‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 43 sur 118 · I. Obxfssioiui cl psyrliiiitlrnir. ic|o3. I. \>. ô'i · texte numérisé non relu

I. Obxfssioiui cl psyrliiiitlrnir. ic|o3. I. \>. ô'i

devenue boulimique pour remplacer une excitation par une autre et l'excès d alimentation a délerminé des troub'es de l'estomac. Depuis qu'on ne la laisse plus ni marcher ni nianjTcr. elle est dans un élal de dépression comp'èlc. Un jrrand nombre de ces mères de famille dont j'ai décrit l'autoritarisme et la méchanceté tombent malades quand on retire leur fille de leurs mains, elles avaient besoin d'un souffre-dou'eur et ne se maintenaient à un niveau suffisant qu'à la condition de le tourmenter.

Les vols dans les grartds map^asins sont considérés aujourd'hui chez Me., f. 25, comme une impulsion pathologique parce que nous constatons h la suite de leur suppression les svmptômos de la dépression sous-jacente, mais il y a quelques années cette femme a présenté des impulsions à boire et à faire la noce avec des amants malpropres que l'on considérait uniquement comme de la mauvaise conduile : c'est qu'à ce moment la dépression était entioremenl suppiimée par cette excitation et que la malade active et gaie ne présentait aucun trouble apparent. I^en., f. 35, ne retombe daus la mélancolie et dans les idées de suicide que depuis la cessati<m des vols : « ma famille, ditelle, aime peut-être mieux que j'essave de me tuer. »

Il ne f;iut pas oublier lobservation si curieuse de M"'* V. : l'état mélancolique cpii avait déjit été observé dans deux longues crises précédentes et qui recommençait nettement dans la troisième a été complètement interrompu pendant huit mois par le vol dans les grands magasins. Ce manège a eu un résullat merveilleux puisque pendant tout l'été il a en apparence supprimé la dépression : M"" V. était active, n'avait plus guère d'hésitations et n'avait plus ni constipation, ni insomnie, tout son entourage la crovail guérie... L'excitation se maintint encore quelques jours après l'arrestation et M"" V. avouait qu'elle conservait encore l'envie de recommencer ; une dizaine de jours plus lard l'attitude avait complètement changé : loin d'avoir encore envie de voler, elle était honteuse et désolée à la pensée de ce qu Clle avait lait. Mais en même temps la malade élait de nouveau en pleine dépression qui s'est prolongée encore trois mois après l'inleri uption des vols. Ceux-ci ont donc eu nettement le pouvoir étrange d'inferr<)m[)re le couis de la dépression mélancoli(|ue et de t laiisloi niei l«* corps et l'esprit pendant huit mois.

Vc, h. [\'.\, qui est évidemment un faible et (|ui a eu des obsessions de scru[»ules (|;iii«i n;i [eunesse, a toujours «-te un grand

iOi LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES

joueur : « il n'a jtimais dans sa vie eu d'autre intérêt que les émoiions du jeu. » Or récemment à la suite dune grosse perte dans une seule nuil il a été enVayé et sur les inslances de sa fumilic il a complètement renoncé au jeu. Quel(|ues mois après ont commencé toutes sortes d'obsessions hypocondriaques et de phobies, n'cst-il pas vraisemblable que la suppression du jeu y est pour quelque chose ?

Mais il me semble intéressant, à une époque ou les études de psychopatholo^ie sexuelle sont de nouveau plus cultivées dinsislfr sur quelques observations caractéristiques d'impulsions araoureuscs.W b., h. 58, a toujours été un homme à bonnes fortunes, il aimait les plaisanteries gauloises, cultivait la poésie anacréontif|ue et se flattait de rivaliser avec Don Juan. Une dernière aventure a mal tourné et lui a inspiré le sentiment qu'à son àiie il était nécessaire de faire retraite. Le trouble amené par cette déception et ce changement de vie fut énorme : non seulement \Vb. perdit tout intérêt aux choses de Kamour, aux plaisanteries et aux pptits vers, mais il perdit toute volonté, toute oroyance, toute activité et il rCFta vingt mois dans une dépression profonde. L'observation de Pya. est analogue quoique les goûts amoureux aient été d une-qualilé inférieure. Cet homme de !iô ans, célibataire, ayant une petite fortune, ne travaillant guère, ne s'est intéressé pendant toute sa vie qu'aux conquêtes féminines faciles : c'est de cette source unique, comme je l'ai déjà fait lemarquer, qu'il tirait son exciliition psychologique. A la suite d'un voyage fatigant et de craintes relatives à une infection génitale il éprouve un échec complet dans ses tenta tives auprès de sa maîtresse. La dépression porte au début uniment sur la fonction sexuelle, Pya. qui se croit impuissant et qui que se conduit comme tel, cesse complètement de s'intéresser aux femmes, aux intr gnes romanesques, aux toilettes, aux photographies dont il s'occupait exclusivement depuis sa jeu ncsse. Mais cette dépression ne larde pas à s'étendre: tous les autres intérêts et toutes les autres actions disparaissent successivement. Le malade en arrive à une inertie complète avec sentiments d'incapacité et obsessions impulsives au suicide : « il n'a jamais eu d'autre joie, ni d'autre bimheur ; cela supprimé, il ne lui reste rien, iien,-rien! « Bsi., h. ^i, après le départ de sa maîtresse qui le remontait et le faisait travailler crie aussi : » Seul ! seul ! soni ! Il n'v a plus personne, p'ersonno ! je suis

