Briquet, De l'hystérie, iS'ig, p. m
8. Pitres, Leçons cliniifucs sur l'hystérie. 1891. Il, |). 58.
genre ; M. Tissié parle du traitement des phobies par les exercices de la gymnastique suédoise'. Tous les auteurs recommandent à la plupart de ces malades des exercices en rapport avec leur âge et leur goût, les promenades à bicyclette, l'équitation, le canotage, la plupart des jeux de plein air et remarquent que ces exercices amènent le relèvement du moral aussi bien que l'augmentation des forces physiques.
Qu'il me soit permis de rappeler ici mes propres recherches sur la rééducation de la volonté et de 1 attention. Dans une de mes premières observations, celle de Marcelle, j'indirjuais déjà l'importance de ces traitements*. Mais je crois les avoir appliqués d une manière plus complète dans une observation suivante, celle de Justine. Malgré la destruction de l'idée fixe principale, celle du choléra, la malade, en raison de sa suggestibilité et de sa faiblesse de svnthèse mentale, retombait sans cesse dans une foule d'idées fixes nouvelles. Pour relever l'activité mentale j'ai essayé de soumettre la malade à une sorte de gvmnastique de l'attention. Le travail mental ne put être obtenu sans provoquer des résistances et même des accidents assez graves, mais il ne tarda pas à produire des résultats intéressants ^ A la même épo<jue, je présentais cette éducation de l'efiort et de l'attention comme un procédé essentiel dans le traitement de l'hystérie \ pour lutter contre la su^frestibilité et la faiblesse mentale. Malgré les dilficultes considérables de ce genre de traitement, j'ai pu dans des circonstances favorables me faire aider par des parents des malades qui ont exécuté l'ordonnance d'une manière intelligente, j'ai pu faire fafire au\ malades d'une façon graduelle des études d'histoire, des traductions de langues étrangères, de la peinture, do la musifjiic, etc., et j'ai obtenu dans bien des cas les résultats curieux et encourageants si bien ({ue jf regrettais .1 ce moment (jue les maisons où l'on place ces malades ne pussent pas être dans certains cas de véritables maisons d'éducation.
Dans mon livr<' sur « les obsessions et la psyc/ias/e/iie ». i()o,'<,
I. Tissié, Congr'rs dt^s aiiénistei et iieurolKjixle». Bonlfaiii, i885.
•j. I 11 cas (l'ahi)ijlic fl J 'idée» fixes, Hevite [)ltil<isijplii<iue iH()i; .Véin/sci <■/ i./i<< Jixes. 1898, I, p. I.
.''>. llistoiri- (l'iitu; iiJén fixe, //«•une phHusofjfii'jur. l'iy'i; Sévroses et idées fixes 1898, I, [)|i. if)*'), lyj.
4. TraiUmfnt [isvchol<»gi(jiic (lo l'Kritérii», Trailé de thèrupeiUique \V' M. V. Rubin. 1898; Etal rnenUil des hystérii/ues, 2' édition, 191 1, j». 67'>.
14i LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
à propos de la prophylaxie de ces aireftioiis par réducation des enfants, je signalais l'importance des exercices musculaires et même des exercices juscpià un certain point dangereux. « Les enfants et les jeunes gens doivent apprendre et apprendre à leurs dépens à faire attention à la réalité, à surveiller les instruments qu'ils emploient et les mouvements qu'ils font. Le danger joue un rôle essentiel : quand il a été surmonté, il donne aux jeunes gens confiance en eux-mêmes, il remonte leur niveau mental par la satisfaction de la difFiculté vaincue. Le fait de s'être trouvé en face d'un danger, dit très bien M. Marro, est pouf l'organisme mental l'équivalent d'avoir résisté à une infection pour l'organisme physique, il crée en même temps un pouvoir définitif qui permet de résister à do nouveaux et plus graves dangers. 11 faut de très bonne heure dans une foule de circonstances abandonner ces jeunes gens à eux-mêmes, les laisser se promener et voyager seuls. La nécessité les forcera à s'adapter aux circonstances, à devenir j)rati(]ues. ce qui est l'antidote du scrupule et des phobies'. »
A propos du traitement moral de la maladie confirmée, j'insistais sur la simplification de la vie, ce qui correspond aux études que nous avons faites dans ce livre à propos du repos, puis je consacrais une étude au relèvement de la tension psychologique par la rééducation de l'émotion. Il ne s'agit pas de l'émotion vague et élémentaire qui en dernier terme constitue l'angoisse de la phobie, mais de l'émotion plus j)récise en rapport avec les circonstances et bien appréciée par le sujet. J'insistais ensuite sur la direction dos efVorts etsurtout sur le travail attentif. Le défaut d attention joue dans cette maladie un rôle essentiel : c'est contre lui (jue l'on doit surtout diriger les efforts du malade... On peut choisir toute espèce de travaux intellectuels suivant l'âge et la 'situation sociale des malades en cherchant toujours à faire faire un travail qui intéresse au moins un peu et qui olîVe un peu de difcultés pour qu'il ne soit pas fait dune manière trop automati(|uo -. Il n'est pas dilficile de constater que tous ces traitements cpii font naître l'émotion sthéniqne, (pii développent le travail, l'eirort et l'attention ont pour caractère commun de déterminer des tensions jjsvchologlques plus élevées et se rapi)ortcnt à ce que nous avons défini sous le nom d'excitation.
