Les Ar,Ti(»>>^ lhles
Des essais de thérapeutique ([uo j ai poursuivis depuis bien îles iiunées peuvent peut-être se rattacher aux étuilcs précédenles. Pour les exposer il me seuïble bon d'examiner trois problèmes : 1" (juelles sont les actions quil semble utile de faire faire aux malades ? u" '.de quelle manière ces actions doivent-elles être «•xécutées .'' H" quels ont éli- dans nos observations les modilications les {)lus nettes, immédiates ef lointaines (|ue ces actions ont déteruunées dans l'état de dépression des sujets.
Occupons-nous d abord du premier problème. (^>iianil on se Janet. — .\ccjiii». psvcli. III — lô
trouve en présence d un malade à la fois déprimé et a^ité comme cela arrive le plus souvent, qui essaye confusément une loule d'actions d'une manière impulsive, sans en faire correctement aucune, il semble souvent utile de canaliser son activité et de diriger ses efforts sur tel ou tel acte déterminé. Le choix de cet acte m'a semblé dans certains cas plus important que dans d'autres et je rangerais à ce propos mes observations en trois groupes : a. celles dans lesquelles un acte particulier semblait plus utile que tout autre et a été recherché de préférence; b. celles où l'exercice un pou moins précis a porté sur un groupe d'actes du môme genre, sur une tendance dont le développement semblait nécessaire ; c. celles où la nature de l'acte à exécuter ne semblait pas avoir une grande importance et où l'exercice pouvait être fait indifl'éremment de diverses manières.
Quand toute la maladie est déterminée par l'absence ou l'insuHisancc d'un acte, il est évident que c'est cet acte qu'il est particulièrement important d'obtenir. Il s'agit dans ce cas des troubles que nous avons résumés par le mot vulgaire d'accrochages. Ces accrochages se sont présentés à nous de deux manières suivant que l'événement perturbateur était encore réel et présent ou bien n'existait plus que dans le passé et dans le souvenir du sujet. Dans le premier cas il s'agissait d'un acte d'assentiment lélléchi ou d'un effort (jue le sujet ne pouvait pas faire, incapable d'arriver à une décision ou à un travail, dans le second cas il s'agissait d'une opération de triomphe insutlîsante chez un sujet qui ne pouvait arriver à une liquidation. Dans les deux cas nous avons montré que le meilleur traitement était d'amener le sujet à faire l'acte nécessaire, ce qui supprimait immédiatement la continuation indéfinie d'efforts dilRciles et ruineux et permettait une grande économie de forces. Nous ajoutons maintenant que 1 accomplissement d un tel acte par la satisfaction de la di(Hculté vaincue et par une irradiation psychologique très nette contribue également à relever beaucoup la tension.
Pour obtenir ces résultats il faut se rendre compte avec précision de l'acte qui est nécessaire : plus le médecin s'en fera une idée précise, plus il sera capable de l'imposer au sujet. Nous avons déjà étudié ce problème à propos de l'observation d'Irène, nous le retrouvons à propos de quelques autres observations que j'ai signalées dans le chapitre précédent et (|u'il est utile de compléter ici.
Zoé., I. 23. prédisposée par 1 hérédité a déjà présenté à diverses reprises des dépressions avec manies mentales de diverses natures. Fille a été à i.") ans la confidente de son frère dans une aventure d'amour assez absurde et malheureuse, elle a joué visà-vis du frère un rôle de directrice et de consolatrice, mais elle a conçu elle-même un grand mépris et une grande crainte pour les sentiments d'amour qui peuvent conduire à tant de malpropretés et à tant de souffrances; elle s'est jurée d'éviter elle-même complètement et définitivement de pareils sentiments. .En un mot les confidences du frère avaient attiré l'attention sur les sentiments d'amour et les avaient rendus plus dilliciles. A plusieurs reprises déjà des propositions de mariage avaient déterminé des accidents nerveux, des tristesses, des phobies et l'écarlement de ces propositions avait amené la guérison. Dans une de ces crises qui semblait assez grave et dont la véritable cause n'avait pas été avouée la malade avait été soumise à un traitement alors à la mode par de petites cautérisations dans le nez et on avait constaté à la suite une amélioration merveilleuse. Si le médecin s'était (juelque peu préoccupé des pensées de la malade, il aurait appris (|u'à ce même moment un prétendant, à propos duquel on la tourmentait et que d'ailleurs elle n'aimait pas, avait été définitivement écarté par la famille et il n'aurait pas attribué la guérison aux cautérisations.
Quand cette jeune (illo eut 'j/à ans. elle rencontia un jeune homme qui l'impressionna davantage^ et elle sentit non sans terreur que, si elle s'abandonnait à ses sentiments, elle l'aimerait i>eaucoup. La famille appiouvait complètement le mariage et le désirait vivement. La demande en mariage se fit dans de mauvaises conditions, un peu trop tardivement peut-être : « elle aurait été mieux accueillie si elle avait été plus brusque: quand on nre laisse hésiter, je suis peidue. » Quoi qu'il en soit, à ce moment, /oé ^e trouva acculée à la nécessité d'une ilécision : l'Ilc ne [)ut cept-ndant ni accepter, ni refuseï', elle ne sut (|iielU' attitude adoptei' vis-à-vis de ce jeune homme ; elle se montra hésilanlc. iiiilable. puis elb' tomba dans le désespoir (juand h' candidat si* retira momrntanément. ,\ partir de ce momi-nt, le doute, 1 indé- ••ision, 1 aboiili<' prirent de grandes proportions, tles phobies, des il)sessi(»ns criminelles de toute nature se développèrent. 11 est mutile de décrire cet état psvchasléniijue ijui rapideinenl devint très grave : quand j ai vu la malade huit mois après le dibiit de
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la crise elle était très malade physiquement et moralement. Je considère l'ensemble de ces troubles comme un cas typique d'accrochage : l'évolution de la vie psychique est arrêtée par un obstacle devenu infranchissable et contre lequel toutes les forces s'usent inutilement. Le problème thérapeutique est ici simple et précis : il faut faire franchir l'obstacle, il faut amener la malade à faire l'acte qui s'impose. Cet acte est la découverte d'une solution'qui concilie l'horreur et le mépris pour l'amour irrégnlier et malheureux avec le désir de l'amour correct et heureux. Il s'agit nettement dune discussion, d'une comparaison des motifs et d'une conclusion, en un mot, d'une opération d'assentiment réfléchi. C'est uniquement dans ce sens que j'ai dirigé la malade et les résultais obtenus sur lesquels je reviendrai ont été véritablement démonstratifs.