dans le vide ! » On constate chez tous ces malades qui ont perdu leur tendance excitr.nte une dépiession prolonde coiunie s ils avaient perdu leur raison de vivre, parce que cela seul était lexcitant de leur vitalité.

Après vingt mois de raaiadio, \Vb. commence à se rétablir quand il fait accidentellement la remarque qu'une femme était jolie et bien habillée ; la restauration graduelle des Ibnctions génitales chez Pva. a été également le point de départ de la guérison. Ces faits sont a mon avis si importants que je désire les préciser par d'autres observations.

Le psycholcguc ne peut pas écouter sans intérêt les explications de Pépita qui garde un souvenir complet de tout, qui regrette les pertes de bijoux et d'argent ainsi que les souffrances causées par elle à sa famille, mais (jiii s'explique parfaitement sa propre conduite : « Que voulez-vous, celte dernière aventure a été un peu loin et elle a mal tourné, j en conviens ; mais beaucoup d'autres lavaient précédée, qui n'avaient été que délicieuses. Je souffre trop dans la hanquillité monotone de la vie bourgeoise, j'ai la tristesse de Iheurc qui passe, je -deviens épouvantablement malade si je n'en sors pas un peu.Vovez 1 histoire de ma vie : toutes mes grandes maladies nerveuses sont survenues pendant les périodes où j'étais raisonnable et je ne me suis guérie qu'en changeant de vie. J'ai un ménaue coirecl, c'est pour le décoium ; mais au fond j'aime la vadrouille, j'aime à sentir autour de moi l'atmosphère du vice, cela me grise et cela me guéri'. J'aime ii vivre plusieurs vies à la fois, une seule vie c'est trop motiotone pour moi. Si c'était possible, je voudiais être tantôt homme, tantôt femme ; au moins je change de milieu, de nom, de tout. Je vois la vie étrange des gens qui s'amusent, qui conspirent, qui volent, je my mêle. J'ai cru d'ailleurs jouer un beau rôle, j'ai voulu guéiir ce garçon, le relever, lui trouver une position : oui, moi aussi, j'ai voulu relever les angps déchus, t'était au moins une distraction. Si je ne l'ai pas relevé lui. je me suis bien relevée moi-même, car jamais je n'ai été si bien portante que pendant celle aventure et c'est depuis qu'elle est finie que je suis tout le temps malade. » Ses aventures galantes sont abominablement dangereuses, c'est entendu, et notre devoir est de ne pas lui permellre de le* recommencer. Mais si nous nous plaçons au point de vue scientifique et non au fioinl He vue mor;il. Moii«i sommes obligés de

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constater qiio pendant les dix-huit mois de sa vie romanesque en partie double elle se portait parlailement bien, tandis qu'elle était auparavant toujours miilade et confinée dans des maisons de santé, que depuis la fin de cette aventure elle est dans un état pitoyable et qu'encore maintenant elle se rétablit momentanément quand elle a l'espoir de recommencer.

Ib., f. 23, est aujourd'hui épuisée par ses amours excessifs et compliqués avec cinq amants « qui devaient s'ignorer l'un l'autre ». Elle a dû cesser ces intrigues dilficiles « parce qu'elle unissait par s'y perdre et que c'était à la hn plus fatigant qu'amusant ». Mais ces intrigues l'ont soutenue pendant plus d'un an: « Ce sont toutes ces petites histoires qui m'ont aidée à vivre et je ne vis plus depuis que j'ai dû les cesser. » Les lêveries de Céline sur le mariage et sur le fiancé dont elle attend les pas dans l'escalier lui ont donné le courage de vivre et, quand pour se guérir de ses masluibaiions continuelles, elle prend la résolution de n'y plus penser, quand elle se répète (ju'à ag ans il faut renoncer aux amours, elle devient beaucoup plus déprimée et désespérée et il faut lutter contre ce renoncement. Yd., h. 33, a une vie absurde avec ces individus louches dont il veut faire des gentlemen, c'est évident ; mais enfin, nous n'avons eu à le soigner que depuis le moment où son ami préféré l'a complètement abandonné: pendant plus d'un an cette cohabitation lui avait permis de travailler correctement et de se croire guéri. Les fugues que nous avons décrites semblent avoir arrêté chez lui une dépression commençante, puisque, au moment où nous les supprimons, le malade tombe beaucoup plus bas et doit passeï plusieurs mois dans une maison de santé.

