Al'l'MCVTIONS TIIÉR.\PEUTIQUES
Les traitements précédents consistaient tlans la recherclic du somnambulisme complet au uïoyen de l'excitation de la sensibilité ou de la mémoire. Si nous appliquons cette définition d'uiir manière rigoureuse, nous sommes obligés de constater (|ue ce traitement n a pu ètie ap|»li(|u<'' d'une manière heureuse (|ue dans un très petit nombre de cas.
Kn dehors de sept malades dont je viens de discuter les obsei- ^ations, je ne trouve guère <|ue six autres cas h ajouter dans les(juels lii guérison sullisamment durable d'accidents hyslerifjues graves semble avoir été obtenue par I emploi systématique et exclusil du trailemiMit ;i'sthésiogéni(|ue portant sur la seiisi-
132 I.F,S ACOUISITIONS PSYCllOLOGIQL ES
bilitc et déterminant le somnambulisme complet. Il faut y ajouter trois observations dans lesquelles les malades présentaient des amnésies et qui par excitation des souvenirs ont également présenté des soninambulismes complets : ces dernières observations se rapprochent de celle dirène quoi(jue les phénomènes y soient moins remarijuables. En tout, i5 malades me semblent avoir présenté le j)hénomèn(> que j ai proposé d'a|)|)cl('r le soinnambiilismc complet et en ont tire un bénéfice.
A propos do ces nouveaux malades, je dois signaler seulement quelcpies détails intéressants: les troubles de Mab., f. 35, très complexes, attacjues, sommeils, amnésies, altérations graves du caractère, se sont développés après un accident arrivé à l'œil qui avait déterminé des troubles hystériques de la vision. Le simple traitement de la vision, l'excitation de la sensibilité oculaire a été le point de départ de grands changements de toute la personnalité. Il était curieux de voir cette femme qui non seulement présentait- des attaques de sommeil, mais qui, dans l'intervalle, restait inerte, indifférente atout, méchante avec ses enfants, reprendre pour (juclqucs jours son activité et son caractère normal simplement après des efforts d'attention relatifs à la vision. Nous avons déjà vu des laits de ce genre quand Irène se transfoiinait a|)rès avoir travaillé à retrouver le souvenir de la mort de sa mère. Il semble que I excitation générale puisse survenir à propos de n'im|»orto (juel point de départ.
Xep., f. 28, avait tous les jours depuis huit mois une crise de somnambulisme délirant qui survenait régulièrement à cinq heures du soir : cette crise durait deux ou trois heures et la malade n'en conservait aucun souvenir. Il v avait dans celte réirularite bien des phénomènes d'idée fixe et de suggestion. Quand la malade était mise dans un état de somnambulisme complet par des ell'orts de l'attention portant sur la sensibilité, elle retrouvait le souvenir de ces crises, elle alteiulait Iheure de cin(j heures avec curiosité pour savoir si elle serait malade, mais pendant plusieurs jours elle n avait rien, (^uand elle retombait dans la (b'prcssion, elle oubliait ses crises et ne les attendait |)lus, au moins en apparence, mais les délires réap|)araissaient régulièrement. Il s agit ici d'une réapparilion de la suggestibilité dans l'étal de dépression.
Je signale également un détail dans 1 observation de ^c., f. 27 : ce sont les énormes réactions qu elle présentait au moment du
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retour des sensibilités cutanées, elle frémissait, pleurait et se tenait la tête en poussant des cris de douleur. Cette malade n'habitait pas à 1 hôpital, elle n avait jamais vu. ni entendu parler de phénomènes semblables, et d'ailleurs mes malades, comme je l'ai dit, ne présentaient guère ces phénomènes. La part de la suggestion, si elle a existé, a dû être bien petite. 11 faut savoir reconnaître qu'il v a dans ces phénomènes psvchologiques des détails individuels qu'il n'est pas facile d expliquer par des règles générales.
