I. Himl. \nnie psycholo<jique. i8«j<S, p. t')-i
mènes du somnambulisme complet sont bien complexes à. propos d'une suggestion qui semblait simple. Dans les suggestions, disions-nous, une tendance est éveillée sous forme d idée et les actes développent, réalisent ce qui était contenu dans celte tendance. Nous commandons au sujet de se mouvoir, de sentir quand on le touche, de se souvenir, et il se comporte en conséquence. C'est là ce qu'on observe dans des suggestions simples portant sur le mouvement, sur la sensibilité et sur la mémoire, c'est même ce que l'on peut observer très facilement sur les mêmes sujets dont nous venons de parler. Il y a des périodes où ils sont fortement suggestibles et si je leur répète à ce moment de retrouver leur sensibilité ou leur mémoire, ils se bornent à crier quand on les pince ou à répondre aux questions correctement. Ce qui est intéressant et singulier c'est que dans d'autres cas les mêmes sujets se comportent différemment quand on leur fait la même suggestion. Dans ces cas ces mêmes ordres sont exécutés beaucoup plus lentement, leur exécution est environnée d'autres phénomènes inattendus, par des gesticulations et des gémissements chez Marceline, par des périodes de sommeil chez Irène, puis par des sentiments d'euphorie, des fatigues et même des vomissements chez Irèiie ; elle amène à sa suite des changements de l'alimentation, de la miction, du sommeil, elle paraît augmenter l'activité, supprimer la disposition aux suggestions et surtout déterminer un chan«ement total de la conduite : n'v a-t-il pas là (juelcjue chose qui dépasse l'idée primitive et la tendance à sentir et à se mouvoir?
En apparence oui, mais les partisans de la suggestion pourraient fort bien répondre. Cet argument, diraient-ils, est identique à celui dont se servaient autrefois les métallothérapeutes et les disciples de Charcot. M. Vigouroux disait autrefois que le transfert ne pouvait pas être un phénomène de suggestion parce (jue le sujet ne pouvait pas avoir en tête la loi de Landolt sur 1 ordre de la disparition des couleurs (|uand le champ visuel se rétrécit. Les disciples de Charcot n'admettaient pas que Wittm. |)ùt savoir par cœur les attitudes déterminées par l'excitation des divers nerfs de la main, tout cela leur paraissait trop complexe pour lairc partie d'une Suggestion. Or nous savons maintenant que cela est inexact : un sujet qui habite un hôjtital où l'on parle sans cesse de ces choses peut très bien savoir mieux que les étudiants Tordre des couleurs de Landolt et il n a pas besoin d être
LES AESTIIÉSIOGÉMES III
un génie pour posséder la griffe cubitale, la griffe médiane et la griffe radiale. Une suggestion peut être très complexe et par un seul signe qui éveille une tendance fort riche amener toutes sortes de réactions. N'avons-nous pas admis les suggestions complexes avec des changements de personnalité et des séries de comédies fort compliquées? Il suffit donc d'admettre dans les observations précédentes que les sujets ont compris la suggestion d'être sensibles d'une autre manière dans le second cas que- dans le premier. Ils savaient que dans l'esprit de leur médecin le retour de la sensibilité impliquait un certain nombre de grimaces et à la suite la disparition de tous les troubles et le retour à une bonne santé : ils ont réalisé la suggestion comme ils l'ont comprise, voilà tout
On pourrait ergoter sur cette manière de pousser à l'infini la complexité des suggestions, une comédie jouée par le sujet n'est jamais aussi complète cpie la bonne santé et c est vraiment demander beaucouj) :i laulomatisme que de lui faire réaliser l'idée de santé et de bonheur. S il en était ainsi la pratique de la suggestion serait évidemment bien simplifiée. Mais je n'insiste pas parce que je crois que la question se pose autrement. Laissons de coté « les réactions liées au réveil de la sensibilité » et même les sentiments d'euphorie, quoique ceux-ci me paraissent très importants, il peut y avoir là des phénomènes de suggestion complexe. Après ces phénomènes de début il v a dans le somnambulisme complet un changement considérable de la conduite tout entière qui me semble caractéristique.
Ce qui m étonne dans ce changement de conduite, ce n'est pas la complication de l'automatisme, c'est la diminution de l'automatisme et le développement de l'activité d'adaptation nouvelle. I.,es malades, comme je l'ai dit, deviennent moins suggestibles et il est déjà singulier (|ue la suggestion rende moins suggestible et en outre l'activité pratique de» sujets se transforme. Que I on me permette de revenir à ce propos sur l'observation d li'èue (|ue j ai publiée ' : Cette jeun»- fille toujours névropathr, triste, in((uiète, mécontente d'elle-niênie avait constainuieut le sciitinx'nt (juc ses émotions comme sr-s actions restaient iu(-om|)lètes et insuilisaiiles, elle avait « constamment la tête comme remplie d'alVaires (jii On
I. L'amnôsif ol la diitHocintion dos souvonirs [)ar r<'-iiii>tiori, Journal de payrholoijie normale et palhnlo<ji<jue, scplonibre lyo'i l-'im i,„-ni,il ,1,-i ltyfirii,ui,-\ j ( .liiimi 1911, p. bH2.
n'arrive pas à linir.. » Très intelligente et très travailleuse, elle était cependant incapable de rien faire quand elle se trouvait en présence de quelques |)ersonnes. Timide au point de ne pouvoir manger devant qucUju'un, elle souhaitait de n'avoir jamais besoin de personne, de pouvoir vivre toute seule dans un coin... Tous les troubles de l'action avaient énormément augmenté au début de la maladie et j'ai longuement insisté pour montrer que le trouble essentiel sous jacont au\ crises délirantes et aux amnésies était une suppression complète de l'action. Cette malade ne pouvait plus faire aucun travail ni même se décider à rien : « Vous me demandez pourquoi je ne fais rien depuis longtemps, je ne le sais pas, je ne m'intéresse plus à rien... je n'aime plus personne, je m'ennuie et c'est tout. » L'aboulie sociale était devenue si complète qu'elle ne pouvait parler à personne sans se mettre en colère. J'ai surtout insisté sur une suppression des actions adaptées il la situation créée par la mort do sa mère et j'ai même soutenu à ce propos que l'amnésie de la mort de sa mère étaii en fonction de cette aboulie systématicjue.
Eh bien, dans l'état que j'ai appelé somnambulisme complel et qui se développait chez elle au début à la suite de suggestions de souvenir, c'est le changement de l'activité t|ui était le plus manifeste : « La conduite, disais-je', a complètement changé, Irène redevient active et pratique. Elle travaille, elle reprend son métier sans ennui et môme avec intérêt ; elle est capable de combiner ce qui lui est nécessaire et d'organiser sa vie tandis ciue dans l'état [)récédent elle restait indéfiniment inerte. Un autre changement en apparence assez singulier a été remarqué par toutes personnes qui l'approchent, c'est qu'elle devient sociable ; elle peut maintenant rester avec d'autres personnes sans avoir ces accès de peur ou de colère qui survenaient ii tout moment et qui l'empêchaient do frayer avec personne. L'aboulie sociale si caractéristique de cette jeune fdle tend \\ disparaître dans ces moments où le niveau mental est relevé. Enfin, ce que nous avons appelé la conduite spéciale, celle qui est particulièrement en ra|)port avec la mort do sa mère devient aussi beaucoup plus correcte : ... elle sait prendre les résolutions pratiques, choisir une chambre pour elle seule, établir son petit budget, en un mot ell(> naltcnd plus la direction do sa mère comme elle le faisait