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Les coditio.ns de l action excitante

Nous nous trouvons miiintenant en face du dernier problème, comment ces malades peu\ent-ils parvenir à accomplir certains actes d une façon complète avec cette tension capable de relever l'esprit tout entier, tandis qu'ils sont des déprimés incapables depuis longtemps d'accomplir aucune action de ce genre, et que dordinaire ils sont arrêtés par Tépuisement avant de parvenir au terme ?

Une des premières conditions est évidemment l'existence dans leur esprit de forces latentes capables de se dépenser dans certaines conditions et il est probable que la plus grande difrérence entre les simples psychasténiques et le? déments asthéniques, c'est que les premiers nont pas comme les derniers épuisé toutes leurs réserves. Mais il faudrait surtout connaître les conditions particulières qui permettent l'activation de ces tendances latentes : nous ne pouvons sur ce problème, comme sur le précédent, que présenter quelques réflexions.

Ces circonstances excitantes qui provoquent l'acte de forte tension semblent être les circonstances qu'on appelle graves. les grands besoins, les dangers qui menacent notre vie, celle des êtres qui nous sont chers ou notre fortune. Nous en avons vu bien des exemples : voici comment on pourrait interpréter ces faits. Les réserves de forces sont suitoul localisées dans les tendances profondes, élémentaires, destinées à protéger en cas de besoin la vie de 1 individu ou la vie de l'espèce. Ces tendances dans la vie normale ne fonctionnent guère, car nous ne nous sentons pas fréquemment en danger de mort et nous ne faisons guère appel aux grandes réserves mises de cMé pour cette circonstance ; mais quand elles sont éveillées elles apportent immédiatement une gramle tiergie disponible. C'est là la raison de toutes ces excitations par " les actions graves ». (! est là ce qui explique que si souvent « les petites actions » déterminent des troubbîs [)ar aboulie et (b'rivation et que « les grandes actions » amènent des progrès par li-ii sion et irradiation. J ai déjà donne l>eaucou[) d'cxrmpb-s de ces faits, il sulfit de rappeler l'excitation de tant de malades pai un grand danger personnel ou par un danger (|ui menace leurs nfants.

A côté de ces réserves qu'on peut appeler générales, il y a des réserves spéciales à certaines personnes qui ont particulièrement développe telle ou telle tendance par une sorte d'éducation, et qui ont toujours fait appel à cette tendance en cas de besoin. Les femmes que nous décrivions savent quelles ont toujours été remontées par le dévouement, par les aventures, par les succès mondains ou par l'amour. « 11 n'y a pas tant de leviers en ce monde, dit lune d'elles, j'en compte trois : la gloire, l'argent et l'amour. La gloire et l'argent sont réservés aux hommes qui peuvent seuls atteindreune situation et arriver à gagner beaucoup, les femmes étant inférieures et peu créatrices. 11 ne reste que l'amour pour la généralité des femmes, l'amour filial, l'amour conjugal et l'amour tout court. Je me suis toujours guérie de tout en cherchant un amoureux et il m'est impossible d'imaginer un autre remède ». Dans ces conditions, qu'une circonstance favorable vienne i"éveiller ces tendances et l'acte pourra se produire complet avec ses conséquences inductives sur tout l'esprit.

Nous nous trouvons ici en présence d'une grosse dilliculté : nous avons vu dans un chapitre précédent que cet appel aux tendances profondes était fort dangereux. C'est lui qui donne à la perception dune situation ce que l'école de Freud appelle « la charge émotive », ce que nous avons considéré comme un excès de force disproportionné à la tension, c'est justement ce qui a été le point de départ des réminiscences traumatiques, des obsessions, de tous les accrochages. Pour (jue ce danger soit évité et pour que les choses se passent ici d'une autre manière, il faut ([uo l'acte soit exécuté tout autrement. Au lieu d'un acte incomplet, de basse tension, d'un accrochage, qui laisse libres les forces mobilisées, il faut un acte complet, de haute tension, qui gouverne les forces et replace en réserve après le triomphe les forces inutilisées. En un mot, il ne sulFit pas qu'il y ait éveil d une tendance puissante et grande mobilisation de forces, il faut encore que se présente un ensemble de circonstances favorables qui permette de pousser l'action à son terme.

