Gilles (lo la Tonrelto, Les états neurasUiéniques
2. Pauchet, Traitrmcnt do l'iilci'ro chronique de l'estomac. Presse médicale. 9 oclubrc 1916.
.3. M. de Langenhagen, Ivresse médicale, 1898, p. 7.
de l'estomac et de l'intestin sont extrêmement graves chez les né-
vropathes, ils déterminent de grandes douleurs, ils donnent naissance à des spasmes de toute espèce dans le thorax et dans le ventre qui ne sont pas toujours bien diagnostiqués et qui jouent un grand rôle dans les algies et les phobies. Beaucoup de malades qui se croient atteints d'une maladie de cœur sont simplement des hvpersthéniques gastriques.
Pour ne prendie qu'un exemple intéressant, Pépita dont nous avons décrit le singulier état mental présente tous ces troubles de la façon la plus remarquable. Cette femme de 5o ans prétend que ses souffrances de l'estomac et de l'intestin ont commencé à 19 ans, époque à laquelle elle aurait eu une grande crise de cholérine après une indigestion. En réalité les troubles ont commencé plus tôt, car elle avait de l'anorexie à 12 ans et refusait de rien manger à la pension. Depuis cet âge elle se plaint constamment de l'estomac et du ventre où elle localise les sensations les plus étranges. De temps en temps elle a de grandes crises de douleurs, elle sent dans le thorax et dans le ventre des secousses qui la tirent d'un côté ou de l'autre « comme avec des ficelles. Ces mouvements me chavirent, me font croire que je vais tomber, que je perds l'équilibre., tenez-moi, je vais tomber. » Ces secousses, ces spasmes du tronc ou des membres à la suite de phénomènes d'hyperchlorhydrie sont assez fréquents. Une femme de /|0 ans, Sea. est restée deux ans immobile sans oser se lever de sa chaise, « parce que les brûlures d'estomac provoquaient des secousses dans le ventre qui la jetteraient par terre ». Rf. , f. 56, à la suite d'une hyperslhénie gastrique prolongée sent des battements dans tout le corps et des spasmes qui « descendent JAisqu'au^ vagin et à l'anus, elle n'ose plus bouger de peur d'être jetée par terre ». On retrouve ces phénomènes et ce langage dans 7 observations.
Si ftous revenons à Pépita nous voyons que peu de temps, un quart d'heure après avoir éprouvé ces spasmes violents, elle est prise d'un grand besoin d'aller à la selle et qu'elle a une grosse diarrhée fétide. Ces diarrhées sontcontinuellcs depuis sa jeunesse : il est rare, tout à fait exceptionnel, depuis trente ans qu'elle ail une selle normale. Mlle |)résetite une intolérance complète pour un grand nombre d'aliments : le l;iif, la crème, les (eué^s, le Imml Ion de viande, certains légumes comme les carottes, même absorbés en très petite (juautitc ou «.lissitnulés provi»(|uenl toujours
deux ou trois jours après des accidents redoutables. Après de terribles douleurs du ventre, une énorme diarrhée séreuse ou même sanguinolente détermine la suppression des urines, le refroidissement et des menaces de collapsus. Il y a là des phénomènes qu'il serait juste de rapprocher des phénomènes d'anaphylaxie de M. Ch. Richet. Ces diarrhées glaireuses et infectes s'observent chez beaucoup de malades névropathes. Elles ont commencé chez Ain. dès le début des règles à i3 ans et ne sont pas arrêtées avant la mort à Sa ans. 11 en est de même chez Ac. qui depuis la suppression des règles à i8 ans a toujours conservé malgré tous les soins une diarrhée liquide infecte jusqH;» sa mort à 3o ans. Plusieurs malades comme Ar., Te., rendent en outre dans leurs selles une grande quantité de sable et présentent à un haut degré cette diathése oxalique si bien décrite par M. Lœper.
L'intoxication d'origine alimentaire se manifeste chez Pépita par un état anormal de la peau qui présente au plus haut degré le phénomène du dermographisme. Une fois, à la suite d'une de ces violentes réactions anaphylactiques auxquelles je viens de faire allusion, elle a présenté une extraordinaire éruption d'érythème qui a envahi presque tout le corps. Les éruptions se présentaient sur la face, sur les parties génitales, sur la partie externe des bras et des mains, sur la partie antérieure des cuisses et des jambes, par grands placards absolument svmétriques qui donnaient naissance au bout de quelques jours à des croûtes épaisses et celles-ci tombèrent lentement sans laisser aucune trace. Ces éruptions ont été précédées, accompagnées et suivies de douleurs dans lî» peau et dans les muscles que la malade comparait sans cesse à des morsures, à des frottements par des orties, à des frictions de verre pilé. On peut trouver dans les ouvrages dos dermatologistes en particulier dans le livre de M. Brocq, à propos de rérvthénie ferox, des descriptions analogues. Ces troubles dermographiques, les érvthèmes, les lichens, les eczémas, les urticaires surtout sont fréquents chez les névropathos, je los retrouve dans une vingtaine d'observations. Peut-on rattacher à des troubles du même genre le phénomène si curieux de la langue noire (jui coïncide chez Irène avec les grandes dépressions. ?
Malgré*\ous ces accidents, malgré cette diarrhée rebelle et ces dilRcultés d'alimentation Pépita est une femme obèse : quoique de petite taille, elle a pesé ()3 kilogrammes. J'ai rencontre de
grandes difficultés quand j'ai voulu la faire maigrir, car malgré des réstrictions énormes d'alimentation le poids ne diminuait pas ; il a fallu deux ans de surveillance rigoureuse et de diète presque continuelle pour obtenir une diminution d'une douzaine de kilos. Ce caractère se retrouve chez Noémi, chez Ar., et chez une dizaine d'autres malades qui engraissent au début des grandes dépressions. Enfin je dois signaler que dans plusieurs observations on retrouve des maladies de foie bien caractérisées qui accompagnent la psychose et que la lithiase biliaire en particulier est fréquente chez les psychasténiques.
Ces maladies gastro-intestinales qui accompagnent les troubles de la dépression mentale se développent dans les mêmes conditions que les troubles mentaux après des fatigues et des émotions. Il n'est pas nécessaire d'insister pour rappeler que les anorexies et les boulimies névropathiques apparaissent presque toujours à la suite de bouleversements émotionnels.
