I. Cf. Obsessions el psyclittslénie, I, p
comprend que lexpressioif est une partie essentielle du sentiment et que le sentiment grandit si l'expression est plus complète et plus correcte. Exiger que le sujet cesse la blague etl'ironie quand il exprime un sentirnent, qu'il ne l'arrête pas, qu'il le laisse se développer complètement, qu'il se fâche ou qu'il pleure réellement s il en a envie, c'est là une opération délicate sans doute qui ne peut être faite que dans des circonstances assez particulières, mais qui donne plus souvent qu'un ne le pense des résultats très intéressants.
On peut appeler exercices intellectuels ceux dans lesquels des efforts d'attention, de représentation, de comparaison jouent un rôle. Ce sont l;i chez des malades d'esprit cultivé des actions assez faciles à organiser et à diriger et qui, quoique peut-être moins puissantes que les actes matériels ou sociaux, ont cepen-
lant une grande eflicacilé.
Certains actes de ce genre sont simples et peuvent être demandés même à des sujets très déprimés, ce sont de simples efforts d'attention portant sur des sensations déterminées. J'ai déjà signalé les exercices d'attention sur leurs sensations tactiles ou musculaires que je faisais faire à des malades atteints de dépersonnalisation, analogues aux exercices cTsthésiogéniques des hystériques anesthésiques. On pourrait énumérer à ce propos une foule d'exercices d'attention portant sur le corps même du sujet ou sur les objets environnants, exercices analogues à ceux qui ont été rendus célèbres par la méthode de rééducation du contrôle de M. Vittoz (de Lausanne). Sentir exactement sa main, ses doigts, son pied, se rendre compte avec précision de ce que l'on sent dans sa poitrine on on ne découvre avec de l'attention que des sensations très simples au lieu de la douleur épouvantable que l'on se figurait ressentir, examiner même avec attention les
It'ssins d'une tenture et les décrire avec précision, ce sont des
Iforts souvent très irtiles et fjiii dissipent beaucoup d'algies ou d»' doutes. Une variété intéressante de ces exercices consiste à fixer I attention non sur des sensations, mais sur des souvenirs m des représentations de l'avenir. Certains malades déprimés, omme Fo., f. 3i. se sentent tout à fait incapabb^s de se repré-
«nter une situation dill'érente de leur triste situation actuelle et restent confinés dans certaines obsessions. I/homme a cependant besoin d«' se représenter un avenir et un but et les efforts d rv»»-
24fi LES ACQUISITIONS PSYCHOLOGIQUES
cation de ce genre ne sont pas seulement une gymnastique de l'attention et du contrôle, mais encore un encouragement. La seule critique que je ferais à ces méthodes quand elles sont un peu exagérées, c'est qu'elles sont bien élémentaires, quand il s'agit d'esprits cultivés qui pourraient fixer leur attention d'une manière plus efficace sur des opérations mentales plus élevées.
.le pourrais rapprocher de cette méthode une pratique à laquelle j'ai eu souvent recours autrefois à une époque où je cherchais à appliquer l'hypnotisme à des malades différents des hvstériques, en particulier à des psychasténiques. Le fait qui au début m'a particulièrement frajjpé c'est que les pratiques hypnotiques ne donnaient pas chez ces nouveaux malades les mêmes résultats que chez les précédents. Sauf quelques rares exceptions quand il s'agit d'un de ces cas intermédiaires qui existent certainement, on n'obtient ni le somnambulisme ni la suggestion chez les psychasténiques comme chez les hystériques. Cependant je constatais avec étonnement que ces pratiques en apparence inelFicaces avaient de très bons effets sur l'état mental des malades et le relevaient visiblement au point que certains malades, tout en constatant avec moi qu'il n'y avait ni sommeil hvpnotique ni suggestion véritable, réclamaient ces pratiques qui les aidaient à se rétablir. Il est probable que ces tentatives d'hvpnotisme déterminent chez quelques sujets des émotions et des efforts d'attention : les malades qui se prêtent à l'hvpnotisme croient se décider h une petite opération d'une certaine importance, ils font des efforts pour rester absolument immobiles et pour laisser leurs muscles relâchés pendant un certain temps, ils fixent leur attention sur certaines sensations, etc.. 11 y a là un certain nombre d'actes analogues à ceux dont je parlais précédemment qui ont un effet excitant, quoi qu'ils soient tout à fait indépendants de l'hypnotisme proprement dit.
Un travail assez simple, facile à organiser est celui de la lecture et il est certain que la lecture d'ouvrages intéressants et bien faits peut avoir une puissante influence thérapeutique. M. J. Bourdeau, avec une obligeance dont je le remercie, m'a communiqué un passage curieux de \ auto-biographie de Stuart Mill. Le philosophe raconte que pendant l'hiver 1S2O-27 il était dans un étal de profonde dépression et qu'il désespérait de pouvoir continuer à vivre. La lecture d'un passage de Marmontel sur la mort de son père, sur la détresse de sa lamille, sur une inspi-
ration subite qui le poussait à travailler pour les siens l'émotionna vivement. Il se mit h pleurer, se sentit délivré de ses sombres pensées et reprit goût à la vie. M. J. Bourdeau m'a communiqué également un article bien curieux de M. Samuel Me. Chord Crothers, intitulé « a literary clinic »'. L'auteur imagine un bon pasteur d'une église qui entreprend des pratiques psychothérapiques à l'exemple des Eglises Emmanuel de Boston. Mais ce pasteur donne à son cabinet de consultation un titre bien curieux : « Bibliopathic Institute, Book treatment by compétent specialists. » — « Il y a, dit cet ingénieux médecin des âmes, dans la littérature un stock de belles pensées, exprimées avec une telle variété de formes, que l'on peut s'en servir non seulement pour la nourriturc mais aussi pour la médecine... Les livres doivent 6tre classés d'après leur action médicale sur les esprits... Un livre peut être un stimulant ou un sédatif, un révulsif ou un soporifique, certains livres agissent comme un sirop lénifiant et certains autres comme un sinapisme. » Il propose de faire de véritables ordonnances littéraires où telle lecture agira comme ingrédient essentiel, telle autre comme adjuvant ou comme correctif et une autre enfin comme véhicule pour rendre la potion facile et agréable à prendre. La répartition des auteurs et des livres connus dans ces difierents groupes est faite d'une manière spirituelle et amusante. Il y a une certaine vérité sous cet humour : on peul reconnaître (|ue J.-.I. Rousseau a eu un ed'et enivrant sur plusieurs générations et (jue certains poèmes pessimistes ont sur beaucoup d'esprits une infiuence déprimante. Il est certain qu'un médecin bien informé pourrait tirer quelque parti de cette influence morale des lectures.
Malheureusement on ne pouf utiliser ces influences thérapeutiques délicates que sTir un petit nombre de malades intelligents capables de les ressentir. Le plus souvent il nous faut demander à la lecture une action plus banale et |)lus simple. (Quelquefois le choix du livre ou simplement son acceptation j)eut déjà donner lieu il un eflort moral : Jd., f. H), intelligente mais tourmentée par des scrupules religieux a de la peine ii lire un livre surtout un livre intéressant s'il est écrit par un ;iiiteui' irréligieux ou simpleiuent pr(»testant : " (l'est pénible, dit-elle, de s'intéresser à un auteur et de savoir qu'il pense autrement (jue moi. Plus j'aime