Autour de cette observation on peut en grouper un grand nombre du môme genre où lacté à faire est également bien déterminé. Newy., f. 48, dont' j'ai déjà présenté l'observation à propos des théories sexuelles de la psycho-analyse, semble avoir franchi l'obstacle qui arrêtait Zoé., elle est en léalité mariée depuis i8 mois et elle est même au début d'une grossesse. Mais voyons comment les choses se sont passées : cette jeune femme qui a toujours eu une volonté débile a toujours vécu auprès de sa mère et de sa sœur « que je sentais au-dessus de moi, dit-elle, et qui décidaient tout pour moi », elle a déjà eu, dès qu'elle s'éloignait de ces directrices, des crises de tics et de scrupules. Elle s'est laissée pousser à ce mariage « sans réfléchir, sans rien accepter. Tout s'est passé comme dans un rêve, comme s'il ne s'agissait pas de moi. .le n'ai eu de plaisir à rien, je ne me suis intéressée à rien, j'ai reçu des cadeaux de liançailles sans les regarder, sans comprendre (ju'ils étaient à moi. « Depuis le mariage, les troubles ont été en s'aggravant, la malade reste dans son appaitement inerte ol agitée : « Je ne puis absolument rien faire, dit-elle, pas même m'asseoir ni me reposer, je suis affolée devant la plus petite action, dès que j'essaye de la commencer, tout se raidit en moi et je dois cesser sinon je me mettrais à pleurer et à crier. Je ne puis rien faire dans ce ménage (|ui n'est pas à moi, je ne sais pas si j'aime mon mari ou si je no l'aime pas, s'il est mon mari ou s'il ne l'est pas, s'il va rester près de moi ou s il va s'en aller tout de suite ou si moi je vais m'en aller u importe où, earje suis obsédée par 1 idée de quitter tout. »
LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION i29
Bien entendu les actes génitaux sont trou})lés : cette femme, qui, avant le mariaoe, avait des habitudes de masturbati<in avec iouissance, est devenue totalement insensible et se laisse faire avec une indifTérence totale et, comme je 1 ai déjà remaicjué dans des cas semblables, sans aucune pudeur, comme sans aucun désir, ce qui ne l'a pas empêchée de devenir enceinte. Comme je le faisais déjà renrarquer dans ma discussion sur les théories sexuelles des troubles névropathiques, il ne faut pas se hâter de conclure que tous les troubles de cette femme prennent leur point de départ dans son insensibilité génitale. Celle ci n'est fju'un aspect particulier d'un trouble général qui porte sur tous les sentiments comme sur toutes les actions : « Rien ne me semble réel, rien n existe pour moi, pas uK^-me ma mère ou ma s(pur que je n aime plus... » J ai déjà fait observer la curieuse altération des sentiments de propriété : « Je ne puis pas dire comme les autres jeunes femmes, c'est gentil chez moi, j'ai de jolies choses, car je n'ai rien à moi : le mari n'est pas à moi, les objets non plus, rien n'est à moi de ce qui m'a été donné depuis mes fiançailles et je cherche à mettre de vieilles robes que j'avais étant jeune fdle pour me sentir au moins dans des vt^tements à moi... » Cette femme a déjii été traitée de bien des manières, en particulier elle a été isolée à deux reprises dans des maisons de santé sans :iucun résultat que l'aggravation de son agitation. On peut considérer toute la maladie comme un accrochage analogue à celui de Zoé. Klle n'a pas accepté le mari, elle ne s'est pas adaptée à la vie conjugale, à la vie à deux dans un milieu déterminé. Les troubles dépendent encore de l'insulfisance de ces actes et des ellorts impirissants qu'elle fait pour les accomplir. Il faut ou bien arr^'ter ces elforts en rompant le mariage, ou. comme la chose me parait plutôt désirable et dans ce cas possible, aidi'r la malade a faire d'une manière compb-te les actes qu elle n'a pas encore j)U faire : cet essai quoi(|ue difficile peut avoii- des résultats intéressants.
On observe souvent des phobies ou de^ («bsessions singulières qui se développent peu de temps après le mariage, nous venons d en cnumérer un certain nombre. Os maladies ne sont difl'é- '•ntcs qu'en apparence, il s'agit toujours d'une dépression divcrit-ment exprimée en rapport avec l'am^l ou la dilliculté de l acte d'acccptatioîi du conjoint.
Le menu- problème se pose <lans d aulr«'S cMconstanc«"> ri im
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peut considérer comme un accrochage typique cet accident survenu à Irène. Cette jeune femme habitait depuis quelque temps chez une de ses amies pour laquelle elle avait une grande afrection. un jour, elle fut stupéfaite d'être accusée par cette amie de tentatives de captation sur un vieillard. Après quelques scènes elle dut quitter la maison : elle était parvenue à se disculper complètement aux yeu.v de tous, mais « elle n'avait pas réussi à confondro laccusatrice, elle-même, à l'humilier, à se venger d'elle ». Depuis dix-huit mois à la suite de cet incident, Irène reste malade, atteinte d'une -aboidie, d'une inertie invincibles, incapable de dormir aussi bien que de travailler et à chaque instant tourmentée par des obsessions relatives à celte aventure, par des impulsions h aller chercher cette femme, à lui faire des scènes, à la confondre, à se venger d'elle, etc. Bien que personne ne l'accuse, (jue tout le monde soit convaincu qu'il s'agit d'une crise de jalousie maladive de son amie, elle ne peut « liquiiler cette situation » et reste indéfiniment en face du même événement sans arriver à le franchir. Il y a là un exemple tvpique de ces actes de liquidation que le médecin doit très souvent faire faire aux malades pour éviter des épuisements nerveux qui en se prolongeant deviennent très graves.