Les crises d'hypersthénie gastrique aj)paraissent chez Noémi dans la nuit qui suit des émotions comme les obsessions ellesmêmes, elles surviennent chez Ph., f. 20, après des chagrins d'amour, chez Oe., h. /i5, dans les journées qui suivent une consultation médicale et la décision d'une opération, chez Sea., après la nouvelle de la mort de son fils. Les crises d'entérite de beaucoup de malades recommencent après chaque émotion ; souvent aussi on observe la mémo période d incubation que dans les accidents mentaux: Ng., h. 3(), par exemple, a eu un grave accident de chasse qui lui a broyé la main gauche et a dû subir l'amputation du pouce. Un mois après il commence une grande entérite muco-membraneuse qui s'est prolongée pendant des années. La guérison de ces accidents viscéraux sauf des exceptions sur lesquelles nous aurons u revenir acccomj)agne souvent la guérison complète de la névrose : beaucoup de nos malades n Ont plus d'entérite comme ils n'ont plus d'obsessions. Pendant les périodes de guérison momentanée (jikc; nous avons appelées des péiiodes d'excitation. Lise, Pépita <'t beaucoup d'autres digèrent parfaitement et les circ(nistances «jui (Ir-lt-rininfii t ces guérisons (les tr«)ubles digestifs sont encore du nirtne genre. On conrmit bien celte observation si souvent reproduite d'une femme atteinte d'entérite depuis des années (jni lui coin [delemeiil rétablie iiprès l'iiTcendie de sa maison et nous avons vu I ent«'rile d liidoi\e disparaître après la lecture d'une lellii- d u m
Toutes ces observations faciles à multiplier ont inspiré une théorie que l'on pourrait appeler /a théorie gastro- intestinale des névroses. Même sans considérer les cas extrêmes de délire de maigreur et de sitieirgie, on peut admettre qu'une alimentation insuffisante n'est pas sans influence sur le développement d'une maladie de faiblesse et d'hypotension. Récemment encore M. A. F. Plicque rattachait à l'insulfisance de l'alimentation une foule de troubles neurasthéniques'. Inversement plusieurs auteurs, comme M. Pascault (de Cannes), M. Guelpa, M. Vigouroux, ont étudié les mauvais effets de cette suralimentation très générale et ont rattaché la neurasthénie à une alimentation excessive et surtout à l'excès de nourriture carnée. M. J. Laumonier, dans une étude intéressante sur le traitement de la paresse chez les enfants^, considère les paresseux comme des individus intoxiqués par une alimentation trop abondante et trop excitante qui amène une activité hyperfonctionnelle et un épuisement. On admet communément que des intoxications' d'origine externe déterminent des troubles mentaux. On a pu démontrer de même depuis longtemps que des intoxications d'origine interne jouent un rôle essentiel dans des psychoses particulières. Laségue^ autrefois et plus récemment M. Chaslin ont montré qu'il fallait rattacher à des phénomènes de ce genre les états de confusion mentale et de délire onirique*. Bien des auteurs, suivant la direction indiquée autrefois par Bouchard dans ses discussions contre Charcot, ont voulu étendie cette notion et considèrent la plupart des névroses comme des conséquences de l'aulo-intoxioation en rapport avec des troubles gastro-intestinaux.
Ces interprétations, quoique intéressantes, me semblent prématurées. On a beaucoup abusé de Tauto-lntoxication dans les psychoses. Elle est quelquefois réelle et se traduit par ses signes cliniques ordinaires, troubles du foie, troubles cutanés, névrites, confusion mentale, etc. Ce tableau clinique se retrouve sans doute souvent chez un ccitain aombre de névropathes, ce qui montre que chez eux l'intoxication se produit facilement et qu elle com-
I. A. F. Plicqup, Maladies par insurfisanco d'alimentation. Journal de méderine et de chirurgie, lo nov. 1917-
a. J. Laumonier, Trailemonl do la paresse . Bulletin ncnrral de thérapeutique, a3 f6v. 1918.
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/|. Chaslin. La confusion mentale primitive. 1895,
LES MÉDICATIONS PSVCHO-PHYSIOLOGIOLES 313
plique et aggrave la névrose; mais on ne peut pas dire qu'il soit constant et que tout état névropathique soit identique à un état d'intoxication. Au point de vue mental il ne faut pas confondre les dépressions des névropathes avec les confusions des intoxiqués : ce sont là des états mentaux tout à fait différents. On peut les distinguer quelquefois chez le même sujet: j'ai décrit autrefois un accident de stercorrhémie survenue chez Nadia, jeune femme qui présentait à un degré remarquable l'état mental des psychasténiques. Cet état maladif qui a duré trois mois, qui a déterminé des accidents névritiques et de la confusion mentale avec rêvasserie, tranchait complètement sur l'état ordinaire du sujet qui après guérison de cette confusion surajoutée revint aux obsessions ordinaires. Au point de vue physique, il faut reconnaître qu'il y a un grand nombre d'individus qui ont la conduite des névropathes et ([u'i n'ont aucunement les svmptùmes, ni l'aspect des individus intoxiqués.
Tous les névropathes n'ont pas des troubles de la digestion et des ptôses viscérales, les exceptions sont très nombreuses. Chez ceux-là mêmes qui en présentent, il n v a pas toujours coïncidence entre les deux catégories de troubles. Nous avons déjà fait allusion à la forme singulière qu'a prise la maladie de Mf., f. 5o : cette femme a eu pendant de longues années une entérite nerveuse extrêmement grave sans présenter en même temps de trotibles mentaux bien nets. Puis elle a eu de grandes dépressions mentales avec obsessions hypocoiulriacjues portant précisément ■<ur sa digestion intestinale. Mais ce qui est étrange et plutôt risible, c'est que, au moment où elle délire sur son intestin, celuici se porte foit bien et que l'entérite a absolument disj)aru.
Il me semble intéressant de rap[)eler à ce propos une observation clini(jue assez curieuse, c'est (|ue ces troubles de l'estomac, de l'intestin, de la peau, ces auto-intoxications qui accompagnent souvent les formes légères des névroses sont l)eaucoup plus rares dans les formes graves des psvchoses. Autant les hypersthénies gastrif[nes, les ptosesabdominales, les entérites glaireuses, les troubles cutanés, sont Iréijiients en ville et dans la clientèle les maisons fl'hvdrothérapie. autant ils sont rares dans les véritables asiles d aliénés. C'est lii un fait que j'ai eu souvent l'occasion de discuter avec M. Arnaud dans son établissement <le V'anvcs. Les précautions de régime, les traitements alcalins, les lavages intestinaux v sont tout a fait exceptionnels, tandis qu'ils consti
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tuent la pratique courante des maisons qui reçoivent des névropathes. Bien mieux, les mêmes malades qui, dans la première période de leur maladie, quand ils n'avaient que des obsessions ou des phobies, présentaient des troubles digestifs cessent de les présenter quand ils entrent h l'asile dans un état de profonde mélancolie ou de délire. Sophie, psychasténique depuis 1 âge de i6 ans, avec obsessions de scrupule, obsessions d'indépendance, fusues, etc., se nlaiornait constamment de son estomac et de ses intestins; elle a dû suivre pendant dix ans le régime des entéritiques. Quand vers •).-] ans elle est tombée dans une dépression bien plus grave, avec délire asthénique tout à fait remarquable, il n'a plus été question de son estomac ou de son intestin. - Quand dans son grand délire elle s'efforçait de manger ses matières fécales, elle saisissait des matières parfaitement moulées, tandis que pendant dix ans auparavant elle n'avait que des diarrhées glaireuses. Il en est exactement de même pour Emile, qui pendant les deux ans de son délire asthénique n'a jamais eu une crise d'entérite et qui après son rétablissement a recommencé ses crises d entérite comme auparavant.
J'observe le même fait chez les malades qui passentde la dépression psychasténique à la démence asthénique. Il n'est plus jamais question de troubles de la digestion chez Adèle ni chez Agathe depuis qu'elles sont en démence, tandis que ces troubles étaient perpétuels chez elles auparavant. Quand elles étaient dans leur famille ou dans des maisons d'hydrothérapie avec des troubles névropathiques, aboulie, doutes, obsessions, ces deux sœurs jumelles présentaient l'une et l'autre un trouble bizarre des sécrétions qui donnait naissance à une singulière odeur de bête fauve : cette odeur était abominable le matin dans leurchambreà coucher malgré des soins excessifs de propreté. Depuis qu'elles sont en démence dans un asile on n observe plus jamais cette odeur. On peut faire une observation analogue chez Sita., f. 28 et chez Noémi qui au début de ses crises de dépression et d'obsession delà mort, répand autour d'elle par la peau et surtout par les selles une étrange odeur de caoutchouc brûlé. Quand la dépression est plus avancée et tant qu'elle est grave il n'y a plus rien de semblable, .le pourrais rapporter beaucoup d'autres observations pour montrer que les troubles digestifs et sécrétoires qui existent en dehors des véritables symptômes névropathiques ou qui accompagnent souvent les premiers degrés de la dépression psycholo-
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gique disparaissent en grande partie quand il s'agit de perturbations psychologiques plus graves.
