I. Obsessions cl psychnsténic, UJkS, I, p
cet homme ne réussit ainsi que des actions longuement méditées d'avance pendant qu'il semblait inerte, et qu'au dernier moment pour aboutir il a besoin de se trouver dans un milieu agité et bruyant. Wkx., h. 28, incapable d'ordinaire dune action quelconque, se comporte très bien au régiment et pendant la guerre montre de l'énergie et de l'endurance « parce qu'il a fallu faiie des efforts et que cela lui a fait grand bien ». — « Quand je suis \raiment forcée d'agir, dit Anna, c'est une énorme difficulté, mais cela change ma personnalité entière, cela me donne une preuve de moi, de mon existence et c'est la seule chose qui me fasse vivre. » L'observation de Simone., f. 26, montre un effet remarquable de l'excitation par l'effort : c'est une malade qui, lorsqu'elle est en état de dépression, a des çnanies de récrimination contre tout le monde et des idées de persécution. « C'est curieux, dit-elle, lorsque je fais des efforts pour |)arler à des personnes qui me paraissent odieuses, il me semble que ces gens changent de ligure, c'est comme si je tirais une ficelle à des marionnettes : ils avaient des figures désagréables et les voici qui piennent une expression charmante. » La transformation du sentiment social par l'excitation de l'effort est ici caractéristique. Les améliorations par les efforts de la marche, de la direction d'un automobile, par les efforts nécessités par les soins à donnera un enfant, il un malade, sont innombrables.
Mais l'effort n'est pas toujours heureux, un grand nombre de malades gémissent sur leurs efforts perpétuels et inutiles : « 11 faut que j'appuie pour chaque petite action, même pourvoir un objet clairement, c'est épuisant, c'est toujours à recommencer et cela n'aboutit ii rien. » — « C'est effrayant de vivre toujours tendu pour ne pas tomber dans des obsessions absurdes. » Précisément parce que 1 effort a eu et peut avoii- de bons résultats, les malades le répètent perpétuellement h tort et à travers, et tombent dans la manie des elVorts. dans l'impulsion à l'effort. Mais n'est-ce [)as le soit coniiuun de tous les actes excitants de pouvoir dégénérer en impulsions stéiiles cjuand ils sont répétés indéfiniment sans précautions. Pour (]ue l'effort soit utile il faut qu'il soil modéré et (|u il se présente dans les circonstances favorables (|ue nous venons d Ctudier : il est un procédt- d'excitation délie. il mais dont les effets sont quel(]uefms remarquables.
Enfin, une des eirconslances fjui joue un I■<^le très inipoilnnt
dans le succès des actions dépend de la présence et du rôle de certaines personnes auprès des malades. L'action des hommes les uns sur les autres, dont l'étude^nous préoccupe toujours, est des plus complexes. Nous avons déjà vu une forme de cette action à propos des ordres et des su'ggestions. Puis nous avons étudié une autre forme de cette action à propos des individus coûteux dont la seule présence déprime, ce qui nous a permis de comprendre l'antipathie. Nous constatons maintenant le rôle des personnes excitantes dont la présence et la parole favorisent l'action complète et lui permettent d'arriver au degré de tension qui s'irradie sur l'esprit tout entier, c'est le phénomène de la sympathie. C'est là ce fameux « magnétisme personnel, ce courant de force mentale » dont parlent sans-cesse les auteurs améiicains du Mind cure.
Un individu est sympathique d'abord quand il n'est pas coûteux, quand sa présence, ses paroles ne nécessitent pas de notre part une plus grande dépense de forces mentales perdues sans utilité. Maïs cela ne suffit pas, certains hommes ne se bornent pas il ce rôle purement négatif: ils nous transforment réellement en augmentant notre puissance d'action. Ils savent nous montrer l'intérêt de l'action que nous avons à faire, et la rattacher à des tendances puissantes. Ils savent nous aider à agir, en dissimulant leur aide, en nous laissant croire que nous avons tout fait, en paraissant le croire eux-mêmes. Ils semblent nous obéir et nous appellent leur maître, môme si ce prétcMidu maître ne sait pas en réalité commander. Ils se placent au-dessous de nous tout en montrant qu'ils ont une grande valeur et qu'ils sont au-dessus de beaucoup d'autres. Ils savent par des éloges adroits et dissimulés faire naître en nous les altitudes de confiance et de fierté. Ils nous inspirent la certitude de leur fidélité, inaltérable même si nous ne pouvons rien leur donner en échange, car ils nous aiment pour nous-mêmes et ils ne peuvent [)as changer. Voilà les vrais et les grands sympathiques !
Hélas, il est facile de comprendre les caractères qui les rendent tels. Au point de vue psychologique, comme au point de vue social, ce sont les forts et les riches qui peuvent répandre ainsi la fortune autour d'eux parce qu'ils possèdent beaucoup plus qui! ne leur faut pour eux-mêmes. De telles personnes font au malade « un entourage ouaté (jui l'empêche de se briser, de s'émietter » et même l'aident :i accomplir lui-même des merveilles
LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION •2-2o
qui le transforment, le rendent peu à peu plus fort et « incassable ». On peut être surpris au début de l'étude des maladies mentales de rencontrer tant d'individus qui parlent perpétuellement de l'amour, et qui ne rêvent qu'une chose exprimée de cent manières : « être aimé ». Quand on songe au rôle des personnes sympathiques auprès de celles qui sont faibles, on comprend que ce soit le rêve de tous ces faibles de rencontrer de telles ressources auprès d'eux, et que ce désir insatiable dégénère si souvent en impulsion. Mais cette transfoimation désastreuse n'empêche pas qu'il n'y ait une raison profonde à cette recherche et ne supprime pas le rôle essentiel que joue dans tant d observations la présence d'un entourage sympathique et dévoué auprès des malades.
Retenons seulement de ces brèves réflexions, qui sont hélas plutôt philosophiques que vraiment scientifiques, quelques indications pratiques. Le médecin doit savoir que certains malades, quoique très déprimés, sont encore capables de faire certaines actions énergiques et que ces actions, loin d'épuiser l'esprit par la dépense qu'elles provoquent, peuvent amener une décharge utile et même déterminer une nouvelle répartition tles forces et une tension plus élevée. Ces actions heureuses semblent être celles qui sont accomplies d'une manière complète, avec un réel succès, et (jui présentent déjà elles-mêmes au moins momentanément un haut degré de tension. Elles se produisent quand des événements particuliers viennent éveiller des tendances profondes, fortement chargées chez l'individu, quand des circonstances favorables permettent l'activation complète de ces tendances.