Dans certains cas les malades s'accrochent h un problèuie moral, à un jugement qu'ils ont besoin de faire pour continuer leur vie intellectuelle et qu'ils ne sont pas capables de faire. Un homme intelligent ne peut j)as agir sans comprendre, sans croire certaines choses et, quand il ne peut plus les comprendre ou les croii-e, il peut encore sans doute c<»ntinuer sa vie élémentaire et même une partie de sa vie sociale, mais il reste gêné, arrêté dans cette interprétation intelligente (|ue toutes les personnes cultivées se^donnent continuellemeni à elles-mêmes de leur propre vie et de leurs actes et toute sa conduite en est houleversée.
Dans mon premier travail déjii trop long cependant, j ai étudié les obsessions d'une manière trop sommaire. J'ai essayé de montrer (jiie le fait d'avoii des obsessions dépendait de la dépression mentale et des sentiments d"ii\complétude sous-jacents. Cela est vrai car sans cette insullisance le sujet ne resterait pas accroché aux diverses dillicultés de la vie. Mais cela dit, il faut reconnaître que les obsessions sont souvent fort dilVérentes les unes des autres dans leur mécanisme psychologique. Je signale m.iiu-
tenant des obsessions particulières qui sont des accrochages à certains problèmes posés devant le sujet comme certaines aboulies ou certaines phobies sont en rapport avec un arrêt devant une dilTîculté de la vie sociale. Lvdia qui a changé de milieu, qui a été humiliée à la suite de son mari;ige ne comprend plus sa vie et ne se comprend plus elle-même, elle s'arrête devant le problème do sa valeur personnelle sans pouvoir arriver à une solution et ce problème insoluble prend une forme imagée dans l'obsession si curieuse de sa beauté. Lise se pose tout à coup le problème de la responsabilité personnelle et lui donne dans son obsession une forme symboli'que quand elle travaille indéfiniment a chercher si dans l'autre monde elle sera responsable pour l'âme de son oncle ou si ses enfants payeront pour elle. Jd., f. ig, et bien d'autres, car le fait est fréquent à cet âge, se bute devant les questions morales que soulève l'évolution des tendances sexuelles. Ces problèmes une fois posés, le sujet est incapable en raison de sa dépression, soit de les résoudre, soit de les abandonner et pendant des années il va s'épuiser dans une méditation aussi stérile que coûteuse.
Sans doute le médecin peut observer que les malades sont actuellement trop épuisés pour pouvoir aborder de front la difficulté; il peiit être forcé, soit de les faire reposer d'abord, soit de relever leurs forces mentales par une éducation générale. Mais de toute façon il arrivera un moment où il sera nécessaire de leur faire franchir l'obstacle, c]o les aider à sortir de l'ornière pour permettre au char embourbé de reprendre cahin-caha le chemin de la vie.
Beaucoup [)lus souvent les actes insuHisanls s(»nt plus nonibreu.x. se représentent plus fré(juemment : il ne s'agit pas précisément de faire accomplir un acte une fois pour t<»utes, mais de restaurer une tendance et d'apprendre au sujet à faire régulièrement des actes d'une ceitaine natuio. Che/ les malades rjui ont des [)hobies. [>ar exemple, les angoisses qui semblent survenir dans des coiulilions déterminées sont le [jIus souxent la conséquence de 1 iiisudisance des actes (|ui devraient se réaliser dans ces circonstances.
Dans beaucoup de névroses interviennent des troubles de certaines fonctions psychcdogiques élémentaires. Sb., f. 27. présente depuis des années une singulière phobie accompagnée
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d'idées obsédantes presque délirantes: elle est a chaque instant envahie par la crainte davoir avalé par mégarde un objet volumineux auprès duquel elle vient de passer. Il ne s'agit pas seulement d'une pomme, d une orange qu'elle a vue sur la table, mais même dune énorme pomme d'escalier, d'un gros coussin ou même d'un meuble qu'elle vient de regarder. Bien qu elle essaye de répéter que cette imagination est absurde, elle s'aifolle, étouffe, elle a de terribles angoisses pendant des heures. Il est facile de constater que même en dehors de ses crises cette malade déglutit mal, avale de l'air et respire mal. La moindre émotion désorganise complètement ces fonctions insuHlsantes et amène de véritables crises d'aérophagie ; le gonflement de l'estomac la gène de la respiration jouent un grand rôle dans 1 obsession. J'ai été amené à chercher si la restauration de ces actes élémentaires, le traitement de l'aérophagie n'auraient pas une heureuse influence sur la phobie elle-même. La thérapeutique par l'action se rattache ici à la gvmnastique et surtout à la gvmnastique respiratoire dont nous avons déjà vu l'importance.
Dans bien des cas il est facile de constater que les troubles du sommeil jouent un rôle considérable datis la maladie et quelquefois même, que ces troubles semblent déterminer lépuisement des forces nerveuses. Nous savons d autre part que le sommeil est un acte, et que cet acte présente des dépressions et des troubles par dérivation comme les autres actes. De là une tentation naturelle de chercher à modifier directemenl cette action du sommeil : cela est malheureusement fort dillicile. Le plus souvent dans mes observations, le sommeil a bénéficié indirectement de l'excitation de quelque autre tendance. Zob., f. ôo, dormait toute la nuit si elle avait eu dans la soirée une excitation, si elle a été au théâtre <»u dans une soirée; Ig., h. 3o, dort également s'il a eu dans la soirée une scène violente comme il les aime, s il a été cmotionné et s'il a pleuré; Ed., f. 60, dort si on a réussi à la faire rire dans la soirée et Nebo., h. 4o. ne dort que s'il 4 pu faire un travail dans la journée. Dans d'autres cas cependant il me semble qu'une éducation directe du sommeil à pu être utile; Lib., f. 'j'i- apprend a arrêter ses rêveries continuelles et se prépare au ^oninuil : Du., f. ',\o, apprend ;i cesser ses agitations et ses cris (jui survenaient au début du sommeil. Kx., f. 2fi. qui restait toute la nuit dans nue somnolence vague se trouve bien d un exercice (]ui consiste à interrompre cette somnolence, à se
lever et à se recoucher pour dormir complètement. U y a certainement une attitude musculaire du sommeil, une résolution, un abandon de la vigilance musculaire que l'on peut chercher volontairement et qui permet de préparer le sommeil. La recherche de l'acte du sommeil n est pas absolument chimérique.
