‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 55 sur 118 · I. Ohsesti'iri.^ ri psyrliaxtrni'', I. p. .i.'^.'î · texte numérisé non relu

I. Ohsesti'iri.^ ri psyrliaxtrni'', I. p. .i.'^.'î

LES TRAITEMENTS PAR I. EXCITATION 26o

Une dernière remarque est particulièrement utile : elle se rattache à la lois aux précauti()ns pour éviter l'épuissemcnt et aux procédés pour obtenir l'acte complet. Il faut avant tout bien tenir compte de la lenteur avec laquelle s'efFectuent les actes de haute tension chez les malades déprimés. La lenteur des actions et la lenteur des progrès est un caractère fondamental de tous les névropathes, il ne faut jamais l'oublier quand on prétend obtenir ces actions et ces progrès. Ce sont des esprits lents, qui agissent lentement, qui comprennent lentement, qui s'adaptent lentement. Je ne puis donner que quelques exemples, car les traits démonstratifs seraient innombrables: Aj. « peut faire son petit ménage tout comme une autre, mais elle met cinq heures à faire ce qu'une autre ferait en une demi-heure ». Paul, h. 3o, peut en réalité voyager, mais il faut qu'il se prépare lentement à l'idée du vovage, que pendant un mois il aille tous les jours voir la gare, puis qu'il se familiarise avec l'aspect du train, qu'il le regarde sans y monter : avec du temps il ariivera à partir. C'est par accident que Zoé. est devenue incapable de prendre une décision pour ses fiançailles, d'ordinaire elle arrive à se décider quand on lui laisse assez de temps devant elle. Irène a besoin de voir une personne pendant des années pour se laisser aller à un sentiment d'aflcction. Anna réclame des heures pour coniprfiuli e une lettre f[u elle vient de recevoir. Il leur faut des mois, même des années, pour s habituel' ii une situation, c'est-à-dire pour s'y ailapter, pour faire les actes utiles et pour acquérir définitivement la tendance à faire ces actes. Il faut deux ans à Wkx. pour « se retiouvcr dans son nouvel appartement », comme il a fallu quatorze ans i» Ka. « pour s'habituera sa femme » ; il est vrai qu'ensuite Wkx. trouve son appartement admirable et que Ka. ne peut plus s'écarter des jupons de sa femme un seul moment. Xf. , h. 3f), « peut parfaitement remplir tous les emplois, se rendre utile dans toutes les situations, mais à la coiulitioii (|u On le laisse longtemps dans cet emploi, que cette situation se prolonge là mriiie excessivement lon^'tem[)s ». J'k., (|ui vifMit (1 acheter une maison de commerce, commence par être bouleversé et très agité, il est en\ahi par tous les >.enliinents d'incapacité, par toutes les obsessions de scrupiih* et de ruine et môme par des idées de suicide : « il sait (|u il fravailh'ra très bien dans cette maison qu'il a toujours désirée, mais il lui laiit du temps pour dévfloppcr m lui laiiKHir de cette niais«»M. poMi

se mettre au travail, c'est parce qu'il faut commencer tout de suite qu'il est si détraqué... » — « ,11 faut, dit Bla., h. 27, que je m'habitue très griiduellement à quelqu'un ou à quelque chose. Personne ne soupçonne combien ce temps est long pour moi et c'est de là que viennent tous mes troubles et tous les malentendus. »

Ces derniers malades ont parfaitement raison : les autres personnes ne se rendent pas compte des raisons profondes de cette lenteur et cherchent à les presser, à les bousculer, ce qui leur supprime toute action et les empêche d'arriver à rien. Les malades se plaignent toujours qu'on les presse, qu'on les attend ; « On ne peut pas vivre, il faut toujours se dépêcher... 11 me semble que ce n'est pas convenable de reganler si vite, d'aller si vite... on n'a pas le temps de s'installer... on me bouscule, je n'ai pas le temps de voir de quoi il s'agit... » Zoé. nous dit tiès bien : « Rien que de me presser me rend peureuse et incapable de prendre la moindre décision, il ne faut pas qu'on m'attende, si j'essaye d'aller plus vile, rien ne me réussit. » Il en est de même pour tous, c'est quand les circonstances les pressent que commencent à la place de l'acte les hésitations, les résistances et les affolements.

On pourrait éprouver ici quelque embarras en se souvenant de certaines particularités de la conduite de ces personnes. On les voit quelquefois agir rapidement, plus rapidement même que les autres : Irène qui d'ordinaire hésite et tergiverse pendant des semaines pour accepter la plus petite sortie, entreprend brusquement un grand vovage dès qu'elle reçoit une lettre, au fond peu significative et n'a le temps de prévenir personne. Oda., f. /|0, grande scrupuleuse et douteuse, a de temps en temps part pour la gloire », comme dit son mari, c'est-à-dire qu'elle se précipite sans réfléchir dans des entreprises compliquées et trop dilficiles pour elle. Nous venons d'observer nous-mêmes que pour obtenir quelque chose de ces malades il est bon de ne pas les prévenir et de les prendre par surprise. N'y a-t-il pas dans ces laits une contradiction avec ce que nous venons de dire? Anna le rqmarqup elle-même : « C'est étonnant, j'ai besoin d un temps énorme pour faire quelque chose et cependant on aiiive mieux à me (aire agir si on me pousse d'un coup sans me laisser le moins du monde réfléchir ». La contradiction cependant est plus apparente que réelle, car il s'agit d'actes très différents les uns des autres. Ces