Bien que ce fait soit aujourd'hui très difficile à interpréter complètement, il ne doit pas nous surprendre car nous avons déjà étudié des phénomènes analogues, en particulier à propos des crises d'hystérie et des migraines. Certaines réactions se présentent dans les premiers degrés de la dépression, quand il y a des essais de relèvement, des changements rapides de la tension en divers sens, des décharges et des détentes, et elles n'existent plus quand le niveau décidément plus abaissé reste plus stable. Quoi qu'il en soit de ces interprétations, la constatation de ces phénomènes singuliers doit nous rendre circonspects et nous empêche de considérer les troubles digestifs et lautointoxication comme un élément constant et essentiel de la névrose. Sans doute si on admet à priori que tout lonctionnement des organes dépend d'un changement chimique, ce qui est probable, que toute altération de ce fonctionnement est en rapport avec une intoxication de la cellule nerveuse et de la cellule musculaire, on pourra considérer également les névroses comme des intoxications. Mais ce sont là des propositions générales e* théoriques qui n'ont pas de valeur pratique. En fait, il y a de l'intoxication au cours des névroses et même de l'intoxication facile, mais la névrose elle-même dans son ensemble ne se comporte pas comme une dos intoxications (jue nous connaissons et son traitement est malheureusement beaucoup plus complexe.
Les troubles circulatoires et glandulaires. — La même étude doit être faite à propos des fonctions circulatoires et elle donnera plus tard des résultats encore plus intéressants. 11 ne s'agit pas de grossières lésions cardiaques qui, chose curieuse, s'accompagnent rarement de troubles névropathi(|ucs ; il s'agit de troubles fonctionnels du cteur, de troubles dans la vitesse et dans la lorce de ses pulsations et surtout de modilications dans la circulation périphérique en rappoil avec la contraction ou Ir relâchement des petits vaisseaux.
Les înodificalions de l:i vitesse du pouls sont très Iréquentes chez les névropathes et devraient être plus éludiei-s. .le <-oiistate le ralentissement permanent dans cinfj i)bscrvations : Il est remarquable chez Noémi, dont le pouls est constamment entre f») cl i)j et (|ui ;i toujours, toutes les (-in(| ou douze puls;ttions ;iii ma xi-
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miim, des faux pas du cœur, des pulsations qui manquent ou qui ne parviennent pas à la périphérie. Les exagérations de la vitesse cardiaque sont plus fréquentes. Je laisse de côté les véritables Basedow que l'on a séparés, peut-être h tort, mais je signale 22 observations que l'on pourrait grouper sous le nom de faux- Base.dow, de Basedow sans goitre et sans exophtalmie. Analogues aux malades si bien étudiés par M. L. Alquier, ces malades ont constamment le pouls entre 90 et 120, ils ont des bouffées de chaleur, des sueurs, des diarrhées. Pépita est de ce genre, elle a constamment un pouls entre 90 et 100, il en est de même de Céline, de Jsa. Cette accélération de la vitesse du pouls est surtout marquée quand les malades se mettent debout, ainsi que l'avait observé M. Pron chez les dyspeptiques gastriques et intestinaux.
La pression du sang chez les névropathes mesurée avec l'oscillomètre de Pachon est fort variable, elle oscille fréquemment, elle est anormale chez beaucoup de malades. 11 y a un type à pression élevée, 18 à 28, comme Pépita. Mais il me semble que plus fréquemment, surtout chez les psychasténiques jeunes, on observe une pression trop basse. Chez Irène, Vv.,Ej., on constate difficilement quelques petits mouvements de l'aiguille entre 10 et 8 et c'est tout. Ces malades, qui ont constamment froid, ont les pieds et les mains bleuâtres, sont disposées aux syncopes. Je n'ose pas dire que des manifestations différentes de la névrose se rattachent à l'un ou à l'autre type : la même aboulie avec les mêmes troubles se retrouvent chez Pépita, qui a 28, et chez Irène, qui n)ar(|nc dillicilement 8 ; peut-être peut-on observer que les pressions basses sont plus Iréquenles chez les déments asthéniques.
Dans un petit nombre de cas très nets, dans un cas surtout qui est fort remarquable, j'ai observé des modifications de la température centrale que je signale avec toutes réserves. Céline, jeune fille âgée actuellement de 3'i ans, et .que je suis depuis plus de dix ans, est une déprimée psychasténique avec aboulie, inertie, doutes, scrupules, manies génitales et obsessions d'amour : son état mental est simple et ty|)ique. Quand je l'ai examinée pour la première fois à l'Age de 23 ans, j'ai observé que cette jeune fille avait non seulement le pouls outre 100 et iio, mais qu'elle présentait constamment une élévation de la température centrale de plus d'un degré au-dessus de la normale. Malgré l'apparence duue bonne santé cl malgré l'abseuce de tout signe stéthosco-
pique appréciable, j'ai un peu rapidement peut-être éveillé l'inquiétude de la famille en parlant de soupçon de tuberculose. Je dois constater maintenant, sans chercher à interpréter, qu'au point de vue de la santé physique les choses sont restées exactement dans le même état depuis onze ans. Cette jeune fille, âgée maintenant de 34 ans, a fait quelques progrès au point de vue mental, phvsiquement elle semble se porter très bien, elle se nourrit correctement, ne maigrit jamais et garde un poids normal, plutôt fort pour sa taille ; elle ne tousse jamais et n'a jamais présenté aucun signe suspect à l'auscultation. Elle agit peu, mais son action est entravée bien plutôt par son état mental que par sa santé phvsique. Elle avait été au début mise au repos à peu près complet, mais depuis plusieurs années elle marche et remue d'une manière à peu près normale. Mais elle a constamment conservé une température vaginale ou rectale entre 87,5 et 38,5 quand elle est au repos. Cette température s'élève avant les règles et pendant plusieurs jours ne descend guère au-dessous de 38, elle s'abaisse après les règles à 37,6. Il sulTit de la moindre marche pour que la température s'élève tout de suite à 38,0, mais elle baisse vite après quelques minutes de repos. La malade n'est aucunement gênée par cette température anormale, tandis ({u'elle se plaint de fièvre si elle a un peu de grippe qui n'élève que très peu sa température ordinaire. En un mot, voici 11 ans que cette personne sans aucun trouble apparent de la santé phvsique présente constamment un pouls à 100 et une température de un degré au moins au-dessus de la normale. Faut*il rattacher ces troubles à une tuberculose ganglionnaire latente '. l'aut-il les ranger dans les troubles thermiques des faux Basedow ".■' L'ancienne fièvre hystérique est-elle tout à fait une absurdité ?
