‹ Les médications psychologiques (volume 2)Chapitre 57 sur 118 · I. Cf. Obsessions et psychasténie. I, p · texte numérisé non relu

I. Cf. Obsessions et psychasténie. I, p

vient me faire à son retour, une menace, une scène violente que je lui fais ont des résultats remarquables, si je réussis à la faire pleurer, ses obsessions s'effacent pendant une huitaine de jours. » Je signalais aussi des observations analogues faites sur Lise : « il faut quelquefois la menacer de l'enfermer pour la remonter, décidément, disait-elle en constatant les bons effets de cette menace, il n'y a que la peur qui me fait marcher. » Après une lecture, une conversation, un effort, cette malade n'était plus aussi divisée, « elle n était plus en petits morceaux » et elle gardait cette unité de l'esprit pendant plusieurs jours. Ce sont des faits de ce genre qu'il faut maintenant revoir avec plus de précision à propos des malades qui ont été soumis aux expériences précédentes.

Reprenons la série des diverses actions que nous avons essayé de faire accomplir complètement par nos malades. Nous voyons survenir l'excitation après des exercices de respiration et de

léglutition, par exemple chez Sb. qui se calme, respire librement et regarde avec étonnement les coussins en se demandant comment elle a pu croire qu'elle les avait avalés. Nous observons très nettement la même transformation après les actes génitaux chez des malades qui nous décrivent leurs impressions souvent '■urieuses. L'enthousiasme de Ae. et sa fierté, quand il est arrivé I toucher sa femme avec un peu moins de dégoût, sont amusants. L'éducation de Pya. que j'ai racontée n'a pas seulement pour résultat de ramener en trois mois les fonctions psvchologiques sexuelles à leur état primitif et de réorganiser sa vie galante, mais à chaque réussite, à chacjue progrès on observe pendant un jour ou deux une transformation de tout l'esprit, la disparition des idées obsédantes et en particulier des idées de suicide, le iléveloppement de l'activité et de la mémoire et les sentiments de joie. J'ai pu réunir sur ce point les confidences de onze femmes chez qui les ellets de l'excitation génitale sont |)arfaitement nets aussi bien sur les fonctions phvsiologiques que sur les fonctions mentales. Bkn., f. ^^\, raconte d'une manière curieuse « combien il faut d'énergie pour arriver à faire les choses un peu plus councuablement, car il lui faut traverser des coritnrsions. des pleurs et

le grandes soull'rances dans la tête; mais apiès un Miccés elle est ioute éclaircie et môme n'a plus d'entérite pemlanl plusieurs jours ». Uf. , f. '|r>. s'étonne de voir dispaniitre les idées de persé-

iition dans les mêmes cirj-onstaiiees. L fxcitiitiou des phobnpies

278 LES ACOULSITIONS PSYCHOLOGIQUES

urinîiircs nous montre les mêmes faits et quand Yor. et surtout Ub. arrivent à uriner « correctement et avec joie » l'amélioration ne porte pas seulement sur la fonction, mais sur tout 1 esprit.

Je n'insiste pas sur ces mêmes faits que l'on peut observer fréquemment clans le traitement des phobies du contact ou des phobies professionnelles : je rappelle seulement les enthpusiasmes des malades qui arrivent à gagner quelque argent par leur travail et qui sont tout autres pendant plusieurs jours après un succès. Mais il faut s'arrêter un peu sur les résultats des etrorts dans les actes sociaux qui sont souvent importants. J'ai déjà signalé autrefois comment Jean a été métamorphosé pendant quinze jours à la suite d un dîner où je l'avais forcé de se rendre : j'ai depuis observé souvent le même fait. Vd., h. 3o. fait remarquer lui-même que, s'il a pu faire l'eflort du début, il se trouve très bien pendant toute la soirée et qu'il n'a même plus ses troubles ordinaires, ses tremblements et ses hésitations. Tous les malades que j'ai cités dans les paragraj)hes précédents comme des sujets auxquels j'ai imposé des eflorts sociaux en ont tous retiré d'excellents résultats au moins momentanés. La transformation d'Emile après une de ces sorties si pénibles, après une de ces démarches dans les magasins qui lui coûtent tant de travail, est vraiment intéressante : ce jeune homme n'est plus le mémo, la maladie qui dure depuis des années semble disparue. Il n'est plus aussi embarrassé ot aussi raide, ses mouvements sont devenus plus souples, il se tient mieux sans cacher sa figure avec ses mains et de temps en temps il regarde les gens en face, il mange de meilleur appétit, il ose nommer par leur |)etit nom les membres de sa famille, il parle d'une manière intelligible sans grossièretés et sans voix rauque ; chose extraordinaire pour lui, comme il désire parler à ses parents le soir avant de se coucher, il s'oublie jusqu'à entrer dans leur chambre à demi-déshabillé. Malheureusement la plupart des troubles réapparaissent le lendemain et il laut recommencer lentement et graduellement le même elTort.

J'ai rapporté plus longuement l'observation si curieuse de Zoé. qu'il a fallu amener à sortir de l'indécision et ;i prendre une résolution à |)rop()s de ses liancailles. La résolution une lois prise, celte jeune lille s'est montrée aussi énergi(jue et adroite pour rétablir des fiançailles évidemment fort compromises qu'elle avait été hésitante et décourageante. Le changement de physio-

iioinie de cette personne est véritablement surprenant : son visacre qui pendant des mois était raide, froid, avec une expression désajTréable, se transforme agréablement au point d'être raécoonaissable, chaque fois qu elle fait un pas vers la solution du problème. Newy que j'ai essayé d'accoutumer à son mari et à son ménage s améliore brusquement après toute action réussie : « J'ai été bien plus calme après cet elTort. dit-elle, j'ai eu pendant toute une après-midi le sentiment d'être chez moi dans cet appartement, j étais chez moi dans la cuisine et dans là salle à manger, pas encore dans la chambre à coucher... Il v a des moments où je me croyais mariée... est-ce que je vais être comme tout le monde ? » Un s<»ir, après avoir réussi à organiser un petit dîner pour quelques amis, elle est tout à fait chez elle, même dans la chambre à coucher; elle réussit à aimer son mari et, ce f|u elle croyait impossible, h dormir toute une nuit au[)rès de lui. 11 en est de même dans plusieurs observations du m^me genre.

Les efforts d'attention portant sur les sensations tactiles et kinesthésiqucs ont modifié les sentiments de dépersonnalisation d'une manière manifeste en particulier chez Wc, h. i8, qui se letrouvait après une séance en possession de lui-même pendant un jour ou deux. Les petits travaux de lecture, d écriture, de piano ont semblé dans mes observations déterminer des modifications de la tension assez légères, car j'ai rarement noté à leur suite les sentiments d'euphorie caractéristiques, ces actions Il agissent que par répétition fréquente.

Au contraire j'ai été frappé de l'effet très excitant de la confession et de la confidence fjui sont d'ailleurs considérés comme des actes très capables d émotionner. Le cas de Kl. que j ai -ignalé au début comme un tvpe rentre dans cette catégorie : chez une douzaine d'autres malades au moins, je constate une excitation manifeste, prolongée quelquefois pendant plusieurs jours quand on a réussi à les amener à se confier, à s'exprimer eux-mêmes. L'acte inverse qui consiste à leur imposer une certaine discrétion dans leurs gémissements stéré<»tvpés et dans

leurs interrofrations obsédantes a souvent un effet du même

genre.

