‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 5 sur 118 · I. \\ . riinibiill, Cuiin lie muijnélisme penonneL · texte numérisé non relu

I. \\ . riinibiill, Cuiin lie muijnélisme penonneL

instables. Toutes ces g^•mnastiques du rythme, du maintien qui se développent aujourd'hui de tous les côtés répondent à la même conception thérapeutique.

Au delà de ce premier groupe il faut placer un ^rand nombre de thérapeutes plus hardis et surtout plus conséquents : puisque les troubles mentaux doivent être modifiés par l'éducation, il faut les attaquer directement et faire l'éducation, non des mouvement du corps mais des mouvements de l'esprit, il faut faire faire des exercices à l'esprit lui-même et développer par la gymnastique mentale les facultés qui nous semblent man([uer au sujet et qui lui permettront de lutter contre son mal. M. Morton Prince est l'un des premiers qui en parlant du traitement des névropathes ait sans cesse emplové le mot d'éducation : « The educational treatment of neurasthenia and certain. hysterical states'. » Dans cette étude il fait justement la critique du « rest cure » de Weir Mitchell quand il est applicjué avec exagération et sans influence morale. La développement de la nutrition et même l'engraissement n'amènent pas nécessairement la guérison des troubles mentaux et la restauration de la nutrition est plus souvent lelVet que la cause du rétablissement nerveux, ces traitements d'autre part ne sont ni sans inconvénients ni sans dangers. La méthode qu'il préfère appliquer est surtout une rééducation du caractère du malade : il conseille non de l'isoler, mais de le séparer de son milieu habituel et de l'habituer ;i vivre correctement dans un milieu nouveau. «Ce que j'estime le plus dilfieile et le plus intéressant c'est ce que j'appelle léducation du malade, c'est là-dessus qu'il faut compter pour lui donner des habitudes du corps et de l'esprit qui le rendent capable de retourner au combat de la vie sans succomber... Pour y parvenir, il faut modifier les crovances des malades, leur enlever les appréhensions et détruire cette habitude déplorable de considérer toute sensation désajrit'abh' comme le signe d'une lésion urave, irréparable : il faut les habituer ii contrôler et à supprimer les états émotifs et ici intervient surtout le tact et le caractère individuel, du médecin. » Knfin il faut édu(juer le malade à faire le plus d'actions possibles (juand elles peuvent être accomplies sans accidents.

I. Miirtiin Prince, Masv'acliiiscis molical Socictv, .lune. 8, i888. Boston rurdical and siirijii-al jiiiirnal. Oclolxr, 0. 1898.

LES ÉDfCATIONS ET LES RÉÉDUCATIONS 21

M. Lewellys F. Barker' insiste égnlement dans le même sens : le traitement des névroses consiste surtout pour lui dans l'isolement et la psychothérapie et par cette dernière il entend la rééducation de l'émotion, de l'attention, de la volonté: le médecin doit inspirer confiance à son malade, léduquer fermement et le faire passer graduellement « de l'absolutisme médical à la self direction ». M. W. Sydney Thayer' réclame de même une simple rééducation des fonctions mentales et de la volonté comme des fonctions digestives. M. T. A. Williams ajoute que c'est l'alfaire du médecin d'écarter les mauvaises habitudes en développant contre elles de bonnes habitudes^.

La plupart de ces études sur la rééducation sont assez vagues et semblent porter sur toutes les fonctions de l'esprit indistinctement; d'autres semblent un peu plus précises et essavent de s'adresser à certaines facultés de préférence. Plusieurs auteurs, par exemple, se préoccupent de la disposition de l'esprif à l'émotion exagérée, de ce qu'on appelle l'émotivité qui joue un grand rôle dans beaucoup de troubles et ils considèrent la résistance -a l'émotion comme une sorte de fonction que Ion peut développer par la gymnastique. Oppenheim dans ses lettres médicales, déjà anciennes et dans des articles récents, conseille de commencer dès lenfance la culture du pouvoir de contrôler les émotions et les passions^. II faut arrêter de bonne heure, les colères subites, les entêtements, les obstinations ; il ne faut pas permettre aux enfants de se mettre en rage, de pleurer, de se tirer les poignets de désespoir. Il faut habituer les malades comme les enfants à avoir toujours présentes à l'esprit des idées opposées qui arrêtent la colère et à la faire cesser rapidement par un acte puissant de volonté qui donne une nouvelle direction aux sentiments. Bien mieux, il faut accoutumer les enfants à supporter des chocs soudains sur les sens, à entendre des bruits violents

I. Lewellys !•'. liarker, Oii thc psvcliic troalmcnl of sonic of thc fuiiclional iicuroses, i(jo6. Snmc cxpcricnces with Ihf; simple metliods of psycliotherapy and rééducation. American journal of the médical sciences. Oct. IQOÔ.

A. William Sydney ïhayor, On tho importance of simple physical and psycliical mothods of Irealmfnt. The John's Hophins Ilospitnl liuUctin, Nov. 1907.