Les troubles de la circulation périphérique par dilatation passive ou par spasme des vaso-moteurs sont beaucoup plus importants et plus fréquents. Un grand nombre de ces malades présentent à tout instant des rougeurs ou des pâleurs de la peau sur différentes régions et on peut vérifier en ces endroits des changements notables de la température périphérique. Irène, (|ue j'ai particulièrement étudiée à cet égard, a presque toujours une température centrale assez basse, 30, v «)U .'^ô,.") dans le vagin oxx dans l'anus, et elle a les mains et les parties découvertes de la peau plutôt froides. Quand elle est mal disposé<' au début des grandt.'s dépressions, sa température centrale semble s'abaisser
encore, j'ai constaté une fois 35,4 et elle a de grandes plaques rouges sur la figure et les mains qui deviennent chaudes, ce qui la gène beaucoup. Pendant l'état de dépression, elle se plaint à la fois de ces plaques chaudes et d'autres plaques froides qui apparaissent aux genoux, aux fesses, à la poitrine, au cou. Certaines de ces plaques froides deviennent quelquefois tout à fait douloureuses. Elle a la sensation de grosses gouttes tantôt d'eau très chaude, tantôt d'eau glacée qui tombent sur ses bras et l'endroit où se produit cette sensation devient rouge ou plus pâle. Souvent ces mêmes endroits deviennent le lendemain bleuâtres et présentent une véritable ecchymose. L'apparition de ces plaques ecchvmotiques annonce une mauvaise période et sa famille attendait une période de crises et de dépression, quand elle constatait une tache bleuâtre sur la joue gauche.
J'ai publié autrefois comme une observation singulière le cas d'un homme qui se plaignait d'avoir constamment froid sur la partie externe d'une jambe et j'ai signalé une relation curieuse entre ce refroidissement localisé et le souvenir d'une ancienne impression qu'il avait éprouvée en couchant une nuit sur la terre gelée. Mais ce fait est loin d'être exceptionnel : comme je l'ai signalé il y a vingt ans, dans beaucoup de paralysies hystériques même incomplètes on observe une différence notable de température entre les deux membres svmétriques, et le côté parésié est certainement le plus froid. 'Cela est visible chez Lydia qui, dans presque toutes les dépressions, présente de la faiblesse du côté droit. Ce refroidissement n'est pas dû à l'absence de mouvement car elle remue encore le bras droit bien qu'il soit plus faible. D'ailleurs, ces refroidissements s'observent aussi sans parésie. Kf., f. A6, comme Ej., f. /ji, ressentent depuis des années des crises de froid sur le côté droit sans aucun trouble du mouvement. Gt., h. oo, a souvent des plaques froides entre les épaules. Quand son nez devient blanc et qu'il a une placjue rouge et brûlante à la nuque, il tombe rapidement dans des états de dépression grave. C'est à ce moment que « le soleil n'est plus le même,.(|ue tout devient gris, que tout devient incompréhensible et comme dans un rêve... » Pépita de même a des plaques glacées sur le devant des jambes, des plaques d'abord rouges et chaudes, puis pâles et gelées aux bras, aux oreilles, aux joues. Elle constate, comme Irène, que ces plaques, surtout quand elles siègent aux bras, deviennent souvent bleues le lendemain et
laissent longtemps la trace d'une forte ecchymose, sans qu'il v ait eu le moindre coup. Depuis que mon attention a été attirée sur ces faits, j'ai recueilli ch(z des névropathes une dizaine d'observations aiialooues aux précédentes, car ces troubles de la circulation périphérique sont vraiment fréquents chez ces malades.
Ces troubles de circulation peuvent atteindre des organes plus profonds. M"^ Z. et trois autres malades se plaignent d'avoir des crises très douloureuses de froid « dans les yeux qu'on ne parvient pas à réchauffer même en les couvrant de coton ». Chez deux de ces malades il v a en même temps des phénomènes d'asthénopie et j'ai souvent insisté sur les troubles bizarres de la vision de M"'*' Z.. Mais le fait n'est pas général, car chez les trois autres le froid aux yeux ne s'accompagne d'aucun trouble de la perception visuelle. D'ailleurs, une autre malade, Emma, qui a de grands troubles d'asthénopie, ne présente pas le froid aux yeux. Pépita a de terribles crises de froid ou de chaleur dans l'anus ou dans le vagin. Elle a eu autrefois des crises de congestion utérine terrible sans infection proprement dite. Ces congestions de l'utérus amenaient les troubles les plus bizarres analogues d'ailleurs à ceux qu'elle présente maintenant à propos de son estomac. Le moindre mouvement du corps lui donnait l'impression d'un grand déplacement dans le bas-ventre avec sentiment de vertige et de projection du corps d'un côté ou de l'autre. Irène a des congestions ou des pâleurs livith^s du pharvnx et même des cordes vocales comme le fait a été constaté au cours d'un examen laryngologique. Ces troubles amènent des aphonies subites qui disparaissent tout d'un coup quand la circulation se rétablit. De tels troubles de circulation peuvent être constatés dans tous les ortfanes accessibles à l'observation.
Le phénomène des règles chez les femmes est it la fois en rapport avec la régulation de la circulation j)ériphérique et avec le fbctionnement des glandes a sécrétion interne. Il est important (le constater les troubles qu'il présente à peu près régulièrement au cours des névroses. Il est i are de rencontrer une femme atteinte sérieusement de névrose dépressive (jiii conserve des règh's absolument normales. Tantôt les règles sont simplement tlouloureuses et s'accompagnent de toutes sortes de spasmes drs organes abdominaux : les souffrances aux règles (jui amènent dt-s évanouissc- 'uents, des vertiges, des attaques, sont souvrnt les premières
manifestations de la névrose. En même temps les règles deviennent irrégiilières, trop lapprochées ou le plus souvent trop écartées. Souvent dans ce dernier cas les règles qui reviennent après un long intervalle sont hémorragiques. Chez Irène, les règles n'avaient plus de date précise, elles revenaient après six semaines ou trois mois, elles étaient annoncées pendant une dizaine de jours d'abord par des spasmes du ventre, puis par une ptôse abdominale complète et en même temps par des gonflements très douloureux des seins, par des congestions souvent graves de la gorge et des poumons. Dès le début, les règles étaient excessives et devenaient rapidement hémorragiques. Pendant une dizaine de jours la malade perdait du sang à flots et rendait de gros caillots. Cette forme de règles irrégulières, tardives, précédées par des congestions de la poitrine et très hémorragiques est assez fréquente : elle se retrouvé tout à fait avec les mêmes caractères chez Pépita, chez qui ces pertes énormes semblent avoir précédé le début de l'obésité, et chez six autres malades.
Chez d'autres malades ou quelquefois chez les mêmes personnes, à d'autres périodes, on peut observer des phénomènes en quelque sorte inverses. Céline a ses règles en avance tous les quinze jours, mais elle perd excessivement peu pendant une journée ou deux. Souvent ces règles ainsi diminuées disparaissent complètement pendant un temps plus ou moins long. Sophie nous ofl're un exemple remarquable d'alternance des deux formes de ces troubles. D'ordinaire pendant les périodes où elle est simplement aboulique, scrupuleuse, obsédée, elle a des règles douloureuses et hémorragiques; puis (juand elle entre dans les périodes d'agitation avec grand délire asthénique elle n'a plus du tout ses règles et l'interruption s'est prolongée une fois deux ans.
Tous ces troubles de la circulation peuvent être résumés par l'expression dont se servait déjà M. Al(|uier: on constate chez ces malades un ensemble de troubles vaso-moteurs avec instabilité cardio-vasculaire. Il est même quelquefois possible de mettre ces troubles en évidence par certaines vérifications : la recherche de la réaction vaso-motrice après une pression sur la peau ou sur l'ongle, l'étude de la rougeur diffuse qui suit une impression vive sur un point de la peau, la constatation du dermographisme confirment l'iniporlauce de ce désé(|uilibre vaso-moteur.