Ob.. f. 24» nous présente une évolution maladive fort analogue à celle que nous avons vue dans l'observation d Irène. Enfant névropathe, insomnique. souffrant facilement de la tète, elle resta à peu près normale jusqu'à 1 âge de i3 ans. A ce moment sous l'influence de la puberté et des émotions causées par la mort de sa mère et par le second mariage de son père elle changea complètement. Elle devint très émotive et pour la moindre des choses tombait dans des agitations convulsives. elle était timide au point de renfermer tous ses sentiments et de se montrer très froide, elle avait surtout des troubles de la mémoire, elle cessa d'apprendre et paraissait retenir très mal les faits récents : encore maintenant à i!\ ans. elle raconte en détails les faits de son enfance antérieurs à i3 ans, mais semble savoir très peu et très mal ce qui s'est passé depuis cet âge : il y a là des cicatrices psvchologicjues. Des disjiutos avec sa belle-mère qui ne l'aimait guère, le départ de son frère pour l'armée, les inquiétudes causées par la guerre aggravèrent beaucoup son état. A 1 âge de 2 1 ans, elle s'isolait de plus en plus tout en se plaignant d être aband(»nnée, elle se plaignait de ne plus avoir de volonté et demandait à être commandée comme une enfant, elle ne pouvait ()lus tiavailler et présentait du désordre dans ses actes, elle avait fréquemment ces impulsions à « changer de situation, à laire autre chose, n'importe quoi, à s'enfuir, à aller n'importe où », qui sont si caractéristiques des états de dépression. Enliu. un jour, échappant h la surveillance elle courut se jeter dans une rivière : on |)ut la sauver et la letiier de l'eau évanouie, (^uand elle reprit conscience, elle resta presque ct»niplètcmcnl délirante, agitée, souvent vi«)lente ; elle ne pouvait rien explicjuer. ne se souvenant ni de son suicide, ni des événements postérieurs. Elle mêlait ;i tous ses propos une foule d'absurtljlés, déclarant être Jeanne d'Arc venue |)our sauM-r la fraïue ou signant des
lettres absurdes du nom d'Henriette de France, etc.. Cet état délirant se prolongeait à peu près sans interruptions depuis un an quand j ai connu la malade. La forme des agitations qui de temps en temps rappelaient une attaque hystérique, les alternatives de délire et de lucidité, les amnésies localisées me conduisirent à supposer des phénomènes hystériques et à faire quelques tentatives d hypnotisme. La jeune fdle était complètement suggestible et hypnotisable et j'ai cherché exactement,' comme dans le cas d'Irène, à rétablir ses souvenirs pendant le somnambulisme. 11 fallut une dizaine de séances pour obtenir au milieu d'efforts et de contorsions un récit détaillé des périodes qui avaient précédé le suicide et du suicide lui môme. 11 était curieux de constater comment dans cet état elle expliquait clairement tous les troubles qu'elle présentait depuis longtemps, son épuisement, son impuissance à se reposer, son mécontentement d'elle-même, ses obsessions de honte, ses désespoirs, ses impulsions h la fugueque l'on n'avait jamais comprises, puis son impulsion rapide au suicide : « au moins comme cela je n aurai à parler à personne et ce sera tout' de suite fini ».
Dès que le retour des souvenirs lut net pendant le somnambulisme, il V eut un changement frappant de l'état mental, la malade se releva visiblement, reprit de l'activité, de l'attention, de la confiance et exprima, comme on l'observe toujours ilansdes cas de ce genre, des sentiments d'enthousiasme. Elle arriva rapidement à retrouver un état à peu près normal qu'elle n'avait plus jamais eu depuis l'âge de i3 ans. Il est inutile de revenir sur les rechutes périodiques qui revenaient d'abord après deux jours, puis après huit jours, puis seulement après une émotion ou h I époque des règles qui, supprimées pendant toute la période délirante, n'avaient pas tardé à réapparaître. Cette jeune fille est restée une faible, très disposée à des troubles dépressifs, mais elle a pu depuis plus d un an vivre de la vie normale et reprendre son travail. Cette observation est intéressante h cause de sa grande analogie avec l'observation d'Irène et à cause du succès beaucoup plus rapide d'un traitement- du mt^mc genre. Le traitement, comme celui d'Irène, se rapproche des traitements par recherche «lu souvenir traumatique et par liquidation, mais l;i liquidation elle-même est obtenue grâce à un état d'excitation.
