‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 44 sur 118 · I. Cf. Lagraii^'o. np. cit., p · texte numérisé non relu

I. Cf. Lagraii^'o. np. cit., p

propos reprendre notre comparaison : le travail d'une entreprise industrielle ne dépend pas uniquement de son capital total, mais de son capital circulant, de son fond de roulement. Cette entreprise peut avoir de grandes richesses en réserves immobilisées dans des bâtiments, des machines, dans des placements financiers, dans des créances difficiles à recouvrer, et elle peut ne disposer à un moment donné que de peu d'argent liquide; elle peut même pendant de longues périodes se trouver gênée, obligée de se restreindre et incapable de faire les grandes dépenses qui seraient utiles. Il se peut et c'est l'idée qu'exprime W. James que l'esprit des névropathes soit souvent dans la même situation : qu'il ait en réserve des richesses considérables, mais diiriciles à atteindre et qu il se trouve actuellement réduit à une quantité d'énergie disponible insuflfisante, tout en ayant des énergies considérables en réserve, immobilisées.

Dans des cas de ce genre il est très imp<irtant que les réserves puissent être mobilisées et un événement grave qui les force à sortir do leur cachette peut rendre les plus grands services. Dans. lusine. un accident comme un incendie ou un déplacement nécessaire peut forcer à faire appel aux assurances, à ouvrir des caisses spéciales, à rappeler des créances. Il est bien probable que les réserves d'argent ainsi mobilisées dépasseront les besoins immédiats dépendant de l'accident lui-même. L'argent ainsi mis au jour ne servira pas uniquement à réparer les effets de l'accident, il circulera dans tous les services et ramènera partout la prospérité. Le sentiment d'un grand danger, ce qu'on appelle une grosse émotion, peut avoir le même effet sur l'esprit : il nous force à faire des actes énergiques qui ne peuvent se produire sans faire appel au capital de réserve, sans mobiliser de grandes forces.jPar suite de ce changement dans la répartition des forces I toute l'activité se trouve immédiatement transformée. C'est à cause de ce rôle de l'action importante, émolibnnante, que 1rs malades cherchent si souvent à grossir l'importance de leur action, à augmenter par des artifices son caractère émotionnant. C'est là ce qui amène ces manies des engagements d'honneur, des serments, des' pactes, ce goût du mystère, de l'occulte, ce côté mélo-dramatique de l'action des déprimés qiie nous avons si souvent remarqué. Ces malades essayent d'augmenter la mobilisation dos réserves et d'en tirer profit.

Cette mobilisation des forces ne produirait que de l'agitation

si la tension psychologique ne se relevait pas en même temps. Non seulement un acte énergique met à notre disposition une quantité plus grande de forces, mais encore de diverses façons il doit amener tout l'esprit à fonctionner avec une tension plus élevée. 11 y a en nous des mécanismes, des tendances qui ont pour rôle d'élever ou d'abaisser la tension suivant les circonstances. Quand nous nous reposons, quand nous nous détendons au milieu d amis, quand nous nous endormons, nous 'baissons la tension; au contraire, quand nous commençons un acte, quand nous sommes en public, quand nous nous préparons h la lutte ou simplement quand nous nous réveillons, nous nous tendons davantage. Un acte important et surtout un acte réussi éveille justement ces tendances à prendre une attitude générale de plus haute tension.

Dans toutes les observations j)récédentes nous vovons bien des faits qui peuvent se ranger sous cette conception. Les gens qui ont réussi un vol, l'homme qui a offert une libation au cabaret, ceux qui ont réussi à se faire obéir, ou simplement à faire souffrir, ceux qui ont obtenu un compliment prennent une attitude de vainqueurs et la conservent pendant quelque temps même en accomplissant d'autres actes. Cette remarque est si évidente que je la trouve faite souvent par les malades eux-mêmes: « Un compliment du général, dit Ba.. h. ay, et je me relève comme un cheval qu'on fouette, je reste plus énergique pendant plusieurs jours, car je reste un homme que le général félicite. » — " Il laut, dit Zob., f. 5(), (juc ma fillo me dise tout le temps : vous ctes Ui plus adorable des femmes et tout le monde vous adoie. (Jela me l»it tenir relevée comme une femme qu'on adore au lieu d'être affaissée comme une femme écrasée par le mépris. » Le vol est un succès pour Len., f. 38, qui a lu beaucoup de romans policiers et qui se félicite d'être si adroite : « Oh ! la peur d'être vue, la lutte contre le danger, ma conscience qui me dit : Qu'est-ce que lu fais, et le triomphe : tout cela me fait relever la tête et me donne les vetix brillants et je reste sous cette impression. » -:— « C'est étonnant, dil Kv., h: 30, je suis en général si i-puisé que je ne jx-ux pas sup[)orter lacle génital : un rapport avec ma femme, aiujuel je ne prends aucu'n plaisir d'ailleurs, me rend 1res malade pour (juinzc jours. Kh bien, il vient de in'arrivcr une petite aventure avec ma belle-sunir : cela aurait di'i être très fatigant, car j ai éprouvé îles sensations violenti-s. eominent se hutil

que cela m'ait complètement guéri de mes misères... C'est peutêtre parce que c'était une victoire. » Bien des femmes qui sont épuisées par des rapports incomplets avec leurs maris dans lesquels elles présentent du vaginisme et des crises d'hystérie ont des rapports parfaitement normaux et bienfaisants avec leurs amants. La simple attitude de la gaité peut avoir des effets semblables : « C'est bien étonnant, dit Ed., f. 60, cette petite m'a fait rire ap'rès le diner et j'ai bien dormi cette nuit-là pour la première fois depuis longtemps. » Dans une singulière observation Bp. , f. 27, est plongée dans une dépression à forme de doute, elle sent qu'il y a un voile sur toutes choses, elle a peur du temps qui s'écoule. Dans cet état elle rencontre un jeune homme qui lui raconte une histoire drôle : elle écoute avec un effort d'attention, elle comprend cette histoire et ne la met pas en doute, et elle est prise de fou rire : « Du coup cela a été fini, j'ai été transformée : c'est étonnant on ne peut pas à la fois rire et avoir le trac de la vie. » Dans toutes ces observations la tension nécessitée par l'acte a déterminé une attitude générale de tension qui a persisté pendant un temps plus ou moins long. 11 y a là un jjhénomène (jue l'on pourrait appeler une induction ou une irradiation psychologique et il serait juste de l'opposer au phénomène de la dérivation que nous avons étudié dans la dépression.

Cette interprétation n'est pas absolument en opposition avec la théorie précédente de la décharge, elle en est peut-être un autre aspect. La décharge peut ne pas être simplement une perle (le forces, elle peut être en même temps une mise en circulation (les forces qui favorise une autre répartition et en particulier 4a tiansformation de la quantité des forces en tension. Quand il y a beaucoup de dépenses, il peut v avoir en même temps des placements avantageux. C'est ce qui explique qu'après les grands mouvements de làttaque convulsive, après les exercices épuisants on constate chez quelques malades non seulement via disparition de r.agitation, mais une véritable augmentation de la tension psychologique. Peut-être, si je puis arriver (juelques jours à publier mes cours au Collège de France, pourrais-je revenir avec plus de précisictn sur ces problèmes : ces brèves indications suffisent ici pour donner une direction aux recherches et aux essais de thérapeutique.

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