Enfin il n'est pas dilhcile d'établir une relation entre ces trou-
bles circulatoires et les modifications de l'état mental. Les crises de tachycardie de Jg., h. 3o, ont été déterminées par la destruction de son usine pendant la cruerre et d'ailleurs on sait que les émotions de la guerre ont considérablement augmenté le nombre des Basedow ou des pseudo-Basedow. La plupart des autres troubles vaso-moteurs ont commencé de même ou ont été affçrravés par des émotions. Dans certaines observations, comme dans celle d'Irène on note le changement complet de la circulation pendant le somnambulisme complet et pendant les périodes d excitation. Dans la plupart des observations les règles ont été modifiées par l'un de ces phénomènes qui agissent également sur l'état mental et nous avons sans cesse décrit les transformations de la névrose qui sont en rapport avec les règles.
Ces remarques conduisent naturellement à étendre encore davantage le rôle de ces troubles circulatoires dans les névroses et sans dépasser l'hypothèse permise, de les faire intervenir dans beaucoup d'autres troubles névropathiques. Quand des malades comme Uk., h. 4o, comme Adèle et Agathe gémissent indéfiniment sur leurs « mouches volantes » : « j'ai toujours de la pluie devant les yeux, il me semble (juc je vois tomber la grêle, c'est un jet d'eau qui retombe perpétuellement et cela rend triste ». n'y a-t-il pas quelque trouble congestif des membranes de l'œil. Quand les malades se plaignent, comme cela est si fréquent d'avoir constamment les narines et la gorge sèches, ou au contraire quand ils présentent de la rhinnhorrée, du rhume des foins dont on a observé le grand rôle dans les crises de Lox, n'est-il |)as juste de faire intervenir des troubles de circulation du cavum et du pharvnx. Knfm nous observons chez beaucoup de ces malades, des œdèmes, le plus souv<*nl transitoires, quelquefois ass»ez prolongés. On a beaucoup trop protesté contre les o'dèmes névropathiques, si leur interprétation est délicate, leur existence est incontestable. Qi., f. \o, pour prendre un exemple parmi beaucoup d'autres, en piésente d'énormes à propctsde la moindre pression sui' la peau ou même sans raison visible. Llle ne peut pas porter au bras un panier léger, ou tenir une fleur entre ses doigts, sans présenter un gros bourrelet dur sur le bras, ou sans avoir les doigts enflés pendant plusieurs heures. D'ailleurs le dermographisme de ces malades n'est pas contesté et il est du même genre. Il est bien probable que ces œdèmes ont poui' point de départ ces mêmes troubles circulatoires périphériques.
.Ianm — \r(|iiis. |.s\( II. III J I
Si on pousse l'hypothèse un peu plus loin on n'hésitera pas à dire que les migraines qui jouent un rôle si curieux dans ces maladies dépendent d'un spasme artériel de l'encéphale, cela semble bien vraisemblable. A tous les arguments bien connus qui justifient cette hypothèse on peut ajouter cette observation, c'est que dans plusieurs cas les migiaines se mêlent à des phénomènes dans lesquels le rôle des troubles circulatoires est bien visible. Lox., dans certaines périodes a d'abord de la rhinorrée avec larmoiement et congestion de la face, avec troubles circulatoires bien visibles. Puis quand le nez se décongestionne et se tarit, survient de l'asthme avec troubles circulatoires des bronches et souvent l'asthme alterne avec des migraines.
Ne peut-on pas aller plus loin? Certaines crises d'angoisse s'accompagnent de lividité de la face, de sentiment de choc dans la tête, de vertiges, de peurs et de sentiment de s'évanouir: « Il me semble que ma vitalité s'en va, je perds le sentiment de moi. cela me tue, c'est comme si j'allais mourir... » Ne s'agit-il pas de spasme des vaisseaux du cerveau et peut-être même du bulbe? Des malades comme Lydia arrêtent ces angoisses en avalant des verres de Champagne qui congestionne. J'ai fait à plusieurs reprises une vérification curieuse chez Irène et chez Lydia, c'est qu'on peut arrêter net de grandes crises d'angoisse en faisant respirer au malade une ampoule de Boissy au nitrite d'amyle qui détermine une violente dilatation vasculaire dans beaucoup d'organes. Ne peut-on pas supposer que dans les troubles digestifs précédemment décrits interviennent des phénomènes du même genre. Nous constatons la congestion intense du pharynx, n'est-il pas vraisemblable que cette congestion est la même dans l'a'sophage, dans l'estomac, dans l'intestin. Beaucoup d'auteurs ont admis que l'entérite muco-membrancMise relevait de troubles de circulation. Quand Ac, f. 25, présente une grande diarrhée séreuse dès qu'une personne vient d'entrer brusquement dans la chambre, ne peut-on pas dire que sous le coup do l'émotion elle a rougi dans son intestin. L'interprétation des névroses par les troubles circulatoires peut être étendue aussi bien que l'interprétation par l'auto-intoxicatiori.
Aussi est-il naturel que ces observations aient donné naissance à un sccpnd groupe de théories physiologiques des névroses. Le Dr. Savill en particulier, dans son livre « Clinical lectures on neurasthenia », 1906. fait observer que de sérieuses modifications
(le fonctions peuvent se présenter sans modification de la structure de l'organe quand il y a insutfisance de la quantité de sang qui y coule et que cette quantité est réglée par les vaso-moteurs. Dans les attaques de nerfs, dit-il, il est probable qu'il y a anémie du cerveau en même temps que congestion de l'airesplanchnique. La plupart des névroses dépendent de troubles circulatoires de ce genre et peuvent être appelées justement névroses vas«»-niotrices ou ancrio-névroses.
Les observations relatives aux troubles des règles, héniorraofies OU insuffisances, précédées ou suivies de perturbations générales éveillent aujourd'hui la pensée non seulement d'une maladie de la circulation périphérique mais d'une maladie d'organes réglant la circulation elle-même : elle nous fait penser à des troubles de la sécrétion interne de certaines glandes. Les oscillations de la sécrétion des glandes ovariennes qui sont elles-mêmes en relation avec les règles doivent avoir un rôle dans ces troubles périodiques. Les altérations des règles, les paresthésies, les bouftees de chaleur que nous observons chez ces sujets se rattachent probablement à des troubles de la sécrétion ovarienne. La fatiofue continuelle que nous avons notée si souvent, la faiblesse et l'instabilité de la pression artérielle attirent l'attention sur des troubles d'origine surrénale.
La démonstration la plus complète semble pouvoir être faite ii propos des troubles de la sécrétion thyroïdienne qui d'ailleurs est la mieux connue. Ces malades qui digrrent mal, qui ont de la constipation, de l'entérite muc(»-membraneuse, de l'obésité, une disposition aux auto-intoxications faciles, aux angines à répétition, une circulation défectueuse avec des refroidissements, des œdèmes localisés plus ou moins transitoires, des règles douloureuses, en retard, très hémorragiques, de la frilosité, etc., ne rappellent-ils pas la description des hypothyroïdiens si bien étudiés par MM. I-éopold Lévy et de Rothschild. On peut mêni»facilement retiouver chez eux les autres symptAmes de l'hvpothyroïdisme, les migraines d(»nt nous avons vu l'iinportancc, les cheveux secs et cassants et même chez (|ueh|Ufs-uns le signe «lu sourcil. D'autres malades qui ont des congestions locales. lU- l:i diarrhée, de 1 amaigrissement, un pouls toujours trop rapide, une température élevée, des sueurs, des règles itisuHlsantes, ne
Imit ilii pîis penser ;iii n:isf'ilii\\ et ;nix |i\ ne ri II \ rmil kmis . l'iidii
beaucoup de malades dont les symptômes sont variables et alternants ne présentent-ils pas évidemment ce que l'on a pu appeler le déséquilibre thyroïdien ?