L hisloiie de Xc, f. Sy, est des plus intéressantes, elle semble réaliser une vraie expérience. Cette jeune femme a été depuis s^ jeunesse une grande déprimée avec toutes les obsessions scrupuleuses. Quand clic eut 2Ô ans elle fut obligée de soigner sa mère gravement malade: peu ii peu elle s'enfonça dans sa tâche avec une véritable pas>ion, ne s'occupant plus que de sa mère, jour et nuit, avec une exagération de dévouement évidente. Cette passion de dévouement sembla l'empêcher de penser à ses obsessions, la releva et la guérit pendant près de deux ans. Quand la mère mourut. Xc. se trouva toute désemparée, retomba complètement dans l'aboulie et les scrupules, avec insomnie, amaigrissement, etc.. Un an a[>rès, elle rencontra une jeune

LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION iW,

femme intelligente et bonne, mais pa^^sionnce et dévovée qui arriva à la séduire et à lui faiie apprécier les satisfactions de l'amour féminin. Malgré des dilHcullés inouïes causées par l'indignation des parents et l'hostilité de l'opinion publique dans une petite ville, ces deux femmes parvinrent à vivre ensemble. Quel en fut le résultat? Pendant trois ans, Xc. se porta très bien et n'eut plus de troubles nerveux, ni mentaux. Aujourdiuii Xc. a réussi à renoncera ces relations immorales et a rompu l'association; peut-être des influences rel g euses ont-elles joué un rôle dans cette rupture, peut-êlie l'abus et la fatigue ont-ils détruit le charme. Quoi qu'il en soit elle est de nouveau inerte et obsédée, elle ajoute l'agoraphobie à ses anciennes obsessions. Si au moment de rencontrer son amie, elle avait consulté un médecin pour ses troubles psychasténiques et si ce médecin avait organisé un traitement qui eût amené la guérison pendant tiois ans, nous crierions au triomphe; dans tout cet ouvrage nous avons admis qu'une guérison se maintenant sans rechute pendant un an indiquait la grande valeur d un traitement. Comment pourrions-nous alors contester la valeur sinon morale, au moins médicale des amours étranges qui ont transformé cette jeune femme pendant trois ans?

Héloïse n'est considérée comme malade que depuis deux ans et depuis ce moment nous déclarons pathologiques ses impulsions à la recherche de l'amour. Mais elle nous raconte que depuis quinze ans elle a toujours été amoureuse de la même façon: « Je n'ai jamais été sans amour si ce n'est pendant mes grossesses et les mois d allaitement de mes enfants. » Qu'est-ce à dire: c'est qu'il y avait des périodes, grossesses et allaitement où, commf nous l'avons observé cent fois, une excitation phvsiologique naturelle faisait disparaître toute disposition a la dépression. Mais dans toutes les autres périodes cette femme avait besoin d'une excitation morale particulière pour se soutenir- à un niveau sudlsant et les impulsions aux aventures galantes se développaient légulièrement comme une léaction de défense. « Durant les périodes où j'ai été dans l'atmosphère d'une an'ection tendre et réciproque, j'étais un ravonnernent, un être vivml et vivifiant, maintenant je suis uni', morte qui parle et qui pleure;... Je suis toujours guérie de tftiit dès (|uc |e suis amoureuse. Parlez donc de mon entérite muco-membraneusc, je puis avoir des diarrhées ;.;laireus<'s v>."» fois |tar joui', tout e>t guéri en cinq minutes et mon

intestin digère parfaitement pendant quinze jours si j ai une bonne lettre de mon peiilami... » Il lui su. fit encore de quelques sui-cès monilaiiis pour la mettre dans l'enthousiasme et la rétablir moiucnlanément. (v Que de détails à régler! les gens à présenter, les galles à éviter, les compliments à distribuer, ce qu'il faut diie à droite, ce qu'il faut taire à gauche, le vin rouge à celui-ci, le blanc à cclui-lii, le cognac fort par ici, lexquis par là, les cigarettes de telle ou telle provenance selon les goûts de chacun, comment voulez-vous que l'on soit malade quand on a tout cela à faire? » Nous pouvons penser que. ce sont là des petitesses absurdes, m.iis il n'en est pa-; moins vrai qu'après celte réception elle dorl foit bien, ce qu'elle ne faisait pas depuis des mois, et qu'el'e ne se plaint plus de rien pendant huit jours. « El si par accident quel(|ne homme intelligent a l'air de s'intéresser à moii ce'a met tant de lumière dans mes yeux que j'en éblouis ceux qui par boulé se sont penrhés sur moi. Vous ne voulez pas y croire, mais c'est là pour moi le meilleur médicament. »

