‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 29 sur 118 · I. Vigoiiroiix, op. cil., p · texte numérisé non relu

I. Vigoiiroiix, op. cil., p

LES AESTHÉSIOGÉMES llo

qui ne demande pas cette dépense de forces et qui existe surtout chez des sujets aflaiblis.

Il y a lieu de signaler aussi la terminaison de cet état alerte : en premier lieu, comme on vient de le voir, il ne dure que peu de temps, surtout quand le sujet est très malade, sa durée est proportionnelle à la force que le sujet présente. Une suggestion thérapeutique nest pas limitée de cette manière, nous ne suggérons pas au malade de retomber régulièrement après un certain temps, mais au contraire nous lui suggérons toujours de rester guéri. En second lieu, la chute s'opère très souvent au travers d'une attaque convulsive ou dune migraine ou de quelque phénomène analogue qui joue le rôle d une décharge et d'une détente: la fin des suggestions ne présente rien de tel. Quand j'ai lait des expériences sur la durée des suggestions, j'ai toujours eu de la peine à constater le moment où une suggestion cessait d'être exécutée, était complètement oubliée et je n'ai jamais noté cette chute brusque caractérisée par des troubles particuliers.

Je crois donc que l'on peut conclure sur ces rapports de la suggestion et de l'icsthésiogénie. La suggestion joue ici un rôle énorme, c'est évident. Elle détermine la forme que prend la transformation dans ses débuts, je crois même qu'elle détermine le début de la transformation, qu'elle la déclanche en quelque sorte. C est parce qu'il s'agit d'hystériques suggestibles que l'on peut les faire commencer ce travail à propos de certains signes ou de certains commandements particuliers. Mais la suggestion porte ici sur un acte spécial avant des caractères qui lui sont propres. C'est une suggestion d'un genre tout particulier et il me semble nécessaire dé" la distinguer des autres.

Il n'y a pas lieu de rapprocher l'iesthésiogénie des traitements |i;ir le repos et par l'économie des forces, car il s'agit évidemment plutôt d'un travail et d'une dépense. Il semble même (jue ce soit dans bien des cas un travail assez considérable : « (! est terrible, me dit Irène, ce travail ([ui se fait en moi (juand \(»us m'avez endormie, je suis éreintée et celte fatigue dure pendant trois jours ; j ai une impression exlraordinairf' d'avoir maigri tout i» coup, je diminue, je rétrécis... )- C est pour (ehi (|ue ci' traitement, comme on la vu, est tout :i lait inapplicable a des •^ujets trop épuisés. Nous [)Ouvons comparer ces traitements non ,1 «les économies mais à des dépenses spéculatives qui s«miI au début

des pertes mais qui rapporteront plus tard des bénéfices disproportionnés. On ne peut pas conseiller de tels placements à des personnes absolument ruinées cjui ne peuvent fournir la ])remière mise de fonds. Il faut d'abord leur faire acquérir par l'économie un petit capital et ne le risquer ensuite qu avec prudence.

Un problème plus délicat est soulevé par la comparaison de l'aesthésiogénie et des liquidations morales surtout si on songe à l'observation d'Irène que nous avons déjà étudiée dans un chapitre précédent. Chez cette malade les attaques délirantes qui reproduisaient les scènes de la mort de sa mère ont disparu après le rétablissement des souvenirs et nous avons considéré la guérison de ce symptôme comme la conséquence de la liquidation d'un événement auquel le sujet se serait définitivement adapté. Mais en faisant cette étude nous avons fait allusioji aux dilRcultés de ce rétablissement des souvenirs et de cette* liquidation, de tout ce changement de conduite. La liquidation elle-même loin de l'expliquer complètement nous en paraissait la conséquence. D'ailleurs les autres malades chez qui nous avons constaté des phénomènes d'.TSthésiogénie ne nous ont rien présenté d'analogue à la liquidation d'une réminiscence. Je serai disposé à penser que la li(|uidation d un événement passé nous présente un cas particulier de ces travaux, de ces efl'orts d'attention qui jouent le rôle princij)al dans liiesthésiogénie. loin d'expliquer 1 sesthésiogénie la liquidation morale s'v rattache et nous offre le môme problème.