Les modifications si intéressantes des névroses au cours de la grossesse peuvent être interprétées de la même manière. Pour expliquer ces modifications on a parlé quelquefois d'un changement de position et d'équilibre des viscères abdominaux : la ptôse de l'estomac et du colon transverse serait momentanément guérie par le développement de l'utérus « qui jouerait le rôle d'une pelote interne ». Cette remarque peut être juste dans certains cas, mais il faut observer que toutes les malades chez lesquelles j'ai noté cette influence de la grossesse, n'avaient pas de ptôses manifestes en dehors de la grossesse. On sait d'autre part que pendant les grossesses il y a des modifications importantes des sécrétions, en particulier de la sécrétion du corps thyroïde, modifications faciles à mettre en évidence par maintes observations et il est plus probable que cette exagération momentanée de la sécrétion thyroïdienne transforme pendant un certain temps l'évolution de la maladie.
Chez quelques malades on peut entrevoir l'altération initiale des glandes vasculaires. Lema., f. 87, actuellement aboulique avec phobie de la fatigue, etc. et présentant un tableau typique d'hypothyroïdisme, semble avoir été normale jusqu'à l'âge de 16 ans. A ce moment elle subit une atteinte grave de la maladie des oreillons et c'est à la suite de cette maladie qu'elle présenta une grande inflammation de la gorge et de la région du cou. Immédiatement après cette maladie les règles devinrent hémorragiques et la névrose se développa. N'est-il pas possible que les oreillons aient été le point de départ de troubles des ovaires et du corps thyroïde? Combien de malades présentent depuis des années une pharyngite chronique qui a supprimé l'odorat ([ui descend dans la trachée et détermine sans cesse des inflammations de la région (lu larvnx? On voit très bien chez Irène (jue l'inflammation chroni(jue du [)harynx a déterminé des modifications de la région, comme l'atrophie des aymgdales. N'esl-il pas possible que ces altérations aient gagné la région du larynx et le corps thvroïde et déterminé dans la jeunesse des lésions qui ont amené cet état d'hypothyroïdisme manifeste.
Puisque les névroses nous paraissent être des troubles dans l'évolution de l'individu, il est naturel de les rattacher à des
modifications d'organes qui ont précisément pour rôle de régler l'évolution de l'organisme. MM. Léopold Lévv et de Rothschild qui ont spécialement étudié le corps thvroïde considèrent le neuro-arthritisme comme un déséquilibre thyroïdien. L'hérédité du tempérament arthritique serait une hérédité thyroïdienne: « le corps thyroïde peut être comparé à une source d'énergie capable de mettre en mouvement le système nerveux mais qui ne saurait donner des qualités à ce moteur ». Comme la névrose nes.t pas une défectuosité dans le moteur lui-même, mais qu elle consiste surtout en une diminution de tension dans Tactivivité du moteur, en une sorte d'hvpo-fonctionnement, elle semble d'après ces auteurs devoir être considérée avant tout comme une insutFisance du corps thvroïde.
Ces dernières théories circulatoires et glandulaires des névroses me paraissent fort importantes et il n'est pas impossible que l interprétation physiologique des névroses ne doive peu à peu s'orienter dans cette direction. Malheureusement ces théories sont encore aujourd'hui trop générales et trop vagues pour qu'il soit possible d'en tirer immédiatement des conséquences pratiques. Parler simplement de congestion ou d anémie du cerveau ou même de certaines parties du cerveau, cela n'explique en aucune manière ni les aboulies, ni les obsessions, ni les délires et cela ne permet guère d'en aborder le traitement. D'autre part avant de pousser plus loin ces conceptions des névroses il serait nécessaire d'établir d'une manière plus précise la correspondance de ces troubles phvsiologiques avec les altérations de la conduite.
Est-ce que tous les individus qui présentent des troubles de la circulation, est-ce que tous les malades qui présentent des troubles de la sécré.tion thvroïdienne sont toujours des névropathes? Je n'ai pas pour ma part le moyen de conclure : je rappelle seulement l'observation d'une femme de 3o ans qui présentait depuis son enfance, du véritable myxœdème et qui avait été transformée par le traitement thyroïdien. Elle avait toujours besoin de la médication thvroïdienne et pendant certaines périodes plie en man(juait «'t était bi^n alors en étal d'hypolhyroïdismc : cependant même à ces moments elW* n'avait rien d'une véritable névropathe. Il v a cnc<»re beaucoup d'études à lair»- sur les modifications des sécrétions de ces glandes vasrulairrs, avant dr voir nettement le rôle partiel qu'elles jouent dans la pathogénie d^^> névroses.
Tout ce que nous pouvons dire aujourd'hui c'est que -les névroses et les psychoses expriment une diminution d'activité dans l'évolution de l'être vivant, que cette diminution porte ii l;i fois sur les fonctions nerveuses et musculaires qui se manifestent par la conduite et sur les fonctions digestives, circulatoires et liophi(|ues qui gouvernent la vie des viscères. Toutes ces fonctions sont troublées de la même manière, par la disparition des parties supérieures de la fonction et par exagération des infélieures, elles présentent des arrêts, des agitations et des dériva-" tions dont nous ne pouvons pas toujours connaître le sens ou les détails. Suivant les cas considérés les 1roul)les de la conduite ou les troubles des viscères semblent avoir la plus grande importance, mais il ne me semble pas possible de rattacher toujours l'un de ces troubles à l'autre, lis dépendent tous les deux d'un (rouble plus profond de l'évolution vitale que nous connaissons mal.
Une de nos observations précédentes peut nous permettre de résumer cette discussion, le. était jusqu'à l'âge de a5 ans une jeune fille physiquement bien portante et d'un état moral normal. A la suite de perle de fortune et de querelles de famille, elle quitte son milieu, vit avec un amant, devient enceinte, fait un accouchement clandestin; puis après bien des aventures pénibles doit vivre auprès d'un nouvel amant qui est lui-même un malade, aboulique, instable, obsédé. On la volt graduellement se transformer de deux manières: elle devient triste, lente, incapable d'agir, et surtout inquiète et jalouse; elle parle trop d'ellemême, réclame des compliments perpétuels, devient autoritaire et violente et fait des scènes à tout propos : elle se plaint qu'ofT ne l'aime pas assez, qu'on ne la félicite pas assez: « J'ai besoin de sentir l'aide et l'alTection de quelqu'un... ici je dois porter les culottes et cela m'agace... » Nous connaissons cette évolution qui la mène aux obsessions de la honte de soi et de la jalousie. En même temps cette jeune femme présente d(>s migraines de plus en plus fréquentes; elle se plaint constamment de l'eslomac oii elle sent des brûlures, des renvois acides qui ne cessent que si elle mange beaucoup; elle a des conslipations opiniâtres qui* amènent des hémorroïdes et de temps en temps des débâcles frlaireuses et très douloureuses; elle engraisse énormément et, (luolqu'elle soit de petite taille, elle pèse plus de ç)0 kilos, ses règles sont irrégulières, en retard et énormément hémorragi-
ques ; elle se plaint d'un sentiment perpétuel de froid et elle pré sente tous les troubles de la circulation que nous avons décrits. Faut-il soutenir que la tristesse, l'ennui, ont déterminé des troubles digestifs et modifié la circulation et la sécrétion thyroïdienne d"une manière aussi grave et aussi chronique ? Faut-il supposer que vers l'âge de 27 ans s'est développée accidentellement une maladie du corps thyroïde qui a altéré la circulation et la nutrition. J'aime mieux dire que cette jeune femme dune activité vitale médiocre, placée dans une situation fausse, dilTicile et épuisante n a pas eu la force suflflsante pour s'y adapter correctement et que toute révolution vitale a été troublée. Lépuisement a retenti à la fois sur les fonctions viscérales et glandulaires et sur la vie psychologique. Cette interprétation plus vague a du moins l'avantage de ne pas dissimuler notre ignorance et de laisser la place libre pour tous les essais thérapeutiques.