La poursuite entêtée des succrs mondains, la vanité de sa figure, les coquetteries puériles sont aujourd'hui bien déplacées pour Lvdia dans son petit ménage simple et nous sommes comme elle-même élonnés tie son élernelle obsession de beauté. Mais ces conduites étaient considérées conitne charmantes et réussissaient fort bien pendant d(s années quand elle était jeune fille: « Je n'élais pas au fond plus forte que maintenant quand j'étais jeune fille et ccpcndafit je f.iisais fort bien une foule de choses que je ne puis plus faire. C'est que j'avais constamment des promenades, des patinages, des diners, des bals. J'étais entourée de gens qui me f.iisaient la cour; je ne me demandais pas si j'étais jolie, tout le monde ralfirmait autour de moi. Déjà à ce moment, si je me figurais avoir eu moins de succès à un bal, j'étais hialade et je ne pouvais plus me traîner jusqu'au bal suivant où je me ranimais. Pour vivre la vie et ne pas simplement regarder la vie, il faut du succès et une petite femme a le succès qu'elle peut. »

On pourrait résumer ces conclusions sur l'inlluence des actes impulsifs en rappelant d'anciennes études sur les conséquences de l'exéculion des impulsions. Des modifiialions heuieuses du môme genre avaient déjii été bien notées dans les éludes sur les ma'ades qui cédaient à leurs impulsions et Magnan avait autrefois insisté sur l'état de satisfaction tout à fait caractéristique qui suivait, disait-il, l'exécution des impulsions. La description

LES TRAITEMENTS PAR L'EXCITATION iOT

de cet état de satisfaction était assez va<Tiie, aussi n'a-t-elle pas toujours été bien comprise. MM. Pilres et Refais font observer qu'il n'y a guère chez les impulsifs, après leur crise, une viaie joie, mais plutôt une sorte d'apaisement: ils sont simplement satisfaits de ne plus être tourmentés par une agitation pénible'. Dans mon ouvrage sur les obsessions je partageais l'opinion de ces auteurs et je m'éloignais de celle de Magnan en disant: « Le malade est-il vraiment heureux? 11 éprouve Jjien un certain soulagement très naturel quand cette crise pénible est finie, mais il n'este ni fier ni content d'avoir cédé de nouveau à un besoin qu'il trouve ridicule. Les malades ne sont pas satisfaits îi la fin de leur crise impulsive, ils sont fatigués et honteux d'eux-mêmes^. » Dans certains cas. je constatais seulement une sati>fact.on particulière quand le malade en se laissant aller à une impulsion échappait ainsi à des angoisses plus douloureuses ^

Je crois aujourd hui que ces critiques sont excessives et qu'il y a une plus grande part de vérité dans la remarque de Magnan. Faute de précision dans la description nous ne considérions pas les mêmes malades ni les mêmes faits. L'état de satisfaction dont il est question ne se rencontre pas à la fin de toutes les impulsions, mais il apparaît à la fin d'iinpulsiojis d'une nature spéciale, de celles que j'ai appelées les impulsions à la recherche de l'excitation. En plus, il ne se rencontre pas toujours immédiatement à la suite de l'exécution de 1 acte, il est même le plus souvent absent quand les impulsions sont les plus graves et les plus continuelles: c'est précisément parce que ce sentiment ne se présente pas que le malade est poussé à continuer indéfiniment son acte. Mais le sentiment de satisfaction se présente quelquefois d'une manière très nette quand l'acte a réussi ii produire son efl'et et c'est précisément à ce moment que l'impulsion cesse de se faire sentir. Parmi les exemples que je vieua de décrite, je rappelle ■-eMlement ce malade ()ui s'excite par des marches cl des fugues et qui sortant de la tristesse et de l'incapaciié après quelques heures de marche, trouve que la nuit est belle, que le paysage est splendide et se sent disposé ù travailler merveilleusement. Sans doute comme je l'observais avec M.M. Pilres et Régis, ce senti-

I. Pitro- ft n^gls, Rapport sur les obsessions au Congres de médecine de Moscou. 1897. p. :)!i.

a. Obsessions et psycfujslénie, a' t'dit.. H)o8. I. p. f»'j ,'{ Ibid . I. p. 36V

meut peut se inélatiger df honte à la pensée de l'acte exécuté. On observe cet état com|)lexe chez Oc. qui paye à boire avec l'artreiit volé au patron, ou cliez M'^" V. prise en fhigrant délit de vol dans les magasins, mais même -chez eux la satisfaction n'en est pas moins extrêmement intense. C'est une jouissance en rapport avec le sentiment du retour de la personnalité et de la réalité, elle est analogue à celle que nous avons vue chez les hystériques (juand on les fait entrer dans le somnambulisme complet et qu'à ce moment elles trouvent la lumière plus vive et les choses plus réelles. «