Ces conditions favorables sont très mal connues : le moment où se présente cette stimulation à l'action doit jouer un certain rôle. Sauf chez des malades très jeunes et dans des dépressions légères, les actions excitantes ne semblent se présenter dans la plupart (les observations (juc (jurlqucs semaines ou quelques mois

après le début des troubles de la dépression. Il semble qu'un certain temps soit nécessaire pour la réparation des forces épuisées par la fatiorue ou par l'émotion. Mais il ne faut pas se faire d'illusions, nous connaissons très mal les lois qui règlent la duiée de ces réparations. Sauf chez des malades âgés qui ont déjà eu des crises nombreuses calquées en quelque sorte les unes sur les autres, il n'est pas possible de pronostiquer exactement la durée de cette réparation. La seule chose qui semble probable c'est que dans bien des cas les troubles maladifs se prolongent bien au delà de la durée nécessaire à cette réparation. Car nous vovons souvent des malades sortir brusquement de cette dépression à la suite de circonstances excitantes fortuites, tandis qu'en l'absence de ces circonstances ils seraient probablement restés déprimés bien plus longtemps,

Indépendamment de cette date par rapport au début de la crise de dépression, ilv a des moments variables suivant les cas ou la stimulation peut trouver le sujet bien disposé. Chez certaines personnes une stimulation ne peut réussir que l'après-midi ou le soir, chez certaines femmes une stimulation ne réussit que dans les journées qui précèdent les règles, chez d'autres dans les journées qui les suivent : « Comment ma mère a-t-elle eu cette idée saugrenue de me parler d'un mariage le jour qui suit la fin de mes règles l » Les circonstances (jui ont précédé l'événement ont aussi leur valeur : il faut (jue le sujet soit au repos depuis quelque temps, qu'il soit de belle humeur, préparé par une bonne digestion et par de petits succès piéalables. etc.. On ne se figure pas l'importance de ces détails dont l'étude allongerait indéfiniment nos observations.

Mais il faut mettre tout à fait à part une circonstance dont I importance me parait de premier ordre. Il est nécessaire que les circonstances se développent assez lentement pour laisser au malade le temps nécessaire pour réagir lentement, .l'ai dfj;i insisté souvent sur ce caractère essentiel de la lenteur des actes «lirz les psvchast«Miiques : il s agit bien entendu de leurs actions • mplètes et non de leurs diverses agitations. Lrur ivtlinie d action n'est pas le même (|ut' celui des. personnes (jui les entourent, de là une foule de désharmotiies. Bien des impuissances et des dérivations émotionnelles pr<»viennent de ce fait que « les autres \«)nt trop vite et (jue je ne peux jtas inedépi^cher pour les suivre »>.

J'ai déjà étudié autrefois' des troubles curieux produits par la rapidité des événements les plus simples. Au contraire quand les circonstances éveillent la tendance graduellement en lui laissant le temps de se développer, lacté peut parvenir à un degré de tension dont on croyait le sujet incapable. Mais il faut bien savoir que chez ces malades la préparation de Tacte dure souvent un temps énorme et on çst souvent surpris de voir se produire en apparence tout d'un coup des actes qui se préparaient en dessous depuis plusieurs semaines. C'est là une notion importante sur laquelle nous aurons à revenir à propos des applications thérapeutiques.

Une autre condition importante c'est le sentiment de la nécessité de l'acte qui se rattache d'ailleurs à la gravité, à l'importance de l'acte : (( Une corvée vraiment imposée me fait du bien ; je n'ai pas la force de m'en imposer moi-même, mais il faut que les choses me l'imposent ». C'est pourquoi ces malades accomplissent les actes en retard, à la dernière limite, quand ils sont tout à fait pressés par la nécessité d'en finir. Ce sentiment de nécessité donne naissance à l'efTort dont l'importance est très grande. L'effort me parait être une complication de l'action d'une tendance par la mobilisation d'autres tendances voisines qui ajoutent leurs forces à la première. Les tendances morales, le désir de prouver sa liberté, de montrer sa personnalité, la ciainte de l'humiliation, et même des tendances plus élémentaires, l'ambition, l'amour, la peur, viennent ainsi s'ajouter à une tendance faible comme la tendance à dire (juelque chose ou à écrire une lettre.

Les efforts constituent toujours une grande dépense de forces, il est curieux de voir cependant dans les observations précédentes et dans quelques nouvelles qu'ils jouent cependant un grand rôle dans l'excitation. Byc, h. 5o, grand aboulique, qui reste des heures devant sa glace à peigner sa barbe sans pouvoir terminer sa toilette, incapable de prendre la plus petite décision pratique, fait montre d une activité commerciale et industrielle remarquable dans des circonstances dillîciles: « Je n'aboutis qu'à coups de collier, j'ai besoin de vaincre de grands obstacles, je fais facilement des choses dillîciles et dilLicilement des choses faciles. » Il est curieux de remarquer que

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