Beaucoup de médecins insistent non seulement sur la nécessité d lin examen complet du névropathe, mais encore sur la nécessité d'un traitement complet de toutes les affections organiques qu'il peut présenter, convaincus que ce traitement fera disparaître par surcroit la névrose elle-même.
Ces conseils sont évidemment excellents : il est incontestable qu'il vaut mieux, quand cela est possible, guérir toutes les affections pathologicjucyj petites ou grandes (jue présentent les malades ♦Ml même temps que leur dépfession mentale. Il est aussi juste d<^ soigner uno blenn(»rrhat>:i(* chez ces malailes (lue de leur faire plomber une dent. On rétablit ainsi leur santé générale, ce qui en tout état de cause, même s'ils restent aliénés, est une boiinr chose. En outre, il est logif|ue de penser qu'une santé générale plus complète, qm- des forc<'s bien rétablies Irur permettront de rel(>v<'r plus facilement leur t«Mision psvchologi([ue. Malh<Mir«Mis<;mfMil dans ces (|ncstions la simple lugKjuc ne sulïit pas et il ru* faut conclun* (pic par la statisli(pic des ()hs<'r\ alions qu'il n'est pastoiijcmrs fiicilc détiiblir correctement.
Sans doute j'ai recueilli, cnmme les auteurs précédents, (juel- (pies observations favorables. Dans (piel<|iies cas, une dizaine, (les I i;iif emeiils des m;d;nl les du nez. de !;i ''uije. des traitements
d'une métrite ou d'une blennorrhagie persistante semblent avoir joué un rôle dans l'amélioration d'états hypocondriaques, d'algies, de crises de psvcholepsie. Il ma semblé utile de faire faire les traitements locaux par le médecin et d empêcher les malades de se traiter eux-mêmes constamment, comme ils le faisaient auparavant. La cessation de ces soins pénibles. la confiance dans la guérison, et l'amélioration de l'état local ont procuré du repos, diminué les dépenses continuelles et permis le relèvement.
Quand il s'agit de la svphilis il y a lieu de faire un diagnostic délicat : certaines affections mentales très graves sont directement en rapport avec la syphilis comme les démences svphilitiques et les variétés de la paralysie générale. Dans ces cas le traitement de la svphilis elle-même est évidemment essentiel. Il est heureusement fréquent de constater après ce traitement des améliorations certaines dans les troubles mentaux liés à des artérites spécifiques et quelquefois associés h des accidents paralytiques. Je dois avouer que je n'ai pas été heureux dans le traitement spécifique de la paralysie générale, quel que soit le procédé employé : les grands espoirs exprimés par certains auteurs me paraissent jusqu'ici bien exagérés. Mais il est certain qu'il y a lieu de continuer les tentatives dans ce sens et que c'est le traitement de la syphilis elle-même qui doit être poursuivi en premier lieu. Mais à côté de ces affections proprement spécifiques, il v a de nombreuses associations de la syphilis avec des névro-psychoses de diverses espèces. Ici encore le traitement spécifique semble quelquefois avoir été favorable : je constate dans six cas une amélioration de n^alades psychasténiques obsédés après le traitement. Il est vrai que trois de ces malades étaient obsédés précisément par la pensée de la para- Ivsie générale et du tabès et qu'ils étaient rassurés par un traitement arsénico-mercuriel, nous retrouvons encore ici une grande influence morale. Il se peut cependant que dans ces cas et dans les trois autres le rétablissement de la santé générale ait eu une
certaine influence sur le relèvement psvchologi(|ue.
Quoi qu'il en soit, ces quelques heureux résultats (|u"il ne faut pas méconnaître ne doivent pas être trop généralisés. En règle générale, le traitement ou même la guérison complète d'afl'ections intercurrentes ou surajoutées à la névfose semble vraiment avoir une influence assez minime sur la névrose elle-même. Le traitement des affections de la gorge, de la peau, des organes géni-
taux, comme celui des dents, même quand il détermine la guérison des lésions locales, ne transforme guère l'état mental : il serait facile d'étudier à ce propos bien des observations. A propos de la syphilis en particulier j'ai noté avec intérêt les faits suivants. Ha., h. 35, a'boulique, timide, phobicjue depuis sa jeunesse, contracte la svphilis à :>G ans et présente un certain nombre d'accidents secondaires. Le traitement intensif de cette afTection fait disparaître rapidement et complètement tous ces accidents. Xi l'apparition de la syphilis, ni le traitement, ni la guérison n'ont modifié en rien l'état mental. Un grand nombre d'autres malades présentant une grave dépression mentale, reconnaissaient avoir eu des accidents syphilitiques antérieurement et ont été soumis par précaution au traitement spécifique : il m'a semblé que la crise de dépression n'était aucunement modifiée par ce traitement et suivait son cours ordinaire. Dans quatre cas bien nets les malades, anciens syphiliticjues, présentaient simultanément des troubles psvchopathiques et des accidents svphilitiqucs bien caractérisés : Gf. , f. 36, en particulier présente à la fois une crise de dépression psvchasténique avec délire du contact et une hémiplégie incomplète par artérite svphiliticjue. Dans ces (juatre cas le traitement spécifi(|ue a parfaitement réussi à faire disparaître les accidents en rapport avec la svphilis, mais n'a eu aucune action sur les troubles névropathiques. Dans une autre observation, l'k., h. aS. néviopathe constitutionnel est en outre atteint de paludisme. Il présente :i la fois des crises d'hystérie avec somnambulisme et fugues et des lièvres intpimittentes avec anémie et accidents du foie. Le traitement du paludisme guérit ces derniers accidents en laissant subsister les prcmieis. Ceux-ci plus tard ont été modifiés par l'hypnotisme et la suggestion
|ui ont agi bien plus favorablement que la quinine.
Bien des malades d'ailleurs reccmnaissent eux-mêmes qtie les divers traitements qui améliorent leur santé générale ne les soulagent pas (le leurs troubles mentaux et qu'ils souIVrenl pluttM plus de leurs obsessions et de leurs phobies quand leur état irénéral est meilleur. « Vous ne v«»us figurez pas, dit Hk.,h. \*k
(mime la peur des allumettes devient terrible (|uand je me porte bien, je soud're moins quand je me sens adaibli et mal a mon aise. » Les douches et les bains froids (|ui forlilienl plusieurs
naïades rendent plus pénibles leurs obsessions ; ces malades en arrivent souvent ii redouter les lrail<'meiits reconstituants. Toutes
;i:{0 Ll> Ar,()LISITlONS PSYCHOLOGIQUES
les rcmiiKjues précédentes me rendent moins confiant que les auteurs précédents dans 1 eificacité de ces traitements généraux. Ils doivent être toujours faits avec grand soin, mais il ne faut pas se faire trop d'illusions sur l'efficacité de traitements faciles.