L'expression complète des émotions si rare chez ces malades (|ui s(»nt renfermés à la lois par système et par impuissance a souvent un elfet rein:ir(]uable. Beaucoup de ces personiie> ^ont méconnaissables, >i on arrive :i les faire pleurer. Apre-» une scène

de larmes, quelquefois très difficile à provoquer, les idées obsédantes de persécution, les grands airs, les raideurs aussi bien que les doutes perpétuels et les résistances disparaissent comme p;ir enchantement. Ces malades prennent une autre expression de visage, une autre manière de parler, de tout autres pensées et se réjouissent naïvement de se retrouver elles-mêmes. Cette excitation se prolonge souvent pendant plusieurs jours, puis elle disparait et la maladie reprend sa forme antérieure et il faut de nouveau travailler à émotionner le malade et à lui faire exprimer ses émotions.

Comme je l'ai dit dans les études précédentes, je me suis souvent occupé de faire comprendre aux malades leurs propres obsessions, persuadé qu'une idée obsédante est souvent une idée incom- [)lètcment élaborée dans laquelle l'obscurité cl le mystère jouent un grand rôle, .laidéjà signalé comment Lise était soulagée quand elle avait com'J)ris la nature de ses rêveries sur l'expiation à propos de l'Ame de son oncle et de la responsabilité future de ses enfants: je pourrais ajouter maintenant une vingtaine de cas nouveaux où l'effet de ces efforts d'attention portant sur l'obsession elle-même est identique. Quelques-uns expriment d'une manière intéressante les sentiments qu'ils éprouvent quand pendant un moment ils ont un peu mieux compris : « C'est curieux, dit Jd., f. 20, je n'ai parlé que de mes scrupules de mortification et pas des autres et cependant cela a fait disparaître toutes mes préoccupations. Moi qui avais des scrupules continuellement même en rêve, je n'en ai plus aucun et je fais des rêves agréables... .le sens une expansion de vie, un besoin d'activité que je n'avais jamais... c'est bien dommage que cela ne dure pas assez longtemps. » — « Après ce travail, dit Yd.. h. 3o, j'ai eu un singulier sentiment que le jour était devenu plus clair et j'ai eu l'impression de voir les choses plus nettement : je les voyais nettement en dehors de moi et je m'intéressais ii elles, tandis qu'ordinairement c'est moi (|ue je vois dans les choses et je les vois mal. » Dans les mêmes circonstances, plusieurs autres malades reviennent aussi au sentiment du réel : « C'est bon de penser comme tout le monde, de retrouver la réalité, j'en ressens comme une chaleur dans tout mon être. »

T-a lenteur quel(|uefois si curieuse de ce travail nous montre bien (ju'il s'agit d'une transformation profonde. Le cas de Lydia sur lequel j'ai déjii insisté est à ce point de vue caractéristique.

Si son obsession de beauté était un phénomène purement intellectuel, la discussion et même la dissolution de cette obsession ne devrait avoir que des résultats intellectuels, lui donner sinîplement d'autres idées. Comment se fait-il alors qu'après un certain nombre de séances pendant lesquelles elle étudie cette idée, toute sa conduite soit modifiée. Elle s'intéresse de nouveau à sa toilette, elle consent à se montrer et à sortir, ce qui peut être considéré comme une conséquence du changement de l'idée sur sa figure. Mais elle a des mouvements plus rapides et plus précis, elle s'occupe de son appartement, elle consent de nouveau à conserver des fleurs, elle s'intéresse aux membres de sa famille « qui n'existaient plus pour elle », elle devient capable de lire et de comprendre ce qu'elle lit, de manger et même de dormir; elle éprouve au plus haut degré les sentiments d'euphorie : « Depuis que ma vrille dans la tète s'en va, je sens un bonheur bizarre, il me semblo fjue je commence à vivre et pourtant je sais bien que j'ai quarante ans, mais depuis douze ans est-ce que je vivais réellement? Comment cela se fait-il que lo soleil me paraisse tout nouveau, il y avait pourtant du soleil dans les années précédentes?... » Tandis que les autres malades. Lise par exemple, arrivaient assez vite ii cette excitation par l'intelligence de 1 obsession, mais retombaient rapidement dans la dépression en reprenant la même obsession ou une autre équivalente, Lvdia est très longue avant de parvenir à cette excitation, mais elle peut rester longtemps sans retomber : l'excitation est chez elle à la fois moins rapide et plus durable.

Tous les autres travaux intellectuels, quand ils réussissent ii être complets, ont les mêmes effets excitants : on [)ourrait le constater dans bien des observations. M"^ Z. après une petite étude attentive pendant une soirée s'écriait : « J'ai eu l'impression d'être vivante, je jouissais flu bien-être, cela fait des stries, des vagues dans la masse épaisse de mon cf^rveau. »

Ce bref résumé nous montre la fréquence d une excitation rerlle quoique S(Mivent passagère chez les malades déprimés après l'exécution complète de certaines acticms injposées expérimentalement. Celte excitatif»n est assez fréquente quand on \eut bien la constater et la provo(juer. Elle existe même dans quelquesuns de ces cas que n<»us avons considérés au début <"iimme négatifs. Le traitement par cette excitation, disions-nous, |»eut dillirilement être ap|»liqué à Paul car l'élévation de la tension devient

282 LES ACOUISITIONS PSYCHOLOGIQUES

rapideiiu'iil chez lui épuisante et détermine un accès épileptique. Ola est exact, mais il n'en est pas moins vrai au point de vue psychologique que l'exécution complète d'une action lui cause une joie intense et le titre momentanément de sa dépression ; le lîiit reste donc important et assez général puisqu'on l'observe (liins tant de'circonstances dilï'érentes.

En essayant de le comprendre, je suis surtout frappé par une compa-raison qui me paraît s imposer. Tous les faits décrits dans ce chapitre, nous venons de les voir sous une autre forme à |)ropos du somnambulisme complet et de l'aesthésiogénie des hystériques. 11 est curieux de remarquer que des séances successives de traitement chez des psychasténiques, qui ne présentent aucunement des phénomènes de suggestion ou d'hypnotisme, déterminent des oscillations absolument identiques à celles que nous venons d'observer chez des hystériques hypnotisables. Avec un grand nombre de ces malades on peut observer que des séances de traitement d'une durée approximative dune heure semblent se diviser naturellement en deux parties dune durée inégale suivant les cas et caractérisées par des attitudes dillerentes du sujet. Dans la première partie les sujets arrivent de mauvaise humeur, mécontents d'eux-mêmes et de leur médecin. Ils sont tourmentés |)ar des troubles de diverses espèces, ils se sentent incomplets, découragés, ils se figurent que le médecin les a mal comj)ris ou ue leur a pas dit la vérité, ils veulent recommencer des explications interminables et ils ne veulent croire à rien de ce qu'on leur dira. Souvent cet état d'esprit les rend grognons, facilement irritables, (|uelquefois même agressifs et grossiers.

