‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 56 sur 118 · LrS HKSULTATS THÉllAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

LrS HKSULTATS THÉllAPEUTIQUES

Il est intéressant de se rendre compte des résultats que ces

thérapeutiques ont pu déterminer afin d'arriver à quelques conclusions sur la nature psychologique de ces phénomènes et sur l'avenir que peuvent avoir ces méthodes de l'excitation. Ces résultats sont plus dilficiles à appiécier que l'on ne croit ; les modifications mentales sont mal définies, ditficiles à observer et elles oscillent sous tant diniluences que l'on a de la peine à reconnaître celles qui sont en rapport avec notre inteivention. Aussi je ne puis indiquer qu'une certaine impression générale en classant les observations en trois groupes, celles où lellet thérapeutique semble insigniliant, celles où l'on observe une action intéressante mais momentanée, celles où nous croyons avoir constaté une action assez durable se prolongeant au moins une année.

Ces traitements qui mettent en jeu l'activité ne peuvent évideniment pas être appliqués à tous les cas ; nous sommes forcés de laisser de côté les malades malheureusement les plus nombreux qui semblent trop allaiblis physiquement et moralement pour qu'une dépense nouvelle assez importante ne soit pas sans dangeis. Cela restreint beaucoup lapplication des méthodes de ce genre. Môme quand les malades nous paraissent pouvoir sans danger sérieux faire quel<|iies tentatives, nous ne réussissons que diificilemtnl et rarement à les faire laire dans de bonnes conditions.

Des traitements qui réclament presque toujours de grands efforts personnels sont loin de plaire à des malades qui au contraire aspirent à des traitements où ils puissent rester passifs. La plupart, imprégnés des idées vagues répandues dans le public, réclament au contraire des traitements par l'hypnotisme et la suggestion qui les transformeraient tout d'un coup sans qu'ils aient à intervenir, (^hose assez curieuse, les hysléiitjues qui sont hvpnolisables et suggestibles ont souvent peur de la suggestion et la refusent. Les déprimés d'une autre espèce, douleurs, obsédés, mélancoliques, auxquels elle est fort peu applicable la réclament presque toujours avec insistance; c'est lïj une conséquence de leur aboulie et de leur désir du moindre effort. Un jeune h«»mmc de ay ans, intelligent d'ailleurs, mais timide et phobique, tourmenté par les obsessions de la honte du corps, me prie simph-menl de l hypnotiser une bonne fois, puis quand il sera endtirnii, de liro tout haut dev;int lui un papier qu'il

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a prépaie d'avance et qui est ainsi rédigé : « Quand vous parlerez à quelqu'un, ne soyez jamais gêné, sentez que vous êtes toujours au-dessus de votre interlocuteur ; quand vous vous trouverez avec une jeune (ille, vous serez inévitablement élégant, mondain, gracieux ; vos gestes s'accompliront à propos et d'une manière toute naturelle, votre conversation sera spirituelle et enjouée, vous ne ferez jamais de plaisanteries forcées et quoique vous sovez incontestablement cléfîant, vous vous abstiendrez soigneusement de vous en vanter ». 11 sulfira, pense-t-il de lui répéter cette suggestion pendant qu'il dormira pour le débarrasser de toute timidité et de toute gêne. Est-il possible d'exprimer plus naïvement le désir d'être transformé par un coup de baguette sans avoir à intervenir soi-même le moins du monde?

Quand à la place des suggestions comme ils les entendent, ou leur propose de collaborer eux-mêmes à leur traitement, ils sont épouvantés dès que l'on fait allusion h un changement de conduite. Ils sont convaincus qu'ils seront bien plus malades s'ils changent quelque chose à leur genre de vie en général très absurde, ils déclarent « qu'ils tiennent ii conserver leur maladie, qu'ils' ont peur de perdre leurs scrupules, de dessécher leur cœur s'ils s'occupent d'autre chose que de leurs obsessions ou de leurs regrets ». Ils inventent toutes espèces de prétextes pour dissimuler leur crainte d avoir à faire un elfort. Quoique l'on évite autant que possible de les efi'rayer, quoi(ju'on leur dissimule les efl'orts qu'ils auront ii faire, on ne réusssit pas toujours à les mettre dans une disposition d'esprit favorable et, si 1 on n'obtient guère d'ellet appréciable, c'est que lOn n'a pas pu réellement faire l'essai loyal du traitement.

C'est pourcjuoi il ne faut pas être surpris de constater un certain nombie d insuccès. Beaucoup de malades qui ont prétendu essayer ces ellorls n'ont rien éprouvé tle net et se découragent très rapidement. Lch., h. 3G, douteur et phobique, mais encore assez bien portant a abandonné son métier sans raison et de[)uis qu'il ne lait rien tombe beauct)up plus malade. J'ai essavé à deux reprises de lui faire reprendre son travail ; le travail repris [)endant de courtes périodes n'a jamais été fait complètement et a" toujours été abandonné beaucoup trop vite. Il en est de même de Cq., h. li, dune timidité maladive, qui se laisse aller h toutes sortes d(> rêveries obsédantes et (|ui abandonne toutes les actions les uties apiès les antres dès ([u il \ attache un

scrupule quelconque. Ce jeune homme est entouré d'une famille peu intellif^ente et craintive qui cède à ses moindres caprices ; il s'appuie sur elle pour abandonner rapidement tout effort et n'arrive à rien. Il ne faut pas oublier, si l'on essave ces traitements, qu il en est ainsi bien souvent.

