à relever ilans mes dernières observations sur les somnambulismes complets d'Irène : les phénomènes de transition au moment do la rechute avaient chançîé de caractère. Autrefois, comme on la vu, le passage de l état alerte à l état de dépression se faisait au travers d une grande attaque hystérique, plus tard au même moment il y avait souvent une grande crise de pleurs pendant plusieurs heures qui paraissait une crise hvstérique atténuée ; au cours du second traitement les attaques hystériques ne se produisirent plus dans les mêmes circonstances, mais j'observai qu'un autre phénomène jouait un rôle analogue. Quand Irène avait été remontée, remise dans un état actif, elle restait quelques jours dans cet état avec un vif sentiment de satisfaction, puis elle se plaignait de malaises et d'agitations et elle avait bientôt une violente migraine, migraine tout à lait tvpicjue. d une durée prolongée de 2,^1 ou '|8 heures avec les douleurs commençant autour d un O'il, le plus souvent le droit, s'étendant a une moitié du crâne, avec incapacité de supporter les altimchemenls sur la tète, les secousses, la lumière du jour, avec les troubles digestifs, les vomissements, etc.. .\près celte migrains la malade se trouvait soulagée de ses malaises et de ses agitations, mais elle était de nouveau impuissante ii agir, hésitante, ineile, en un mot elle était sortie de l'état alerte de terminé par I aestlitsio génie. Cette migraine était si bien en rapport avec le somnambtdisme complet précédent (pie pendant certaines périodes (ui pouvait la provofjuer en (|uel(|ue sorte e\|ici iinentalement. Si la

séance daesthésiogénie avait lieu le dimanche, la malade avait la migraine le mercredi ou le jeudi suivant ; il est rare de ccJhstatcr cette production de la migraine en quelque sorte à heure dite.

.1 al observé le même phénomène chez d'antres malades en j)articulier chez Mab., f. 35. 11 s'agissait encore d une dépression de toute l'activité déterminée surtout par les émotions de la guerre et le déj)art du mari sur le Iront, avec phénomènes de localisation hvstérique, inertie, mauvaise humeur, Insomnie ou délire somnambulujue, anorexie, vomissements, contracture du bras droit et surtout troubles visuels hystériques. Après une séance d'aesthésiogénie portant surtout sur la vision, la malade retrouvait pour un jour son état normal, mais une crise de forte migraine survenait, à la suite de laquelle elle retombait dans l'état précédent.

Toutes ces observations sont du même genre et me paraissent constituer un groupe assez naturel. Depuis les crises somnainbullqnes des magnétiseurs, jusqu'aux diverses aesthéslogénles des métallothérapeutes. aux somnambulismes complets que j al étudiés aux transformations déterminées par le rappel des souvenirs, nous rencontrons un ensemble de phénomènes toujours du même genre et il me semble juste de leur cherchei' une interprétation commune.

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