dernières actions rapides sont des actions plus ou moins automatiques sans aucun des caractères de l'acte complet. Elles sont souvent fort dangereuses pour les malades : le vovyge d'Iiè :e qui ressemble fort à une fugue hystérique, les impulsions de OJa.,sont le point de départ de troubles et d'obsessions. Duns les autres cas ces actions sont insignifiantes et n'apportent aux malades aucun bénéfice. Les premières actions au contraire, si lentes, sont des actes complets avec tous les caractères du dernier deirré de l'activation des tendances. Celles-là seules peuvent être le point de départ des excitations utiles, ma s elles sont beaucoup plus diificiles il obtenir et ne peuvent être réalisées qu'après un long travail. Ce sont ces actions importantes qui sont troublées et qui deviennent impossibles si le sujet est pressé et ne dispose pas du temps qui lui est nécessaire.

S'il en est ainsi, on comprend pourquoi ces malades réussissent si rarement à faire seuls une action correcte et complète, quoiqu'ils aient conservé le pouvoir de la faire. Le changement rapide des circonstances et surtout le rythme de la vie sociale imposé par la vitesse beaucoup plus grande des autres personnes ne leur laisse que bien rarement le temps sulfisant. Au début, ils sont toujours en retard : jamais ils ne sont prêts en même temps que .les autres, jamais ils ne sont à l'heure et on les gourmande incessamment sur leur prétendue paresse. Bientôt, quand la maladie est plus sérieuse, ils ne sont plus du tout en mesure avec les événements de la vie. Quand ils sont prêts à commencer une action la roue a tourné, d'autres circonstances et d'autres personnes leur en demandent une autre et les arrêtent en se moquant d'eux quand ils parlent de la première. « Les gens viennent me faire une visite, ils restent une heure près de moi et me trouvent maussade ; ils s'en vont quand je commence a m'apercevoir qu'ils sont là et à les aimer. »

Cette lenteur des actes jointe au changement des circcmstances complique encore l'action d'une autre manière bien plus grave. Elle impose au sujet, quand il désire malgré tout arriver à la réalisation complète de l'acte, un énornie travuil sup[)lérnentaire. Comme l'acte on retard n'est plus éveillé par les circonstances présentes, il faut pour que la préparation continue que l'idée de cet acte persiste cependant dans l'esprit pendant un temps fort hmg 11 faut que le sujet conserve lui-même lu tendance dans un état do légère aciiviition pondant un lcmj)s »'onsid<'Mablo. (] «'Sl

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ce nul constitue jucciséinenl une action particulière, 1 action de l'attente qui doit s'ajouter à tous les actes des malades. Or, l'attente est une action toujours pénible, qui pour eux est fort dilficile et fort coûteuse : « l'attente est ce qui me fatif^ue le plus, je voudrais tellement que tout soit fini tout de suite, je voudrais tellement arriver tout de suite au parfait bonheur avec le sentiment que c'est pour la vie... je voudrais tout faire à la fois et que ce soit fini tout d'un coup et c'est précisément ce que je ne peux pas faire. » Cette difficulté de l'attente qui vient s'ajouter à tous leurs actes complets rend de plus en plus dilficile la lente préparation des actes qui leur est indispensable. Quelques-uns se- précipitent, comme on vient de le voir, dans l'acte automatique et incomplet qui leur est si préjudiciable et laissent l'acte s'exécuter malgré une tension insuffisante. Les plus nombreux abandonnent la lutte : ils renoncent de plus en plus à l'exécution des actes complets et même à l'exécution d'actes quelcon(jues, et quand une tendance est éveillée et même parvient aux premiers degrés du désir, ils ne cherchent pas à aller plus loin, ils la laissent se détendre et rentrer dans l'état de latence sans chercher à la pousser plus loin par un eflort qu ils savent inutile.

Cette détente de la tendance éveillée, cet abandon de l'acte à peine commencé sont des phénomènes très importants qui, plus tard qiumd la science de la psychiatrie existera, joueront un riNle essentiel dans le diajrnostic du degré de la maladie. Pour le moment ces phénomènes imposent une conduite particulière au médecin (jui veut obtenir dans ces conditions un acte complet. Il doit justement lutter contre ces circonstances défavorables f|ui arrêtent l'excitation lente de la tendance, qui nécessitent de la part du sujet un clï'ort supplémentaire d'attente ou qui amènent l'abandon de l'acte. D'abord il doit autant que possible maintenir autour du sujet une situation invariable de manière que les circonstances réclament toujours pendant longtemps le même acte, ensuite par son attitude et ses paroles il doit constamment continuer à éveiller dans l'esprit du sujet la même tendance, éviter la dispersion des elToits, maintenir la concentration sur le même point, empêcher l'oubli de l'iuée excitante et 1 abandon de l'acte. Son travail consiste donc, comme je le disais, à maintenir l'idée de l'acte de\anl l'esprit lout le temps nécessaire pour révolution complète dr la tendance. Il rend l'acte possible mal-

LES TRAITEMENTS PAR L'EXCITATION idU

gré la lenteur de ractivation, il permet au sujet d'arriver à des actes complets en le plaçant dans une situation artificielle dans laquelle il se trouve « en mesure », tandis qu il ne pouvait plus agir dans le milieu trop rapide de la vie normale.