Il est plus juste de rapprocher l'icsthésiogénie de l'éducation car elle contient évidemment une part d'éducation, comme elle contenait une part de suggestion ; mais cette étude peut être faite rapidement car les réflexions sont identiques à celles que nou^s venons de faire à propos de la suggestion elle-même. Il est évident que les sujets se dressent ii l'emploi de ce procédé thérapeutique et qu'ils l'utilisent ;ui bout d'un certain temps beaucoup |)lus facilement. Quand les séances île ce genre ont été interrompues pendant longterajjs chez un sujet, elles sont ensuite beaucoup plus difïîciles à recommencer (>t à mettn» (Mi train. L';çsthésiogénie prend chez certains sujets l'allure d'une véritable éducation de la sensibilité : on peut le voir par cette description du traitement de Marceline.

(( Le traitement consistait à constater quelles étaient les sensations en rapport avec la fonction alt»''ié(> (|ui étaient din'iinuées

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OU complètement supprimées. Puis il fallait chercher à les faire réapparaître, c'est-à-dire forcer le sujet à en reprendre conscience. Par exemple si une jambe était paralysée ou contracturée, il fallait examiner les sensations cutanées, musculaires ou articulaires du membre inférieur, constater la forme et le deorré de l'engourdissement, déterminer sur ce membre toutes espèces d'impressions en \e pinçant, en le piquant, en l'électrisant, surfout en le mobilisant, en ]e massant. Après chaque excitation il fallait demander à Marceline ce qu'elle avait senti, là forcer à faire grande attention, l'encourager par tous les moyens, lui faire distinguer telle sensation d'une autre, la gronder quand elle se trompait et la faire recommencer vingt fois. Il fallait surtout lui ordonner de mouvoir son membre, la faire recommencer le mouvement de mille manières, lui faire faire avec application toutes sortes d exercices de gymnastique analogues a la gymnastique suédoise et surtout la forcer à bien sentir les mouvements qu elle faisait.^ Quand elle ne pouvait plus manger, il fallait faire le même travail pour la bouche, pour les lèvres, pour le pharynx et passer beaucoup de temps à lui apprendre à distinguer le goàl du sucre du goût du sel, quand on plaçait sur sa langue l'un ou l'autre à san insu. Il fallait la forcer à sentir l'attouchement du pharynx et lui apprendre à prêter assez d'attention à cette impression désagréable pour récupérer le réflexe pharyngien. De la' même façon il fallait lui rapprendre à respirer, à remuer le ventre, à sentir les mouvements de son ventre, l'exercer à rire, ou il bâiller, etc., h avaler en sentant bien chaque temps de la déglutition et en se rendiint bien compte si la bouchée d'aliments était bien tombée dans 1 estomac'. »

T.e rétablissement des souvenirs d Irène était également très long et très difficile : après lui avoir fait construire le récit de l'agonie de sa mère et de sa propre conduite pendant cette nuit, il fallut exercer la malade à le raconter correctement dans diverses circonstances, à le renrlre iridépeiidanl des attitudes de perception. :\ii di-luil il él;iil impossibli- <lr Ini hiirc taire coiifctcment ce récit sans ([urdle retombai dans ses crises et ses hallucinations, c est-à-dire sîins (|u file associât avec lui les altitudes de |iercf[iti()ii. I/associalioM des idéc> d»ml on a laiit abusé dans If's traitf's de [)sychologie n'(!St, à mcni avis, (|ii'une nialadi-' «If

I (>|i. (it., h'tnt mrntnl des hysUriquei, a' édil., nji i, |>. tni.

la mémoire. P(mi à peu je suis urrivé à lui faire raconter Ihistoire avec un chagrin calme, c'est-à-dire avec l'attitude du récit, puis à ordonner, à classer tous ces récits. On peut considérer tous ces exercices comme de véritables éducations.