I. I^es obsessions rt Ui ps\vhnsthcnie, Kjdi?, p. tî8G. x. Op. cil., p. "ji^.
LES TRAITEMENTS l'AR L EXCITATION 14.j
A la même époque s est développée une thérapeutique singulière qui me purailpeu connue, car je ne la vois que rarement analysée ou discutée, c'est le traitement de M. Yittoz (de Lausanne) qui se rattache à la fois aux études précédentes sur la nécessité de rééduquer l'attention et aux procédés des disciples de la « New thought » Américaine. On trouvera des renseignements sur cette thérapeutique dans yn ouvrage de M. Yittoz qui résume des études déjà anciennes' et dans l'article de M. W. \V. « Coups d œil d'un malade sur la [)sychothérapie - ». Le malade est exercé à concentrer sa pensée régulièrement sur des objets déterminés. Pour V parvenir, il est assis, les yeux fermés, la main gauche sur son genou et il doit ne penser à rien d autre qu à cette main gauche : il essaye de se la représenter avec précision, de sentir sa présence quoiqu elle ne bouge pas. de faire naître en elle par l'attention une petite sensation ; il continue ces etTorts pendant uo, 3o secondes, puis pendant une minute entière. Ensuite il fixe de la même manière dans sa pensée son autre main, un pied, puis l'autre, etc.. Dans d'autres exercices il fixe sa pensée sur un chiffre, le chiffre 8, par exemple, sur sa forme, sur ses éléments, sans permettre à aucune autre pensée de le distraire, puis il passe au chifTre 2, 3 ou /i. « Vous effacez le u dans votre pensée, vous le remplacez par le 8, etc. » Pendant ce temps le médecin excite le malade à bien faire attention : <(^ous lâchez votre cerveau, je m'en aperçois rien qu'en vous touchant le front. — Ce n'est pas ma faute, c'est mon cerveau qui me lâche. — Reprenez-le avec
énergie Représentez-vou^ maintenant le mot « timidité » et
lemplacez-le vite par le mot « courage ».
Le malade qui a appris de la sorte à concentrer sa pensée sur des objets simples sait diriger sa pensée, l'écarter des obsessions, il sait oublier la douleur qu'il ressentait au genou en pensant au genou lui-même, il apprend à faire un acte mental avec attention et avec précision : « Tâchez de prendre des décisions fermes sur lesquelles il n'y ail [)lus ii revenir même pour les petites choses de la vie, évitez l'indécision, la discussion avec vous-même. » Il cessera d'être distrait, de ne plus savoir où sont placés les objets t|u'il cherche : la rééducation de la ciniduite prati(|ue fera tlispalaitre les phobies et les obsession^ «iiii ilaicnf des conséciuences
I. N illo/., Traileinenl des psjcho-névroies par bi rééducation du contrôle cérébral.
Kjlc.
i!. NN . \\ .,Psychotherapy du l'arker, III, 'j, i>. 79.
J\>tT. — Acqtii». |»!»)cli. III - i<»
de ce désordre. Les procédés de ce traitement semblent quelquefois bizarres mais le principe en est juste et profond.
Tout un groupe d'auteurs français répètent des idées du même crenre, peut-être avec moins de précision et surtout sans essayer d'expliquer la technique de la rééducation. C'est là ce qui inspire le livre de M. J. Payot', c'est là l'objet des conseils excellents et quelquefois plus pratiques de M. de Fleury : « On peut tirer de réels avantages de nos défauts les plus antipathiques, vanité, jalousie, on peut changer en élément d'énergie créatrice l'idée fixe qui n'est qu'un vice de l'esprit... 11 faut se garder de donner aux malades un objectif lointain, les névropathos paresseux sont atteints d'une sorte de myopie de l'àme qui ne leur permet de voir que le but tout proche... Il faut une série de corps à corps entre la volonté défaillante du paresseux et l'énergie morale de celui qui le soigne-». MM. Camus et Pagniez croient volontiers qu'on apprend à vouloir « par la répétition des actes de volonté de plus en plus difficiles^ ». M- Paul-Emile Lévy, qui est également optimiste, est convaincu qu'il va radicalement ruiner toutes les maisons de santé, supi)rimcr l'isolement, la suggestion et toutes les théra])eutiques pénibles, par l'éducation de la volonté et de l'effort que tous les malades peuvent faire chez eux sous une bonne direction*. M. Grasset distinguo une psychothérapie inférieure et une |)svchothérapie supérieure, sans que l'on sache très bien pourquoi, il aime, lui aussi, à ajjpeier les traitements par la suggestion des traitements inférieurs, ce qui est un enfantillage. Mais il décrit très bien sous le nom do psychothérapie supérieure une éducation qui a pour but « la culture, laccroissement, le perfectionnement do la volonté, la maîtrise de soi, l'unité morale du moi, de la personnalité normale et complète'' ». MM. Déierine et Gauckler, dans l'ouvrage où ils ont cherché à faire connaître les idées de M. Dubois (de Berne) sur l'éducation morale, répètent naturellement comme lui que « la personnalité doit être tondue vers un but à remplir, un idéal à satisfaire... que le rnalad(î ayant retrouvé un but cesse d'être un neurasthénique*...