On peut, pour expliquer mieux ce travail, insister sur un exemple simple : considérons des malades dont l'esprit est accroché à une difficulté intellccuielle. Lise est depuis des années en face de son fameux problème de l'expiation pour l'àme de son oncle ou de la transmission de la responsabilité dans l'autre monde à l'àme de ses enfants. Lydia depuis douze ans est accrochée au problème de la j)erte de sa beauté. Elles prétendent quelles pensent constamment à ces questions, qu'elles travaillent sans cesse à les résoudre sans arriver à une solution quelconque. Ce n'est pas tout à fait exact : elles commencent seulement le travail, elles font quelques clforts ])Our désembourber la charrette mais dévient tout de suite et chaque eflort se transforme en agitations stériles. Les circonstances de la vie extérieure qui soulèvent à chaque instant d'autres problèmes, la dilficulté de maintenir devant l'esprit sans excitant extérieur la même pensée font que ces femmes relâchent vite leur attention et abandonnent lefTort sans être parvenues à une solution. Puis, comme la dilficulté subsiste toujours dans l'interprétation intelligente de la vie, les mêmes efi'orts recommencent au bout de cjuelques instants pour retomber de la môme manière.

Le médecin les prend à part, les isole des autres personnes et des autres circonstances, il écarte constamment la pensée des autres problèmes et il force ces malades ;» préciser la difficulté qui arrête leur esprit. Ce sont au début des contorsions de toute espèce, des bitvardages désordonnés qui déiaillent sur tous les sujets p(>ssibles. Lvdia, qui prétend étudier avec précision son problème de la beauté, ajvporte une douzaine de pages qu elle vient d'écrire etcju ellf veut lire d commenter. Il n'est pas difficile de constater que sur ces douze pages il n'y a pas douze lignes qui se ra|)portent exactement a la (|uestion. H est bon de laisser pendant quelque temps se dépenser cette agitation (|ue Ion ne peut entièrement supprimer, l'uis, quand on s aper<;oit (jue le sujet commence :i abandonner son problème, il faut I v ramener. Nouveau {)elit effort et nouvelle agitation mentale : « (! est difficile, je crois (jue je comprends les paroles, mais les idées n'en- Irenl pas dan> nni lêle.. Il me semble (jue je eoin|»rends et «pie

je crois un moment, puis tout passe... Mes idées sont comme les objets que je regarde quand j'essaye d'appuyer pour regarder, elles dansent dans de leau ou dans de la ouate... Il faut me répéter les mômes phrases très longtemps, me recommencer les mêmes explications... » Le malade dans ces conditions ne travaille pas du tout de la même manière que lorsqu'il est abandonné à lui-même. 11 est plus longtemps attentif et surtout plus longtemps altciitil sur le même point. Il simplifie peu à peu ses questions, les douze pages se réduisent à une demi-page, il avance peu à peu dans son travail et ne recommance pas toujours au même point. Il en est de même quand il s'agit de tout autre acte que 1 on veut faire exécuter : on maintient la tendance éveillée pendant longtemps, parce que ce genre d'esprit a besoin d un temps fort long et parce qu'ils ne sont pas capables de la maintenir eux mêmes le temps nécessaire.

L'interruption des séances ne me semble pas avoir de grands inconvénients. Lydia dit elle-m'ème « qu'elle a besoin de triturer seule et lentement ce qu'on lui a dit ». Le travail commencé semble se continuer leniemeiit d'une manière à demi inconsciente. Les actes de l'homme, comme je l'ai dit souvent, sont analogues à des progrès, à des évolutions physiologiques : ils se font lenlement, de même que se loiincnl lentement les organes nouveaux. Quand après quelques jours d'inteivalle on essave de nouveau de fixer l'atti-ntion du malade sur le même point, on est étonné de voir qu il fait le travail plus facilement et qu'il a souvent lait des progrès.

Toutes ces indications sont malheureusement bien vagues, car il y a une paît énorme de tâtonnement iiidisiducl d;ins ces opérations psychologi(iues eucoie si mal définies. J'ai seulement voulu montrer de quelle manière j'ai essayé de réaliser des expériences de tiailemenL par 1 excitation île 1 action complète. Ces traitements avaient été indiqués va<^ucment dans beaucoup de travaux de psychothérapie et semblaient justiliés par l'observation de certaines guérisons spontanées à la suite d actions particulièrement heureuses.

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