Je serais disposé à accorder beaucoup plus d'importance au traitement des troubles digestifs, circulatoires ou glandulaires (|ui ont un rapport beaucoup plus étroit avec la névrose. Ces troubles me semblent être des symptômes, des expressions de la dépression vitale au même titre que les troubles de la conduite, une médication dirigée contre ces symptômes peut certainement diminuer les complications de la névrose et quel-quefois atteindre la maladie elle-même.
Le premier traitement (jiii s'impose chez un individu à digestion difTicile et à idées obsédantes sur l'alimentation est une réglementation du régime. 11 est presque toujours mauvais de laisser le régime à la disposition absolue d'un malade dont les goûts, les sentiments d'appétit, les idées sur la santé sont complètement déréglés. Je ne reviens pas ici sur les divers procédés psychologiques à employer, suggestions, dissociation des idées fixes, repos, isolement, excitations qui réussiront à modifier les idées, il augmenter les forces, ii relever la tension et à rendre plus facile l'acte de l'alimentation.
11 sulfit de parler ici de l'acte de l'alimentation lui-même et des moyens de le faire exécuter quand il est encore dilficile. J'ai longuement insisté sur les degrés de complication et de ditricuité des .actes et sur la nécessité de les simplifier quand on veut les faire exécuter par des individus dont la tension est abaissée, î/actc de l'alimentation est un de ces actes qui ont reçu le plus de complications surajoutées par la civilisation et qui de simples qu'ils étaient primitivement sont devenus fort artificiels et fort dilficiles. Nous avons l'habitude de manger en société avec des litos [)articuliers et fort compli<|ués, mais cette conduite supérieure n'est pas l'essentiel de l'alimentation et n'est pas indispensable pour faire absorber des aliments. Il faut savoir dissocier (le I acte de l alimentation tout ce qui est surajouté et tout ce qui n'eft pas essentiel. Sans doute si nous voulons pour relever la tension d'un psychasténique timide nous servir des excitations par l'acte social, nous exigerons de lui des repas en société avec tous les rallincnients de la politi^sso. mais il faut savoir que nous
LES MEDICATIONS PSYCHO-PHYSIOLOGIQL ES X'A
demandons alors un acte de hante tension et ne le faire qu'à bon escient. Quand il s'agit avant tout d'alimenter des personnes chez aui pour des raisons multiples l'acte de l'alimentation est de\enu difficile, nous n avons (jue faire de ces ralfinemenls qui exagèrent inutilement la dilllcullé de lacté. Urtc jeune filh- de •2') ans mange de moins eu moins et de "^jIus en plus dilîîciloinent, elle prétend que les repas lui font rougir le nez et lui donnent des gaz intestinaux. Comme sa famille s'obstine h hr faire assister à des repas cérémonieux, elle délire complètement, « préférant se jeter par la fenêtre plutôt que d'être exposée à lâcher des gaz en société » et arrive à l'inanition. Les familles font souvent énormément de mal aux jeunes filles anorexiques par la méconnaissance absolue des notions psychologiques sur l'alimentation.
An lieu de chercher à les guérir comme on le lait troj) souvent par des raflTinements de cuisine et de décor, il faut simplifier énormément les repas de ces malades. Dès que la maladie est un peu sérieuse, il faut supprimer avant tout les complications sociales, même et surtout la présence des membres de la famille : Il faut faire manger ces personnes seules sous la surveillance d'une garde toujours la même qui ne doit |)as mangei- en même temps. La plupart de ces malades màch(!nt mal les aliments, les avalent trop vile ou les gardent indéfiniment dans leur bouche, plusieurs hument de l'air et l'avalent en môme tiMiips (|ue chaque gorgf'c de boisson, d'autres avalent incomplètement et gardent longtemps les aliments dans une poche œsophagienne : il lanl faiic tonte unirééducation de la mastication et de la déglutition. Presque toujours l'alimentation de ces al)0uli(jues du manger est très lente et il faut leur laisser le temps suffisant en hs dirigeant,, en les excitant, en les aidant avec discrétion et habileté. C'est un véritable métier de certaines gardes que de faire manger ces malades il elles y deviennent très expertes. Très souvent ces procédés simples permettent d'alimnili-r sullisammcnl les an()rexii|ues et même les sitieirgiqiies et évitent l'alimenlalion forcée. Mais il faut être prêt ii recourir ii cette dernière dès que l'alimenlalion devient réellemeni trop lente et insullisante. Souvent d'ailleurs lin petit nond)re de sondages est suffisant e| on j»eul revenir aux |>rocédés précédents. Quel que soit d'ailleurs le procédé employé il est souvent facile de constater que chez beaucoup de malades deux mois d aliinenlalion \A\i> abond.inte font plus pour le reta-
blissement de la tension psychologique que toute autre thérapeutique.
C'est cette remarque qui a inspiré les essais de thérapeutique des névropathes par la suralimentation. AVeir Mitchell et plus récemment Séguin (de New-York)' ajoutaient ce traitement à la thérapeutique par le repos. Il ne s'agissait pas seulement dans ces sanatoriums d une « rest cure » mais aussi d'une « fat-cure ». 'd'une cure d'engraissement. Nous sommes encore surpris quand nous lisons les régimes auxquels étaient soumis les malades dans certains de ces établissements célèbres. Je ne puis m'empêcher de voir dans ces réirimes d'engraissement une grande exagération : il ne faut pas trop se préoccuper de l'amaigrissement de certains de ces malades, quand il ne s'agit pas d'une inanition voulue et (|uand 1 alimentation est en réalité raisonnable. Cet amaigrissement quand il persiste est en rapport avec linloxication, avec la dépression de la nutrition, il disparaîtra facilemcjit au cours des traitements ordinaires de la dépression elle-même et ne réclame pas des procédés de suralimentation. Chercher à engraisser le malade rapidement coûte que coûte à un moment de sa maladie où il digère et assimile difficilement me parait le plus souvent inutile et môme dans bien des cas fort dangereux.
Bien souvent c'est cette suralimentation ou cette alimentation dans de mauvaises conditions qui amène les auto-intoxications. Il y a quelques années plusieurs auteurs en particulier M. Pascault (de Cannes), M. Guelpa ont mené une vigoureuse campagne contre la suralimentation qui crée l'arthritisme. M. Vigouroux dans son livre sur « le régime alimentaire du neurasthénique » soutient des idées du mt^me genre : « le meilleur traitement de ces malades, disait-il, doit être une alimentation restreinte, inférieure il la normale-. » M. J. Laumonier, dans son traitement de la paresse, qui est bien un degré léger de dépression chronique, indique comme essentiel de prescrire une nourriture moins abondante et mieux choisie, de supprimer les viandes, les bouillons, l'alcool, le thé, les condiments, de régler des repas nombreux, mais peu copieux, composés surtout de farines, d'œufs, de laitages, de gâteaux secs. « une alimentation qui n'entraine ni hvpersécrétion glandulaire, ni hvperacidité, qui n'épuise
I. Séjruin (New York), lierons sur le traitement des névroses, Irad. Dutil, Préface i\v (Jlian i»t, 1893.