Il est souvent dillieilc d'intervcMiii- ii ce monuMit d une manière ellicace et d obtenir des malades un elVort d'attention quelconque : il est nécessaire de les laisser parler (juelque temps en les écoulant avec bienveillance. Ils gémissent indélinimcnl sur leurs doutes « qui portent même sur le principe d'identité « sur « leurs rêves de vie plus complète «, etc. Mais bientôt ils s'excitent et se transforment par leur propre parole et par le fait de se sentir écoutés, ils se prêtent mieux aux cfTorts d'attention et de discussion, ils font plus ou moins facilement (|uclques-uns d(^s exercices doni nous vcmtns de parler. (}uand ils ont réussi h comprendre (|uel(|uc chose, à eioir<> quelque chose, à éprouver

un sentiment net, ils se transforment complètement et la deuxième partie de la séance est tout h fait difTérente de la première. Ils se déclarent « si heureux d'être compris », ils sont contents d'eux-mêmûs et par un juste retour ils sont très satisfaits de leur médecin. Simone, f. 'j.6, tourmentée par des scrupules, des idées de damnation et des idées de persécuti(»n, arrive toujours avec un visage froid et glacé, les sourcils froncés, elle parle au début d un ton colère et peu poli et déclame de grandes tirades sur les gens habiles qui dupent les esprits crédules et sur la méchanceté universelle des hommes. Elle change régulièrement au bout d'une demi-heure au point de devenir méconnaissable, elle prend une attitude douce et enfantine et remercie en pleurant. Je pou irais placer immédiatement à côté d'elle une douzaine de malades qui se conduisont exactement de la mémo manière.

Beaucoup de ces malades éprouvent à la suite d'une séance de ce genre une fatigue tout à fait analogue à celle des hvstériques hypnotisées. Chez quelques-uns cette fatigue se manifeste même il la fin de la séance, si on la prolonge trop. On voit qu'ils comprennent moins bien, qu'ils ont les traits tirés et quelquefois qu'ils se mettent à pleurer. Chez plusieurs, cette fatigue se prolonge dune manière assez pénible pendant plusieurs jours. Puis on observe nettement chez eux une période d euphorie cjui mérite bien d être appelée comme précédemment une jx'-riode d'inlliience. Les malatles plus ou nu)ins débarrassés de leurs obsessions ont retrouvé la volonté et 1 attention ; ils sont devenus caj)ables d'agir, de s'adapter aux conditions sociales et même de travailler utilement. Ils sont heureux et ils expriment leur bonheur avec le même enthousiasme et les mêmes expressions imagées (|ue les malades précédents : « Je vis avec plus d'enliaiii, je trouve du temps pour tout et jai d(^ l'ordre; à l'ahurissement de tous je deviens évade, je rattra|)p(' ma |)(>rsonnalité : il me semble que j'assiste a un printemps de ma vie. » Nous retrouvons les sentiments singuliers de voir plus clair, de trouver le jour plus brillant, dt- coinmencer une autre vie.

A moins qu'il ne s agisse de sujets tout :i fait au terme de leur maladie, celte période heureuse ne se prolonge pas indt-liniment. Au bout d'un temps variabb; et d'ordinaire malheureusement assez (;ourt " un brouillard leur tombe de nouveau sur la tète, l'i-nergie de leur activité disparaît et les sottises ordinaires

2A4 LES ACOnsiTIONS PSYCHOLOGIQUES

recommencent ». Cette rechute s'explique facilement par la faiblesse du malade, par la promptitude avec lacjuelle les fatigues et les émotions déterminent de nouveau chez lui des abaissements. Elle est due à l'évolution de la vie qui présente rapidement des problèmes nouveaux et de nouvelles occasions d'épuisement. C'est ce qui fait qu ils arrivent à leur séance dans l'état de dépression et de mécontentement que nous venons de remar- (juer et le cycle des oscillations continue.

En réalité sauf les modifications essentielles liées au rétrécissement de l'hystérique, sauf les anesthésies, les paralysies et les amnésies portant sur la période alerte d influence, nous retrouvons la même préparation dilTicile du sujet qui doit être dans des conditions particulières, les agitations variées du début, l'élévation de la tension psvchologique qui rend possibles des actes d un niveau plus élevé et qui permet de les amener à un niveau supérieur d'activation. les sentiments d'extase qui s'expriment souvent par des expressions analogues et la descente lente ou brusque après un temps plus ou moins long qui ramène le malade à un degré de dépression plus ou moins profond.

La diflerence la plus frappante entre ces deux groupes de phénomènes, c'est que ces oscillations de tension déterminent chez l'hystérique des modifications de la mémoire et amènent les doubles personnalités, tandis que les autres malades ne présentent d'ordinaire que de simples modifications d'attitude et de. caractère, il ne faut pas exagérer celte diderence : nous avons vu que les amnésies caractéristiques des somnambulismes complets • peuvent être plus ou moins atténuées et d'autre part il n'est pas rare d'observer chez les simples déprimés qui ont eu une période d'excitation des amnésies diffuses et des débuts de seconde personnalité. Le phénomène est net chez Lise qui, lorsqu'elle revient me voir, a souvent oublié la visite précédente et les journées qui l'ont suivie, c'est-à-dirè les périodes pendant lesquelles elle présentait de l'excitation et qui retrouve fort bien ces souvenirs à la fin de la séance Iors(|ue sa tension a remonté de nouveau. I/accentualion de ce caractère est due à la disposition que présente I hystérique au rétrécissement de la conscience, disposition qui n'existe pas au même degré chez le psvchasténique.

Une autre dilVérence semble exister ilans les procédés employés pour déterminer ces changements d'état, mais elle me semble également peu importante. L'aesthésiogénie n est (]u une

forme particulière qu'ont pris ces procédés d'excitation quand on s'adresse à des malades qui présentent fréquemment des troubles de la sensibilité et du mouvement et chez qui il semble facile d'attirer l'attention sur des sensations et des mouvements élémentaires. On peut appliquer le même procédé à des psvchasténiques, comme nous l'avons vu h propos de certains cas de dépersonnalisation. Même chez l'hystérique l'excitation de la sensibilité n'est pas indispensable pour déterminer l'état second. Dans la descri[)tion que j'ai publiée autrefois d'une malade intéressante, Marceline, j'ai noté que les émotions avaient quelquefois sur elle un efï'et excellent : « A quatre ou cinq reprises, disais-je, je retrouve dans mes notes la description de scènes violentes que dilféicnles personnes et moi-même avons eu l'occasion de faire à la pauvre fille. Elle devenait vraiment insupportable et on avait été obligé de lui dire assez sévèrement

0)mment se fait-il que dans ces circonstances elle se relevait au lieu de tomber comme dans les autres émotions ? Elle retrouvait sa sensibilité, sa mémoire, elle cessait de vomir, elle mangeait correctement, elle faisait parfaitement son service, elle paraissait guérie au moins pendant une quinzaine de jours'. » Il en était tie même dans I observation d'Irène chez la(]uelle d'ailleurs le somnambulisme complet était le plus souvent provoqué par l'attention portant sur des souvenirs et non sur des sensations. Très souvent également des reproches, des menaces pour faire cesser des résistances ou pour obtenir un acte ont amené des excitations et des som-nambulismes complets -. Dans ces cas le procédé d'excitation était le même dans les deux groupes de malades.