De même (]u'elles ne savent pas dormir, ces personnes ne savent pas se reposer; elles travaillent ou s'agitent tctut le temps, elles sont constamment raidies, tendues sans réussir à se détendre. C est que le repos est un acte qu'il faut savoir faire comme le sommeil et qui comporte même des mouvements et des altitudes spéciales aussi bien physiques que morales et il y a des dépressions et des impuissances à propos de cet acte comme à propos de tous les autres : « Je ne sais même pas m'asseoir dans un fauteuil, je suis toujours au bord et jamais au fond... Je ne sais pas flâner... Je ne sais pas me mettre en veilleuse. » La distraction et le jeu comme la flânerie se rattachent à 1 acte du repos, ces malades ne savent pas jouer, ni se distraire et reconnaissent un peu tard « qu'ils ont recherché une vie tro|) austère de travail continuel dans un âge où on a quelquefois besoin de détente ». Ces actes du repos peuvent être appris et la iccherche volontaire des attitudes du repos, de la détente, du jeu, est une préparation salutaire au repos lui-uiôme. C'est par ce point que les thérapeutiques |)récédcntes par le repos et l'économie se rattachent à nos thérapeutiques actuelles [)ar l'action.
On ne se figure |)as combien d accidents nerveux peuvent ôtre engendrés par des troubles de la fonction urinaire. Vol., f. t^7), se présente avec l'aspect d'une agoraphobe, elle a des angoisses il la pensée de quitter son appartement, tle sortit- de chez elle, (1 aller dans la rue, de se trouver chez d'autres peisonnes. Ces angoisses se sont développées chez une femme évidemment inquiète et scrupuleuse ii la suite d'un eczéma des parties génitales et des soitis de pioprcté urinaire qui ont été nécessaires [)our le guéiir. La surveillance de cette fonction, surveillance qui 'si toujours dangereuse, la amenée a ('-prouver;! ili;ii|iie instant (les envies d'uriner, et ;i n'être jamais salislaitr» de I acte de la miction, l'.lle en arrive ii essaver d'uriner à clia(|ne instanl, a ictoiirner soixante lois de suite aux calxnels avant de se metlie 111 lit, il rc«louter « les accidents les plus teriiMes » si elle 1 éloigne un moment de cet «'ndroil sauveur: elb* enferme sa pensée dans celle pn'occuj)alion et ces pn-eaiitioiis et s y épuise.
Ub., h. '|/|, a été fortoment impressionné clans sa jeunesse par le pénible traitement d'une blennorrhagie prolongée, il est toujours resté inquiet à propos de ses fonctions urinaires. AfTaibii par des querelles de famille, impressionné par une consultation maladroite il devient tout à fait obsédé et phobique. Sans doute il est obligé de convenir qu il ne présente aucun trouble actuel de la miction, mais « il va certainement avoir des spasmes du canal qui nécessiteront des sondages horriblement douloureux et il préfère mourir plutôt que d'avoir à les supporter toute sa vie ». Il est obligé tle renoncer à tout travail, il ne s'occupe nuit et jour que de sa miction, essayant à tout instant d'uriner, ressentant ou croyant ressentir des spasmes horribles dans tout le bas ventre et complètement alfoié par les angoisses. (]et état s'aggrave constamment, quoique le malade soit déjà interné depuis six mois. Dans ces deux cas le trouble a nettement pour point de départ la fonction urinaire, qui est.normale dans sa partie physiologique, mais qui dans sa partie psychologique plus importante qu'on ne le croit généralement, est complètement désorganisée. N'est-il pas juste d'essayer la rééducation de cette fonction et le rétablissement de l'acte d'uriner normalement, afin de constater les modifications ([ue ce rétablissement apportera dans les autr(>s fonctions mentales.
Il ne faut pas exagérer l'importance des troublés sexuels, mais il ne faut pas non plus méconnaître leur gfand rôle dans les névroses. Il ne faut pas nier que très souvent une altération, une dépression sinon dans la partie physiologique au moins dans la partie psychologique de ces fonctions ne soit le centre de beaucoup d^uitres altérations névropathiques. On pourrait rappeler il ce propos beaucoup d'observations de ces jeunes maris ([ui mal iin|)rcssionnés le soir de leurs noces ont été momentanément insuHisants. Les soirs suivants, 1 émotion, la crainte de linsuccès et souvent des interventions malencontreuses lendent le retour (le la lonctioii diUicile et créent une véritable impuissance psychologi(|ue. Celle-ci à son tour donne naissance aux troubles névropathiques les plus variés. Des troubles semblables existent bien souvent chez les jeunes femmes, quoiqu'ils soient moins remar- (|ués, ils se tiaduisent par du vaginisme. de la frigidité et jouent souvent un rôle important dans les dépressions du début du mariag(!.
Plus graves sont les insullisances matrimoniales ([ui dépenilt'ul
d'un arrêt dans le développement psychologique de la fonction, que celle-ci soit restée au stade de la masturbation solitaire ou au stade de l'homo-sexualité. Ae., h. 27, insulfisant sexuel et psychasténique a été marié cependant à y6 ans: il a depuis deux ans avec sa femme la plus singulière conduite. Quand il se trouve avec elle devant des témoins, il se montre empressé-? galant et même inconvenant, parce qu'il sait bien qu'en public il n'aura pas à aller jusqu'au bout et (|u'il est fier de se montrer conquérant; en même temps il prend vis-à-vis d'elle une attitude dominatrice et hautaine, il allecte de la traiter en bébé et il exige d'elle des marques constantes d'admiration et de soumission. Quand il est seul avec sa femme, le tableau change complètement, il prend une attitude gênée et craintive, il évite de lui parler et il prend des précautions pour quelle ne sache rien de ses goûts, de ses sentiments, comme s'il avait peur de l'intimité. 11 prend tous les prétextes pour s'écarter d'elle; s'il est forcé de l'approcher il met réellement des gants pour la toucher et ses caresses ébauchées qui n'aboutissent à rien se transforment vite en coups et en pincements. 11 fait montre d'une pudeur invraisemblable, il ne peut tolérer qu'elle le touche et semble terrifie à la pensée qu'elle puisse voir une ])artie (juelconque de son corps. I) ailleurs il déclame constamment sur la religion et la morale qui règlent les rapports entre maii et femme et qu'une épouse « doit constamment respecter si elle ne veut pas devenir une mauvaise femme ». Celle situation qui se prcdongc depuis deux ans détermine les plus grands tnuibles nerveux chez les deux époux, le mari devient de plus en plus aboulique et iii(|ui('l et la jeune femme a des accidents hvslériques.