Des observations de ce genre pourraient être indéfiniment multipliées, elles ne sont pas sans intérêt. Elles nc^us montrent que beaucoup ^e peisonnes peuvent être en réalité très débiles et conserver cependant leur santé morale grâce à des actions plus ou moins laisonnabK'S et correctes qui jouent le rôle d'excitants. Elles nous montrent que ces personnes tombent malades dès que ces excitants dispaiaissent. L'alimentation en excès, la marche, les sports, la débauche, le jeu, l'exercice du pouvoir, la recherche de l'amour, les intrigues de toutes espèces, la recherche du succès, aussi bien que les travaux littéraires ou scientifiques soutiennent bien des gens cl leur épargnent la déchéance et la dépiession. La poursuite de ces excitations nous paiait tout à lait naturelle tant qu'elle se présente chez des individus qui conservent leur tension noiniale, c'est-à-dire tant qu'elle réussit; nous la qualifions d'impulsion pathologique, quand elle ilevient insuffisante, quand elle ne réussit plus. Le psychohtgue n'a pas le droit de mépriser complètement ces impulsions des psychasléniques parce qu'elles sont devenues acluellemenl mauvaises et absurdes. Il ne doit évidemment j)as les encourager quand elles ont pris cette forme dangereuse et il ne s'agit pas de renvoyer Pépita dans les bras de son apache ou d'encouiager M'"" V. à recommencer ses vols au grand magasin. Mais il faut rechercher ce qui a été bon, ne lùt-ce qu'un moment, dans ces impulsions, ce qui les a rendues utiles afin d'arriver à consetver, si c'cbt possible, et à utiliser cet élément favorable.

':>. — Le i'i\omÀ:\\E d;: l'excita riox pak i, 'action. Il esl itnpossible dévilei' coniplolemenl les théorie .s qui nous

donnent une idée générale des phénomènes, permettent de les grouper, sinon de les comprendre, et préparent les expériences futures. Nous devons essayer d examiner ici trois problèmes : 1° Quelle est la différence sinon dans le contenu, au moins dans l'exécution entre les actes qui amènent l'appauvrissement et la dépression et ceux qui amènent l'enrichissement et l'excitation ? Quels sont les caractères des actes excitants ? 2" Comment peut-on se représenter le mécanisme de l'excitation produite par ces der-v niers actes? 3° Quelles sont les conditions qui peuvent faciliter la production de ces actions excitantes ?

i" Les caractères des actes excitants. — Les constatations précédentes sont évidemment sincrulières. car nous avons lonçruement étudié un phénomène exactement inverse : nous avons constaté que chez ces personnes facilement dépressibles les actes et souvent exactement les mêmes actes, par les efl'orts et les dépenses qu'ils exigent étaient presque toujours le point de départ des dépressions. Comment l'exécution de ces actes difficiles, longs et coûteux peut-elle être maintenant l'origine d'une excitation ? 11 n'y a pas lieu d'insister sur quelques diflerences superficielles auxquelles on pourrait être tenté d'attribuer trop d importance. On pourrait dire que les actes déprimants sont les actes difficiles en eux-mêmes ou relativement au sujet, à ses facultés, à ses habitudes et que les actes excitants sont les actes faciles excécutés brillamment à peu de frais. Cela parait exact dans quehjues cas, mais ce n'est qu'une apparence. Quand on voit une femme devenir déprimée et tomber gravement malade parce qu'elle a dû recevoir dans son appartement des meubles qu'elle avait commandés elle-même et se rétablir, s'exciter complètement parce qu'elle aide toute la nuit au sauvetage des enfants dans un naufrage on ne |)eut plus trop parler des difficultés de l'acte comme cause de dépression. D'ailleurs il est évident que la plupart des actes accomplis par nos malades datis leurs impulsiotis ' xcitantes, les fugues, les vols, les intrigues étaient des actc^ fort compliqués et difficiles. On pourrait aussi parler de l'inconvfMiient des actes souvent répétés, longtemps continués par opjtoi lion au bénélicc des actes rapides. Il est souvent vrai (jue les actes longtemps prolongés épuisent. Mais on ne peut généraliser cette remarque quand on songe que les a\cntures et les intrigues de i'>-|iita se sont [)rolougées deux ans, ont exigé une patience et JA^<KT. — Acquis. p»ycli. III 1 1

une persévérance inlassables et que ce long travail si pénible a toujours eu un efTet remarquablement excitant.