Tous ces phénomènes encore si mal connus sont donc du même genre malgré quchpies dillérences dans la forme. Ils nous permettent d'entrevoir une notion (ort importante, c'est (juc au cours des dépressions mentales, quelle (jue soit leur forme et leur origine, nous avons quelquefois le moyen de changer artificiellement la tension psychologique et de ramener le sujet à un état d activité plus grande, en un mut de (b'-tiTininer de I excita-

I. l 11"' l'cliii.i .irliliciilli-, lirvitr itlùliisi)[tliii/iir. li)i"), 1, |). 3j(j; Htnt iniitliil ilfS iwstériques. 1' ('(lilioii, l<|M> P- '""•

a. L'amn<'sic' ot la dissoriation drs soiivcnipH |>;ir l'i'-moiioii. Jnitriml île [nycholailir norinnlr ri patholoijiqiw. soplrmbre ii)o'i: Htnl ini*iit(il ili-s hy)téri</ues. a' •'•«lit.,

tion. Quoique cette transformation soit le plus souvent petite, quoiqu'elle semble n'être que passagère, c'est déjà une chose importante de savoir que l'on peut la déterminer et c'est là une notion des plus encourageantes.

Ces modifications momentanées sont fort intéressantes pour lo psychologue et pour le théoricien qui voit avec satisfaction se rattacher les uns aux autres des phénomènes en apparence fort différents, comme les doubles existences, les effets thérapeutiques de la métallothérapie ou de licsthésiogénic, les impulsions excitantes des psychasténiqucs, les excitations par l'action, les décharges épileptiques, etc. Mais le problème thérapeutique n'est pas résolu par ces réflexions, il reste toujours à se demander si des traitements de ce genre continués pendant quelque temps avec persévérance peuvent procurer au\ malades des modifications assez durables pour être utiles.

11 faut reconnaître que dans ces traitements, comme dans tous les autres d'ailleurs, on éprouve bien des déceptions. Les plus pénibles sont celles que Ion éprouve dans le traitement de certains malades, des jeunes gens le plus souvent, qui semblent au début et quelquefois pendant de longues périodes présenter un état de dépression psychologique assez simple, afl'ectant la forme hystéricjue ou la forme j)sychasténique et (|ui plus ou moins rapidement, malgré tous les traitements, s'abaissent de plus en plus jusqu'à tomber soit dans des délires particuliers, soit dans un état de démence très spécial qui méritent le nom de délire et de démence asthéniques.

Les traitements par 1 excitation tlonnent quelquefois même chez ces derniers malades des résultats encourageants. J'ai cité à plusieurs reprises comment Simone, ïiboulique et tourmentée par des récriminations et des obsessions de persécution, pouvait se transformer si elle arrivait à une émotion complète qui la faisait plrurer : elle devenait -active et aimable au moins pour '|8 heures. Il en était de même de Xd., h. 'à'i, dont la maladie était du môme genre. Un cas curieux est celui de Yh., h. 5<), qui a toujours été un abouli(jue social, tourmenté par le désir de se faire des amis, mais incapable de connaître personne et de se faire connaître par personne, incapable de prendre une attitude naturelle dans la société où il dissimulait son énorme timidité par des paradoxes, des allirmations hautaines et des insolences. .\près la plus

petite émotion il tombait dans des dépressions graves et alors il était disposé à interpréter toutes ses déconvenues comme un effet des machinations de ses ennemis. Sa femme d'abord, puis sa fille se sont vouées pendant des années à l'œuvre ditlicile de le remonter à ce moment, de le forcer à discuter pendant des heures ses affirmations délirantes, de le forcer à comprendre ses idées de persécution et chaque fois elles réussissaient h le tirer du délire commençant, à I^i rendre la confiance et la sérénité pendant quelques jours ou quelques semaines. Elles ont joué auprès de lui pendant vingt ans le rôle du médecin qui excite l'attention et remonte le niveau mental en poussant le malade a l'attention- et à 1 action complète.

Dans les études précédentes j'ai également fait allusion aux observations remarquables d'Adèle et d'Agathe deux sœurs jumelles qui à i6 ans sont tombées malades toutes les deux de la mAme manière et qui depuis i5 ans ont évolué avec un remarquable parallélisme. Lune ou l'autre, au début, quand on la dirigeait convenablement pouvait être tirée de son inertie et de ses récriminations et amenée à accomplir complètement un acte même compliqué. Elle éprouvait après l'exécution de cet acte une satisfaction et une excitation qui la soutenait plusieurs journées. Qg., f. 20, comme Zb.. f. 28, présentait surtout des sentiments d'incomplétude, des doutes, des sentiments de comédie et d'irréel, elle se demandait constamment si elle mentait ou non, si les objets étaient vrais ou irréels. On pouvait en excitant leur attention les sortir de ces doutes et les amener à faire des remarques exactes sur les choses et sur les gens et à les alFirmer avec certitude. Dans tous ces cas l'excitation par faction avait une influence manifeste et heureuse.

Mais ce qui caractérise ces malades c'est (|ue les progrès obtenus étaient peu durables et ne pouvaient pas être augmentés par la répétition des efforts. \a\ provocation de l'émotion chez Simone, devint en quelques mois de |)lus en plus difficile et incomplète. La femme et la fille de Yh. ont pu le maintenir eu le remontant à chaque instant pendant 20 ans, mais le travail devint peu il |)eu de |)lus en plus dillirile : « Je sais très bien ce qu'il faut faire de mon père, me disait sa fille, mais c'est dur de consacrer <los heuies de travail pour lui faire obtenir une h<'urf de calme. On finit par être tellement fatigué ipTon n'a plus le coui:i're (le rccurnmeiMtT. •> l.e malade tombe de plus eu plus dans

le délire que l'on a reculé jusqu'à l'âge de 5o ans. l.e délire et la démence asthéniques ne sont pas forcément précoces comme on se l'est imaginé, ils arrivent quelquefois très tardivement, mais ils conservent les mêmes caractères. Plus rapidement, après cinq à six ans chez Adèle et Agathe les excitations par l'action sont devenues plus dllRciles et ont eu un effet moindre. Quand Agathe avait 20 ans on pouvait avec une heure de travail ohtenir qu'elle écrivît une ^titfe lettre à sa mère, quand elle avait 26 ans il fallait le même travail pour obtenir quelle prenne un bonbon dans une boîte. Maintenant quand elle a 32 ans c'est à peine si avec un travail énorme j'obtiens qu'elle baisse le bras qui est resté en l'air dans ces attitudes catatoniques (|ui sont l'expression de l'inertie profonde. Chez Qg. et chez /b. la décadence a été bien plus rapide, en quelques mois les efforts d'attention sont devenus de plus en plus dilRciles et ne pouvaient plus porter (jue sur des choses très simples pendant peu d'instants : bientôt il fut impossible de rien obtenir.