Sans doute nous sa\()ns fju'il est souvent dangeicux de (oicer de pareils indisidus ;i exécuter 1 acte conjugal, j ai (b'ja \u ilc friaves accidents et même un <> rand fb'diic |)roloni£e survenir dans ces conditions a[)!ès des essais imprudents. Il n'en est pas moins vrai f|iie le médecin doit ici piendie une densidii. ou bien adapter la théraj)euti(|u<; pail économie et s<''|>arer ces jeunes t'poux pour fju'il n'y ait plus perle de forces continuelle dans des elforls. inutiles, ou bien laire un essai de la tliérapetili(|ue par l'excitation et anuMier le mari à prnti(|iier un acte complel qui les guérira tous les deux. IMus souvent qu'on ne le croil, si le médecin est aidé par une lemme intelligente, celte dernière théiapeuti(|iie est praticable ei heureuse.
Les prctondus « invertis sexuels » eux-mêmes sont le plus souvent des déprimés chez lesquels la fonction sexuelle est arrêtée à un stade élémentaire de son développement. Ils sont des timides, des abouliques sexuels qui ont peur du sexe opposé avec lequel les rapprochements sont de toute façon plus complexes. « Je suis en relard de vingt ans, w disait justement Xc, f. 87, dont il serait intéressant de racontei' un jour l'histoire. Ces malades sont plus qu'on ne le croit susceptibles de relèvement et d'éducation.
Les lonctions psychologiques sexuelles peuvent êlre altérées d une autre manière non pas primitivement par un développement insulPisant, mais secondairement par une régression due à la dépression mentale. Beaucoup d'individus, qui ont eu des lapports génitaux normaux avec sensation sulTisante, deviennent froids et impuissants (juand ils sont malades ou bien régressent jusqu'il l'abus de la masturbation. Cet acte sexuel réduit, moins coûteux, joue alors le rôle d'excitant passager : Bb., f. 26, tourmentée par des phobies et des manies mentales est obligdc de s'exciter ainsi « quand elle veut marcher sans compter sans cesse le nombre de ses pas ». Inversement nous connaissons les observations intéressantes de Wb. et de Pva., ces hommes qui pendant toute leur vie se sont servis de l'acte sexuel comme d'un excitant et qui tombent dans la dépression quand ils l'ont perdu. Dans ces derniers cas j'ai été amené ii conseiller h ces malades l'éducation de l'acte sexuel et les résultats de ce traitement sur lequel jf reviendrai ont été, il me semble, fort curieux. Sans croire, cotiunc l'école de Vienne, que les rapports génitaux constituent toujours un traitement idéal, je suis obligé de reconnaître que I exercice génital, dans les conditions de modération et de prudence convenables, s'est montré dans bien des cas extrêmement utih* et (|ui* le médecin n a pas le droit d ignorer sa valeur ihélapeutique.
<Juand les malades présentent une de ces allections rangées un [)eu confusément sous le nom de délires ou phobies du conta(t. il n'est pas dillicile de découvrir (|u il v a au-dessous de CCS phobies des aboulies poilant plus ou moins précisément sur telle ou telle catégorie d'actions. Ce, homme de 55 ans, qui pendaiil toute sa vin s était intéressé à l'équitalion et aux soins que réclament les chevaux de course, a renoncé :i la suite d'une déceplion ii s'occuper de chevaux et d'écuries : il a traduit ce reiioncciiuMit par la crainte du crottin de cheval en renversant
les termes comme font souvent ces malades et il a étendu à tous les objets la peur de la saleté. Dl., f. 22. explique toutes ses impuissances et son inertie par la phobie du cancer, mais le principal est son incapacité à soccuper du ménage après un changement d habitation, son incapacité à s'adapter à Une vie nouvelle. Il en est de même pour beaucoup de cas de phobie du contact surtout chez les femmes et il faut souvent rechercher Taboulio du ménage sous les phobies du contact. Les actes à obtenir sont ici assez nettement indiqués.
Un grand nombre .le névroses prennent l'apparence de névroses professionnelles et on connaît bien les obsessions, les phobies, les tics professionnels. J'en ai déjà décrit bien des exemples, en voici quelques nouveaux : Ec, h. 4o, se croit forcé de renoncer à sa profession de dentiste dans laquelle il réussit bien « parce qu'il lui arrivera les aventures les plus terribles s'il ne peut résister à l'impulsion qui le porte à faire des inconvenances avec ses clientes ». Fd., h. 35. pharmacien, a commis un jour une erreur assez grave dans la préparation d'une potion, erreur (jui heureusement n'a pas eu de conséquences ; mais il reste ellrayé de sa distraction et il tombe dans un état d'obsession scrupuleuse qui le fait renoncera tout travail depuis un an. Nebo., h. 'io, après quelques insuccès dans son commerce, est tellement agité dès qu'il entre dans son magasin, qu'il a pris sa retraite et s'est retiré à la campagne, où il devient d'ailleurs bien plus malade. Si on veut bien observer que chez ces malades l'arrêt des tendances professionnelles joue encore aujourd'hui le principal rôle dans la dépression générale, on se demandera s'il n'est pas légitime de chercher à restaurer de préférence cette activité professionnelle. La retraite ou tout simplement des vacances trop longues sont des choses plus dangereuses (|u'on ne le croit. Mien des hommes que leur activité protessionnelle maintenait seule à un niveau de tension supérieur sont incapables île trouver dans d'autres activités une nouvelle source d excitation. Il est tiès souvent important de b-ur f;iiie reprendre le liavail (|ui avait réussi à les maintenir pendant bien des années.