A c(\té des malades précédents je placerai un groupe de
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i5 autres observations dans lesquelles les sujets ont présenté d'une manière imparfaite les phénomènes du somnambulisme complet, mais dans lesquelles l'aesthésiogénie a joué un rôle important. Elle n'a pas été employée exclusivement, mais elle s'est ajoutée d'une manière utile à d'autres thérapeuti([ues. Parmi ces malades on peut remarquer trois psvchasténiques qui, en même temps que leurs obsessions, ont jjrésenté des phénomènes hystériques et ont pu être hypnotisés, ce qui est, à mon avis, assez rare. Leur état mental était singulièrement transformé pendant la période, chez eux assez courte, du somnambulisme complet. Qi., f. ^o, en particulier, en dehors de ses obsessions et de ses phobies a toujours soulTert d'une épouvantable timidité. Maintenant encore à 1 âge de ^o ans, elle ne peut sentir ou soupçonner qu'on la regarde : « C'est pour moi un supplice que de passer devant un tramway ». S'il faut qu'elle parle à quelqu'un, elle a des tics énormes, des contorsions de toutes espèces, elle n arrive à dire quelques mots après bien du temps et bien des efTorts ([u en fermant les veux et en détournant la tète. Cette malade, dans un état analogue au somnambulisme complet, non seulement oublie ses obsessions, mais encore transforme son attitude, elle regarde l'interlocuteur en face et parle facilement sans tics et sans contorsions. Elle se sent plus forte et plus lucide : « il fait plus clair, dit-elle, et le monde me semble meilleur ». Il y a là un curieux exemple des transformations de la timidité par excitation.
Les autres malades sont des hvstéri(|ues présentant des accidents variés et en général complexes : elles ont subi en même temps que Ifesthésiogénie des traitements divers, suggestion proprement dite, dissociation de 1 idée fixe, isolement, éducation et je n'ose rattacher les guérisons obtenues uniquement au procédé que nous étudions. T>e changement de caractère déterminé par le somnambulisme complet était lort curieux dans le cas de Pauline, f. 19. Cette personne toujours très timide se montrait à l'ordinaire renfermée jusqu'il la cachotterie, elle était entêtée au dernier jxiint, susceptible et jalouse. Dans l'état provoqué artificiellement et qui ch(!Z elle durait plusieurs jours, elle se transformait d'une manière surprenante et surtout devenait ouverte et confiante. C'est ii ce moment (|u'elle racontait en riant les incidents bi/arres du début de sa maladie, ses rêveries oririieilleuscs, ses humiliations atroces pour des motifs ridicules, ses désespoirs (|u:iiiil sa mère lénioi-
gnait quelque affection à ses sœurs, ses simulations de maladies qui avaient fini par déterminer des contractures dont elle ne pouvait plus se débarrasser. Quand on lui faisait remarquer qu'elle changeait de caractère et qu'elle se tenait tout autrement que dans son état habituel, elle protestait en disant « qu'elle était maintenant elle-même et que c'était la maladie qui lui donnait précédemment un caractère absurde ». Je le crois volontiers, car l'entêtement comme la cachotterie et la jalousie sont des phénomènes de dépression. Cette malade finit par rester dos mois entiers dans l'clat le meilleur et guérit complètement.
Malgré ces constatations intéressantes je répète encore que, parmi mes observations au nombre de plusieurs milliers, celles où le somnambulisme complet a pu être obtenu et avoir des résultats heureux sont réellement bien peu nombreuses. Cela se comprend sans peine si on réfléchit au nombre des conditions nécessaires : Il faut opérer sur des hystériques présentant à un haut degré l'hypnotisme et la suggestion et ayant des anesthésies, des paralysies ou des amnésies graves et anciennes. Ces malades existent, moins souvent peut-être qn On ne l admettait autrefois avec les métallothérapeutcs et avec l'école de Charcot. mais plus souvent que les médecins d'aujourd'hui ne semblent disposés à le croire. Cependant ils ne forment pas la majorité des névropathes que 1 on rencontre communément et l'on ne rencontre pas fiéquemment les conditions nécessaires pour a|)pli(|uer des tr;iiti>mcnts semblables.
Quand ces conditions sont réunies, est-il juste do tenter un traitement .lesthésiogénique ? Par réaction contre l'école de Burtj et de Charcot, il semble de modo aujourd hui de mépriser les troubles de la sensibilité que présentent les hystériques, probablement parce que autrefois on les a trop adorés. Tel médecin qui, il y a vingt ans, voyait de l'anesthésie hvstérique partout se croirait déshonoré s'il en voyait aujourd'hui quchpio part ot surtout s'il la prenait au sérieux. Il est entendu (ju il no faut |)as tenir compte do ces troubles de la sensibilité ou do la mémoire, (|iii s'accentuent si on attire sur eux l'attention du sujet ot qui guérissent tout seuls si on s'occupo do la santé générale et des autres accidents plus bruvants.