Cette diminution progressive de l'action, même quand celle-ci est commandée et excitée par un assistant, me parait très importante. Elle constituera quelque jour" un élément essentiel du diagnostic des dépressions progressives marchant vers les démences asthéniques. Quand on fait ces expériences sur un malade gravement atteint, on observe une conduite tout à fait spéciale (jue je crois caractéristique. Il est bon d"y insister, car l'apparition de cette conduite est une contre-indication très nette à la continuation du traitement par l'excitation de l'action.

l'our mettre en évidence cette conduite, comparons deux malades que nous avons déjà étudiées, Zoé. et Agathe, au moment où les circonstances éveillent en elles une tendance à un acte ^particulier. Zoé. vient de recevoir une lettre d'une personne qui s'est occupée de ses fiançailles avec M. X. : comme en réalité elle aime M. X. et désire ce mariage, elle est disposée à répondre en écrivant une lettre aimable. Agathe est dans une maison de santé où elle se déplaît et dont elle désiie sortir, elle est avertie (jue sa mère vient la chercher et quelle doit s'habiller pour soitir et rentrer chez elle; comme il est naturel, elle est heureuse de cette |)r()positi()n qu'elle comprend loit bien et quelle accepte. Chez les deux malades les choses au début semblent se passer de la même manière : la tendance s'éveille, elle entre dans la première phase d'activation (jue j'ai appelée « phase d'érection » et

LES TRAITEMENTS PAR L EVCITATION -iSH

même dans la seconde phase, celle du désir. Des mouvements en rapport avec le développement de la tendance sont commencés : les malades se lèvent, vont et viennent dans la chambre, l'une touche une plume,, l'autre son chapeau et elles semblent commencer l'une et l'autre l'acte proposé. En même temps commencent des agitations de diverses espèces, car déjà la force de la tendance qui ne peut se "tendre dérive de tous les côtés. Elles remuent à tort et à travers, elles respirent irrégulièrement, elles étouffent et se plaignent d'angoisses, elles bavardent sur une foule d idées éveillées par l'acte en question, mais le plus souvent en opposition avec lui : Zoé. prétend qu'elle est poussée à tuer M. X. et Agathe répète qu'elle déteste la maison de sa mère et qu'elle n'a jamais désiré y retourner, etc.

Ici s'arrêtent les ressemblances et les différences deviennent vite considérables. Zoé. peut rester longtemps dans ce même état, des heures ou même des journées : elle travaille avec persévérance à augmenter la tension de la tendance qui a été éveillée ou plutôt cette tendance a en elle-même assez de force pour rester longtemps éveillée et même pour s'activer davantage, jusqu'il la troisième phase, celle de l'effort. L'excitation, en effet, gagne d'autres tendances : la tendance à être aimable vis-à-vis d'une personne importante, le désir de se marier, le désir de faire un ménage indépendant de celui de ses parents, et même des tendances génitales s éveillent à côté de la tendance principale et viennent lui apporter le concours de leur force. Il est vrai que malgré- ces renforts la tension n'est guère suffisante, mais des dérivations continuent à se produire plus nombreuses et plus compliquées : dos idées symétriques, des idées contradictoires, des manies d'interrogation, des manies des pactes s'enchevêtrent de mille façons. Si on peut ainsi s'exprimer, la force de la tendance manque de tension, mais elle ne manque pas de quantité : c'est ce qui lui permet de prolonger si longtemps les activations inférieures et. d'entretenir toutes ces agitations. L'assistant (|ui essaye de faire montei- l'action plus haut trouve de la ressouice' dans cette quantité de force disponible et dans cette durée de l'elfort. Il peut canaliser les forces, arrêter les trop grandes dérivations, éveiller les formes supérieures de la tendance et il réussit plus ou moins vite à amener l'aclivation complète. En un mot il réussit, au moven de tous les procédés précé<lemmenl indi(|ues à faire écrire par Zoé. la lettre en (juestion et il obtient Jamrt. — .\cqtiis. psycli. Ili i<)

que cet acte soit fait avec conscience, avec décision et avec joie. Les choses se passent tout autrement chez la pauvre Agathe. On aurait pu croire que le désir de quitter la maison de santé et de partir avec sa mère était chez elle très intense car dans ses récriminations perpétuelles elle en parlait incessamment depuis plusieurs mois. Nous ne sommes pas surpris cependant que celte tendance ne se réalise pas immédiatement, car nous savons que chez ces malades l'activation complète est difficile. Mais nous nous attendons à une lutte prolongée, à de longues agitations, à des efforts intenses pour satisfaire ce violent désir. En réalité la tendance ne dépasse pas le stade du désir exprimé mollement et provoque simplement quelques dérivations banales, des rires, des angoisses, des récriminations contre sa famille, et c'est tout, La tendance à partir de la maison de santé ne s'élève pas au stade de l'effort, elle n'appelle pas à la rescousse d'autres tendances, elle ne provoque pas des agitations compliquées; au contraire elle parait rapidement s'épuiser et après quelques moments elle retombe entièrement détendue. Le sujet s'est rassis dans sa position ordinaire, il continue ses rabâchages toujours les mêmes, comme s'il n'était plus du tout question de sortir avec sa mère. Il nous faut exciter de nouveau la tendance on explicjuant de nouveau la situation, en rappelant à Agathe combien elle désirait les jours précédents voir sa mère et partir avec elle. Sous cette influence la tendance s'éveille de nouveau, mais plus faiblement (jue la première fois : la malade ne se lève pas, touche à peine son chapeau, s'agite peu et retombe plus vite dans le même oubli ; si nous recommençons encore, nous réussirons de moins en moins et nous ne pourrons plus tirer Agathe de son indifférence. Cette détente rapide de la tendance éveillée, cet oubli apparent, ce désintéressement de l'acte après les toutes premières phases de l'activation, cette impossibilité de réveiller la tendance vite épuisée me semblent des traits caraclérisliques de la démence asthénique. (]e n'est pas seulement la tension (|ui est iiisullisante, comme dans la dépression simple, c'est la (juanlité même de la force dis|)onible (jui est trop faible pour (|u"il soit |K)ssil)le de donner ii la tendance une tension plus grande. Sans entrer ici dans la discussion de ces problèmes qui doivent être abordés dans une étude sur les délires et le;-" démences asthéniques, nous constatons seulement que la maladie prend ici une forme [)arliculière et (|U(' clans cette forme I excitation

!.ES TRMTF.MKM- l'AR I. fc:\( 1 1 A IION ■2<^[

par l'action ne tarde pas à devenir impossible. Les procédés et les expériences précédentes ne peuvent plus alors jouer un rôle utile dans la thérapeutique ; ils peuvent simplement être utiles pour préciser le diagnostic.

A c<Ué de ces observations dont l'étude est aussi intéressante qu'elle est décourageante on constate heureusement bien d'autres cas où les malades se sont comportés tout difTéremment. Reprenons les malades précédents chez lesquels nous avons constaté de l'excitation momentanée après le traitement et notons leur évolution ultérieure sous l'influence du même traitement, souvent répété.

Le premier cas, celui de Kl., que nous avons considéré comme typique, nous montre précisément les transformations qui se sont opérées chez une malade soumise quelque temps à ce traitement par l'excitation. J'ai fait observer qu'il s'agit d'une ancienne malade habituée autrefois, il y a quinze ans, à ce traitement. 11 en est résulté chez elle une disposition à s exciter après un effort réussi d'attention, d'expression, de raisonnement et en même temps une disposition à conserver cette excitation. C'est ce que nous constatons quand nous la voyons se transformer après une séance de confession et conserver ensuite son équilibre mental pendant un temps assez long, quelquefois pendant plusieurs années. Il n'en était pas de même évidemment il y a quinze ans, au début du traitement, qui a été à ce moment fort dilhcile. mais qui est devenu bien plus facile dans les crises postérieures.