Los actes que l'on aura le plus souvent l'occasion tie faiie faire avec l'esjjoir d'obtenir une excitation sont les actes sociaux. Les claustrophobies, les agoraphobies, les éreulophobies, les dysniorpliophobies, les innombrables névroses, en général si mal cornprises, tjui sont des \ariélés de la tiniiilil*- pathologi(|ue. c'est-
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à-dire de l'aboulie sociale, doivent èlre souvent traitées par des exefrices de l'activité sociale. Que de pauvres malades il faut forcer ;i faire des visites, « a rester dans un salon où il y a trois personnes sans avoir envie de se sauver comme une folle », à vovager dans uli compartiment de chemin de fer où il y a des messieurs quoique << l'on manifeste par des rougeurs inconvenantes les envies qui vous tourmentent, quoique 1 on ait des rires nerveux qui sont des provocations », à se placer convenablement dans une église sans se cacher derrière un pilier « quoique l'on souille la cérémonie par sa présence », à parler directement à des gens quoique « Ton les rende maladies par son haleine », à commander à sa bonne « quoique le cœur s'arrête de battre », à faire des achats dans un magasin quoique a l'on aimerait mieux entrer dans une cage pleine de lions que de parler à la vendeuse », à passer dans uue rue oii il n'y a pas de pharmaciens « ce qui vous expose à être porté directement à la Morgue u, elc. Quelquefois les actions sociales ii obtenir sont dtin ordre un peu plus élevé: beaucoup ont besoin d'apprendre ii parlei', à écouter, à entendre des plaisanteries sans s'indigner, h tolérer une dis cussion sans se fâcher. Il faut les pousser à exprimer leur pensée, à la démêler, à la soutenir de manière à éviter ces petits insuccès qu'ils ressentent si vivement et qui sont si souvent le point de départ de leurs phobies et de leurs obsessions.
Ces troubles de l'activité sociale prennent quelquefois chez les psychasténiques des formes bien singulières. Ge., h. 4o, a été interné dans un asile parce qu il présente un délire bizarre « qui, dit la famille, doit être un délire de persécution ». Quand il est seul ou se croit seul, il reste bien trancjuille dans s<»n fauteuil, il fume des cigarettes ou lit des petits romans et se comporte d une laçon fort raisonnable ; mais dès que (|uel(|u un s'approche de lui, il se lève, il gesticule, il fait des grimaces, il cherche ii se sauver, frappe les meubles et casse les carreaux en criant : « \ ous allez me rendre malade, vous allez me donner une crise, me rendre fou, je suis dominé, n'approchez pas... jatirai un délire épouvantable si on me parle, si on me fait sortir, laissez-moi seul!!! » et cette comédie dure depuis plus de deux ans. C'est un individu qui a toujours été un psvchasténique typique et qui, il l'occasion de (juehjues fatigues et surtout de quelques insuccès dans sa [)rofession, a transformé en délire ses obsessions de houle et de crainte sociales. C'est chez lui 1 action sociale de voir
des hommes, de leur parler qui esl troublée dès le début; s'il y a quelque chance de le guérir, ce ne peut être qu'en essayant de restaurer cette action.
Dans un cas comme le précédent il s'agit d'obtenir des relations sociales quelconques, quand la maladie est moins grave, il faut préciser le genre de relations sociales que l'on doit rechercher. J'ai souvent insisté sur ce fait curieux, c'est que les psychasténiques n'aiment pas à frayer avec leurs égaux. Ils cherchent des amants ou des amis parmi les gens qui leur sont inférieurs soit par la fortune, soit par la situation, soit par l'éducation : des jeunes gens ou des hommes ne veulent causer ou jouer qu'avec des enfants très jeunes, ou inversement des jeunes filles ne se plaisent qu'avec des personnes beaucoup plus âgées qu'elles, il s'agit toujours de trouver une situation sociale facile où l'on rencontre sans efforts la docilité, l'admiration, l'indulcjence. où l'on soit assuré des égards. L'éducation sociale des timides doit cojistamment lutter contre cette tendance.
Dans certaines circonstances un singulier exercice de l'activité sociale consistera dans des actions qife le malade doit faire seul, isolément. Sans entrer ici dans l'étude psychologiquf'; de l'action faite isolément qui est si intéressante, je rappellerai que chez des êtres qui ne seraient pas sociaux l'activité d'un individu isolé n'aurait pas de caractères propres. Une activité particulière dans l'isolement n'existe que par contraste avec l'activité en société, elle est donc encore une forme d'activité sociale. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle est si frécpiemment troublée chez les grands timides, chez des malades qui ont des tit)ubles de l'activité sociale. 11 v a des cas où il faut obtenir l'acte isolé comme précédemment il fallait obtenir l'acte en société. Wkx., h. ug, qui a toujours vécu dans sa famille, qui est accompagné partout, (ju'on n'a jamais osé laisser seul, a des crises de psycholepsie avec sentiment d'étrangoté. d'éloignement et de mort, dès qu'il essaye une action dans l'isolement, l/effort utile pour lui consiste dans des actions, même dans de petits voyages (|u'il est obligé de faire seul. Beaucoup de femmes obsédées par la ptuirsuile de l'amour s accr<»chent déses[)érément ii une personne parc'c qu'elles ne se sentent pas capables de faire une action qxiaiid elles sont seules. Ne doit-on pas les forcer à agir. :t smlir seules, a avoir des goiUs personnels et :i le» satisfaire sans se préoccupci' toujours de ce (ju en piMise une autre personne. La
2'tO I ES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
restauration do l'activité isolée est souvent un signe de relèvement mental : Zoé., I. 26, le remarque elle-même : pendant la période la plus grave de sa maladie, elle se sentait terrifiée dès qu'elle était seule et elle cherchait constamment à s'accrocher à (|uel(|u'un, c'est quand elle commence à aller mieux qu'elle sent quelque bien-être et quelque rej)os à être seule.