Ces remarques ne sont pas sans quelque vérité : au début ilo l'hystérie, chez des malades très jeunes, quand les troubles sont encore indistincts et variables, il no faut pas troj) attirer l'atten-
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tion du sujet sur un phénomène maladif, car on risque de le préciser. Mais cela n'est pas seulement vrai de l'anesthésie, cela est vrai également de la toux hystérique, des vomissements, des colères, des parésies, des algies, etc. A cette époque, le médecin doit être discret et prudent, il doit traiter l'état phvsique et l'état mental d'une manière générale et insister le moins possible sur tel ou tel accident. Il est également vrai qu'une hystérique, lorsqu'elle guérit dune manière quelconque, perd aussi bien ses anesthésies que ses attaques, quoiqu'on ne s'en soit pas occupé d'une manière spéciale. C'est là un fait dont nous venons de voir bien des exemples et qui résulte du relèvement de la tension psychologique quel que soit le procédé qui Tait déterminé.
11 faut cependant remarquer que les sujets que 1 On nous amène ne sont pas toujours dans cet état de primitive ignorance : le jeune soldat qui revient du front hémiplégique et anesthésique sait fort bien qu'il ne sent rien du côté droit et je ne vois pas quel bénéfice il aura si je fais semblant de l'ignorer. Je n'augmenterai pas s»>n anesthésie en la constatant, car elle est déjà aussi profonde que possible et je ne lui donnerai pas une idée fixe de cette anesthésie, car il l'a déjà. Des réflexions de ce genre em[)êcheraient de traiter jamais aucun accident hystérique. D'ailleurs il n'est pas exact que la constatation des [)hénomènes hystériques les augmente toujours : J'ai déjà signalé cette malade entrée hémi-anesthésifjUf dans le service et que j'avais signalée comme curiosité. Bien traitée elle récupéra rapidement sa sensibilité malgré des examens beaucoup trop répétés de son anesthésie que venaient faire do nombreuses personnes. D'autre part il est entendu que si l'on peut guérir facilement l'hystérie par quelque autre procédé, il est inutile de faire appel à l'a-sthésiogénie. Mais il v a justement des cas où les accidents hystériques lie guérissent pas facilement et se prolongent indéfiniment mal- ^ré le plus beau méj)ris des médecins à leur égard. Il n'est |)as mauvais dans ce cas de |)<)ii\()ir recourir à une méthode de |)liis qui dans certains cas heureux ;i donne des résultats remar- (jual)les.
Fn réalité, comme nous l'avons tléjii vu a plusieurs reprises dans cet ouvrage la dilficulté principale n'est pas là : elle n est pas dans les scrupules plus on moins alTectés des métiecius, elle est dans leur ignorance. Nimi^ n'ap|)li(|uons pas plus souvent r.'rsthésiogi'uie et nous n en tirrms pas nu meilleur parti, parce
que nous ignorons encore ses conditions les plus essentielles. Il est tout à fait certain que les conditions précédentes quoique complexes déjà ne suffisent pas. Dans un grand nombre de cas qui me paraissaient absolument identiques aux précédents, j'ai opéré ou j'ai cru opérer de la même manière et je n'ai obtenu aucun résultat intéressant. La suggestion de sensibilité ou de mémoire était inefficace ou restait limitée et ne déterminait pas cette excitation générale qui est la partie essentielle du traitement. De tels essais qui malheureusement coûtent toujours un temps énorme restent le plus souvent infructueux. De beaux somnambulismes complets ont apparu de temps en temps dans mes expériences d'une manière qui semble trop arbitraire, analogues, comme je l'ai dit, à des phénomènes d'enthousiasme dont nous connaissons l'existence, mais que nous ne savons pas provoquer dune manière régulière quand nous en avons besoin.
Dans tous les procédés de traitement que je viens d'énumérer et qui semblent de près ou de loin se rattacher à l'iesthésiogénie. il v a probablement les germes d'une thérapeutique, mais il n'y :i pas encore les règles d'une thérapeutique régulièr<Mnent applicable. C'est pourquoi il est utile d'examiner maintenant d'une manière plus générale l'excitation psychologique dont ils semblent ôtre une forme particulière. L'étude de la métallothérapie et des somnambulismes complets sera plus tard, si je ne me trompe, une introduction à l'étude d'un grand problème, aujourd'hui à peine soupçonné, le problème de l'excitation.