Cette transformation peut se constater dans un grand nombre des autres observations. La guérison complète de Pya. [)ar I excitation tfénitale a demandé une dizaipe de mois avant le retour complet de l'état antérieur, mais il était assez rapidement visible que les tentatives génitales du malade se transformaient par la répétition. Non seulement, comme je l'ai dit, elles se perfectionnaient en s'élevant vers les phénomènes sexuels supérieurs, mais encore elles devenaient de moins en moins dilliciles et déterminaient des améliorations mentales de plus en plus grandes et de plus cii jiliis longues. Ces progrès s Observent très aisément dans les autres cas du même genre, si on compare les confidences des malades à (livcrs«'s époques, l'b., cet obsi'd»' urinairc intéressant, après être resté iS mois (l;ins une mkusom de sanle sans

292 LKS VCOIPISITIONS PSYCHOLOGIQUES

aucun progrès, est arrivé en trois mois à « la niictioji correcte avec joie » et il est complètement sorti de son état de dépression : de grandes émotions déterminées par la guerre ne l'ont pas (ait retomber.

Les actes sociaux qui ont lait lobjet de tentatives intéressantes da)is un grand nombre d'observations ne sont pas toujours restés aussi difficiles et aussi pénibles qu'ils l'étaient au début. Les sorties d'Emile, ses démarcbes dans les magasins n'ont pas toujours été aussi dramatiques et n'ont pas toujours exigé le travail que j'ai décrit dans les premières. Ce jeune homme,, qui était raide et couvert de sueur dans les premières sorties, se tenait convenablement dans les dernières, après cinq à six mois. Il a fait de tels progrès qu'il a pu l'année suivante être présenté ;• des examens universitaires qu'il a passés brillamment et que depuis cette époque il a continué avec succès des études supérieures.

-Les eff*orts d'attention portant sur les sensations ont modifié rapidement en quatre mois le sentiment de dépersonnalisalion de Wc. : ce jeune homme est ensuite parti pour faire son service militaire qu'il a pu faire sans difficulté et très correctement, il se maintient depuis trois ans sans rechutes.

Il a fallu sept mois pour faire sortir Zoé. de son état de doute à propos de ses fiançailles. Mais il est juste de dire qu'elle ne paraissait plus guère malade dans les deux derniers mois et qu'elle accomplissait des actes sociaux fort délicats et difficiles. Elle est restée guérie complètement pendant trois ans ; il est vrai qu'elle vient de retomber dans un état de dépression avec interrooations obsédantes à la suite de l'émotion ressentie au moment de la mort assez subite de sa mère : elle se guérit plus rapidement par des procédés analogues ii ceux (jui l'ont rétablie la j)rcmière fois. Newy. a restauré complètement son activité en un an, elle a conservé une volonté et une énergie évidemment faibles, mais ([ui suflisenl dans son petit ménage.

Les crises de scrupule de Jd. ont été arrêtées en quelques mois. Les interminables discussions de Lydia, sur son idée fixe de beauté, sont devenues graduellement plus faciles et plus claires et la malade (|ui ne quittait pas sa chambre depuis douze ans a commencé à sortir régulièrement et à voir quelques personnes au bout de sept mois. A la suite de ces efforts cette malade est restée rétablie il peu près pendant trois ans et pendant celte

période elle a retrouvé une énergie qui l'a rendue capable de rendre de grands services à sa famille au milieu de tristes circonstances.

Il est inutile de répéter indéfiniment les mêmes descriptions, car je trouve dans mes notes ^5 observations dans lesquelles les choses semblent s'être passées à peu près de la même manière tout h fait inverse de ce que nous avons constaté dans révolution des démences aslhéniques. Les excitations par l'action étaient d'abord difficiles à obtenir et ne donnaient naissance qu'à des améliorations momentanées, analogues à <f des instants clairs ». Elles sont devenues peu à peu par le fait de la répétition et par l accumulation des bénéfices plus faciles à obtenir et elles ont eu un effet plus prolongé, la transformation s'effectuant dans un intervalle de un mois à un an. Les symptômes de la dépression se sont effacés, l'activité psychologique a repris une tension à peu près normale.

Dans d'autres cas également assez nombreux, car je pourrais prendre quinze observations comme types de cette catégorie, les choses ne se passent pas tout à fait de la même manière. Des malades comme Lise, comme Lox., comme Daniel, semblent ne jamais arriver par ce procédé à une guérison complète; ils ne satisfont jamais à la condition que nous avons imposée pour juger de l'efficacité d'un traitement, ils ne sont jamais assez bien portants pour rester un an sans venir demander du secours. Aprèsquelques séances de ce genre leur rétablissement est notable et il peut durer quelques semaines ou même quelques mois, mais d'une manière en quelque sorte inévitable, la dépression recommence et le malade a de nouveau besoin d'une direction et de quelques efforts. Cependant je ne peux pas dire que les traitements excitants n'aient eu dans ces cas aucune action elficace. Les malades conservent le besoin d'être remontés de temps en temps cela est vrai, mais en fait, grâce à ces procédés, ils peuvent être remontés et, grâce à {(uelques séances de temps en temps, ils restent remontés. Ces malades conservent dans la société une vie norlale et leur f*ntourage serait stiuvent bien étonné d'apprendre quel est le traitement dont ils ont besoin tous les quinze jours. Ils ne pourraient conserver cette existence si on les laissait coii- '. trament au niveau inférieur où ils sont avant les excitations. Le traitement, s'il n'est pas curatif, est au moins palliatif et il lissimulc une infirmité.

En considérant ces faits il faut se demander s'il est juste d attribuer au traitement par l'excitation une grande part dans ces améliorations définitives ou passagères. La discussion générale de la valeur des traitements psychologiques ne peut être faite ici, elle sera plus à sa place à la fin de ces études. Rappelons seulement quelques faits dont la connaissance nous sera utile au moment de cette discussion. Beaucoup de ces malades présentaient des troubles depuis longtemps avant cette intervention. Lydia était obsédée depuis douze ans et avait complètement cessé de sortir et de se montrer depuis dix ans. Mnd., f. 4o, tourmentée par ses scrupules et ses prétendues impulsions impudiques se cachait depuis sept ans ; beaucoup d'autres étaient malades depuis au moins deux ans. Le changement d'attitude a été net chez Lydia après sept mois, chez Mnd. après trois mois de traitement, la coïncidence de la guérison avec le traitement ne laisse pas d'être intéressante. Chez les malades qui ont eu des crises nombreuses on peut constater, que les crises précédentes ont été très longues et que de nouvelles dépressions ainsi traitées se terminent beaucoup plus vite. Knfin, notons aussi que ces malades avaient essavé d'autres traitements. Lvdia avait été mise au repos et restait ii peu près constamment couchée depuis deux ans, Newy. avait été internée successivement dans deux maisons de santé. La coïncidence des améliorations mentales avec le changement de traitement et avec l'essai de la thérapeutique par l'excitation doit être notée. La constatation de cette coïncidence répétée assez fréquemment suffit pour justifier notre étude historique et psvchologiquc de ce traitement encore mal connu et difficile à préciser.