Dans certains cas les troubles des malades nous indiquent l'arrêt dune fonction intellectuelle, d'une certaine catégorie de perceptions, d'une croyance, d'un raisonnement et ici encore l'action qu'il faut rechercher semble assez bien déterminée. J'ai souvent trouvé utile en particulier dans le traitement de malades présentant de la dépersonnalisation, de diriger leur attention sur leurs sensations tactiles et musculaires, comme s'il s'agissait d'hystériques anesthésiques, (|U()i(|uc l'on ne put constater une anesthésie véritable. Trois malades en particulier ont été traités de cette manière avec des lésullals fort encourageants. Hd., h. f\2, présente un singulier trouble de dé[)ers()nnalisation qui semble porter exclusivement sur sa parole et même plus particulièrement sur l'audition de sa j)roprje parole. II sait bien que c'est lui qui marche ou qui mange, que c'est lui (|ui sent les attouchements ou les piqûres, il admet également que c'est lui qui voit et qui entend quand il s'agit des bruits ou des paroles d'autrui. Mais il est tourmenté par cette impression obsédante que sa parole lui a échappé, (jue ce n'est plus lui qui parle, que cette parole (ju'il entend sortir de sa bouche n'est plus la sienne. Cet homme n'a aucun délire : il sait lhéori(|ucni(M»t (jue la parole qui sort de sa bouche est bien la sienne, (|u'(>lle exprime ses idées, qu'elle a conservé 1(> même son qu'autrefois, qu'elle n'est aucunement changée, mais il se plaint d'avoir perpétuellement l'impression (|uc ce n'est pas lui qui parle. Il y a l;i un curieux trouble du langage chez un homme qui a toujours été un timide, qui a toujours été inipiiet et gêné à propos de sa parole, qui était malheureux s'il était forcé de parler à ses ouvriers, et qui se sentait vite épuisé s'il était obligé de parler un moment. Il est facile de comj)rendre que la dépression a porté paiticulièrenient sur la parole, fonction débile chez lui. Mais cela n'est pas tout à fait sullisaut : (piiind il lil. même en articulant intérieurement, quand il lient même un discours intérieui' à voix basse, il n'a aucun trouble de la [)arole et il n"é|)rouve pas le sentiment de déperst»nnalisation. Le senliinent d'étrangeté n'apparaît pas dans
LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION -iil
1 articulation de la parole, mais seulement dans son audition. L'examen de l'ouïe ne révèle rien de bien net, je relève seulement un retard fort appréciable de la réaction auditive. Ces allongements du temps de la réaction sont fréquents chez les psychasténiques; mais ici ils n'existent guère que pour la perception auditive. On pourrait peut-être supposer que le malade était habitué à entendre sa propre voix plus près du moment où il l'émettait et que ce petit détail joint à la dépression portant sur la fonction de la parole a joué un rôle dans la forme singulière de l'obsession. Quoi qu'il eu soit le traitement psychologique que j'ai essavé d'appliquer à ce singulier malade a surtout consisté en exercices de la parole et en exercices de 1 attention auditive.
Ces observations nous montrent qu'il est quelquefois avantageux de chercher l'excitation du sujet au moyen d'une certaine action déterminée que le sujet sait faire, qu'il n'a pas besoin d'apprendre, mais qu'il a cessé de faire, au moins de faire correctement et qu'il tirera plus de bénéfice de la réalisation de cet acte que de tout autre. L'excitation se présente ii peu près de la même manière que l'éducation qui doit porter sur un point déterminé. En général cependant il n'en est pas ainsi, la dépression semble porter sur l'esprit tout entier et la réalisation d'une action particulière ne semble pas beaucoup plus importante que celle d'une autre. Les malades n'ont pas eux-mêmes découvert des actions qui les intéressent et les excitent : « Je suis une femme inoccupée qui ne s'intéresse absolument à rien ; jamais je n'ai été ni amoureuse ni travailleuse et je ne me suis jamais sentie capable de quoi que ce soit de remarquable en bien ou en mal, aussi j'ai peu à peu renoncé à rien faire. Si vous voulez me faire faire (|uel(jue chose, faites-moi faire n'importe quoi, car tout m'ennuie également. » Ce serait une erreur de chercher quelque chose qui leur plaise, qui les intéresse, car leur maladie consiste justement en ce qu'ils ne peuvent s'intéresser i» rien. L'intérêt est une forme de l'activité des tendances, il est déjii un degré dactivation et il faut rpie la tension soit déjà relevée pour (ju'il y ait intérêt
La seule prtMxcupaliiiii qur' 1 un puisse ii\()ii ulnis (juaud il igit de choisir l'action qui deviendra source d excitation, est une préoccupation de commodité. Il est naturel df chercher iivant J.v.'^Er. — .\c<|ui8. psjfch. Ill — i6
tout l'action la plus facile à obtenir, celle qui le plus facilement procurera au sujet un succès dans les conditions où il se trouve. Quelquefois on pourra faire appel à l'une des actions que nous venons de passer en revue, à la recherche de certaines sensations, à des actes sociaux, que nous avons signalés. Souvent en raison de la diiïicullé pratique des actes précédents on pourra s'adresser à d'autres actions que je signale pour leur commodité et parce qu'elles ont eu souvent dans ma pratique un effet excitant.
Les plus simples de ces actions consistent en mouvements simples des membres que le malade peut exécuter sans avoir à parler et sans avoir à se préoccuper des personnes environnantes. La toilette, le ménage, la couture, la promenade, la bicyclette, les travaux de jardinage, de menuiserie, etc. sont de ce genre. Emile, ce jeune homme de 18 ans, éreutophobe, vivant immobile dans un coin de sa chambre, la figure cachée dans ses mains ou absorbé dans d'interminables lectures a réussi à faire de petits travaux mécaniques, de la reliure ; il a été transformé quand il a réussi à s'intéresser à l'éducation d'un petit chat qui a eu sur lui la plus heureuse influence.