Il me semble préférable de mettre en relief des caractères plus profonds qui, si je ne me trompe, apparaissent dans toutes les observations précédentes. A 1 inverse des actions déprimantes qui sont à beaucoup de point de vue des actions avortées et insuffisantes, les actions qui ont été excitantes sont des actes complets qui ont réussi.

Ce sont d'abord des actions objectivememt satisfaisantes et réussies qui ont réellement provoqué dans le monde extérieur les modifications dont nous avions besoin à ce moment. Le timide essaye de parler mais il ne parle pas réellement et c'est parce qu'il ne parvient pas à parler qu'il a la ciise d'intimidation. Au contraire nous voyons que les actions sociales ont été complètement exécutées dans toutes les observations précédentes. Lydia s'est efifectivement rendue au b>al, elle y a été très brillante et y a eu un grand succès. Iléloïse a organisé admirablement son grand dîner et elle ne s'est pas bornée à essayer de le faire. Oc. a réellement pris de l'argent dans la caisse de son patron et a réuni des ouvriers au cabaret, il a joué le rùle d'un amphytrion vulgaire mais il l'a très bien joué. Tt. conduit réellement son automobile et non sans habileté. Les acles réclamés par le changement d'appartement sont exécutés avec adresse, ces peisonnes connaissent et arrangent bien leur nouvel appartement, tandis que dans les cas précédents, où le déménagement a été cause de dépression, les malades n'organisaient rien, ne parvenaient même pas à se retrouver dans le nouvel appartement et au bout de six mois n'en connaissaient pas encore la distribution. Dans les luttes qui ont été excitantes les sujets ont conibattu sérieusement et avec valeur. Dans le naufrage Wo. a réellement rendu service à ses compagnons d'infortune. Dans mon étude précédente sur les dépressions amenées par la mort des parents j'ai insisté sur ce fait extrêmement important c'est que les malades, Irène en particulier, ne faisaient aucuueuicnt les actes nécessités par la mort (le leur père ou de leur mère. Irène ne dirigeait pas le {)etit ménage, ne surveillait pas sou père, ne voulait môme pas se mettre en deuil. Dans les cas où la mort des parents amené une excitation nous constatons les faits inverses, nous observons que Justine, comme elle dit elle-même, met tout en ordre et travaille fort bien après la mort de sa mère, que Claire organise tout après la mort

LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION fil

de son père et sait fort bien consoler sa mère. Il en est de même dans les fiançailles et dans les mariages : au lieu de ces personnes incapables de rien décider, de rien préparer, incapables d'exécuter l'acte conjugal nous trouvons <les décisions, des préparatifs de ménage et des actes génitaux complètement exécutés. Il est inutile d'insister sur ce même caractère dans les aventures amoureuses : on a vu que ces personnes ont déplové dans ces aventures une audace, une persévérance, une habileté extraordinaires. Pépita pendant deux ans a fait des démarches invraisemblables à 1 insu de sa famille et a déployé pour tromper tout le monde une habileté de diplomate. Dans tous ces cas l'action qui est devenue excitante a été matériellement complète et bien réussie, c'est un premier point essentiel à retenir.

En second lieu le succès de l'acte excitant est aussi un succès social. La plupart de ces actes ont eu des témoins qui ont manifesté leur approbation : il en est ainsi dans les réceptions mondaines, dans les distributions d'objets volés, dans les libations offertes chez le marchand de vin, aussi bien que dans les actes de dévouement, dans les cérémonies religieuses ou dans les manifestations littéraires. Dans d'autres cas le succès est manifesté par la défaite de l'advrrsaire : la victime de l'autoritaire, l'amoureux x'onquis expriment le succès par leur soumission.

Enfin il est important de constater une grande différence psychologique dans la conscience que les sujets ont à propos de leurs actes. Dans les actes des déprimés, comme je lai souvent montré, les tendances s'arrêtent n divers degrés d'activation inférieurs : ce sont des désirs, des velléités, des efforts, des actes désintéressés, analogues au jeu. Ils ne parviennent pas à éveiller les sentiments d'action, de personnalité, de réalité, d'unité, de liberté. Ils laissent dans l'esprit une foule de sentiments d'incomplélude : même si l'action a paru aux témoins extérieurement sulllsante, le sujet n'en est pas satisfait, il se plaint que rien n'est terminé, que rien n'est liquidé, (juil n'est pas décidé, qu'il n arrive à aucune de ces satislactions, de ces j<iies qui courotiin-nt l'acte complet. Le fait a été surtout remarqué par l'école de Freud I propos des actes sexuels qui ne sont pas accompagnés d'une jouissance, ni suivis d'une vraie détente. Cela est souvent exact et celte école a peut-être eu le mérite d'attirer l'attention sur un fait dont on n'osait pas parler avec assez de précision. Mais il ne faut pas s'entêter à ne voir cette incomplétudc (juc daii> les si'ul»