Une semblable thérapeutique surprend au premier abord parce qu'elle apparaît comme tout ii fait opposée à des traitements qui nous ont semblé rationnels et utiles et que nous avons étudiés dans un chapitre précédent sous le nom de traitements par le repos et par l'économie des forces. 11 semble bizarre de guérir des individus épuisés en les faisant travailler et d'éviter la faillite en conseillant de nou\elles dépenses. Cependant cela n'est pas tout à fait inintelligible, car on vient de voir que l'action ne se borne pas à dépenser les forces, mais que souvent aussi elle les renouvelle: un bon placement, une spéculation habile peuvent rendre une dépense fort rémunératrice. En réalité ce sont là des traitements qui ne sont contradictoires qu'en apparence et qui

LE^ TRMTEMEMS PAR L EVCITaTIOX 293

peuvent conserver tous les deux leur raison dêtre et leur utilité.

Il serait seulement désirable de pouvoir préciser dans quel cas l'une de ces deux thérapeutiques est la plus indiquée. C'est là malheureusement un problème très dilficile dont le plus souvent les psycho-thérapeutes ne semblent pas soupçonner l'importance. Si je ne me trompe, le médecin ordonne le plus souvent au malade le repos complet, ou la distraction par l'occupation, selon ses propres préférences doctrinales et sans aucun diagnostic psychologique sérieux pour justifier son choix. Certains répètent dans tous les cas : « Cessez tout travail, interrompez vos affaires, étendez-vous sur une chaise longue et ré fu criez-vous dans une maison de santé. » D'autres protestent toujours : « Evitez cette inertie qui vous abrutira, marchez, sortez, travaillez, amusez-vous, sursum corda ! » Un jour viendra où l'une ou l'autre ordonnance ne sera phis faite ainsi au hasard, mais sera la conclusion d'une sérieuse analvse psychologique.

Malheureusement nous sommes encore loin de cet idéal et jious en sommes encore pour longtemps à la période des indications vagues et des tàtonnoments. Ainsi il est juste de tenir compte de l'état apparent des forces: quand le malade présente des symptômes organiques d'allaiblissement. quand il a maigri fortement, quand il a des troubles digestifs et circulatoires, quand il a visiblement de la faiblesse musculaire, il est raisonnable de recommander au moins pendant un certain temps le traitement par le repos, tandis qu'au contraire le traitement par l'excitation de l'action sera plus indiqué chez un malade apparemment vigoureux et agité. 11 faut également se préoccuper du degré de la dépression, la simple tristesse avec disparition des degrés supérieurs de l'activation, avec suppression du triomphe et de la joie après l'accomplissement de l'acte ne doit pas ètie traitée de la même manière que la vraie dépression mélancolique avec abaissement de l'activation au-dessous du stade du désir. Les traitements par l'excitation sont beaucoup plus faciles dans le premier cas que dans le second. On peut admettre que le repos est plus indiqué quand les troubles de la dépression psvchologique sont plus généralisés, c'est-à-dire quand les svmptônies de la dépression, insullisances d'activation, sentiments d'incomplétude, dérivations sous forme d'agitations, de phobies, de manies mentales, 90 présentent non seulement ii propos de certaines actions particulières, mais à propn-i d'un griitid nombre d'actes appartenant à

des tendances diflérentes. Un signe intéressant peut être fourni par le développement de l'agitation qui peut apparaitie à tous les degrés de la dépression et qui prend dans chacun d'eux des formes caractéristiques. La présence de ces agitations montre souvent la conservation de la quantité des forces malgré la diminution de leur tension.

Malheureusement toutes ces indications sont bien dilficiles h constater et bien sujettes à l'erreur. Le plus souvent il faudra se fier à l'expérimentation et au tâtonnement. Il me semble bon de commencer en général les traitements de la dépression par l'application des méthodes d'économie et de repos et il ne faut jamais les abandonner complètement, car c'est le repos qui économise les forces dont peut disposer l'excitation. Ce n'est donc que graduellement que l'on peut adjoindre au repos divers essais d'excitation par l'action. Ceux-ci sont continués, augmentés ou réduits suivant leur facilité, suivant leurs résultats et suivant la manière dont' se présentent les phénomènes de détente et de décharge.

Parmi les malades quelques-uns cherchent déjà instinctivement à appliquer un traitement par l'excitation, quand Ils ont des impulsions à l'exécution de telle ou telle action. Le médecin doit d'abord étudier et régler ces impulsions qui presque toujours contiennent ou ont contenu quelque excitation utile, mais qui se sont transformées par labus et qui sont devenues dangereuses. Bien entendu il faut supprimer les actions dangereuses pour le malade au point de vue social ou hygiénique, il faut également lutter contre les impulsions que je qualifierais d'erronées dans les quelles le malade cherche une excitation qu'elles ne peuvent pas lui fournir.

Au contraire il est souvent juste de conserver au moins enpartie certaines impulsions à la recherche de rann)ur, de la domination, 'du succès, etc.. qui dans leur principe ne sont pas absurdes. Le malade n'en obtient plus de bons elfets, d'abord parce qu'il agit maladroitement et qu'il ne réussit pas à obtenir ce qu'il désire, ensuite parce (ju'il répète l'action trop souvent, quand la tendance épuisée ne peut plus parvenir à l'activation complète. Le v6\e du médecin est de régler ces impulsions plutôt que de les supprimer. Ce qui comme on l'a vu, constitue principalement le danger des impulsions, c'est leur étroitesse, leur exclusivisme. Au lieu de chercher l'excitation dans un seul acte toujours le môme, il faut la chercher dans diverses actions empruntées à

diverses tendances, ce qui permet de réussir plus souvent et ii moins de frais. Nous pouvons rapporter encore à ce -sujet une lettre d'une malade intéressante dont nous avons déjà étudié les impulsions amoureuses. Quelques directions lont beaucoup améliorée et 1 ont amenée à mieux comprendre les avantages que Ton peut retirer de la recherche de l'amour. Au début elle poursuivait constamment le rêve d'un amour idéal, complet, absolu, incarné dans une seule et unique personne. Elle lit bien des progrès quand elle arriva à comprendre que l'on peut placer son affection sur plusieurs personnes de manière à ne pas exiger tout d'une seule : « Force a été de découper mon cœur en petits morceaux : personne ne le voulait tout entier, il est si exigeant et si volumineux. Mon mari veut bien de l'offrande de mes vertus domestiques, mes parents de celle de ma bonne humeur, mes enfants aspirent à ma bourse et mes amis à des plaisirs qui ne vident pas la leur. On veut bien un petit morceau de moi de temps en temps, personne ne veut tout. J'ai fini par apprendre à aimer les gens sans vouloir les absorber... » Des instructions df' ce genre arrivent plus souvent qu'on ne le croit à transformer des impulsions pathologiques en instruments de guérison.

Bien souvent nous avons à faire :i des malades déprimés qui nont pas d'impulsions et le rôle du médecin, si nous résumons tout ce que nous venons d'étudier, est souvent de travailler ii leur en créer. Il faut leur indiquer des actions qu'ils soient capables d'accomplir et qui leur laissent des bénéfices. Il faut leur appiendre à les accomplir correctement et complètement de l;i manière qui peut les rendre excitantes. L'homme ne s'enrichit pas seulement en faisant des économies sur ses dépenses, il peut aussi s'enrichir peut-être même plus rapidement en apprenant a faire des recettes. Malgré l'obscurité de ces faits et malgré 1 insuffisance des explications que j'ai essayé d'en donner, on arrivera souvent à obtenir des guérisons ou des améliorations importantes et durables en intéressant de cette manière le malade a sa propre guérison.