Cependant, si on se souvient des descriptions précédentes, on remarquera aisément que l'jesthésiogénie dépasse l'éducation pure et simple telle que nous l'avons déliuie. Marceline évidemment a fait quelque chose de plus que d'apprendre à sentir le contact sur sa peau quand elle sort de la séance en écrivaiU : « Je suis si contente sans savoir pourquoi, je sors dans la rue pourvoir des gens contents, car il me semble que tout le monde est heureux comme moi. » J ai appris à Irène à réciter certains souvenirs, comment se fait-il que cette récitation supprime ses crises de nerfs, ses délires et lui permette de travailler. C'est la même discussion qui vient d'être faite à propos do hi suggestion, elle nous amène à la môme conclusion, c'est qu'il y a dans l'aesthésiogénie une extension du travail psychologique au delà de la fonction qui a été soumise à l'éducation. Une autre remarque me semble plus importante encore : ce qui caractérise ces malades, comme le disait justement M. Deschamps, c'est qu'ils ne sont pas susceptibles, d'éducation et qu'ils répètent la jméme leçon indéfiniment sans avancer. L'a-sthésiogénic semble justement avoir pour eifet de les rendre susceptibles d'éducation cl de leur permettre les progrès : il y a évidemment dans ce procédé (|iiolque chose de particulier qui dépasse l'éducation.

/|. L'.ESTHÉSIOGÉME ET LEXCITATION .

Les phénomènes que déterminent les pratiques de l'a'sthésiogénie me paraissent pouvoir être classés parmi les oscillations du niveau mental, parmi les variations de la tension psychologique.

L'état fondamental du névropathe est un état de déj)ression avec abaissement du degré d'activation auquel peuvt*!it Mre portées les tendances les plus élevées. Il v a chez eux abaissesemeiit de la tension psychologique au-dessous du niveau qui leur était habituel et qui était nécessaire pour j)ennettre les adaptations il leur genre de vie. Cette dépression se compliqU'O ou non d'agitation suivant que l'abaissement laisse intacte ou diminue également la quantité des forces disponibles.

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L'état dans lequel se trouve le sujet avant les pratiques d'aesthésiogénie, l'état dans lequel il retombe quand ces pratiques ont épuisé leur efTet est toujours un état plus ou moins accusé de cette dépression fondamentale. « L'attitude extérieure, disais-je à ce propos, était déjà caractéristique ; on 'devinait son état quand on vovait Marceline avancer à petits pas incertains, le dos voûté, les veu\ fichés à terre, quand elle vous parlait lentement d'une voix sans timbre, sans vouloir vous regarder, avec son air étrange d'absorption et de rêverie ». P>lle continuait à j)eu près son travail, mais d'une manière toute mécanique, sans avoir de goût à rien. Elle ne parlait pas et ne semblait pas comprendre ce qu'on lui disait ; elle ne voulait voir personne et avait des crises terribles d'intimidation dès que quelqu'un s'approchait d'elle. D'ailleurs l'émotivité était invraisemblable et le plus petit incident qui exigeait un effort d'adaptation, donnait naissance à des secousses convulsives, à des tics, à des contractures, à des idées fixes et à des délires. Ajoutons un sentiment perpétuel de malaise profond, de mécontentement, de honte de soi, de tristesse et d'ennui. Sans doute des svmptôraes proprement hvstériques s'ajoutaient dans ce cas au tableau pathologique et donnaient naissance au rétrécissement du champ de la conscience, à la suggestibilité, aux aneslhésies, aux amnésies, etc. Mais les phénomènes précédents restaient fondamentaux et on les retrouve chez tous ces malades.

L'état qui est déterminé par l'c-esthésiogénie, état qui a été souvent désigné sous le nom de « l'état alerte » et qui dans certains cas constitue le somnambulisme complet n'est pas uniquement caractérisé par la guérison dos sympt(^mes hystéri(|ues, paialvsies, amnésies, etc., mais il nous piésenle tout un changement de conduite qui a précisément les caraclèies inverses de la flépression. Reprenons comme tvpe le résumé de l'observation de Marceline. Dans cet état son attitude change complètement, le corps s'est redressé, la marche est plus rapide, la malade consent à regarder les gens auxquels elle parle et parait Mre redescendue des nuages. KUc regarde de tous côtés, car les objets l'intéressent au plus haut point ; ils ont des couleurs vives et une lU'Wt'U'; (|u'ell(' n'avait pus encore renKU<|ué(> « il lui seniblr (jue ses veux et ses oreilb'S so dcboucln-nt ". l'ilh' est devenue iictiviet s'intéresse à de petits travaux qui s'ajoutent ;i son labeui obligatoiri'. J^lle est plus gaie et plus oincrte, consent à \oir