La bonne volonté du malade et de son entourage ne su (lit pas toujours et il y a des cas où ces exercices ne peuvent pas être continués parce qu'ils déterminent certainement de mauvais effets. Dans plusieurs cas la fatigue consécutive au travail d'excitiition prend de trop grandes proportions. Sd., h. 53, connaît ces méthodes et s'en est servi instinctivement lui-même ; dans une première crise de dépression fort grave, il s'est imposé à lui-même une vie plus excitante et <i il s'est guéri en faisant la noce et en travaillant beaucoup ». Dans une seconde crise survenue vingt ans plus tard, il essaye la même méthode qui ne réussit pas, détermine de l'amaigrissement et une dépression plus grande. Chez des malades dont je viens de parler, cette fatigue s'accompagne de troubles digestifs avec entérite et grand amaigrissement, ce qui oblige à supprimer ces exercices, au moins à les supendre pendant un certain temps. A deux reprises j'ai dû renoncer à rapprocher de jeunes maris de leurs femmes, les efforts i^énitaux amenant des agitations prolongées et des délires.

Chez d'autres malades on constate un fait tout à fait analogue .tux attaques et aux migraines que nous avons observées ii la suite des traitements sesthésiogéniques et que nous avons considérées comme des détentes et des décharges. Vous pouvez par des exhortations et des discussions amener Clarisse à mieux comprendre la futilité de ses craintes relatives aux microbes et aux Apaches, vous pouvez obtenir qu'elle (assr plus vile sa toilette, et même (ju'eili' se sente rassurée, qu'elle atliufttr la réalité de ce qui l'entoure. Mais prenez garde, après vingt-(|uatrt' heures de vie supérieure elle v;i avoir une grande crise d agitation anxieuse avec mouvements convulsifs et délire de terreur que rien ne pourra arrêter et qui la remettra dans s<»n état de phobie et de doute. C'est lii le phénomène de la détente que nous Nenons d'étudier. Il faut toujours se préoccuperde cette détente dans les traitements par l'excitation et il faut se méfier des détentes trop ra|)ides et troji graves qui souvent font loniber le rnaladf \>\\i> bits qu il n'était précédemment. Clarisse prétend, et K.NtT. — .Vc(|iii». p>>cli. III i8

il est probable qu'elle a raison, qu'elle a eu clans sa vie des abaissements considérables, plus ou moins irréparables à la suite de crises de ce genre survenues quelques heures après de grands efforts imposés par le médecin. On l'avait poussée à entrer dans un grand salon malgré ses doutes et ses terreurs; elle y parvint et se sentit même surexcitée et plus lucide pendant quelques heures, puis elle eut une crise délirante très prolongée à la suite de laquelle elle resta des années dans un état de délire psychasténique beaucoup plus grave que son état antérieur.

Cette remarque nous amène à considérer un des accidents les plus curieux qui puisse survenir à la suite des excitations par l'action complète. Je veux parler de l'apparition d'accès épileptiques au cours des efforts de tension. Le fait est évidemment rare, mais comme il est intéressant au point de vue phvsiologifjue et psychologique, il est juste d'y insister. Nous avons déjà, à propos des traitements par le repos et la simplification de la vie, insisté sur l'observation remarquable de Paul. Ce jeune homme de 34 ans est un psychasténique typique depuis sa jeunesse, aboulique et douteur, tourmenté parla phobie des femmes, la phobie des voyages et même des déplacements, obsédé par des interrocfations sur la destinée humaine, sur la valeur de la vie, etc., il mène une petite vie triste, retirée et à peu près inerte. Si on essaye de secouer cette inertie, de le pousser à s'intéresser h ([uel(|ue chose, à agir avec plus de conscience et plus d'énergie, il vous répond qu'il comprend très bien ces conseils, qu'il a luimême depuis longtemps deviné l'importance de ce traitement et qu'il a essayé de l'appliquer. 11 sait très bien ce qui se passe quand il s'intéresse vivement à (juehjue chose, quand il prend plaisir à un acte, à une sensation, quand il se laisse aller à admirer un spectacle ou un tableau. Il éprouve d'abord une agitation surtout mentale, « il est obligé d'imaginer des pensées svniétriques », il retombe dans les réflexions sur la vie future, sur 1(> droit que rhomme peut avoir déproiiver du phiisir, etc.. S'il ne fait pas trop attention h ces agitations et parvient à les dépasser, il ressent une joie intense, « une sorte d'extase délicieuse ». Jus(ju'h présent ce sont là des faits que nous connaissons et qui sont caractéristi(jues de l'excitation des psychasténicpies. Mais malheureusement Paul ne peut s'arrêter là (juc peu de temps. Assez rapidement les choses ne tardent pas à se transformer; il s(Mil (le [)etiles douleurs dans la tête, il trouve aux objets un