2ii LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES

actes sexuels. Même dans les aventures qui accompagnent ces actes, quand elles ne sont pas réussies, on retrouve le même caractère : « En ce moment je n'arrive à bout de rien, ni à être honnête, ni à être malhonnête. Rien n'est complet en moi, qui ne sais être ni courtisane, ni matrone... Tous les ennuis d'un peu de tout et la joie de rien de complet... C'est une marmelade où il y a de tout sans doute, mais rien de parfait, car de tout il n y a qu'un morceau. » On peul dépasser les aventures amoureuses et retrouver ces caractères dans tous les actes déprimants quels qu'ils soient : « Je fais tout à moitié, et c'est très fatigant de faire tout à moitié. « C'est en eflet à propos de tels actes que se produisent les fatigues, les agitations, les hésitations, les recommencements, les retours en arrière et tous « les accrochages ».

Au contraire, les actes excitants sont des actes complets, parfaits à tous les points de vue, même quand ils sont exécutés par des sujets qui n avaient pas l habitude d'agir de cette façon et qui en sont étonnés. Ces actes paraissent terminés, définitifs, ils s'accompagnent de satisfaction et de jouissance. On le note dans les actes sexuels aussi bien que dans les aventures excitantes : « Il est probable, dit Pépita, que j'ai le tempérament d'une pierreuse, que voulez-vous que j'y fasse? Moi qui me sentais mal à mon aise, déplacée chez moi, qui n'éprouvais aucune joie, je me suis sentie tout à fait à ma place dans ces bouges et je m'y amusais follement. » — « C'était bien moi qui volais, dit M""* V. , jamais je ne me suis sentie autant d'acti\ité, de résolution. » Les actes leligieux ne jouent un rôle excitant que chez les individus qui les ont effectués avec croyance, qui ont senti la force de leurs convictions. Le travail intellectuel qui a réussi est un travail qui était accompagné de clarté, de certitude, de satisfaction.

C'est à propos de ces faits que les malades emploient souvent le mot « émotion » mais d'une manière qui n'est pas précise : (( Toute émotion vraie, dit Claire, me fait du bien quand elle est arrivée à être réellement sentie. » Le mot « émotion » signifie ici le sentiment caractéristique que procure une tendance en exercice, Claire veut dire en réalité : « Je me sens excitée, quand je me rends compte qu'un acte religieux, un acte de peur, un acte d'amour est exécuté par moi complètementetcorrectement. » Noémi distingue de même les émotions « qui ratent, qui linissent en (|ueue de poisson et les émotions qui aboutissent... Jouer du piano, en public, cela vous glace partout. cela demande un

effort énorme, mais quand on réussit à le faire, c'est une jouissance exquise qui vous remonte. » En un mot, un caractère essentiel de ces actes excitants, c'est qu'ils ont été des actes psychologiquement complets, accompagnés de tous les sentiments de jouissances caractéristiques. — —

Ces observations peuvent se résumer d'une manière bien simple : l'excitation est la conséquence des actions , réussies, réussies physiquement, socialement, psychologiquement, qui ont pu être poussées jusqu'à leur dernier terme avant que l'épuisement ne les arrête. Au contraire nous vovons l'épuisement apparaître dans d'autres actions, leur donner dès le début ou ;i difVérents degrés de leur acccomplissement des caractères de tension insuffisante et engendrer à leur suite une dépression de plus en plus grande. Le succès engendre le succès, l'insuccès est le point de départ des insuccès.

2. Le mécanisme de l'action excitante. — 11 est inutile de rappeler que tous ces faits sont actuellement peu explicables : on ne peut que les interpréter grossièrement ou les grouper par des théories toutes conventionnelles.

Quelques-unes dos observations précédentes doivent probablement se rattacher à des théories que j'ai déjà indiquées précédemment à propos des réminiscences traumatiques, aux théories de la li<iuidation et de la décharge. On peut retrouver des liquidations avantageuses dans les confessions, dans les absolutions religieuses, dans les réconciliations, les victoires, dans tous les actes définitifs comme les mariages, Hs organisations professionnelles, etc. Ranger bien sa table de travail, mettre de l'ordre dans ses affaires et dans ses papiers, c'est faciliter ou même supprimer un grand nombre d'actions ultérieures. Choisir un bon domestiqtie, accepter un aide, se placer sous une direction <• est grandement simplilier la vie ultérieure. 11 est problable (|u(; des économies de ce genre e\pli(juerit en partie l'enrichissement que nous observons chez nos malades à la suite d'un acte bien fait.