120 I.KS ACOl ISITIONS PSYCHOLOCIQUES

ciuclquos persortnes et accepte môme des invitations, ce qui étonne tout le monde. Quoiqu'elle paraisse avoir plus de sentiments, elle ne s'émotionno plus ii tort et à travers et elle parait plus calme. D'ailleurs la malade se rend compte du changement et éprouve de tout autres sentiments que précédemment : « Il me semble que je vis réellement, que c'est un^ existence nouvelle et que je n'ai pas peur de l'affronter. Je suis plus tranquille, je laisse tout aller comme cela veut et les ennuis ne me touchent pas... Je me suis déjà tirée de bien bas, je vais réparer une mauvaise impression s'il v en a eu une et avec un peu d'aide je pourrai certainement continuer à travailler et conserver ma place. »

Ces modifications de l'activité peuvent être résumées par un mot qui s'oppose au mot dépression, le mot « e.rcilation ». Il ne faut pas confondre l'excitation avec l'agityition. comme on le fait souvent. C'est pourquoi après avoir essayé de définir tout i» l'heure l'agitation, je dois préciser au moins conventionnellement le sens du mot « excitation ». I/excitation consiste essentiellement en une élévation rapide de la tension, psychologique audessus du degré qui est resté le même pendant un certain temps. Cette élévation doit évidemment se présenter de deux manières différentes : ou bien il sagit d'une élévation réelle au-dessus de ce niveau moyen qui caractérise les esprits considérés comme normaux. Cette excitation doit correspondre alors aux phénomènes (|ue l'on désigne sous le nom de joie, d'enthousiasme, d'inspiration, d'extase, elle doit jouer un rôle dans les anivres du génie, dans les inventions et dans le progrès de la pensée, mais elle est ])eu connue et ne joue guère de rôle dans ces études de thérapeutique. Une autre excitation a été plus étudiée, c'est celle qui se présente chez des malades et qui relève simplement la tension préalablement abaissée jusqu au niveau moven considéré comme normal.

L'excitation ainsi entendue contient dos phénomènes inverses de ceux qui ont été observés dans la dépiession, c'est-à-dire des phénomèiu's d adaptation et de calme. Les tendances les plus élevées qui ne pouvaient plus s'activer parviennent facilement à l'acte complet et même se précisent et se développent. C'est à ce moment que se fondent les souvenirs nouveaux et les habitudes nouvelles qui sont le point de départ de nouvelles tendances. En même temps lagitatioii dis|)arait parce que le rapport entre la tension et la

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quantité des forces psychologiques est devenu plus normal et qu'il y a de nouveau drainage et récupération des forces. L'émotivité est diminuée ; les actions même compliquées et rapides sont faites avec calme, clest-à-dire sans être accompagnées de ces autres conduites inférieures, exagérées et inutiles, qui constituaient l'agitation. Les mouvements convulsifs, les tics, les angoisses ont disparu ainsi que les ruminations de la pensée intérieure ; chose curieuse, le sujet qui en réalité vit plus et se trouve à un niveau psychologique plus élevé, semble penser moins. Loin d'être des faits psvchologiques essentiels la pensée et la conscience grandissent chez le malade et diminuent chez l'individu bien portant.