CHAPITRK UI LES TRAITKMKNTS PAR L'I-XCIT ATION
A côté de quelques thérapeutiques psychologiques déjà susceptibles de définitions précises, comme les médications par la suggestion ou par le repos, on rencontre disséminés de tous les côtés des conseils ou des pratiques médicales dilFiciles à interpréter avec précision et dilTérentos les unes des autres en apparence plus qu'en réalité. Ces médications me semblent se rapprocher les unes des autres par leur tendance li provoquer l'eflort personnel plutôt que l'automatisme, l'activité plutôt que le repos, la vie sociale plutôt que l'isolement. Le phénomène psychologique qui joue ici le rôle principal me semble ôtre ce phénomène de I excitation dont les niédications a'sthésiogénitjucs nous ont permis d'entrevoir l'importance.
Les philosophes et les moralistes ont déjà souvent présenté des doctrines optimistes qui font appel au courage et à l'énergie humaine. La morale stoïcienne était fondée sur cette confiance dans les forces humaines dont Ihomme désespère souvent trop vite. '< Tu es sauvé dès niaintenaiil, disait Luther, si seulement lu consens ii le croire. » Les anciens aliénistes insistaient sur I importance du travail dans le traitement des maladies mentales : Il C'est souvent bien moins par des medieaineiils (|iie |i;ii' des moyens moraux, disait l'inel, (ju On peut faire une luuireuse diversion aux idt''e>> iii«.ii'v. .Ii-v ini'-lanc()li(|ue^ ' n <•! L'iii<i iliininiit
I. l'iiiol, Tmilé méilieo-pliilosophiquir sur rnliémilion mentale. 1809, p 'M\f^.
une grande place au travail parmi les procédés moraux les plus importants pour traiter la folie.
Parmi les philosophes contemporains c'est certainement William James qui a le plus éloquemment insisté sur « ces ressources profondes de l'esprit humain que 1 On n utilise pas sufTisamment ». Il aimait à protester contre les habitudes déprimantes de la crainte : « Le vice essentiel de notre nature charnelle c'est la crainte qui n'a jamais rien de respectable... Nous avons en nous des énergies inconnues car nous sommes intimement unis au principe Divin... une mère qui voit son enfant en danger trouve en elle-même des forces d'Hercule dont elle ne se doutait pas'... » Comme le montre très bien M. Bourdeau. avant de devenir l'apùtre du pragmatisme, James a été le psychologue de reffort et l'éducateur de la volonté. Il méprise le contemplatif et il veut que l'on tire parti de tout pour développer l'action : « Il ne veut pas qu on laisse s'évaporer cette force motrice de lémotion, il faut qu'au sortir d'un concert le charme de la musique continue à agir en nous et se prolonge en acte de courtoisie et de bonne grâce... Faire tous les jours un acte impliquant une parcelle infinitésimale d'ascétisme et d'héroïsme, un acte que nous préférerions ne pas faire, c'est acquérir une prime d'assurance contre les heures d'angoisse et de défaite-. »
William James vovait dans la « Christian science » de Mrs. Eddv, au milieu de beaucoup d'absurdités qu'il rconnaissait, une heureuse application de ces principes : « Le Mind cure, disait-il, a construit un système puissant d'hvgiène mentale. Ce système tout entier est construit avec de l'optimisme, le pessimisme rend fainéant, ro|)timisme rend lort, les iilées sont des lorces'... » W. James retrouve encore le même principe chez les écrivains qui ont analvsé les « Revivais » mvstiques si fréquents en Amérique. Ceux-ci ont noté au cours de ces grandes cérémonies religieuses des conversions rapides avec sentiments d'euphorie et métamorphose de toute la personnalité : les sujets passent rapidement sinon du vice à la vertu du moins dune vie plate et triste à une vie plus saine et plus courageuse. Chose curieuse, ces écrivains ont voulu trouver une preuve de la religion elle-même dans ce
I. \\ . .laines, The nu'iijics »J mon. 1907, p. S."); Psv./»<.//icrflp^ «le Parkir. If, II. p. 36
a. J. Bourileaii, L'J p/ij/osop/iie fl/r<'<"'«i'e, 1913, p. 3i. (K .\lcan). .'>. W. .lainos, The énergies of mon. p. 9.3.
LES TRAITEMENTS PAR L'EXCITATION" lit
phénomène psychologique de l'excitation en somme assez banal dont nous avons constaté des formes bien plus remarquables après les séances d'îesthésiogénie el (jui peut également apparaître après le vulgaire verre de Champagne; mais nous n'avons pas à étudier les conclusions dogmatiques que les théologiens ont voulu en déduire', il nous sulfit de remarquer avec James que dans leurs descriptions des conversions soudaines ces auteurs ont contribué à faire connaître le phénomène de l'excitation et à mettre en lumière les bénéfices que I on en pouvait quelquefois tirer pour le rétablissement de la santé morale.