3. T. .\. Williams, A fcw liinls from personal expérience in psychotherapy inculcated by physiological analogies. Monthly (lyclopocdia aiul médical bulletin, July 1908.

4- OitpeiilHim, l'sYiliodior.ipy in cliild training. Psychotherapy de l'aiLi-r. I, 11, p. 5i.

et subits sîins sourciller ; il faut mettre les malades clans des conditions qui font naître de petites émotions pour les habituer à exercer leur pouvoir d inhibition. Ils deviendront ainsi de moins en moins émotifs, ce qui diminuera beaucoup les angoisses elles diverses névroses. La même inspiration se trouve dans l'étude de M. J. Donlev' qui donne le même but à la psychothérapie. Elle doit avant tout écarter Thabitude de la crainte qui donne naissance à la plupart des névroses.

Cette idée me parait constituer la partie essentielle des ouvrages de M. Paul Emile Lévy en France. Cet auteur montre justement que bien des troubles d'apparence organique sont en rapport avec des névroses méconnues et que dans ces cas les soins physiques exagérés sont plus nuisibles qu'utiles-. La méthode psychothérapique de choix n'est ni la suggestion, ni la persuasion qui ne nous en fournit qu'une formule insuffisante, mltis l'éducation ou la rééducation du malade nerveux. Non seulement ce terme d'éducation peut seul bien signifier que la psychothérapie doit être rationnelle, s'adresser essentiellement au raisonnement et la raison, mais aussi et surtout il implique nettement une donnée pathogénique d'une importance capitale, c'est que les névroses hystériques ou neurasthéniques sont avant tout la conséquence, le résultat en quelque sorte fatal du manque ou des erreurs de l'éducation première. « Le neurasthénique, le nerveux est surtout un mal ou un insulRsamment éduqué : l'éducation devient dès lors le traitement primordial des névroses et elle seule, si elle est convenablement faite et poussée assez à fond, peut non seulement produire, mais encore, j'insiste sur ce point, maintenir définitivement leur guérison"'. »

Celte éducation doit combattre les préoccupations du malade, lui montrer l'importance qu'il v a à régler son émotivité, lui faire comprciulrc la part do cette émotivité dans les divers symptômes qii il piésente... Pour arrêter ces crises d émotion, il conseille de respirer pins douceuKMit, de ne pas crier, ni pleurer, ni se plaindre, en un mot ((je lui apprends à calmer son impressionnabilité

I. .1. E. Doiilev, Psycliollurapy and rccducalioii. Journal of ahnormal psychology, April 11(1 1.

a. Paiil-Iimilc Lrvy, Los névroses méconnues. Palhogénic psychique cl psychotluTapic. Jniirnnl îles praticifns. 1906, n" Sa.

S. l'aul-Émile Li!vy, Les principes de la psychothérapie, la rcéducatioa. Bulletin de la Soriélé de l'Internai, nov. igo^-

non pas en me contentant d'une suggestion générale et banale, mais en cherchant à opérer ce calme en détail, dans toutes ses manifestations diverses, qui sont la représentation externe de cette impressionnabilité*. »

De même que les précédents auteurs se préoccupaient d'éduquer l'émotion, d'autres se sont proposé le problème de l'éducation de l'attention. C'est cette question que j'ai étudié moinuhue en 1892 cjuand j'ai exposé les difficultés et les résultats du traitement dune obsédée hystérique remarquable, Justine^. J'ai montré dans cette étudr comment le travail mental au début très difficile a semblé faciliter beaucoup la restauration de l'activité de l'esprit. Je reviendrai d'ailleurs sur cette observation dans le prochain chapitre à propos de l'excitation. M. de Fleury qui insiste également sur l'importance du travail mental indique des procédés qui ont pour objet de le faciliter chez les malades. Il montre justement que dans le travail mental comme dans tous les autres, il y a une part considérable d'habitude qu'il faut développer et sur laquelle il faut s'appuver. La routine en effet supprime l'efl'ort de la mise en train et économise les forces de toutes manières. M. de Fleury demande que le travail soit fait tous les jours, à une heure régulière, sans interruption et il montre que tous les grands auteurs sont parvenus par ce travail méthodi(jue à de beaux résultats : « Conquérir jusqu'il la manie, jusqu'à la seconde nature l'habitude du travail quotidien. » C'est là ce qui rendra le plus de services à des malades inattentifs et désœuvrés. M. R. C. (]abot, dans son travail intéressant sur le « Work cure », demande f|ue le malade se serve du travail mental comme d un moyen de guérison. (^u'il apprenne à travailler, à exclure les tracas, « worries », pendant qu'il travaille, qu'il sache donner à son travail une pleine attention suivie d'un complet relâchement, qu'il apprenne également à arrêter son travail : « il faut qu'il sache fermer son esprit comme un bec de gaz après un certain temps de fonctionnement '. . . » Enfin je rappelle que MM. Déjerine et Gauckler dans leur dernier livre répètent également les mêmes notions sur rim[)ortance du travail mental et de l'éducation de l'atteption chez les névropathes'.

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