De même que nous l'avons observé dans la dépression, ces changements sont accompagnés de phénomènes secondaires qui sont des réactions internes à ces modifications de la conduite. Les obsessions, les délires, les sentiments, d incomplétude se transforment en d'autres attitudes et d'autres sentiments se développent ii leur place ; ce sont les sentiments qui se rattachent à la joie, à l'intérêt, à la confiance, à l'indépendance et suivant les caractères des troubles antérieurs ces sentiments présentent des variétés particulières. Ce sont, en effet, ces modifications de la tension psvchologique qui permettent l'apparition des activations supérieures et du triomphe et qui donnent naissance aux sentiments de joie et de bonheur si caractéristiques chez tous les sujets qui entrent dans l'état alerte ; la suggestion et le dressage peuvent évidemment modifier l'expression et la régularité de ces sentiments, mais je ne puis m'empêcher de croire qu ils corresjiondent à un changement réel dans le sens dune vitalité plus grando. Il est intéressant pour le psvchologuc de remarquer qu'a ce moment le sujet n'éprouve guère de plaisirs proprement dits et qu'il a plutôt des sensations très pénibles de fatigue et même de véritables doub-urs, bien plus que dans la période de dépression. Ce qui ne l'empêche pas d'éprouver une joie profonde ; il ne faut pas trop vite rapprocher la joie du plaisir et de l'absence fe douleurs, il s'agit de toute autre chose.

Malheureusement ces sujets affaiblis ne peuvent d'ordinaiic -iirtout au début. su[)porter longtemps cette forme d'existence supérieure. Ils retombent plus ou moins rapidement dans la déjiression. Le moment (b- la rechute n'est guère ap|irreiable

quand elle se fait graduellement: on voit réapparaître les uns. après les autres suivant les circonstances les troubles de la conduite et les modifications des sentiments. Souvent il y a des phénomènes particuliers très intéressants qui apparaissent régulièrement au moment de la transition, de l'abaissement de la tension psychologique. Au début de mes études je ne signalais guère que l'attaque hvstérique parmi ces phénomènes caractéristiques de la psvcholepsie. .le crois aujourd'hui que des accidents fort variés, des tremblements, des agitations motrices, de diverses espèces, probablement des crises d'asthme, des crises de pleurs, des crises d angoisse et 'surtout de^i crises de migraine peuvent jouer le même rôle.

Dans un chapitre j)récédent à propos des liquidations j ai signalé des phénomènes de décharge qui consistent dans une diminution de la quantité des forces. Nous arrivons ici à la notion des phénomènes de détente qui correspondent à la diminution de la tension. Il faudra plus tard établir le diagnostic diflérentiel des uns et des autres ; aujourd hui nous sommes obligés de constater (jue des crises d agitation d apparence analogue se présentent dans les deux cas, <juoi(pie les crises de pleurs et les migraines aient plus souvent la signification d'une détente. Quand il s'agit de détente, le niveau était élevé avant l'attaque et permettait des activations de degré supérieur; il est nettement abaissé après la détente et présente de nouveau les caractères de la dépression. II ne faut pas se laisser tromper par des appa • renées de satisfaction que présentent certains sujets après la délente. Ce sont là des béatitudes en rapport avec la suppression de l'elfort analogues aux béatitudes (|ue décrivait bien M. Mlgnard chez les imbéciles et chez les déments'. Cette distinction des joies et des béatitudes faisait l'objet d'une longue étude dans mes derniers cours ait Collège de l' lance sur les degrés d'activation supérieure.

Rien ne serait plus instructif qu une analyse précise de l'état mental de sujets bien connus étudiés avant et après une migraine, .l'ai réuni sur ce point une foule de documents que j'espère pouvoir utiliser un jour ; je dois me borner ici à (juelques brèves indications. Si nous considérons une de nos malades, Irène, nous pouvons remarquer sur elle,^comme d'ailleurs sur un très grand

I . Mij:nard. Les états de satisfaction dons la démence et dans l'idiotie, Thèse, 1901),

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nombres d'autres malades, qu'il n'y a jamais de migraines pendant les périodes de grande dépression, si prolongées qu'elles puissent être. Je l'ai vue rester dix-huit mois sans aucune migraine, ce qui pour elle était extraordinaire ; mais elle était dans un état de dépression profonde, qui la rendait incapable de toute action ou même de tout désir. Pendant des périodes de ce genre les malades ne cessent de gémir et de regretter leurs migraines, ils répètent qu'ils étaient bien mieux quand ils avaient de temps en temps leurs migraines. Cela est juste, car à ce moment-là ils avaient sans doute des chutes pénibles, mais ils étaient capables de remonter plus ou moins longtemps leur état mental, ce que maintenant ils ne peuvent plus faire. Irène, pendant ces périodes sans migraines ne présente pas non plus de somnambulismes complets et n'est sensible à aucune [)ratique d'icsthésiogénie. Ils n'ont pas de détente parce qu ils sont incapables de se tendre.