Sans doute les médecins n"ont guère songé autrefois à fonder une thérapeutique précise uniquement sur ce phénomène de l'excitation morale, mais ils n'en ignoraient pas la puissance et souvent ils admettaient qu'il devait jouer un certain rôle au milieu d'autres traitements ; on trouve des allusions à un traitement par le travail et par l'effort dans tous les ouvrages des aliénistes français du siècle précédent ; une phrase de Brémond est restée célèbre : « Faute d'idéal, disait-il, ayez au moins une passion excitante, car Sterne l'a rappelé avec raison : il vaut mieux faire la chose la plus inutile du monde que de rester un quart d'heure à ne rien faire : Cultivez des tulipes rares, mettez-vous à la recherche d'une série d autographes, élevez des lapins, péchez à la ligne, tournez des coquetiers, découpez des ombres chinoises pour des enfants, chassez aux papillons ou collectionnez des timbres-poste, l/important est (jue vous vous passionniez pour quelque chose- ».
M. Forel, dans beaucoup de ses ouvrages, insiste sur l'importance de l'intérêt et du travail excitant. Il veut des occupations diverses qui secouent l'esjirit et 1 élèvent au-dessus de son travail habituel'. Ceux (jui ont plusieurs intérêts dans la vie ne sont pas désespérés par la perte dune de leurs affections: ils ne tombent pas dans « I étroitesse d un égoïsme exclusif* ». Son étude sur le tiaileiiH'Ml moral « des gens non maries, des vieilles filles, des célibataires, des veufs et des veuves sans enfants », mérite une attention particulière et nous montre la nécessité de remplir la
I. Cf. L<'iiba. l'.iyrltolofjii- des plii'-nom'fncs reliijiriur. llJlt^■
a. Hnmoncl, Les passions et la santé. iHij'6, \>. lai.
.H. Forci, L'dmc el le système niri'fur. it|i>ri. |». 3i,{.
'i. Forel, Op. cit., p. 3ia.
vie el de donner un aliment à nos sentiments et à nos pussions'.
Il faut reconnaître que les mômes idées se retrouvent sous la plume des auteurs qui prétendent parler uniquement de la suggestion et M. Bernheim n hésite pas à parler à ce propos de l'excitation de l'attention et de la « dvnamogénie psychologique'^ ». A plus forte raison ces idées jouent-elles un grand rôle dans la moralisation de M. Dubois (de Berne), car le grand mérite des ouvrages de ce genre c'est qu'ils contiennent plus d'idées que les mots même mal définis n'en annoncent et qu'ils fournissent les germes encore indifférenciés de tous les traitements. « Le retour à l'optimisme est souvent difficile chez des malades dont la vie est réellement troublée, mais il est essentiel... J'ai trouvé moi-même, dit-il, chez des débiles mentaux une force de résistance que je n'aurais pas attendre et quil suffisait de réveiller' ». Il note des guérisons obtenues pai- le retour à la loi religieuse et il insiste sur l'éducation du caractère tjui doit devenir plus énergique et plus tendu,- « car cela eet bien plus important que la guérison de tel ou tel accident nerveux* ».
Enfin, il n'est pas difficile de retrouver beaucoup d'allusions aux bons efï'ets de l'excitation dans tous les ouvrages qui traitent de la gymnastique et de l'entraînement physique. Le mouvement, comme le remarque M. Lagrange, ne fortifie pas seulement le muscle, il active aussi la respiration, la digestion et la nutrition ''; les bons effets des exercices gymnasti(jues sur l'état mental des sujets ne sont pas moins nets. « La volonté intervient dans cha(jue mouvement et elle se perfectionne par cette habitude- d'être exercée comme toute faculté. Le malade trouve dans ces exercices la révélation d'une faculté dont il avait perdu la conscience, la faculté de faire elTorl. 11 se démontre à lui-même (jue toute énergie phvsique n'était pas déchue dans ses organes" ». Bri(juet remarquait déjà que les exercices gymnastiques relèvent l'énergie morale des hystériques \ M. Pitres ** exprime des idées du même
I. Forci, Nervoiis anà mcnlal hygiène, p. SaS; cf. Psycliotherapy de l'arkor, III. i. |). 3i ; III, II, p. iS.
•1. Cf. la thrse de M. H. A.imc, Elude clinique sur Ir dynamisme piyrhii/ue. Nani'v, 1897; Presse médicale, 1897, p. 180.