Des exercices beaucoup plus importants dont l'effet excitant peut être plus intense sont les actes où la parole entre enjeu. Il est souvent très utile de forcer certains malades à parler clairement d'un sujet quelconque. Quand ils sont fort déprimés, il n'y a guère qu'un sujet dont ils puissent parler, c'est d'eux-mêmes et de leurs soufîrances. Quoique cela paraisse bizarre et même (juelquelois dangereux, il me semble souvent utile de laisser le malade parler de lui-même abondamment et d»^ l'amener à expiimer ses craintes et ses obsessions, en évitant bien entendu les excès de parole. 11 faut seulement exiger que cette expression des idées soit faite avec le plus de clarté et de netteté possible. Comme je l'ai décrit au début de mon livre sur les obsessions, ces malades même quand ils semblent être bavards s'expriment le plus souvent très mal. Claire que je décrivais à ce propos se contorsionne indéfiniment et répète sans pouvoir s'arrêter : u .le l'ai déjà dit, je crois l'avoir dit... mais ce n'est pas cela... » et elle s'en va toujours désespérée «de n'avoir rien dit». En outre de la (lilhculté qu'ils éprouvent à préciser leurs idées, les malades, les scrupuleux surtout, ont à surmonte)- la gêne et la honlc qu'ils ressentent (juand il s'agit d'avouer tout haut les idées bizarres et souvent obscènes qui les tourmentent. C'est tout un
travail que de faire exprimer par Kl. les cloutes qu'elle a sur la tache que son garçon poi te au derrière et les questions qu'elle se pose pour savoir si cette tache prouve bien qu'il est l'enfant du mari et non d'un autre. Il faut plusieurs séances d'efforts pour amener Da., f. i-?., à dire tout haut : « Je pense que l'amour de Dieu a les mêmes eff"ets que l'amour humain... que je deviens enceinte par l'amour de Dieu..., je mélange l'humain et le Divin. J'ai peur d'accoucher en allant aux cabinets et je regarde avec soin si c'est vivant... Est-ce que je fais l'acte d'amour avec le bon Dieu en m'essuyant ?... » Chez certains malades on peut sans doute redouter de fixer les obsessions en les. faisant exprimer trop souvent, mais cela est rare et le plus souvent l'eff'et de l'expression précise est tout différent.
Un exercice inverse peut avec avantage être associé à celui ci : le malade qui raconte ses misères au médecin qui apprend à les dire complètement et d'une manière intelligible, doit en même temps éviter d'en parler à tort et à travers à tout le monde comme il le faisait auparavant. Il y a là un eff'ort pour garder le silence devant les membres de la famille aussi avantageux pour ceux-ci ([ue pour le malade. Quand un obsédé peut arriver à garder ses confidences pour le médecin et à simuler la guérison devant les autres personnes il a fait un pas énorme : « Maintenant, dit Noémi, je méprise le sourd malaise qui m'agite, je fais comme s'il n'était pas... Que de choses dans la vie il faut faire comme si... Je n'en parle pas à mon mari, j'en parle peu à moi-même... mais je le sens, je ne peux pas m'empècher de le sentir... Au fond tant pis si je ne peux pas être bien, que personne ne s'en doute, je ne veux plus ennuver personne... » Quand elle parle ainsi nous ne sommes plus loin de la fin de la crise. Cet ellort excellent a tous les points de vue, qui évite dos luiniiliations et qui soulage la famille détermine chez le malade une excitation des j)lus salutaires.
Ces deux conduites précédentes me j)araissent do nature ii MieAtre en exercice une tendance qui restait latente chez los malades de ce genre, la tendance à se confier ii une personne déterminée. Ces malades en effet <»nt le besoin de so confier, mais en réalité n'arrivent pas ii se confier : ils sont il la fois bavards et réservés, ils parlent \\ tort et ii travers de certaines idées (»bsédantes et ils sont très renfermés sur leurs vvritables sentiments et leurs préoccupations réelles. Dans l:i plu-
part des cas il est très utile de les amener à se montrer tels qu'ils sont. Cet exercice de l'intimité est beaucoup plus difficile à obtenir qu'on ne le croit : il demande du temps, de la patience et des clForts de la paît du malade, môme quand il en a compris l'importance. Beaucoup de malades se rendent parfaitement compte de celte dilHculté qu'ils éprouvent à j)arler sincèrement d'euxmêmes et de la secousse qu'ils éprouvent quand ils réussissent à faire cet ell'ort. « Moi qui ne dis jamais que la moitié de ce que je pense, je suis toute changée quand je suis arrivée à parler sincèrement de moi-même.'*)
On peut rapprocher de ce travail un ensemble d'autres actions également difliciles mais dont les efl'els sont bien intéressants, et qui consistent dans la conscience et l'expression des sentiments. Les névropathes sont considérés en général comme des sensibles et des émotifs, parce qu'ils sont disposés à présenter h tout propos et hors de prop<>s des dérivations émotionnelles en ap|)aronce considérables ; mais il ne faut pas en conclure que leurs sentiments soient en réalité toujours justes et profonds. Prescpie toujours des agitations émotionnelles peu adaptées et toujours les mêmes remplacent les sentiments qui devraient être variés pour être en rapport exact avec les circonstances'. Le psychasténique a moins de joies, moins de sentiments religieux ou artistiques, moins d'affections, moins de haines, moins de colères, moins de peurs, moins de tristesses même et moins de douleurs qu'il n'en aurait s'il était bien portant. Il se figure souvent qu'il arrête lui-même ces sentiments et leur expression par une sorte de pudeur parce (ju'il craint de se laisser aller ii un sentiment vif; il croit (jue c'est volontairement qu'il remplace le sentiment par des plaisanteries, par de la blague ou par de lagitalioii. Mais c'est là une illusion : les sentiments comportent des mouvements particuliers, des gestes, des paroles que l'on coiisidère comme leur expression mais qui en réalité en font partie intégrante ; ils sont véritablement des actes et des actes de haute tension ; ils sont réduits chez ces malades parce que tous leurs actes et surtout les degrés supérieurs des actes sont réduits. Il semble à peine intelligible que l'on puisse pousser des individus à ressentir plus vivement qu'ils ne le font : cela est cependant simple si on considère le sentiment comme une action, si l'on