Chez Irène les migraines redeviennent au contraire, fréquentes dans la dernière période de ses dépressions, (juand elles approchent de leur fin. A ce moment diflerentes circonstances peuvent amener des bouleversements que nous appelons d'une manière vague des émotions (car ce mot est appli(|ué à tort et à travers aux ascensions comme aux abaissemonts du niveau psychoilogique) et qui sont caractérisés par des ed'orts pour augmenter momentanément la tension. Cette jeune femme très timide et rncaj)able de discuter avec quelqu'un est obligée un jour de répondre à une accusation injustifiée et de se défendre. Elle le fait avec un certain courage et même avec succès, et elle éprouve dans les instants suivants un vif sentiment de satisfaction, de joie de vivre, comme dans toutes ses excitations. ^Mais bientôt elle se sent troublée et abritée c'est-à-dire qu'elle est fati<Tuée, qu'elle devient inca()able de supporter cette tension trop élevée pour elle et le soir môme commence une grande migraine a la suite de Iat|uelle elle se retrouve plus calme sans doute, mais de nouveau liiiiide. inrpiiète et aboidicjue comme aujiaravant. Dans cette même période les séances (l'icslhésiogt'nie [leuvent de noiive:iu réussir et amenei- des somnambulismes complets plus ou lUfMiis durables (pii cotit riliiienl très efficacement à amener la fin de la d<q»ression. Mais régulièrement deux ou trois jours après la séance et le d'-bnt <|ii <omnamhnli><Mi<- mniplrt il v a mijiraine et rechute.

On peut observer des phénomènes analogues au début des dépressions : chez la., f. 87, par exemple, on observe souvent la série des faits suivants : une circonstance amène un grand eflbrt suivi d'une excitation, puis arrive une migraine et ensuite une dépression plus ou moins durable. Elle est un jour bouleversée par un accident arrivé à sa mère qui a une forte hémoptvsie. elle se raidit contre son trouble et soigne très bien sa mère de manière à être tout h fait satisfaite d'elle-même : « je ne me croyais pas si vaillante » ; mais deux jours après elle a une violente migraine et commence une période de dépression. Un détail curieux, c'est que, une seule fois chez cette malade, la migraine a été remplacée par une grande attaque hystérique qui, comme on l'a vu. semble avoir le même caractère. La migraine, comme l'attaque d'hvstérie et peut-être comme l'accès épileptique, sont des phénomènes de détente qui se présentent quand la tension psychologique a été par une influence quelconque élevée au-dessus dp degré que le sujet peut actuellement supporter. Il est bien probable que ce sont des étude» de ce genre qui donneront un joui- la clef du problème de l'épilepsie, car les vertiges et les accès épileptiques sont certainement des phénomènes de détente, dont nous ne comprenons pas la signification parce que nous n'étudions pas assez l'état de tension psychologique avant et après 1 accident. •

Quoi qu'il en soit, cette dépression suivant une période d'activité mentale plus grande produit une modification qui rend plus dilficile la continuité de la conscience et de la mémoire et, quand il s'agit d'hvstériques disposés au rétrécissement de 1 es- |)rit. elle s'accompagne très souvent do troubles de la mémoire, d'une amnésie portant particulièrement sur la période alerte. La malade qui par le fait même de sa dépression a de la peine à évoquer des souvenirs (in rapport avec la situation présente cesse aIc pouvoir évoquer à propos les souvenirs de la période d'excitation qui sont marqués d'un coelTicient diflerent. Elle retrouve au contraire ces souvenirs quand elle rentre. dans le même état alerte, car leur remémoration est alors bien plus facile. On observe ainsi une série de transformations- périodiques de l'activité et de la mémoire qui permettent, comme ji> 1 ai montré autrefois',

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