En second lieu un acte complet tout en étant' momentanément une (li''|)ense peiil donner naissance plus tard à une augmentalion des forces : il peut être un bon |)lacement ([ui rapporte de gros bénéfices. Manger est un acte fatigant, digérer de même el cependiinl i'^lirnen lai ion procure des forces nonvelles. M. I,agrange esl un (le>. anicnrs pi-u notnbieux (iiii onl en le sentiment

de ces problèmes : dans son livre sur la mécanothérapie il fait des réflexions du même genre à propos du sommeil. Il semble adopter la conception que j'avais présentée depuis longtemps que le sommeil est un acte et un acte difficile qui demande une dépense de forces et une mise de fonds. « Il semble que pour dormir il faille être en possession d'une certaine somme d'énergie disponible, quelquefois une excitation modérée du système nerveux ramène le sommeil, ainsi fait la douche froide et l'électrisation'. » Cependant le sommeil permet de récupérer des forces plus grandes : « Celui qui a prélevé sur son capital de réserve un très léger tribut et l'a utilisé pour se procurer une nuit de sommeil se trouve avoir fait une spéculation* avantageuse, puisque au prix d'une faible dépense il a grossi son fonds d'énergie dont le sommeil est le suprême réparateur. »

Un acte bien fait au dernier degré de la tension laisse à sa suite des tendances nouvelles et même probablement des organes nouveaux qui non seulement permettront le même fonctionnement à moins de frais, mais qui même procureront plus de capacités et plus de forces. Une usine qui dépense une grosse somme pour acheter une nouvelle machine ou pour allumer un four de plus récupérera plus tard plus qu'elle n'a dépensé. Il est probable qu'un acte bien fait devient ainsi le point de départ de bénéfices ultérieurs.

Dan» le même chapitre nous avons esquissé une autre théorie, celle de In décharge qui trouve également ici de nombreuses applications. Chez les individus bien équilibrés, disions-nous, une certaine relation doit exister entre la quantité des forces disponibles et la tension psychologique et il n'est pas bon de conserver une grande force quand la tension a baissé : il en résulte de l'agitation et du désordre. Quand la tension est fail)le. il peut être avantageux de dissiper d'une manière quelconque une partie des forces de manière à rétablir la proportion entre la quantité et la tension. On peut trouver des décharges dans un grand nombre des actes excitants que nous venons de passer en revue, aussi bien dans les travaux intellectuels, les examens, les actes professionnels que dans les bals, les réceptions mondaines, les aventures de toutes espèces. Quand nous observons les impulsions à la marche indéfinie, à la recherche de la douleur, aux diverses débauches, nous pouvons dire que le malade cherche à

I. Lagrange, Les mouvements méthodiques et la mécanothérapie, 1899, p. It^S.

LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION 21o

se débarrasser de l'excès de ses forces comme dans une crise convulsive, qu'il retrouve le calme et le gouvernement de luimême grâce à son affaiblissement.

Je crois cependant que ce serait une grande exagération que d'expliquer tous les faits par la décharge : dans beaucoup d'actions excitantes, dans les pratiques religieuses, les actes de croyance, les décisions, les chagrins à la mort des proches, les contemplations amoureuses comme celles de Bul. qui regarde passer un jeune homme, les actes de commandement, les dénigrements, les taquineries, les triomphes, les travaux intellectuels, les rêveries, etc. il y a vraiment bien peu de dépenses de mouvements proprement dits et on ne peut guère parler de décharge dans le sens strict. En outre pour qu il v ait décharge, il faut qu'il y ait auparavant excès de force et agitation et qu'après l'acte il y ait une faiblesse manifeste analogue à celle que nous avons observée après les maladies débilitantes ou les crises convulsives. Or on ne peut certainement pas constater de tels caractères dans tous les cas où l'action a été excitante.

Aussi me semble-t-il nécessaire de compléter les théories précédentes par deux autres conceptions qui peut être prendront plus tard de 1 importance, celle de la mobilisation psychologique et celle de l'irradiation psychologique. Nous pourrions mettre la première conception sous le patronage de William James parce • qu'elle est inspirée par son livre plein d'aperçus intéressants « the énergies of man ». Il est certain que l'homme ne dépense pas dans les actions de la vie journalière toutes les forces qu'il possède et qu'il garde une grande quantité de forces en réserve. Non seulement Ihomine normal, mais mAme le malade le plus déprimé est capable de déplover sous la pression des événements une activité tout à l'ait inattendue grâce à ses réserves. L'étendue des réserves de l'homme doit être très variable : il est vraisemblable que certains [)()ssèd«'nl très peu de réserves et que d'autres en possèdent trop et n'utilisent qu'une trop petite partie de leurs forces, il est bien dilïlcile aujourd'hui de reconnaître et de distinguer ces deux catégories de personnes.

L'activité actuelle, la (piantité et surtout la "tension de l'action ne dépend pas de PéTiergi»* totale de l'individu, mais de son énergie disponible df celle qui est à vf moment susceptibb* fl'être dépensée, d'être mise en circulation'. On pourrait encore ii ce

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