Les traitements psychologiques ont été bien souvent considérés comme opposés aux autres thérapeutiques qui font appel aux ressources de la physique et de la chimie et qui sont fondées sur la connaissance des lois physiologiques. Au moment de l'enthousiasme pour la suggestion, à l'époque heureuse où il suffisait de dire aux malades : « dormez et portez-vous bien ». des médecins instruits ne pouvaient cacher leur tristesse quand ils voyaient que toutes les belles études de la physiologie et de la clinique allaient devenir inutiles et beaucoup se sont figuré que la psychothérapie serait un refuge avantageux pour les médecins sans éducation médicale réelle. M. Dubois (de Berne) dans son beau livre sur les psvcho-névroses si intéressant à tant de points de vue a semblé trop souvent confirmer cette opinion ; non seulement il conseille une thérapeutique morale, mais encore il condamne la plupart des examens, des opérations, des remèdes de la thérapeutique physiologique. « 11 faut supprimer tout cela, dit-il, et s'avancer vers la maladie sans armes, sans médicaments ; cela donne au malade la conviction qu'il n'y a pas de danger, ce qui est extrêmement important'... La seule arme du médecin doit être sa parole entraînante-... Il ne doit avoir qu'une arme, sa dialectique serrée, imperturbable, bienveillante '. » Sans doute ces auteurs songent toujours aux exagérations de la chirurgie « qui coupe, qui cautérise, qui racle partout de malheureux névropathes hvpocondriaques ou de la pharmacie qui les empoisonne par d'innombrables drogues ». Mais Ils n'en ont pas

I. Dubois (de Hcrnc), [.es psyrho-nrvrosrs et leur Irailement moral, iç^o't. p. ''1^7. 3. Op. cit.. p. 3oa.

,H. Oj). cit.. p. 54 'j.

moins réduit d'une manière très fâcheuse les ressources de la thérapeutique des névroses et ils ont présenté une conception fâcheuse de la psychothérapie qui semble peu scientifique.

Les troubles psychologiques sont des troubles de la conduite et la conduite n'est pas autre chose que l'ensemble des réactions externes de l être vivant. Comment admettre que ces réactions externes qui se passent dans les membres, dans la bouche, dans la langue soient complètement indépendantes des réactions internes qui se passent à l'intérieur du m^'me corps et dont l'étude constitue la physiologie ? La bonne adaptation des réactions externes n'est-elle pas une partie de la vie comme la bonne adaptation des réactions internes elle-même .■* Un homme dont la conduite est dérangée est un homme qui ne vit ni correctement, ni complètement ; au fond, quoique les apparences soient quelquefois contraires, il ne faut jamais cesser de considérer un aliéné comme un malade. Je ne puis pas m'empêcher d'éprouver un étonnement quand je vois un aliéné, délirant depuis l'âge de vingt ans, atteindre cependant un âge avancé et présenter même dans la vieillesse les apparences de la santé. Il y a lii un problème complexe, embrouillé par nos ignorances sur la longévité réelle des hommes, sur les causes qui abrègent la durée normale de leur vie, sur l'appréciation de l'activité vitale et nous devons évidemment nous tromper quand nous admirons la bonne santé apparente de ces aliénés.

Tout ce que nous pouvons dire c'est que dans beaucoup de cas de ce genre, les troubles de la santé ne se manifestent pas par des lésions grossières des appareils que nous connaissons bien, qu'il n'y a pas de troubles du cœur ou du poumon perceptibles ii l'auscultation et même qu'il n'y a pas de lésions apparentes du cerveau. La conduite et les faits psychologiques qui en dépendent ne sont pas la manifestation isolée de l'activité du cœur, des (joiinions, ni même du cerveau ; ils sont l'expression de l'activité de tout lOriranisme, de sa croissance, de son évolution, de >ion involutioti. Les organes et les fonctions (|ui interviennent • laiis ces phénomènes nous sont mal connus, leurs troubles sont a peine sou|)(onncs ; mais ils existent et doivent êlr*' éludifs de plus en plus, La psychologie n'est pas indépendante île la plivsiologie, mais elle réclame une physi<»Iogie plus délicate, plus profonde (jue celle de la digestion ou de la respirati«)n. L étude des maladies nerveuses et mentales lofn de pouvoir se passer

des connaissances physiologiques et médicales réclamera de plus en plus une physiologie et une médecine bien plus approfondies. Le traitement de ces maladies, loin de pouvoir être entrepris après des études médicales sommaires, appartiendra au clinicien le plus consommé et demandera l'usage de tous les examens et de tous les procédés les plus délicats.

Des traitements de ce genre doivent-ils encore se "rattacher à la psychothérapie ? Ils me semblent continuer à en faire partie à plusieurs titres. En premier lieu, l'application même de ces traitements demandera des connaissances psychologiques et des procédés fondés sur des lois psychologiques. Dans les maladies ordinaires qui ne troublent pas la conduite, il sullît de donner au malade des conseils, une ordonnance : « laissez-vous faire telle opération..., suivez tel régime..., prenez tel médicament... » Suffirait-il de se conduire de la même façon avec un malade névropathe, de dire à une hystérique anorexique de manger plus et à un psvchasténique qui a d'es impulsions boulimiques de manger moins ".'' 11 ne suffit pas avec ces malades de donner un conseil ou de corriger une erreur, il faut faire comprendre, faire accepter, faire exécuter, par des malades qui ont des troubles de l'intelligence, de la croyance, de la volonté ; c'est tout autre chose et le traitement reste en majeure partie un problème de psychologie.

Mais il y a plus à dire, le diagnostic même de ces troubles délicats de l'organisme, le choix des médications, l'appréciation des effets du traitement ne pourront être faits que par des études et grâce à des méthodes psychologiques. 11 faudra toujours pour apprécier ces troubles de l'évolution de l'oi-ganisme reconnaître les caractères et les degrés de la dépression, étudier l'excitation produite par certaines médications, la reconnaître et la distinguer de l'agitation, ce qui est toujours dillicile, etc.. Moreau (de Tours) autrefois, après avoir étudié les effets du haschish proposait de se servir de cette substance dans le traitement des mélancoliques. Si cette médication avait été adoptée, elle aurait comporté une foule d'études psychologiques et serait restée de la psvchotlîérapie.

Loin donc, de vouloir que « la psychothérapeute se présente sans armes et sans médicaments », je voudrais au contraire qu'il f(>urbisse beaucoup plus d'armes, car il n'estimera jamais son ennemi assez redoutable et ne sera jamais trop arme. Il doit

appliquer au traitement des psycho-névroses toutes les connaissances que la médecine et la physiologie peuvent actuellement lui fournir. Ces connaissances malheureusement très restreintes peuvent se répartir en deux groupes : i" Des observations sur les maladies du corps qui accompagnent souvent les troubles de la conduite permettent de rechercher des médications en quelque sorte indirectes qui essayent d'atteindre les névroses en traitant les troubles simultanés de l'organisme ; 2° Quelques observations sur les effets de certaines substances chimiques et de quelques phénomènes physiques qui semblent modifier la tension psychologique et la conduite nous donnent quelques indications relatives à une médication directe des troubles psychologiques.

Page 1