LES TRAITEMENTS PAR L EXCITATION STo

aspect étrange, à hi fois triste et terrible; tous les détails du spectacle deviennent significatifs, ils ont tous un rapport étroit avec lui-même et sont des signes révélateurs d une catastrophe inouïe qui le menace. En même temps il remarque avec étonnement que ces objets et cette situation dans tous ses détails ont déjà été perçus par lui autrefois exactement de la même manière et cette remarque les rend encore plus terribles ; il v a la à la fois un sentiment de déjà vu et de lugubre. QueUjuefois. mais rarement Paul peut encore s'échapper à ce moment ; le malaise se dissipe lentement sil reste dans le plus grand calme sans rien regarder et autant que possible sans rien penser. Mais le plus souvent il ne se rend plus c(»mpte de ce qui arrive ensuite, car il tombe dans un grand accès épileptique. L'observation de Td., 1. 24, nous présente un phénomène analogue. Elle peut, quand cela est nécessaire, faire un violent effort phvsique ou moral : ainsi elle se hâte et court pour arriver à .temps à une gare de chemin de fer, elle triomphe de sa timidité pour faire une visite importante, elle discute avec énergie pour défendre une amie injustement accusée. Ces elTorts sont suivis de succès ; 1 acte est parfaitement accompli et la satisfait complètement, elle a même à la suite un état de satisfaction et de tension tout à fait caractéristi(jue. Mais inévitablement cette excitation est suivie vingtquatre ou trente-six heures plus lard par un grand accès hvstéro-

[lileptique, la fin de l'accès peut être qualifiée d'hystéricjue. mais le début est nettement épileptique.

Ces malades, Paul surtout, savent très bien ce qu'il faut l'aire pour éviter les accès « plus sûrement qu en prenant du bromure ». il lui faut fuir les plaisirs, les attentes, les enthousiasmes de toute nature, il ne faut jamais se permettre de rien admirer, de rien aimer, de rien faire complètement. Ses phobies des voyages, des changements, des spectacles nouveaux sont la conséquencr de sa dépression et de sa terreur de t«»ut ce qui |)eut l'en sortir par l'excitation. Il remar(|ue lui-même qu'il peut av<iir sans trop de danger un plaisir rapide très élémentaire, comme celui de la t ible ou du coït, à la c«»ndition de ne pas Ir préparer, de ne pas

V complaire. C'est là un détail curieux (jui confirme «'ncore notre observatii»n sur la différence rpii existe «-ntre les aclioiiN automatiriues de basse tension et les acti<»ns com|)lètes de haulr tension. En fait les observations de Paul sur lui même in' srmblent pas romplèternrni fausses, car après avoir imi .lutl^|lli•^ un

ffrand nombre d'accès épi]epti(|ues toujours dans les conditions précédentes, il est arrivé par ces précautions ;i ne plus avoir un seul accès depuis plusieurs années. Dernièrement seulement par suite dune imprudence, il s'est laissé entraîner à aller voir de plus près un aéroplane qui s'élevait du sol, il s'est laissé vivement impressionner par ce spectacle nouveau et grandiose et malgré ses efforts pour fuir au début du sentiment de déjà vu il a eu de nouveau un accès. Faut-il l'encourager à braver ce danger et à essayer de sortir de la déj)ression continuelle avec obsessions et phobies au risque de pareils accidents? Nest-il pas au contraire nécessaire avec de pareils malades de procéder avec la plus grande prudence ?

Il résulte de ces remarques que non seulement chez les malades trop affaiblis, mais encore chez les sujets, pusillanimes, de mauvaise volonté ou que la maladie a rendus tels, chez ceux qui arrivent trop vite à des agitations ou à des épuisements dangereux, ces traitements sont peu applicables ou donnent des résultats insignifiants.

Il v a heureusement d'autres observations plus intéressantes pour permettre d'apprécier la valeur de ces traitements. Parmi les malades précédents un certain nombre se sont priâtes à l'expérience d'une manière suffisamment correcte, ils ont réussi (juelquefois à accomplir les actions demandées d'une manière assez complète et j'ai pu souvent constater sur eux des modiiications mentales curieuses à la suite de cette exécution. J'insiste d'abord sur les phénomènes psychologiques immédiatement consécutifs à l'expérience pendant les heures ou les journées qui suivent l'action. Ces phénomènes immédiats sont peut-être les moins importants au point de vue thérapeutique, mais ils sont intéressants au point de vue psvchologique, car ils nous permettent un rapprochement avec les faits singuliers que nous a présentés l'œsthésiogénie des hvstériques.

Dans mon premier travail sur les obsédés' j ai déjà consacré un chapitre ii l'étude des émotions excitantes pour démontrer la réalité des oscillations de la tension psychologique chez ces malades et j'ai incidemment signalé les effets thérapeutiques de certaines excitations morales. « La première visite que Claire

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